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Full text of "Revue des études juives 1911"

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yfU- lit. 



REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59 RUE DUPLESSI: 



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^^^ REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 

IU BL1CATI0N TRIMESTRIELLE 
ItE I.A SOCIETE DES ÉTUDES JUIVES 



TOME SOIXANTE-EÏ-UNIÈMK 



PARIS 

A LA LIBRA1RIK DURLACHKR 

142, RUE DU FAUBOURG-SAINT-DENIS \/b** 



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CATALOGUE DES ACTES 

DE 

JAIME I ïR , PEDRO III ET ALFONSO III 

ROIS D'ARAGON 

CONCERNANT LES JUIFS 
(1213-1291) 

ACTES DE JAIME I er (1213-1276) [suite*). 



213. — Jaime I er donne quittance à l'aljama des Juifs de Barcelone 
pour la quête de la Saint-Jean 1263, de 10.625 sous melgoriens, valant, à 
raison de 13 deniers barcelonais pour 12 deniers melgoriens, 11.500 sous 
barcelonais, et de plusieurs autres sommes, dont 542 sous barcelonais 
versés au Juif Ferrer, créancier du roi. — Barcelone, 28 août 1263. 

Reg. 14, f°« 33 v°-34. — Indiq. : Jacobs, n° 349. 

214. — Jaime I er fait remise aux Juifs de Murviedro (auj. Sagunto) de 
200 sous sur les 500 du tribut de la Noël. — Barcelone, 29 août 1263. 

Reg. 12, f° 106 v°. 

215. — Jaime I er , en informant tous ses Juifs qu'il leur envoie, pour 
leur montrer la voie du salut, Fr.Pablo Cristiani,de l'ordre des Frères Prê- 
cheurs, qui se présentera à eux dans leurs synagogues, dans leurs maisons 
ou autres lieux, en vue de leur prêcher et aussi de discuter avec eux sur 
l'Écriture Sainte, leur enjoint d'aller à lui, de l'écouter avec mansuétude 
et bienveillance, de lui répondre, selon leur degré de savoir, humblement 
et respectueusement, sans subterfuge, de lui présenter leurs livres, qu'ils 

1. Voyez Revue des Éludes juives, t. LX, p. 161. 

T. LXI, m» 121. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

seront tenus de faire apporter à leurs frais, quittes à en être indemnisés 
ensuite sur le tribut royal ; par la même occasion, le roi mande à tous 
ses officiers d'employer la contrainte, si les Juifs se montrent récalci- 
trants. — Même date. 

Reg. 1:2, f" 107 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Publ. : Diago, Histo- 
ria... de la orden de predicadores, f° 32 v°, 1" col. (d'après reg. 12); 
Medrano, Historia... de la orden de predicadores, p. 493 (d'après même 
source) ; le P. Denifle, ut supra, pp. 235-236. — Indiq. : Tourtoulon, t. Il, 
382 (d'après Lindenbrog, Codex legum antiquarum, fol. 235, et l'Avant-propos 
de la Disputatio Nachmanidis, ap. Wagenseil, Tela ignea Salariée, t. II); 
ls. Loeb, ut supra, p. 16, n° 4 (d'après le P. Denifle) ; Graetz, Histoire des 
Juifs, t. IV, p. 20o ; Jacobs, n° 243. 

216. — Jaime I er considérant qu'il importe d'honorer le Christ avec le 
plus d'application possible et de le défendre de toutes ses forces contre 
tous ses adversaires, mande à tous les Juifs d'effacer dans le délai de 
trois mois les blasphèmes qu'ils pourront relever dans leurs écrits contre 
Jésus-Christ et sa mère, la bienheureuse et glorieuse Vierge Marie, ou qui 
leur seront indiqués par Fr. Pablo Cristiani, sur l'avis de Fr. Raimundo 
de Penafort et de Fr. A. Segarra, tous les trois de l'ordre des Frères Prê- 
cheurs; tout récalcitrant sera puni d'une amende de 1.000 morabotins et 
les livres contenant des blasphèmes seront brûlés publiquement; pour 
assurer l'exécution du présent mandement, le roi enjoint au baile de Bar- 
celone de faire jurer dans chaque aljama à trente Juifs des plus notables 
sur leurs âmes et celles de leurs coreligionnaires de veiller à l'observation 
du présent règlement. — Même date. 

Reg. 12, f 08 111 v°-112. — Cop. : Collection Bofarull. — Publ. : Le 
P. Denifle, ut supra, p. 237. — Indiq. : Diago, ut supra, f° 32 v* (d'après 
reg. 12) ; Medrano, ut supra, p. 493, 2 e col. (d'après même source) ; ls. Loeb, 
ut supra, p. 16, n° 5 (d'après le P. Denifle) ; Graetz, Histoire des Juifs, t. IV, 
p. 205 ; Jacobs, n° 248. 

217. _ Jaime I er interdit de contraindre par la violence les Juifs, leurs 
femmes ou enfants à sortir des calls judaïques pour aller entendre le 
sermon de quelque Frère Prêcheur ; si un prédicateur de cet ordre veut 
entrer dans le quartier juif, dans les synagogues et y prêcher, les Juifs 
seront libres de venir ou de ne pas venir l'écouter; enfin, les Juifs ne 
sauraient être contraints d'entendre les prédicateurs dans n'importe quel 
lieu, nonobstant quelque charte accordée aux Frères Prêcheurs en sens 
contraire. — Barcelone, 30 août 1263. 

Reg. 12, f° 111 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Publ. : Le P. Denifle, 
ut supra, p. 237. — Indiq. : ls. Loeb, ut supra, p. 16, n° 6 (d'après le 
P. Denifle) ; Jacobs, n° 247. 

218. — Jaime I er donne plein pouvoir à Çulema de Daroca, Juif de 
Monzon, de vendre ou d'obliger à qui il voudra, aux prochaines calendes, 
tous les revenus royaux de la juiverie de Lérida, les revenus de l'herbe, 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 3 

îles maisons à huile de Y « Almacera ' », de Lé rida, enfin les revenus 
du courtage du lin et de la laine de la ville. — Lérida, 10 septembre 1263. 
Reg. 12, f« 115 v°. — IrsoiQ. : Jacobs, n° 249. 

219. — Jaime I pr , sur la dénonciation qu'il a reçue à Lérida de la part 
de Juifs jurés et de la majorité des Juifs de cette ville contre certains 
Juifs, et spécialement contre Bon Blanchart et Bonet Daroquin, ce dernier 
lieutenant de la cour à Lérida pour le Juif Sulema de Monzon, baile royal, 
qui auraient confectionné et produit de faux témoignages avec l'appui et 
la complicité de Suléma, fait procéder à une enquête, qui, tout en démon- 
trant l'existence de nombreux faussaires, n'a relevé aucune charge contre 
les Juifs incriminés ; le roi accorde donc sa rémission et son guidage 
spécial au baile Sulema. — Monzon, 14 septembre 1263. 

Reg. 12, f« 117 v°-HS. 

220. — Jaime I er reconnaît devoir à Çulema de Daroca, Juif de Monzon, 
la somme de 3.850 morabotins neufs alfonsins, moins 51 sous de Jaca, en 
garantie de laquelle il lui engage, à partir de Pâques 1264, les revenus 
des salines d'Arcos. — Même date. 

Reg. 14, f° 41. — Indiq. : Jacobs, n° 351. 

221. — Jaime I er accorde son guidage à Bencet, Juif de Lérida, et à 
Assach, son fils. — Saragosse, 24 septembre 1263. 

Reg. 12, f° 117. 

222. — Jaime I er informe ses officiers qu'il a donné licence à son fidèle 
baile de Tortose Astruc Jacob Xixo de contraindre les Juifs de Tortose 
au paiement d'une dette de 9.000 sous de Jaca en appréhendant leurs 
personnes et en saisissant leurs créances. — Saragosse, 30 septembre 1263. 

Reg. 12, f° 119. — Indiq. : Jacobs, n° 251. 

223. — Jaime I er mande au justice et aux jurés de Tarazona de faire 
exécuter les habitants de cette ville et d'ailleurs, qui sont obligés pou*, 
dettes à l'égard de quelques Juifs de Tudela et d'Agreda. — Saragosse, 
16 octobre 1263. 

Reg. 13, f° 156. 

224. — Jaime I er dispense tous les Juifs de la ville et collecte de Barce- 
lone de l'obligation de sortir du call pour témoigner dans une enquête. 
— Saragosse, 3 novembre 1263. . 

Reg. 12, f° 120. — Indiq. : Jacobs, n° 255. 

225. — Jaime I er concède aux Juifs de Barcelone et de toute la Cata- 
logne que, dans les procès entre Juifs et chrétiens, la sentence ne puisse 

s 
1. En castillan, almaceria signifie enclos. . 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

être rendue que sur la production d'une preuve formelle ou d'une charte 
royale. — Pina, 5 novembre 1263. 

Reg. 12, i'° 120. — Indiq. : Jacobs, n° 254. 

226. — Jaime I er accorde aux Juifs de la ville et collecte de Barcelone 
le droit de lui interjeter appel, toutes les fois qu'ils seront l'objet de 
quelque action ou poursuite. — Même date. 

Reg. 12, f» 120. — Indiq. : Jacobs, n« 256. 

227. — Jaime I er concède à Bica Selvayn, Juif de Monzon, la place 
[placiam) dite « Cellier du roi » où se fabrique l'huile à Pina, à charge 
d'un cens annuel d'un morabotin, payable au mois de janvier, avec 
licence d'y édifier des maisons et autres constructions (statica), enfin 
avec le droit de la posséder en toute propriété (ad hereditatem pro- 
priam), de la transmettre à ses héritiers, de la donner, de la vendre, de 
l'engager, de l'aliéner à quiconque, sauf chevaliers, saints, clercs et per- 
sonnes religieuses. — Pina, 6 novembre 1263. 

Reg. 12, f 127. 

228. — Jaime I er reconnaît devoir à Ezron, veuve de Bon Blanchart, 
Juif de Lérida, 200 sous de Jaca, qui lui revenaient sur les biens de feu 
son mari en raison de son douaire, et qu'il lui assigne sur l'herbage ou 
le monnayage fournis par les habitants de Tortose ; le roi mande à 
Astruch Jacob El Xixo, baile royal de Tortose, de faire exécuter la pré- 
sente assignation. — Saragosse, 13 novembre 1263. 

Reg. 14, f» 43. 

229. — Jaime I er assigne à Gonzalvo de Alagon une rente viagère de 
200 sous de Jaca sur le tribut des Juifs d'Alagon. — Egea, 30 novembre 

1263. 

Reg. 12, f° 134. 

* 230. — Jaime I er confère à un chrétien, sa vie durant, l'office de 
notaire (scribania) des Juifs d'Egea, c'est-à-dire le privilège pour lui ou 
son substitut de dresser les actes de dettes et tous les autres contrats qui 
seront conclus entre chrétiens d'Egea ou d'ailleurs et Juifs d'Egea, à 
charge d'un cens annuel de 20 sous de Jaca, payable en deux termes, 
moitié à la Saint-Jean de juin, moitié à la Noël. — Egea,l or décembre 1263. 
Reg. 12, f° 131 v°. — Indjq. : Jacobs, n° 258. 

231. — Jaime I er annule, sous peine pour tout contrevenant de 
500 morabotins d'amende, l'interdiction d'acheter des chevaux lancée par 
la confrérie de Calatayud contre Jucef, Jahuda, Açach et Abrafim del 
Calbo, Juifs de cette ville. — Saragosse, 15 décembre 1263. 
Reg. 12, f° 134 v°. — Indiq. : Jacobs, a 260. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO HT ET ALFONSO III S 

232. — Jaime I er reconnaît devoir à Benvenist de Porta 15.000 sous, 
qu'il l'a prié de verser à L'évoque de Barcelone et au comte d'Ampurias, 
chargés d'une mission auprès du roi de France. — 1 er janvier 1263/4. 

Reg. 14, f° 47. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 355. 

233. — Jaime I er concède à tous les Juifs de Jaca que les collecteurs 
de la peite ne puissent appréhender les femmes et les enfants de ceux qui 
n'auront pas acquitté cet impôt, mais qu'ils puissent contraindre les con- 
tribuables récalcitrants par la fermeture de leurs portes et par la saisie 
de leurs personnes. — Maella, 2 janvier 1263/4. 

Reg. 12, f° 138. — Indiq. : Jacobs, n° 261. 

234. — Jaime I er promet à l'aljama des Juifs de Calatayud de s'abstenir 
pendant deux ans d'accorder des prorogations d'échéance en faveur de 
leurs débiteurs du conseil ou de la communauté de Calatayud et des 
villages voisins. — Saragosse, 3 janvier 1263/4. 

Reg. 12, f 8 141. — Indiq. : Jacobs, n° 263. 

235. — Jaime I er autorise tous les Juifs établis dans la juiverie de 
Calatayud à tenir boutique de change, de draperie ou d'autre métier, 
pourvu qu'ils s'y comportent bien, et leur concède que le juge ou le 
conseil de Calatayud ne puissent leur infliger des amendes que confor- 
mément au for, ban ou cote. — Saragosse, 1 er février 1263/4. 

Reg. 12, f° 141. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, u° 264. 

236. — Jaime I er défend aux chrétiens de jeter des pierres sur les 
Juifs de Calatayud ou sur leurs maisons le jour du Vendredi saint. — 
Même date. 

Reg. 12, f° 141 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 265. 

237. — Jaime I er autorise le Juif Jahuda de Cavalleria à entretenir à 
son service, sa vie durant, un chasseur, juif, chrétien ou sarrasin, oui 
pourra chasser au filet, sur les montagnes et dans les « hermes »,™a 
perdrix, la tourterelle, la caille et autre gibier comestible, mais à condi- 
tion de ne pas dépasser quinze paires par jour. — Même date. 

Reg. 12, f» 142 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 267. 

238. — Jaime I er confère à Astrug Ascarell, Juif de Lérida, sa vie 
durant, la « scribanie » du poids royal de cette ville, à charge d'une rede- 
vance annuelle, payable à la Noël, de 30 sous. — Saragosse, 9 février 
1263/4. 

Reg. 12, f° 142 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 268. 

239. — Jaime I or concède à Jafias Maymo et à tous les autres Juifs qui 
viendront peupler la villa de Morella les privilèges insérés dans le for de 



6 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Valence, les autorise à s'établir dans le centre de la ville [in cingula 
mediana), les exempte, la première année de leur établissement, de toute 
peite, quête, et autres exactions royales, et ne les impose seulement, 
pendant les quatre années suivantes, que de 20 sous par maison ; après la 
cinquième année, les Juifs de Morella seront soumis au régime de leurs 
coreligionnaires du royaume de Valence. — Saragosse, 10 février 1263/4. 
Reg. 12, f° 143. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 270. 

240. — Jaimc I er concède à l'aljama des Juifs de Jaca de ne pouvoir 
être appréhendés pour dettes, sauf pour peite et autres exactions royales, 
et de ne pas être tenus de rembourser les dépenses faites par quelque Juif 
sans le consentement de la communauté. — Saragosse, 11 février 1263/4. 

Reg. 12, f° 143. — Indiq. : Jacob»;, n° 271. 

241. — Jaime I er accorde son guidage à Benvenist Almocacel, Juif 
de Saragosse, sous peine pour tout contrevenant de 500 morabotins 
d'amende. — Saragosse, 13 février 1263/4. 

Reg. 12, f° 143. — Indiq. : Jacobs, n° 269. 

242. — Jaime I er donne licence au Juif Açach Trevago de faire sortir 
du royaume 4 cafices de semence de lin à destination de Tudela ou d'un 
autre lieu de Navarre. — Saragosse, 17 février 1263/4. 

Reg. 12, f° 144 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 273. 

243. — Jaime I er donne quittance à l'aljama des Juifs de Barcelone 
de 10.500 sous barcelonais pour le tribut de la Saint-Jean suivante. — 
Même date. 

Reg. 14, f° 48. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 356. 

244. — Jaime I er accorde son guidage à Jucef de Mora, Açach Bitales, 
David Jafa, Abrahim Vallcpor, Azacli Azriel, Jahuda Avenyonaz, Mayr 
Acelemi, Abrahim Avenpuyn, Abrahim Haleva, fils de Jucef Haleva, 
Abrahim Gadrex, Jucef Gallur, Abrahim Anajar, Salamon Gallur, Jucef, 
fils d'Abrahim Gallur, Abrahim Hamatary, Çicri Braies, Salamon Fedu- 
zach, Samuel Trigo, Ezmel Paz, Juifs de Saragosse, qui lui ont porté 
plainte au sujet des tailles de leur juiverie ; il interdit, en outre, à 
l'aljama des Juifs de Saragosse, sous peine de 100 morabotins d'amende, 
d'excommunier les plaignants et dispense ces derniers de contribuer au 
paiement des 3.000 sous que les tailleurs des peites de la juiverie de 
Saragosse doivent verser au roi en dix annuités. — Saragosse, 18 février 
1263/4. 

Reg. 12, f° 144. — Indiq. : Jacobs, n° 272. 

245. — Jaime I er dispense l'aljama des Juifs de Saragosse de peiter ou 
de faire quelque taille « par sou et par livre », ordonne que la taille soit 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 7 

faite sur l'avis des tailleurs élus tous les ans par la communauté et 
choisit comme tailleurs pour la présente taille ceux-là mêmes qui s'étaient 
plaints de la précédente répartition, Abrahim Churcrixulut, Jucef de 
liora el Abrahim Gadan, jeune, et qui devront procéder à la taille dans 
la quinzaine, à l'Aljaferia 1 de Saragosse; si quelque Juif déclare sous 
serment qu'il est trop imposé, les tailleurs seront tenus de le dégrever; 
le roi délie Azmel Yaravel, Mose Albala et Jucef de Mora des obligations 
qu'ils ont souscrites par albaran à l'égard de l'archidiacre de Valence ; il 
termine en ordonnant à l'aljama de verser 2.000 sous de Jaca à Gili de 
Peralta, d'Egea, à valoir sur le montant du tribut de janvier. — [Egea, 
février 1263/4]. 

Reg. 12, f° 148. — Indiq. : Jacobs, n° 277. 

246. — Jaime I er dispense Samuel de Roda, Juif originaire de Roda et 
habitant d'Alagon, sa vie durant, de l'obligation de peiter avec l'aljama 
des Juifs d'Alagon pour le tribut et autres exactions royales, à moins que 
l'aljama ne choisisse pour tailleurs des Juifs qui ne soient pas suspects à 
Samuel; et le roi défend à quiconque, sous peine de 500 morabotins 
d'amende, de saisir la personne ou les biens de Samuel, ou de faire 
prendre quelque autre mesure contre lui dans la synagogue ou au dehors. 

— Egea, 4 mars 1263/4. 

Reg. 12, f° 151. 

247. — Jaime I er reconnaît devoir à Abrahim Avindino, Juif d'Alagon, 
100 cafices d'orge, à la mesure d'Egea, et 700 sous de Jaca, qu'il a payés, 
sur l'ordre du roi, à l'un de ses créanciers. — Même date. 

Reg. 14, f° 48 v°. — Indiq. : Jacobs, n B 357. 

248. — Jaime I or dispense la veuve de Jacob Amembruch, ainsi que 
ses deux fils Jucef et Salamon, Juifs de Huesca, de l'obligation de peiter 
avec l'aljama des Juifs de Saragosse, leur vie durant. . . , etc. (Voir n° 242). 

— Egea, 9 mars 1263/4. 

Reg. 12, f° 151 r° et v. 

249. — Jaime I er mande à tous les Juifs placés sous sa domination 
d'effacer de leurs écrits, dans le délai de trois mois, tous les blasphèmes 
à l'adresse de Jésus-Christ ou de la Sainte-Vierge qu'ils y découvriront 
eux-mêmes ou qui leur seront indiqués par Fr. Pablo Cristiani, de l'ordre 
des Frères Prêcheurs, de vive voix ou par écrit, sous peine pour tout 
contrevenant de 1.000 morabotins d'amende; les livres contenant des 
blasphèmes seront brûlés publiquement, à moins que leurs détenteurs ne 
prouvent dans le délai d'un mois aux juges nommés par le roi, l'évoque 

1. Palnis arabe à Saragosse, résidence des souverains mabométans en Aragon; on 
en conserve encore quelques restes. 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Barcelone, Fr. Raimundo de Pefiafort, Fr. A. de Segarra, Fr. R. Marti 
et Fr. P. de Genova, que les passages incriminés par Fr Pablo ne consti- 
tuent pas des blasphèmes à l'adresse du Christ et de la Vierge ; les livres 
condamnés devront être expurgés dans les trois mois, et vingt ou trente 
notables juifs, recrutés dans chaque aljama parmi les plus honorables et 
les plus discrets, devront jurer sur la Loi de Moïse, sur leurs âmes et 
celles de leurs coreligionnaires, d'effacer les blasphèmes et de ne plus 
les y réinsérer, sous peine de 1.000 morabotins d'amende. — Egea, 
27 mars 1264. 

Reg. 13, f° 156. — Publ. : Documentos ineditos, t. VI, pp. 164-166 ; 
P. Denifle, Quellen zur Disputation Pablos Chris tiani. . . , dans Histo- 
risches Jahrbuch der Gôrres-Gesellschaft, t. VIII (1887), pp. 238-239. — 
IxniQ. : Diago, Historia... de la orden de predicadores, f° 32 v°, 2 e col. 
(d'après reg. 13) ; le P. Touron., Histoire des hommes illustres de l'ordre 
de Saint-Dominique , 1. 1, p. 492 (d'après Diago) ; Is. Loeb, La controverse de 
4263 à Barcelone, dans R. É. /., t. XV (1887), p. 17 (d'après le P. Denifle). 

250. — Jaime I pr accorde sa rémission à Jahuda Albala, qui a prétendu 
à Valence que Mira, fille de Jucef Almuli, Juif de cette ville, était sa 
femme légitime et ne pouvait, par conséquent, se marier avec un autre; 
comme il a agi ainsi pour empêcher le mariage de Mira avec un Juif de 
sa famille et non dans le dessein de la diffamer, le roi absout Jahuda de 
toute poursuite et de toute peine pécuniaire que peuvent lui avoir 
infligée les Juifs de ïortose ou d'ailleurs. — Même date. 



251. — Jaime I er fait remise à l'aljama des Juifs de Barcelone de 
1.200 sous melgoriens sur le tribut de 1264. — Même date. 

Reg. 14, f« 50 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 358. 

252. — Jaime I er consent à ce que Aljafa. veuve d'Abrahim Ataz, Juif 
de Lérida, soit tutrice de ses fils, pourvu qu'elle administre leurs biens 
convenablement et vive chastement, sans mari. — Egea, 30 mars 1264. 

Reg. 13, f° 159. 

253. — Jaime I er nomme adénantades de l'aljama des Juifs de Sara- 
gosse : Azmel Almeredi, Azac Avcnbruc, Jucef Avencecha, Azmel Paracua, 
leur confirmant les pouvoirs que leur ont conférés par acte hébraïque 
Jahuda de Gavalleria, baile de Saragosse, et la communauté juive de cette 
ville; les ordres donnés par les dits adénantades devront être observés 
par tous les membres de l'aljama. — Calatayud, 27 avril 1264. 

Reg. 13, f» 163. — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 279. 

254. — Jaime I er décrète que les actes portanPeonstitution de dots ou 
de douaires qui seront dressés entre membres de l'aljama des Juifs de 
Saragosse par un scribe juif non public auront même valeur que les 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 9 

actes dressés par un notaire public, pourvu, toutefois, qu'ils soient 
souscrits, selon la coutume juive, par deux témoins juifs; s'il s'élève 
quelque plainte, le différend devra être réglé conformément à l'« azuna ! ». 
— Même date. 

Reg. 13, f° 163. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 280. 

255. — Jaime I er place sous sa sauvegarde, sous peine pour tout 
contrevenant de 200 morabotins d'amende, Salomon Albala, Abraym 
Chimello et Mayl Azelemi, tailleurs de raljama des Juifs de Saragossc 
nommés adénantades, aussi longtemps qu'ils rempliront l'office de la 
taille de la peite, pourvu qu'ils imposent chaque Juif selon leur 
conscience; aucun membre de la communauté ne devra s'élever contre 
leur répartition; si un contribuable se juge surimposé, il devra en faire 
la déclaration sous serment, et si sa plainte est juste, il bénéficiera d'un 
dégrèvement. — Même date. 

Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, ri" 281. 

256. — Jaime I er ordonne à Jucef Avinceyt de jurer devant la cour de 
Lérida de ne pas infliger de dommage à quelque Juif de cette ville, 
mais de s'en remettre à la justice, sous peine de 200 morabotins 
d'amende. — Calatayud, 30 avril 1264. 

Reg. 13, f° 167. — Indiq. : Jacobs, n° 284. 

257. — Jaime I er remet à Jucef Abnalfalim, Juif de Calatayud, à 
Assach et Jacob, ses fils, toute poursuite qu'il pourrait entamer contre 
eux en raison de la taille faite en 1263 dans la juiverie de Calatayud par 
Sadoch, Abrahim del Rabi, Juceff Abinnaftia et Açac Aventforma ou en 
raison du serment qu'ils ont prêté à cette occasion ; ainsi que toute 
« alatma* » et excommunication lancées contre eux par raljama de Cala- 
tayud; enfin, le roi leur accorde son guidage sous peine pour tout 
contrevenant de 500 morabotins. — Calatayud, 1er mai 1264. 

Reg. 13, f° 164 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 282. 

258. — Rémission et guidage semblables accordés à Jucef Jahuda, 
Açach et Abrahim El Calbo, fils de feu Mosse El Calbo, Juif de Calatayud. 
— Même date. 

Reg. 13, f° 164 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 283. 

259. — Jaime h r concède à l'aljama des Juifs de Calatayud la tour de 
Calatayud, connue sous le nom de Tour Moya, attenante au mur d'en- 
ceinte de la ville jusqu'au chemin de Soria, ainsi que la hauteur (podium) 
sur laquelle se dresse ladite tour, avec la faculté pour les Juifs de pou- 
voir y édifier des maisons, à partir de leur château jusqu'à la tour, y 

1. Vazuna,de l'arabe assunna, désigne le droit canonique des Juifs ou des Sarrasins. 

2. L'alatma a les mêmes effets que l'excommunication chrétienne, 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

élever un mur entre eux et les chrétiens, qui sont établis du côté de 
Soria, depuis leur château jusqu'au mur de la ville et jusqu'à la tour, 
sous l'obligation de garder le mur et la tour pour éviter qu'il n'arrive de 
dommage aux Juifs de la villa de Calatayud; le roi leur fait cette conces- 
sion avec le droit d'en disposer par vente, engagement, aliénation, etc. 
— Calatayud, 15 mai 1264. 

Reg. 13, f° 185. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 294. 

260. — Jaime I er concède à Jucef Alcofol, Juif de Huesca, que, toutes 
les fois que les tailleurs procéderont à la répartition de la peite, il puisse 
choisir deux Juifs et l'aljama deux autres, qui devront jurer de « tailler 
son nom » et fixer sa part de contribution en toute loyauté; le roi mande 
à l'aljama, sous peine de 500 morabotins d'amende, de s'interdire à ce 
sujet à l'égard du bénéficiaire toute peine, alatma, cote, « herem 1 » ou 
excommunication. — Calatayud, 23 mai 1264. 

Reg. 13, f° 177 v°. — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 288. 

261. — Jaime I er assigne à Samuel Avinpesat, Juif d'Alagon, 200 sous 
réaux de Valence, à prélever chaque année, à deux termes, à la Saint- 
Jean et à la Noël, sur les revenus des salines royales de Jâtiva. — 
Calatayud, 27 mai 1264. 

Reg. 13, f° 184. - hDio. : Jacobs, n° 291. 

262. — Jaime I er remet à Astrug de Porta, Juif de Villafranca del 
Panades, la peine d'exil qu'il a encourue pour avoir proféré, au cours 
d'une controverse, une parole outrageante à l'égard de J. -G., à l'exception, 
toutefois, de la confiscation du tiers de ses biens; ce tiers sera prélevé 
sur ce qui restera de sa fortune, après liquidation de ses dettes anté- 
rieures à la controverse, et après remboursement de la dot et du douaire 
constitués au profit de sa femme, de ses belles-filles et de sa fille; les 
deux tiers restant seront confiés aux bons soins de son frère Benvenist 
de Porta et de ses propres fils; le roi laisse à Astrug le droit de disposer 
de ses biens. — Calatayud, 29 mai 1264. 

Reg. 13, f« 178 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Publ. : Jacobs, pp. 
130-131. — Indiq. : Jacobs, n° 289. 

263. — Jaime 1 er donne décharge au baile de Barcelone de 3,000 sous 
barcelonais, qu'il a reçus des mains d'Aron Abinafia, Juif de Calatayud, 
lequel les devait à l'infant don Pedro. — Calatayud, 2 juin 1264. 

Reg. 14, f° 56 v°. 

264. — Jaime I er remet à l'aljama des Juifs de Calatayud, moyennant 
2,000 sous de Jaca payés comptant, la peine qu'elle a encourue pour 
s'être imposée au-dessous de la valeur des immeubles qui lui appar- 

1. Les mot»s herem, alatma, désignent l'excommunication juive. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I° r , PEDRO III ET ALFONSO III 11 

tiennent dans la ville et les aidées de Calatayud, et, par surcroît, confirme 
les privilèges de cette aljama. — Calatayud, 3 juin 1264. 
Reg. 13, f°183 v°. 

265. — Jaime I er dispense Jucef Avincabra, fils de feu Mosse Avincabra, 
Juif de Calatayud, et de Dueyna, sa vie durant, pour l'immeuble qu'il 
possède dans la « Orta de Algar », près de la rivière du Jalon, de la route 
de Terrer et près du domaine d'un chanoine de Santa Maria Mayor, de 
l'obligation de contribuer avec les autres membres de Taljama de 
Calatayud au paiement des exactions royales ou des tailles communales. 

— Calatayud, 4 juin 1264. 

Reg. 13, f° 1S3 v". — I.ndiq. : Jacobs, n° 290. 

266. — Jaime 1er accorde pareille exemption à Dueyna, veuve d'Açach 
Avincabra, Juif de Calatayud, sa vie durant, pour un jardin ou champ 
qu'elle possède dans l'enclos [vergà] de Calatayud, au lieu dit « Cristina », 
près du jardin des Frères Prêcheurs et du champ de son beau-frère 
Jucef Avincabra. — Même date. 

Reg. 13, f° 183 v<\ 

267. — Jaime I 01 ' autorise laljama des Juifs de Calatayud à choisir 
dans son sein quatre prud'hommes, chargés de dresser la liste de ceux 
qui ne contribuent pas aux services royaux et communaux, et de pro- 
céder à la répartition d'une taxe de 10.000 sous, qui devra être observée, 
sous peine de 100 morabotins, sauf par Jucef Avincabra et sa belle-sœur 
Doyna. — Même date. 

Reg. 13, f 0s 184 v°-185. — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, 
n° 293. 

268. —Jaime I er remet toute peine à Açach El Calbo, Juif de Calatayud, 
accusé par Jucef, fils de Haron Abinafia, de l'avoir blessé d'un coup de 
couteau, l'enquête n'ayant relevé aucune preuve à la charge de l'inculpé. 

— Même date. 

Reg. 13, f° 185. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n» 292. 

269. — Jaime I er confirme la promesse qu'il a déjà faite à Saragosse 
aux Juifs de Calatayud de ne plus accorder de nouvelle prorogation 
«ICchéance à leurs débiteurs et annule les chartes de répit octroyées dans 
l'intervalle. — Calatayud, 5 juin 1264. 

Reg. 13, f° 185. — Indiq. : Jacobs, n° 295. 

270. — Jaime l 6r fait remise aux Juifs de Daroca de 750 sous de Jaca 
sur les 1.500 du tribut de la Saint-Jean et des calendes de janvier. — 
Saragosse, 11 juin 1264. 

Reg. 13, f° 186. — Imdiq. : Jacobs, n» 296. 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

271. — Jaime I or fait donation au prieur et au couvent des Frères 
Prêcheurs de Calatayud d'un .jardin qu'il a acquis, dans cette ville, de 
Dueina Avincabra, Juive, veuve de Mosse Avincabra, confrontant la voie 
publique, la « çegria » communale, le jardin de ladite Dueina et celui des 
Frères Prêcheurs. — Saragosse, 13 juin 1264. 
Reg. 13, f» 186. 

272. - Jaime I er fait remise à l'aljama des Juifs d'Alagôn de 200 sous 
sur les 1.200 du tribut. — Saragosse, 19 juin 1264. 

Reg. 13, f» 189 v°. 

273. - Jaime I er concède à l'aljama des Juifs d'Uncastillo qu'il ne soit 
pas permis à l'alcaide ou à quelque autre officier royal de saisir leurs 
personnes ou leurs biens à l'intérieur des portes du château d'Uncastillo, 
pour les contraindre au paiement des peites ou autres exactions royales, 
d'intercepter les vivres envoyés dans le dit château, pouvu, toutefois, 
que sur simple monition de l'alcaide, les Juifs récalcitrants sortent du 
château et lui permettent ainsi de les arrêter, de les détenir dans une 
maison de la villa et de poursuivre à leur égard la procédure ordinaire; 
de plus, le roi autorise les Juifs d'Uncastillo à vendre les maisons qu ils 
possèdent dans la villa aux « iufançons' » et aux « hommes royaux de 
service ., exemptant les infançons qui viendront du dehors peupler la 
villa et s'établir dans des maisons acquises de Juifs de toute peite ou 
autre exaction. — Même date. 

Reg. 13, f° 189 v°. — Cop. : Collection Bofarull. 

274 - Jaime I" reconnaît que les secrétaires et l'aljama des Juifs de 
Barcelone se sont constitués, sur son ordre, débiteurs à Na Goig de 
Palafolls de la somme de 1.300 sous barcelonais de tern, qu il lem 
assigne sur le tribut de la Noël. - Barcelone, 23 juillet 1264. 

Reg. 14, f°59 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 363. 

275 - Jaime I« accorde sa rémission à Jucef Abinhalin, Juif de 
Calatayud, ainsi qu'à Azach et Jacob, fils de (le nom est effacé), qu nont 
pas observé la taille répartie par Mosse Sadoch, Abrafim del Rabi et 
Azach Abinceruch sur les héritages, alleux et biens meubles des Juifs de 
Calatayud, taille dont le rôle a été brûlé par Jucef Habianhya et Azach 
Avenforna; le roi leur remet, en outre, toute alatma et chalonge, 
mandant à l'aljama de les laisser pénétrer dans la synagogue de ne pas 
permettre aux personnes déjà présentes dans l'édifice de sortir er .voyant 
outrer les Juifs ci-dessus mentionnés et d'aller dire leurs prière ailleurs 
enfin, de faire en sorte qu'on continue à leur parler, à leur acheter du vin 
et à prier avec eux dans la synagogue, le tout sous peine de 500 mora- 
botins d'amende. — Lérida, 4 août 1264. 

Reg. H, F 63. - Cop. : Collection Bofarull. - Indiq. : Jacobs, n° 364, 

l. En castillan, infanzon désigne un gentilhomme. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 13 

276. — Jaime I er confirme la taille qui doit être faite dans la juiverie 
de Calatayud par Açach Abinafian, Açach Alpeffan, Açach Paçagon et 
Faraig Eveneresp des 10,000 sous de Jaca que l'aljama a octroyés au roi, 
ainsi qu'il est contenu dans la « tacana 1 » qu'elle a dressée à ce sujet; le 
roi mande a l'aljama d'observer la dite taille sous peine de 500 mora- 
botins d'amende. — Lérida, 10 août 1264. 

Reg. 13, f 211. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 299. 

277. — Jaime I er afferme (l'acte dit vend) à Vidal Astrug, Juif de 
Perpignan, tous les revenus royaux, lods et chalonges des villas et châteaux 
de Saint-Laurent et d'Estagel, sur terre et sur mer, dans les étangs et les 
eaux douces, au prix de 1.000 morabotins d'or de juste poids. — 
Barcelone, 29 août 1264. 

Reg. 13, f° 215. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 300. 

278. — Jaime I er fait remise à l'aljama des Juifs de Barcelone de. 
1.250 sous melgoriens sur le tribut de 1265. — Barcelone, 31 août 1264. 

Reg. 13, f° 226 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Amador de los 
Rios, t. 1, p. 426, n. 1; Jacobs, n° 304. 

279. — Jaime I er promet aux aljamas des Juifs de Barcelone, Villa- 
franca, Tarragone et Montblanch, de s'abstenir pendant un an, à partir 
de la Saint-Michel, d'accorder à leurs débiteurs des prorogations 
d'échéance. — Même date. 

Reg. 13, f » 226 v*-227. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, 
n° 305. 

280. — Jaime 1 er mande aux consuls de Montpellier de maintenir les 
Juifs de, leur ville dans la jouissance de leurs coutumes et privilèges. — 
Perpignan, 8 septembre 1264. 

Reg. 13, f° 218. — Cop. : Collection Bofarull. 

281. — Jaime I er confirme les privilèges de la communauté juive de 
Montpellier — Perpignan, 9 septembre 1264. 

Reg. 13, f" 218. — Cop. : Collection Bofarull. 

282. — Jaime I er mande à ses fonctionnaires de Montpellier de ne pas 
exiger des Juifs qui les requerront de contraindre leurs débiteurs à 
acquitter leurs intérêts, à raison de 4 deniers pour livre par mois, selon le 
taux du siège apostolique, la production et la remise de leurs gages. — 
Perpignan, 10 septembre 1264. 

Reg. 13, fo 218 r» et t°. - Cop. : Collection Bofarull. 



1. Rôle d'imposition. 



U REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

283. — Jaime I er remet toute poursuite à Jusseff, Juif, fils de Navarro, 
de Monzôn, inculpé d'avoir « rompu ou brisé » le mont Comtal à 
Perelada. — Perpignan, 11 septembre 1264. 

Reg. 13, f° 218 v . — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 301. 

284. — Jaime I er autorise Navarro, Juif, et Jucef, son fils, au cas où ils 
transféreront leur domicile à Girone, à Besalû ou dans un autre lieu du 
royaume, à contribuer avec les Juifs du lieu où ils s'établiront par sou et 
par livre, à cesser de lui payer 300 sous melgoriens pour le tribut de la 
Noël, à la réserve que, si le père et le fils ne changent pas de résidence 
tous les deux à la fois, celui qui demeurera à Monzôn paiera en tribut la 
moitié des 300 sous melgoriens, et celui qui en partira contribuera au 
paiement du tribut avec les Juifs du lieu où il ira se fixer. — Même date. 

Re°\ 13 f° 218 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 302. 

285. — Jaime I er , voulant indemniser le Juif Ferrer Bonafos, de l'argent 
et du bétail que certain chevalier lui a enlevés, s'oblige à son égard pour 
30 livres melgoriens, qu'il lui assigne sur les 20 sous de cens que lui doit 
payer chaque année le dit Ferrer pour le «capital » de sa maison. — 
Même date. 

Re2. 14, f° 65 v». — Ind. : Jacobs, n* 366. 

286. — Jaime I" promet à tous les Juifs de l'aljama de Perpignan de 
ne pas accorder à leurs débiteurs de prorogation d'échéance pendant un 
an, à partir de la Saint-Michel. - Perpignan, 22 septembre 1264. 

Reg. 13, f223 v. 

287. — Jaime I" mande au viguier et au baile de Besalû que, malgré 
le statut dressé par les habitants du lieu et portant que personne ne 
pourrait saisir le blé et autres marchandises de ceux qui viendraient 
les vendre au marché de Besalû, les Juifs créanciers, après avoir au 
préalable porté plainte au viguier ou au baile, puissent faire exécuter 
leurs débiteurs, en requérant, au besoin, l'intervention de l'un ou l'autre 
de ces deux agents. - Girone, 1 er octobre 1264. 

Re°\ 13, f 221 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 303. 

288. - Jaime I er approuve la reddition de comptes faite par Vital 
Astruch Juif de Perpignan, au sujet des dépenses de la maison royale 
durant son séjour à Perpignan en particulier, au sujet de fournitures 
de draps de lit, et reconnaît qu'il reste son débiteur pour 6.530 sous 
melgoriens moins un denier, qu'il lui assigne sur les 10.000 sous que 
lévèque d'Elne doit verser au trésor royal. - Girone, 2 octobre 1264. 

Reg. 14, f° 66 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 367. 

289. - Jaime 1er fait bénéficier les Juifs de Girone de la concession 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME T r , PEDRO III ET ALFONSO III 15 

accordée aux Juifs de Besalû relativement aux contraintes pour dettes 
(n u 287). — Girone, 3 octobre 1264. 

Reg. 13, t- 229. — Cop. : Collection Bofarull. — blDIQ. : Jacobs, u° 308. 

290. — Jaime I" autorise laljama des Juifs de Besalû à construire une 
synagogue . qui leur appartiendra à titre d'alleu, sera affranchie 

de toute exaction royale et bénéficiera, de plus, de la sauvegarde royale, 
— Girone, 4 octobre 1264. 

Reg. 13, f° 231 v°. — Im.i.j. : Amador de lus Bios, t. I, p. 415, u. 2; 
Jacob-, m 315. 

291. — Jaime I r l'ait remise à l'aljama des Juifs de Girone et Besalû 
de 60 I livres sur le tribut de l'année 1265. — Girone, 5 octobre 1264. 

Reg. 13,1 - 10 v". — brou. : Jacobs, u° 309. 

292. — Jaime I er reconnaît que les secrétaires et l'aljama des Juifs de 
Barcelone se sont obligés à l'égard d'un scribe royal pour 0.012 sous bar- 
celonais, payables sur le tribut de la Noël. — Villafranca, 12 octobre 1264. 

Reg. 14, f" 17 v°. 

293. — Jaime I^ r , rappelant l'interdiction faite aux Juifs de Catalogne 
de prêter au-dessus de 4 deniers pour livre, concède aux Juifs de Barce- 
lone, Villafranca, Tarragone, Montblanch et Cervera qirà l'avenir, aucun 
chrétien ne puisse intenter de procès à quelque Juif sous prétexte de 
taux exagéré. — Lérida, 15 octobre 1264. 

fteg. 13,. T 233 v. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n' J 31G. 

294. — Jaime I er l'ait la même concession aux Juifs de Girone et de 
Besalû. — Même date. 

Reg. 13, f° 233 v\ — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n°310. 

295. — Jaime I er fait insérer, dans la teneur de l'acte octroyé aux 
Juifs de Barcelone, Villafranca, Tarragone, Montblanch et Cervera (voy. 
n° 293), que la transgression du taux légal de l'intérêt entraînera la 
contiscation de La créance, moitié au profit du roi et moitié au prolit du 
débiteur. — Même date. 

Reg. 13, t 233 f. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, a" 306. 

296. — Jaime I er fait faire la même addition dans le privilège accordé 
aux Juifs de Girone et Besalû. — Même date. 

- Cop. : Collection Bofarull. 

297. — Jaime I er assigne à une religieuse de Guaso "?) une rente 
viagère de 100 sous de Jaca, à percevoir chaque année, aux calendes de 
janvier, sur le tribut des Juifs de Barbastro. — Barbastro, 25 octobre 1264. 

Reg. 13. P 234. 



16 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

298. — Jaime I er assigne deux autres rentes viagères de 100 sous cha- 
cune à deux religieuses de Guaso (?) sur le tribut des Juifs de Barbastro. 
— Même date. 

Reg. 13, f° 234. 

299. — Jaime I er accorde au Juif Abraham de Tudela, pour sa maison 
et tous ses biens, une exemption décennale de peite. — Lérida, 29 octobre 
1264. 

Reg. 13, f°234 V. 

300. — Jaime I er accorde sa rémission à Braym Abucayre, inculpé de 
blessures sur la personne de David, fils de Jueces Avinfamit, Juif de 
Lérida. — Barcelone, 3 novembre 1264. 

Reg. 13, f° 235 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 317. 

301. — Jaime I er approuve la reddition de comptes faite par Astrug 
[Jacob Xixô], Juif de Tortose, pour les recettes et les dépenses effectuées 
depuis sa nomination à la bailie de Tortose et Pefiiscola, et il reconnaît 
rester débiteur à Astrug de 200 cafices d'orge, de 133 cafices de froment, 
et de 10.000 « quarterias ' » de vin à la mesure de Tortose, pour laquelle 
créance il lui engage les revenus de Morella, les 500 sous que doit verser 
chaque année l'évêque de Tortose pour les prémices, ainsi que les 
revenus du château de Pefiiscola et de la gabelle du sel; en outre, le roi 
assigne à Astruc pour son office une rétribution de 1200 sous de Jaca. — 
Barcelone, 7 novembre 1264. 

Reg. 14, f° 67. — Indiq. : Jacobs, n° 368. 

302. — Jaime I er confirme au profit d'Astrug de Porta, Juif de Villa- 
franca, — et en son absence, à Vidalon, son fils — , toutes les dettes 
souscrites à l'égard de son père, feu Vidal de Porta, de son frère Benve- 
nist de Porta et de ses fils par plusieurs personnes ayant bénéficié de 
prorogations déchéance. — Barcelone, 11 novembre 1264. 

Reg. 13, f° 238. — Indiq. : Jacobs, n° 313. 

303. — Jaime I er confirme à Vidal Astrug de Porta, Juif de Villafranca 
del Panades —, et en son absence, à son fils Vidalon, présent, — toutes 
les dettes souscrites au profit de son père feu Vidal de Porta, de son frère 
Benvenist de Porta et de ses fils par chevaliers, clercs ou autres, ainsi 
que les intérêts produits, de manière qu'en raison du répit accordé par 
le roi aux débiteurs du dit Vidal, ce dernier ne puisse perdre son droit 
de créancier, mais bien plus, qu'il puisse recouvrer ses créances à l'expi- 
ration du sursis; quant aux chevaliers qui ont bénéficié d'une proro- 
gation d'échéance pour avoir accompagné le roi dans sa guerre contre 
les Sarrasins, ils devront acquitter leurs dettes à la fin de la campagne; 

1. En cast., cuartera désigne une mesure de blé de 72 litres. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO 111 ET ALFONSO III 17 

les chevaliers qui n'ont pas répondu à l'appel devront payer leurs dettes 
incontinent: enfin, le roi reconnaît aux créanciers juifs le droit de 
retenir les gages de leurs débiteurs, même de ceux qui ont bénéticié 
d'une prorogation d'échéance. — Même date. 

Reg. 13, f° 239 v°. — Pcbl. : Pièces justificatives, n" V. — Indiq. : Jacobs, 
■ r 314. 

304. — Jaime i e r reconnaît que les aljamas des Juifs d'Aragon ont 
pavé, sur son ordre, à Tintant don Pedro le montant du tribut de la Noël 
et de la Saint-Jean prochaines. — Saragosse, 6 décembre 1264. 

Reg. 14, f° 69. — Indiq. : Jacobs, n° 371. 

305. — Jaime I er fait délivrer de semblables décharges à toutes les 
aljamas de la Catalogne. — Même date. 

Reg. 14, f° 69. — Indiq. : Jacobs, n° 371. 

306. — Jaime I° r concède à l'aljama des Juifs de Valence qu'à l'avenir 
aucun agent royal ne puisse exercer à leur égard de contrainte ou de 
saisie, pour les tributs, peites, prêts, services ou dons qu'ils sont tenus 
de fournir au roi, que deux mois après la publication du mandement 
royal. — Calatayud, 5 janvier 1264/5. 

Reg. 13, f° 248 v°. 

307. — Jaime I er accorde sa rémission à Çahadia Aberudach, Juif de 
Calatayud, accusé d'avoir tué son frère Maçan. — Même date. 

Reg. 13, f° 248 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 318. 

308. — Jaime I er donne décharge à l'aljama des Juifs de Barcelone 
de 22,500 sous, qu'elle a payés, sur son ordre, à l'infant don Pedro. — 
Calatayud, 13 janvier 1264/5. 

Reg. 14, t° 69. — Indiq. : Jacobs, n° 372. 

309. — Jaime I er , à la prière du Juif Çulema de Toledos, « almoxerif 1 » 
du roi de Castille, affranchit son cousin Astrug Ravay, sa vie durant, de 
toute quête, tribut, cène, ost et chevauchée, rançon et exactions royales. 
— Calatayud, 21 janvier 1264/5. 

Reg. 13, 1° 251. — Indiq. : Jacobs, n° 319. 

310. — Jaime I er prescrit à l'aljama des Juifs de Gironc de ne pas 
inscrire Astrug Ravay, Juif de cette ville, sur les rôles des contributions 
royales. — Même date. 

Reg. 13, f° 251. - Indiq. : Jacobs, n° 320. 

1. Almojarife, mot castillan, qui signifie surintendant des finances, receveur des 
douanes. 

T. LX1, n» 121. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

311. — Jaime I or délivre en faveur cTAstnig Havay une charte de gui- 
dage, sous peine pour tout contrevenant de 200 morabotins d'amende. — 
Même date. 

Reg. 13, f»251. — Indiq. : Jacobs, n° 320a. 

312. — Jaime I er donne décharge à l'aljama des Juifs de Perpignan 
des 4.200 sous melgoriens qu'elle a payés à l'infant don Pedro, et lui 
mande de payer à Vidal Astrug, Juif de Perpignan, 1.000 sous sur le tribut 
de la Noël 1265, et 550 sous melgoriens sur le tribut de la Saint-Jean, 
1266. — Épila, 29 janvier 1264 5. 

Reg. 13, f° 252 v°. 

313. — Jaime I er , eu égard aux dépenses supportées par les Juifs de 
la « villa » d'Uncastillo par suite de la construction de maisons dans le 
château de ce même lieu, les exempte d'impôt pour l'année courante. — 
Huesca, 12 février 1264/5. 

Reg. 13, f° 253 v°. 

314. — Jaime I er accorde son guidage à Bendit de Limoux, Juif de 
Lérida, sous peine pour tout contrevenant de 300 morabotins d'amende. 
- Huesca, 13 février 1264/5. 

Reg. 13, f° 254 v°. 

315. — Jaime I er remet à Astrug de Porta, Juif de Villafranca del 
Panades, moyennant le paiement de 2.500 sous barcelonais, la peine 
d'exil qu'il avait encourue pour avoir blasphémé contre le nom de Jésus- 
Christ. - Lérida, 22 février 1264/5. 

Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 321. 

316. — Jaime I er accorde son guidage à Astrug de Porta, sous peine 
pour tout contrevenant de 1.000 morabotins d'amende. — Même date. 

Reg. 13, f° 255. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 322. 

317. — Jaime I er concède aux Juifs de Barcelone, Villafranca, Tarra- 
gone et Montblanch que aucun baile, viguier, portier ou autre officier 
royal ne puisse les détenir prisonniers dans leurs synagogues. — Lérida, 
25 février 1264/5. 

Reg. 13, f° 257. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 324. 

318. — Jaime I er dispense les Juifs de la ville et de la collecte de 
Barcelone de l'obligation de répondre à quelque Frère Prêcheur sur le 
contenu de leurs livres ou d'en recevoir des écrits. — Même date. 

Reg. 13, f° 257. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 325. 

319. — Jaime I er reconnaît devoir à Issach, Juif de Barcelone, 300 sous 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 0, \ PEDRO III ET ALFONSO III 19 

barcelonais, plus 300 sous antérieurement souscrits à l'égard de [Bonas- 
trug de Porta], maître Juif de Girone, soit au total 600 sous, qu'il lui 
issigne sur les premiers tributs de l'aljama de Bareelone. — Même date. 
Reg.'ll, f" 70. - Indiq. : Jacobs, n° 373. 

320. — Jaime I er assigne à l'aljama des Juifs de Barcelone sur ses 

propres tributs, entre au lies sommes, 2.000 sous barcelonais qu'elle a 

payés sur son ordre à Jahuda de Cavalleria, baile de Saragossc. — Même 

date. 

Reg. 14, i" 7U. - Indiq. : Jacobs, n° 374. 

321. — Jaime I er se reconnaît débiteur à l'aljama des Juifs de Barce- 
lone de 20.400 sous barcelonais, qu'il lui assigne sur les tributs de la 
Noël. — Barcelone, 12 avril 1265. 

Reg. 13, t'° 264 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 326. 

322. — Jaime I or concède aux Juifs de Barcelone, de Villafranca et Tar- 
ragone, que si un Juif nanti d'un gage dérobé jure qu'il ignore le larcin, 
il ait le droit d'être désintéressé du capital et des intérêts de la créance 
avant d'être dessaisi du gage. — Même date. 

Reg. 13, f° 265. — Indiq. : Brutails, Populations rurales du Roussillon, 
p. 76, note (d'après Arch. des Pyr.-Orient., B 234, f° 149). 

323. — Jaime I er fait comparaître à Barcelone Bonastruc de Porta, 
maître juif de Girone, accusé parle prieur des Frères Prêcheurs de Bar- 
celone, Fr. R. de Penafort, Fr. A. de Segarra et Fr. Pablo d'avoir pro- 
noncé certaines paroles et écrit un livre dont il a donné une copie à 
l'évêque de Girone ; Bonastruc, en présence de l'évêque de Barcelone, de 
l'archidiacre, d'un sacriste et de deux juristes (jurisperilis), déclare qu'il 
a prononcé les paroles incriminées dans la controverse soutenue contre 
Fr. Pablo, à Barcelone, dans le palais royal, et rappelle qu'à l'ouverture 
de la discussion, le roi lui avait accordé la permission de dire tout ce 
qu'il voudrait; fort de cette autorisation, ainsi que de celle de Fr. R. de 
Penafort, il ne peut être incriminé du fait de cette controverse ; quant à 
la relation qu'il en a écrite, on ne peut pas lui en faire un grief non plus, 
puisqu'il l'a rédigée à la prière de l'évêque de Girone. Le roi, après en 
avoir délibéré L\ec l'évêque de Barcelone et les autres dignitaires ou 
hommes de loi présents, reconnaît que R. de Penafort et lui avaient vrai- 
ment donné à Bonastrug l'autorisation d'argumenter à sa guise; il rap- 
pelle qu'il avait résolu d'exiler Bonastrug du royaume pendant deux ans 
et de faire brûler sa relation, mais que les Frères Prêcheurs avaient 
refusé de souscrire a cette sentence; c'est pourquoi, Jaime I er concède au 
maître juif que personne ne puisse l'obliger à répondre des paroles et 
écrits incriminés qu'en son pouvoir et en sa présence. — Même date. 

Reg. 13, i° 265. — Cor. : Collection Bofarull. — Plbl. : Villanueva, t. XIII, 
pp. 336-337; Documentes inédit os, l. VI, pp. 167-169; Kayserling, Die Dis- 



20 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pulation des Bonastruc mit Frai Pablo in Barcelona, dans Monatsschrift 
fur Geschichte und Wissenschaft des Judenthums, t. XIV (1865), 
pp. 310-311 (d'après Doc. inéd.) ; Girbal, p. 69 ; Le P. Denifle, Quellen 
zur Disputation Pablos Chrisliani mit Moses NachmanL dans 
Historisches Jahrbuch der Gôrres-Gesellschaft, t. VIII (1887), pp. 239-240. 
— Inmq. : Diai^o, Historia. . . de la orden de Predicadores, f° 32 v°, 2 e col. 
(d'après reg. 13); Tourtuulon, t. II, p. 383; Girbal, p. 14; Amador de lus 
Rios, t. I, pp. 433-437 (d'après Villanueva); Is. Loeb, La controverse de 
1263 à Barcelone, dans R. E. J., t. XV (1887), p. 17, n° 8 (d'après le P. 
Denitle) ; Graetz, Histoire des Juifs, traduction Moïse Rloch, t. IV, pp. 205- 
206; Jacobs, n° 323; Lea, Inquisition of Spahi, t. I, p. 91. 

324. — Jaime I er accorde son guidage à Bonastrug, maître juif de 
(iirorie, sous peine pour tout contrevenant de 500 morabotins d'amende. 
— Même date. 

Reg. 13, f° 265. — Publ. : Le P. Denifle, ut supra, pp. 240. — Indio. : 
Is. Loeb 1 , ut supra, p. 17, n° 8. 

325. — Jaime I er reconnaît devoir au Juif Benvenist de Porta, baile de 
Barcelone, 10.500 sous barcelonais versés par ce dernier à l'infant don 
Jaime, 2.500 sous payés à titre d'intérêt à divers créanciers du roi, etc., 
soit au total 15.920 sous, qu'il lui assigne sur le tribut des Juifs barce- 
lonais et sur les revenus de la bailie de Barcelone. — Barcelone, 13 avril 

1265. 

Reg. 14, t'° 72. — Indicj. : Jacobs, n° 375. 

326. — Jaime I er concède au Juif Astrug-Jacob Xixô, sa vie durant, la 
bailie de ïortose. — Saragosse, 6 mai 1265. 

~ Reg. 13, f° 269 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 326 a. 

327. — Jaime I er donne quittance à Taljama des Juifs de Perpignan 
de tout le tribut des années 1265 et 1266 — à l'exception, toutefois, de 
1,550 sous qui lui restent dus sur le tribut de la Saint-Jean —, soit de la 
somme de 8.000 sous melgoriens antérieurement versée par l'aljama à 
un collecteur des subsides destinés aux galères. — Tarazona, 14 mai 1265. 

Reg. 14, t'° 73 v°. — Indiq. : Jacobs, n" 376. 

328. Jaime I er promet aux Juifs de Perpignan de ne pas accorder 
de prorogation d'échéance à leurs débiteurs ou obligés, depuis le 29 sep- 
tembre 1265 jusqu'au 29 septembre 1266. —Tarazona, 17 mai 1265. 

Reg. 13, f" 270. 

329. — Jaime I er concède aux Juifs de Perpignan relativement au prêt 
sur gage le même privilège qu'aux Juifs de Barcelone, Villafranca et Tar- 
ragone (n° 322). — Même date. 

1. Is. Loeb a mal interprété ce sauf-conduit, en écrivant que « Ronastruc aurait été 
puni d'une amende de 500 mara\édis ». 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME l or , PEDRO 111 ET ALFOiNSO 111 21 

330. Jaime I er affranchit l'aljama des Juifs de Lérida de l'obligation 
de paver aux « caslars ' » de la ville, en raison de deux quartiers de 
vache, une redevance annuelle de 40 sous de Jaca. — Lérida, 28 mai 1265. 

Reg. 13, r -2T2. — Cop. : Collection Bofarull. 

331. — Jaime I er donne quittance à L'aljama des .Juifs de Lérida du 
tribut des années 1264, 1265, 1266 et 12<>7. — Lérida, 31 mai 1265. 

Reg. 14, t" 71 v°. — Indiq. : Jacobs. n° 378. 

332. — Jaime I er affranchit pour deux ans les Juifs de Girone et Besalû 
des tributs, quêtes, mainlevées ou emprunts. — Lérida, 3 juin 1265. 

Reg. 14, t" 74 v°. — Inoiq. : Jacobs, n°379. 

333. — Jaime I er reconnaît devoir à l'aljama des Juifs de Girone et 
Besalû 8,000 sous barcelonais, qu'il lui assigne sur les revenus et quêtes 
de Besalû, d'Osor, de Galdas de Malavella, de Llagostera et de Palau- 
Sacosta. — Même date. 

Reg. li, f° 74 v». — Indiq. : Jacobs, n° 380. 

334. — Jaime I er concède aux Juifs de Girone et de Besalû, relativement 
au prêt sur gage, le même privilège qu'aux Juifs de Barcelone, Villa- 
franca et Tarragone (n° 322). — Lérida, 4 juin 1265. 

lie-. 13, f° 273 v°. 

335. — Jaime I or accorde sa rémission, moyennant le paiement de 
1.000 sous de Jaca, au Juif Jafifuda Avinemet, inculpé d'avoir porté cer- 
taine accusation contre Bahihen Habinahagaren, adénantade, et contre 
les tailleurs de l'aljama des Juifs de Lérida. — Barbastro, 7 juin 1265. 

Reg. 13, f a 27i. 

336. — Jaime I er concède aux Juifs de l'aljama de Lérida le privilège de 
ne pouvoir être appréhendés, le jour du sabbat ou tout autre jour de fête, 
eux, leurs femmes ou leurs enfants, pour dettes souscrites au profit de 
particuliers ou pour non paiement d'exactions royales; le roi défend, en 
outre, aux portiers et autres officiers royaux de procéder, comme moyen 
de contrainte, à la fermeture des portes du call. — Lérida, 3 juillet 1265. 

Reg. 13, f° 2i:> v°. 

337. — Jaime I er accorde son guidage à Açach Avaxqui, argentier, 
sous peine pour tout contrevenant de 100 morabotins d'amende. — 
Lérida, 6 juillet 1265. 

Reg. 13, f 274. 

1. En Catalogne, le casllâ {caatellanus) est un officier etiargé par un seigneur ou 
le roi de la garde d'un village fortifié (caslell). 



22 REVUE DES ETUDES JUIVES 

338. — Jaime I" affranchit M e Abraam de Tudèle et Açach, sou gendre, 
pour dix ans, de tout impôt royal, les absolvant, par avance, eux et 
leurs biens, de toute « alatma, taeana, herem » ! que les Juifs de Barcelone 
pourraient leur infliger à l'avenir. — Lérida, 8 juillet 1265. 
Reg. 13, f°275. 

339 _ Jaime I er accorde sa rémission à Berengario Durand, marchand 
de Girone, qui s'est rendu coupable de parjure en entrant dans une 
maison juive, après avoir juré aux Frères Prêcheurs de ne plus fréquenter 
la société d'aucun Juif, et aussi, en soutenant que certain Juif de la 
ville avait payé comptant quelques deniers à un portier royal; le roi dis- 
pense ledit marchand de sculpter la statue de bois qu'il est tenu de faire 
par ordre de Fr. Pr. de Gaderita pour l'église Santa Maria. — Montpellier, 
7 août 1265. 

Reg. 13, f° 276 v°. 

340. — L'infant don Pedro se reconnaît débiteur à Astrug Ravaya, 
Juif de Girone, de 1360 sous barcelonais, qu'il lui assigne sur les revenus 
de Caldas de Malavella et de Llagostera. — Girone, 5 octobre 1265. 

Reg. 17, f° 83 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 490. 

341. — D. Pedro reconnaît devoir à Astrug Jacob Xixô, Juif de Tortose 
et baile royal, 2767 sous de Jaca, qu'il lui assigne sur la table de Valence. 
— Valence, 5 novembre 1265. 

Reg. 17, f° 34 v°. 

342. — Jaime I er engage à l'infant don Pedro, pour l'indemniser des 
dépenses par lui faites à la frontière de Murcie, la bailie de Barcelone, 
le tribut des Juifs de cette ville, la bailie de Lérida et le tribut des Juifs 
de Lérida. — Même date. 

Reg. 13, f° 284 V et Reg. 17, f° 82 v°. 

343. — Jaime I er concède aux habitants de Perpignan qu'à l'avenir, 
tout Juif ou Juive qui recevra en gage un objet volé appartenant à un 
chrétien, ou bien engagé sans le consentement du propriétaire, sera tenu 
de déclarer, en^cas de réclamation, le nom de la personne qui lui aura 
remis ledit objet en gage; s'il ne peut pas faire cette déclaration, l'objet 
engagé sera restitué à son légitime propriétaire sans indemnité; s'il 
désigne ila personne qui lui a remis le gage et s'il est prouvé que cette 
personne n'y a [aucun droit, le gage sera rendu au propriétaire, qui 
devra rembourser au créancier la somme prêtée sur ledit gage, mais 
seulement le capital, pourvu, toutefois, que l'objet ait été engagé secrè- 
tement et à l'insu du propriétaire. — Murcie, 5 février 1265/6. 

1. Valatma correspond à l'excommunication catholique, le herem à l'interdit. La 
taeana est un règlement de police ou d'administration. 



catalogue des actes de jaime I er , pedro m et alfonso m 23 

Indiq. : Alart, Privilèges et titres de Roussillon, p. 276 (d'après Arcb. 
nuin. .1." Perp., Livre voit mineur, f° 23); Vidal, Juifsjde Roussillon, p. H 
(d'après même source); Brutails, Populations rurales du Roussillon, p. 75 
n. 6 [d'après même source). 

344. — Jaime I er assigne à un habitant de Saragosse une créance de 
2.200 sous de Jaca, valeur reçue en froment, sur les aljamas des Juifs 
d'Aragon, et spécialement, de Saragosse, Daroca et Calatayud. — Tortose, 
26 avril 1266. 

Reg. 15, f» 14. 

345. — Jaime I er concède à Azim Mardofay, Juif de Tortose, le four 
royal de Peniscola, ainsi que la maison où se trouve ledit four, à charge 
d'un cens annuel, payable au 1 er janvier, de 10 masmondines d'or, 
bonnes, « jucefîas 1 » et de poids juste, avec le droit de disposer dudit 
four par donation, vente, engagement et autres modes d'aliénation, à la 
réserve des droits de retrait (fatiga), de lods et de cens, enfin, avec le 
monopole de la cuisson du pain dans l'enceinte de Peniscola, dont les 
habitants devront continuer à faire cuire leur pain à l'unique four du 
lieu, sans pouvoir en faire construire d'autre. — Tortose, 27 avril 1266. 

Reg. 15, f° 13 v°. — Cop. : Percr. de Jaime 1 er , n° 1840 (copie du 25 mai 
1278 : Collection Bofarull. 

346. — Jaime I er accorde son guidage, sous peine pour tout contre- 
venant de 1.000 morabotins d'amende, à Astruc Jacob Xixô et à sa 
famille, qu'il affranchit, lui et ses biens, dans toute l'étendue du royaume, 
des péages, leudes, pesages, mesurages, quêtes, tailles, « bovalage, 
monedage * », osts et chevauchées, et autres services ou redevances, 
avec défense à toute aljama juive de les imposer en les menaçant de 
l'herem ou du « malsenuth 3 ». — Même date. 

Reg. 15, f° 13 v°. —Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n« 405. 

347. — Jaime I er assigne à l'un de ses créanciers 1.040 sous de Jaca 
sur les aljamas d'Aragon et, spécialement, sur celle d'Alagon. — Tortose, 
29 avril 1266. 

Reg. 14, f° 14 v". 

348. — Jaime 1er consacre les revenus tirés par la ville de Saragosse 
des bains juifs, pendant deux ans, à partir du 1" mai 1266, à la construc- 
tion d'un grand pont sur TEbre. — Lérida, 16 mai 1266. 

1. La juce fia est la yusofrn, monnaie d'or frappée par le sultan almohade Abu 
Yacwb Yusof (1182-1184). 

2. D'après Du Cange, le monetaticum désigne en Aragon uu impôt de 12 deniers 
par livre perçu sur les biens meubles, le bovagium (boalage) un impôt payé par paire 
de bœufs. 

3. Le malsenuth était la peine appliquée au dénonciateur calomnieux. 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Inuiq. : Kayserling, Les Juifs à Saragosse, dans li. E. ./., t. XXVIII 
(1894), p. 110 (d'après Art. do ayuntamiento Pet. 1, 3, 26, dat. Lérida, 
16 de mayo de 1266 . 

349. — Jaime I er , à la requête de Samuel, gendre de feu Culema de 
Daroca, Juif de Monzon, qui lui a exposé que son beau-père n'avait pu, 
de son vivant, se faire rembourser ses créances, et qu'à son tour, lui- 
même était sur le point de les perdre, attendu qu'elles allaient se pres- 
crire par vingt ans, mande à ses agents de contraindre les débiteurs de 
Samuel à s'acquitter de leurs obligations. — Lérida, 25 mai 1266. 

Reg. 14, i° 132 v°. 

350. — Jaime I er fait remise à l'aljama des Juifs de Saragosse de 
2.000 sous de Jaca sur les 10.000 de leur tribut annuel. — Même date. 

Reg. 14, f° 133. — Indiq. : Jacobs, n° 398. 

351. — Jaime I er ratifie la reddition de comptes présentée par Vidal 
Astruch, Juif de Perpignan. — Barcelone, 21 juillet 1266. 

Reg. 15, 1° 25. — Indiq. : Jacobs, n° 40t>. 

352. — Jaime I 6r remet à Bollant, Juif de Perpignan, toute peine 
encourue pour avoir déclaré que le roi et les infants n'auraient pas le 
pouvoir de faire marier Regina, fille de feu Içach Duret, avec le fils de 
Mosse Duret. — Béziers, 15 octobre 1266. 

Reg. 15, f° 33 v". 

353. — Jaime I er décrète que tout différend entre Juif et Juif ressortira 
à la bailie de Barcelone et tout différend entre chrétien et Juif à la vigue- 
rie. — Montpellier, 27 octobre 1266. 

Reg. 15, f° 33 v°. 

354. — Jaime I er accorde sa rémission, après enquête, à Jahuda de 
Cavalleria, baile royal, faussement accusé de cacher dans sa maison, 
entre les pages d'un livre, une croix de cuivre et un crucifix, dont se 
seraient moqués — certains affirmaient l'avoir vu — sa femme., sa fille, 
son gendre Astrug d'en Bonsenyor et autres personnes de la maison. — 
Montpellier, 17 décembre 1266. 

Reg. 15, f - 36 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 408. 

355. — Jaime I er donne plein pouvoir aux secrétaires de l'aljama des 
Juifs de Barcelone de lancer l'interdit ou alatma sur tous les Juifs de la 
collecte, de les faire exécuter et, au besoin, de leur infliger une peine 
pour les contraindre au paiement de la quête royale; et il mande à leur 
chapelain (cappellano) de lancer, quand il en sera requis par les secré- 
taires, l'interdit ou excommunication, en hébreu « niduy », ou toute autre 
peine décrétée par lesdits secrétaires contre les Juifs récalcitrants, à la 
réserve que la peine sera appliquée par le baile royal. — Même date. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDKO 111 ET ALFONSO III 2ii 

Présenté à Jaime II par les délégués de l'aljama des Juifs de Barcelone, 
l'acte de Jaime l rr , dont le sceau s'effritait de vétusté, fut repris et lacéré 
par la chancellerie royale, qui eu fit, renouveler la teneur. — Valence, 
15 janvier 1320 1 

Reg. 219, f°208 r" et v. 

356. — Jaime 1 er règle de la manière suivante la procédure applicable 
à tous les Juifs domiciliés dans sa juiverie de Montpellier : 1° Avant le 
prononcé d'un jugement contre un Juif, le baile lui accordera un délai 
de quatre jours, pour lui permettre de se concerter avec des hommes de 
loi; 2° le baile, assisté de deux jurisconsultes expérimentés et loyaux, ne 
pourra infliger la question qu'après avoir entendu les arguments allégués 
par le Juif et la défense présentée par son avoué, et seulement au cas où 
les besoins de la cause l'exigeront; 3° toute enquête contre un Juif doit 
être faite par le baile de la cour royale de Montpellier; 4° pour être 
valable, l'information devra se faire en présence de l'accusateur ou 
dénonciateur, dont le nom sera inscrit en tête de l'enquête; 5° les accu- 
sateurs ou dénonciateurs seront tenus de présenter au baile deux répon- 
dants bons et solvables; 6° à défaut de preuves, l'accusateur encourra la 
peine du talion, ou dans le cas où elle ne lui sera pas applicable, une 
forte amende; 7° il sera délivré au Juif une copie de l'acte d'accusation 
mentionnant les noms de l'accusateur et des répondants, et il lui sera 
loisible d'en délibérer avec des gens de loi ; 8° aucun Juif ne pourra être 
détenu pour dette ou crime, — à moins qu'il ne soit passible de la peine 
capitale, — s'il fournit des répondants à la cour; 9° le baile de Montpellier 
sera tenu de jurer chaque année d'observer les dispositions ci-dessus; 
10o les curiales et autres qui les enfreindront seront réputés infâmes et 
privés à jamais d'honneur et de dignité. — Montpellier, 1 er février 1266/7. 

Reg. 15, f° 8 42 v°-43 et f° 45. — Cop. : Collection Bofarull. — Publ. : 
Kahn, Juifs de Montpellier, dans R. E. .T., t. XIX (1889), pp. 270-271 
(d'après Arch. mun. de Moutp., cassettes de Louvet, D XX, n° 4 : vidimus 
délivré, le 2 avril 1269, par Laurent Miquel, notaire, sur les instances de 
Ferrier Bonafos, syndic de la communauté juive de Montpellier). — Indiq. : 
Kahn, ibid., pp. 262-263; Jacobs, n» 409; Castets et Berthelé, Archives de la 
ville de Montpellier, Montpellier, in-4°, t. I (1885), p. 142, n° 1934. 

357. — Jaime I er autorise l'aljama des Juifs de Barcelone à surélever et 
réparer leur synagogue. — Barcelone, 24 mars 1266/7. 

Reg. 15, f° 50. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 410. 

358. — Jaime I er fait restituer à Nastruc, Juif, une charte mauresque 
que ce dernier a apportée à la chancellerie royale et qu'il déclare avoir 
dressée par ordre du roi, charte écrite sur papier, scellée d'un sceau 
coupée et contenant des conventions passées entre le roi et l'alcaide 
Mafumet relativement à plusieurs châteaux, entre autres à celui que ledit 
Mafumet tenait du roi. — [Barcelone], 29 mars 1267. 

Reg. 15, f J S7 v°. — Cop. : Collection Bofarull. 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

359. — Jaime I er , considérant que la Loi des Juifs tolère la polygamie 
et légitime les enfants qui en naissent, autorise Belshom, tils de Bona- 
nasch de Besalû et de feu Bonafilla, cette dernière tille de Jucef, fils 
d'Içach de Barcelone, à recueillir ce qui lui revient de la succession de 
son père; et pour renforcer le droit de l'orphelin, le roi le légitime à 
son tour. — Barcelone, l tr avril 1267. 

Reg. 15, f«64 v°65. — Cop. : Collection Bofarull. 

360. —Jaime I er certitie exact le compte présenté pur le Juif Benve- 
nist de Porta, baile de Barcelone. — Barcelone, 8 avril 1267. 

Reg. 15, f°» 52 v°-53. 

361. — Jaime I er permet aux Juifs de Montpellier d'acheter dans la 
partie royale de la ville des maisons où ils puissent faire dresser à leurs 
frais un étal destiné à recevoir leurs viandes, à charge pour ledit étal d'un 
cens annuel de 60 sous, exigible à la Noël. — Huesca, 8 juin 1267. 

Reg. 15, f° 55 v°. — Indiq. : Germain, Histoire de la commune de Montpel- 
lier, t. ÏI, p. 31 (sans indication de source); Kahn, ut supra, p. 265 (d'après 
Arcli. de Montp., Petit thalamus, f° 166). 

362. — Jaime I er accorde sa rémission à Samuel Passarell, à ses fils, 
Mosse et Jahuda, à son gendre Mosse Sadoch, pour le procès que la 
justice d'Aragon allait leur intenter. — Saragosse, 28 juin 1267. 

Reg. 15, f° 58. — Indiq. : Jacobs, n° 411. 

363. — Jaime I er concède à titre d'héritage propre, franc et libre à 
Jacob Albala, Juif d'Alagon, une terre en friche (scalium ') ou patu 
sise hors des murs de la ville, confrontant le mur d'enceinte, une tour, 
le fossé (vall) et une terre également en friche, avec l'autorisation d'ou- 
vrir une porte dans le mur de la ville pour lui permettre de se rendre de 
ses maisons, qui sont adossées au mur, dans le dit patu, mais à charge 
de réparer la partie du mur d'enceinte qui confronte ses maisons. — 
Saragosse, 30 juin 1267. 

Reg. 15, f" 59. — Cop. : Collection Bofarull. 

364. — Jaime I er accorde sa rémission à tous les Juifs de Montpellier 
qui ont transféré leur domicile dans sajuiverie.— Barcelone, 11 août 1267. 

Reg. 15, 1" Ci v'" — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 112. 

365. — Jaime I er remet toute poursuite à Astrug, Juif de Montpellier, 
fils de feu Vidal de Careassonne, qui a transféré son domicile dans la 
juiverie royale. — Même date. 

Reg. 15, f° 64 v°. — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 413. 

1. Escalio (cast.) : friche, terre sans culture. 



CATALOGUE DES ACTES DE MIME l or , PEDRO III ET ALFONSO III 27 

366. — Jaime I er affranchit tons les Juifs de lajuiverie épiscopale de 
Montpellier qui on! transféré leur domicile dans la juiverie royale, pen- 
dant cinq années consécutives, de la redevance annuelle de 20 sous qu'il 
percevait sur chaque maison de sa juiverie. — Même date. 

Reg. 15, f° 64 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 11 ï. 

367. — Jaime I er assigne an Juif Vives le premier tiers des 1000 sons 
prêtes par ee dernier à l'infant don Pedro. — 13 août 1267. 

Reg. 17, f» 23. — Indiq. : Jacobs, n° 485. 

368. — L'infant don Pedro reconnaît devoir 1000 sous au Juif Vives. — 
Valence, 1 er septembre 1267. 

Reg. 17, P 22 v°. 

369.— Jaime I er concède à Muca, fils d'Acah de la Portella, le privilège de 
ne contribuer que pour la cinquième partie aux impots qui seront exigés 
à l'avenir de l'aljama de Tarazona. — Tarazona, 26 octobre 1267. 
Reg. 15, f° 70 v". — Indiq. : Jacobs, n<> 415. 

370. — Jaime I er fait remise à l'aljama des Juifs de Tarazona pour la 
durée de trois ans de 200 sous de Jaca sur les 900, montant de leur tribut 
annuel. — Tarazona, 8 novembre 1267. 

Reg. 15, f° 70 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 416. 

371. — Jaime I er donne quittance à l'aljama des Juifs de Tarazona de 
700 sous de Jaca pour le tribut de l'année 1268. — Tarazona, 9 novembre 1267. 

Reg. 15, f° 70 v°. 

372. — L'infant don Pedro reconnaît devoir à Jucef, fils d'Astrug 
Havaya, Juif de Girone, la somme de 5360 sous, pour laquelle il lui engage 
la bailie, cour et sergenterie {sajoniam) de Girone, ainsi que le tribut des 
Juifs de Girone et Besalû : et il lui concède d'y prélever chaque année 
une rémunération de 800 sous. — Perelada, 21 novembre 1267. 

Reg. 17, f° 62. — Indiq. : Jacobs, n° 486. 

373. — D. Pedro se reconnaît débiteur à Astrug Ravaya de 24.000 
sous barcelonais de tern, qu'il lui assigne surles revenus, cens et tributs 
de Girone. — Même date. 

Reg. 77, f» 62. — Ihdiq. : Jacobs, n° 487. 

374. — D. Pedro reconnaît avoir reçu en prêt de Benvenist de Porta, 
Juif de Barcelone, un roussin qu'il promet de remettre au fils de celui-ci, 
et pour lequel il lui assignera 500 sous sur le tribut des Juifs de Girone. 
— Barcelone, 1 er février 1267/8. 

Reg. 28, f° 29 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 681 . 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

375. — I). Pedro reconnaît devoir au Juif Muscheto Mardofay, lieute- 
nant d'Astrug Jacob Sixo, baile de Burriana, pour fourniture du pain 
consommé par l'infant a Oropesa 69 sous, 4 deniers, qu'il lui assigne sur 
la bailie de Burriana. — Burriana, 18 février 1267/8. 

Reg. 17. f° 107 v". — Indiq. : Jacobs, n° 496. 

376. — Jaime I er accorde son guidage à Aczmel Avenczunana, Juif de 
Jâtiva, sous peine pour tout contrevenant de 200 rnorabotins d'amende et 
autorise la femme dudit Aczmel à revèlir des \ (Moments de n'importe 
quelle étoffe (panno), excepté «. prcsseto ', nibeoV — Valence, 25 avril 1268. 

Reg. 15, r 95 v«. — Coi-. : Collection Bofarull. 

377. — Jaime I er mande aux officiers du château et au conseil de Jâtiva 
de protéger les Juifs de cette ville, leurs maisons et leurs biens, particu- 
lièrement le vendredi saint, de faire fermer la tour attenante au cimetière 
juif, près de l'échelle appliquée contre le mur d' « Algesna 3 », de manière 
à empêcher que de ladite tour des pierres ne soient lancées sur les maisons 
des Juifs ; de faire placer, en outre, à la porte d' « Algesna » le vendredi 
saint, tous les ans, après la célébration de la messe, un homme, chargé de 
garder la porte, de crainte que quelqu'enfant ou autre ne pénètre dans 
F « Algesna » pour faire subir des dommages aux maisons juives. — 
Même date. 

Reg. 15, f° 95 v*.— Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 417. 

378. — Jaime I er concède à l'aljama des Juifs de Lérida que ceux qui 
seront choisis par les adénantades pour faire la taille (répartition) du 
tribut devront y procéder selon la manière accoutumée. — Valence, 
1 er mai 1268. 

Reg. 15, f° 96 v°. — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 418. 

379. — Jaime I er dispense l'aljama des Juifs de Lérida de participer au 
« commun » et au serment desJuifsde Saragosse ou de quelque autre ville 
d'Aragon; il l'autorise, en outre, à envoyer ses délégués au « commun » 
des Juifs de Catalogne, chargé de la répartition des 50.000 sous que les 
Juifs catalans doivent payer au roi pour le tribut. — Même date. 

Reg. 15, f° 96 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 419. 

380. — Jaime I er mande aux Juifs créanciers du monastère de Cor- 
neilla, sous peine de 100 rnorabotins d'amende, de donner quittance par 
acte public, toutes les fois qu'ils recevront en paiement des sommes de 
l'abbaye, et de ne pas en exiger plus de 4 deniers pour livre d'intérêt. — 
Huesca, 23 mai 1268. 

1. En catalan, presel signifie écarlate 

2. Etoffe blanche comme la neige (?). 

3. Algesna, mot d'origine arabe signifiant plâtrière, 



CATALOGUE UhiS ACTES DE JA1ME r\ FbiDKO 111 ET ALKOiNSU 111 29 

Reg. 15, f° a loi \ ' et 103 : double enregistrement. - Cop. : Collection Bot'a- 
nill. — Indiq. : Jacobs, n° 120. 

381. — Jaime I or donne plein pouvoir à Jahuda Albanca, Juif, et à ses 
deux gendres, Junez Abnaxach el [çaeh Abrafona, de sortir de la ville et 
territoire de Monzon, avec leurs biens, leurs familles el leurs titres de 
créance, pour aller s'établir a Barbastro ou dans une autre cité du 
royaume, et leur accorde son guidage, sous peine de 300 morabotins 
d'amende. — Lérida, 28 juin 1268. 

Reg. !'), t" 109 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 421, 

382. — Jaime I er confirme à Mosse Abenbivag, Juif de Lérida, sa vie 
• huant, la sous-bailie de Lérida, l'allocation de 200 sous que le roi lui a 
permis de prélever pour sa peine sur les revenus royaux de Lérida, enfin, 
a concession viagère du poids de cette ville, fonction pour laquelle il 
L'autorise à se faire suppléer par un peseur. — Lérida, 17 août 1268. 

Reg. 15, t'° 114 v°. — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 422. 

383. — Jaime I er reconnaît que Jafuda de la Cavaleria, Astruch Zaporta, 
A/.mel Abenvenist de Torela, Mosse Sullam, Parfait de Zareal et Jamila, 
veuve de Benvenist de Porta, ont été nommés exécuteurs testamentaires 
dudit Benvenist, conformément à la coutume des Juifs, par le testament de 
Benvenist écrit en hébreu; et il les dispense de l'obligation de produire a 
L'avenir L'inventaire dans un procès ou dans toute autre circonstance. — 
Yillafranca del Panades, 3 septembre 1268. 

Reg. 15, f° 116 v°. 

384. — Jaime I er examine un différend survenu entre Salamon d'en 
Adret, Juif, tuteur de Belshom, Juif, fils de Bonanasch, Juif de Besalû, 
demandeur, et Mosse Sulam, Samuel Sulam, Hizmacl de Tudèle, Parfait de 
Zareal, Juifs, exécuteurs testamentaires de Benvenist de Porta, Juif de 
Yillafranca, défendeurs : Salamon d'en Adret soutient que le père de son 
pupille est mort intestat, en laissant deux enfants Sarra et Belshom, 
qu'une partie de ses biens est revenue à Sarra et une autre partie à Ben- 
venisl Zaporta, Juif de Villa IVanca,. qui est mort en se constituant pour 
héritier son Mis Vidal, et pour ses exécuteurs Jahuda de Cavaleria, Mosse 
Sullam, Parfait de Zareyal, Hismaël, sa veuve Samuela, sa fille, Astrug de 
Porta, son frère; les dits exécuteurs détiennent les biens de Benvenist et 
ceux d'en Bonanasch, son héritier; Salamon d'en Adret réclame pour son 
pupille les biens de Bonanasch, et, notamment, une somme de 4.800 mo- 
rabotins donnée audit Bonanasch par son père à Valence; le roi, considé- 
rant que ledit Bonanasch est mort testât, puisque les défendeurs produi- 
sent le testament par lequel il a institué héritière sa fille Sarra, se 
prononce en faveur des exécuteurs testamentaires. — Maison des Frères 
Prêcheurs de Barcelone, 3 septembre 1268. 

Reg. 15, f" in i" et v°. 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

385. — Jaime I er fait remise à l'aljama des Juifs cTAlagon de 100 sous 
par an sur les 1.000 sous, montant de leur tribut. — Cervera, 18 octobre 
1268. 

Hoir. 15, f" 1-20 v". - Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 423. 

386. — Jaime I er déclare que les Juifs de Barcelone ne sont pas tenus 
d'écouter les sermons de quelque Frère Prêcheur, Mineur ou autre en 
dehors des rues judaïques, que personne n'a le droit de les y contraindre, 
attendu que dans les prédications qu'ils allaient écouter hors de leur 
quartier, les chrétiens leur faisaient subir des avanies, et, enfin, que si 
les dits Frères veulent venir prêcher dans les synagogues, ils ne s'y pré- 
sentent pas accompagnés d'une foule de chrétiens, mais seulement de dix 
prud'hommes. — Cervera, 25 octobre 1268. 

Rég. 15, f° 122 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 424. 

387. — Jaime I er dispense les Juifs de l'aljama de Barcelone de l'obli- 
gation de répondre à ceux qui affirment que leurs livres contiennent des 
propositions contre la foi chrétienne, à moins qu'elles ne soient inju- 
rieuses (desonrries) pour le Christ, la Vierge ou les saints. — Même date. 

Reg. 15, 1'° 122 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n<> 425. 

388. — Jaime I er permet aux mêmes de continuer a acheter aux chré- 
tiens des victuailles et à vendre dans les lieux accoutumés les viandes des 
animaux égorgés judaïquement dans lajuiverie. — Même date. 

Reg. 15, f° 122 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs : n°426. 

389. — Jaime I er confirme aux mêmes la possession perpétuelle de leurs 
synagogues, le droit de l'aménager [aptare) toutes les fois qu'il en est 
besoin, et le privilège de ne changer de cimetière que de leur pleine 
volonté. —Même date. 

Reg. 15, f° 123. —Cop. : Collection Bofarull. 

390. — Jaime I er dispense tous les Juifs et toutes les Juives de l'aljama 
de Barcelone du port de la roue ou de tout autre signe distinctif placé 
sur la tête ou quelqu'autre partie du corps, à l'exception des capes rondes 
(capas rotundas) qu'ils continueront à porter en ville (per vilas), mais 
qu'ils pourront remplacer, quand ils en sortiront à cheval ou à pied, par 
une cape pluviale à manches (cum manicis) ou par tout autre vêtement 
pluvial; le roi dispense même du port de la cape ronde les Juifs qui font 
partie de sa suite ou de celle des infants, ou qui remplissent des fonctions 
royales. — Même date. 

Reg. 15, f° 123. — Cop. : Collection Bofarull. — Indio. : Jacobs, n° 427. 

391. — Jaime I er autorise les mêmes à recevoir de leurs débiteurs 
4 deniers pour livre par mois d'intérêt, à vendre, exploiter, acheter avec 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I e ', PEDRO III ET ALFONSO 111 31 

les chrétiens, et confirme toutes leurs dettes, pourvu qu'elles aient été 
souscrites au taux légal. — Même date. 

Rég. 15, f° 123. — Gop. : Collection Bofarull. — [ndiq. : Jacobs, n" i28. 

392. — Jaimc I er accorde à l'aljama juive de (iirone les mêmes privi- 
lèges qu'à celle de Barcelone (Voy. n os 386 à 391). — Même date. 

Reg. 15, f" 123. — Cop. : Collection Bofarull. — [ndiq. : Jacobs, n° 429. 

393. — Jaimc I er assigne à l'aljama des Juifs de Girone et de Besalû 
sur les revenus de la bailie de Besalû les 1.000 sous barcelonais qu'il lui 
doit : et il nomme Jucef, fils d'Astrug Ravaya, baile de Besalû, avec mission 
d'en percevoir les revenus jusqu'à complet remboursement de la créance 
<le l'aljama et aussi jusqu'à ce qu'Astrug Ravaya, Juif de Girone, ait 
recouvré les 2.300 sous qu'il a prêtés au roi. — Même date. 

Reg. lo, f" 123 v". — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n" 430. 

394. — Jaime I er accorde à l'aljama des Juifs de Perpignan les mêmes 
privilèges qu'aux Juifs de Barcelone et les autorise, en outre, à construire 
une synagogue (Voy. n 0s 386 à 361). — Même date. 

Bej:. 1.;. f° 123 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indio. : Jacobs, n° 431. 

395. — Jaime I er accorde à ses Juifs de Montpellier les mêmes privi- 
lèges qu'aux Juifs de Barcelone (voy. n°" 386 à 391), en spécifiant que 
tous les signes portés par les Juifs de la juiverie épiscopale seront égale- 
ment portés par les Juifs de la juiverie royale; mais si les Juifs épisco- 
paux portent des signes plus infamants que ceux des Juifs de la couronne, 
les Juifs royaux de Montpellier porteront alors les mêmes signes que les 
autres Juifs du royaume. — Même date. 

Beg. 15, f° 123 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indio. : Jacobs, n° 431. 

396. — Jaime I er , ayant appris que le baile et les autres membres de la 
cour de Montpellier, au mépris du privilège portant qu'une enquête ne 
peut être faite contre les Juifs royaux de ladite ville, à moins qu'ils n'aient 
été l'objet d'une accusation ou dénonciation formelle, procèdent à des 
informations contre lesdits Juifs, sous prétexte de faits délictueux parve- 
nus à leurs oreilles, mande auxcuriales de se conformer aux dispositions 
du privilège qu'il a précédemment accordé à ses Juifs de Montpellier. 

Voy. n° 356.) — Même date. 

Reg. 15, f° 124. — Cop. : Collection Bofarull. — Publ. : Kabn, Juifs de 
Montpellier, dans R. E. ./., t. XIX (1889), pp. 271-272 (d'après Arch. mun. «le 
Montp.. cassettes de Louvet D XX, n° 4 : vidimus délivré, le 2 avril 1269, par 
Laurent Miquel, m. taire, à la requête de Ferrier Bonafos, syndic de la commu- 
nauté juive de Montpellier). — Indiq. : Kabn, ibid., p. 263; Jacobs, n° 432. 

397. — Jaime I er nomme Mosse de Lunel et Abraam de Lodève procu- 
reurs des Juifs de Montpellier, avec mission de recueillir les revenus de 



32 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'Aumône de la juiverie royale, et notamment de l'aumône dite « Hélides ». 
— Même date. 

Reg. 15, f° 12't. — Cop. : Collection Bof'arull. — Indiq. : Jacobs, n° 433. 

398. — Jaime I er autorise Faljama des Juifs royaux de Montpellier à 
lancer, chaque mois, l'alatma ou hereni sur les faux accusateurs et les 
faux témoins. — Même date. 

Reg. 15, f° 124. —Coi-. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n<> 434. 

399. — Jaime l or ratifie la reddition de comptes qui lui a été faite à 
Cervera par les aljamas des Juifs de Barcelone, Villafranca del Panades, 
Tarragone, et leurs délégués, Bonjues Salamô, Samuel Gap, Juifs barce- 
lonais, relativement à la quête du tribut des treize derniers semestres, 
dont le montant s'est élevé par an à 21.250 sous barcelonais et au total à 
116.875 sous; au règlement de comptes, le roi se trouve débiteur à l'égard 
des communautés susdites de 134.567 sous, soit 17.690 sous barcelonais 
de tern, plus de 10.000 sous de tern qu'elles lui ont prêté en vue de l'expé- 
dition dirigée contre le comte de Foix et H. de Cardona, plus enfin de 
100 morabotins alfonsins, le tout assigné sur le tribut de la Noël. — 
Même date. 

Reg - . 45, f" 3 124v°-l25 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, 
n° 434 a. 

400. — Jaime I er accorde à Paljama des Juifs de la ville et collecte de 
Lérida, les mêmes privilèges qu'aux Juifs de Barcelone (voy. n 0s 386 à 389 
et 391) ; le roi autorise, de plus, les Juifs de Lérida à exercer la profession 
de courtier. — Lérida, 9 novembre 1268. 

Cor. : Arcb. d'Arag., Pareil, de Jaime I er , n° 1955, transcription notariée du 
10 juillet 1306. — Publ. : Documentes inéditos, t. VI, pp. 170-172. — 
Indiq. : Ainador de los Rios, t. I, p. 427, n. 2; V. de Balaguer ', Hisloria de 
Calaluna, Madrid, 1885-1887, 11 vol. in-8°, t. IV, pp. 370-372 (traduction 
espagnole de l'acte latin); Lea, Inquisition of Spain, t. I, p. 92. 

401. — Jaime I er abaisse pour un délai de trois ans à 400 sous de Jaca 
le tribut que doit lui payer Faljama des Juifs de Montclus. — Calatayud, 
8 décembre 1268. 

Règ. 15, f° 129 v". — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 435. 

402. — Jaime I er fait remise a l'aljama des Juifs d'Alagon de 100 sous 
sur les 900 du tribut annuel. — Calatayud, 10 décembre 1268. 

Reg. 15, f° 130. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 430. 

403. — Jaime I er assigne à son fils Sancho, archevêque de Tolède, la 
somme de 1.000 sous sur la juiverie de Teruel. — 12 janvier 1268/9. 

1. Cet émail et le précédent donnent à tort à cet acte le millésime de 1248. 



CATALOGUE DES ACTES DE JÀIMË I er , PEDRO III ET ALFONSO III 33 

Publ. : F, Fernandei y Gonzalez, Estudo social y polilico de los Mude 
jures de Caslilla, Madrid, 1866, in- 4°, p. 362 (d'après Bibl. Nac., Coleccion 
del P. Burriel, T. Dd. 42,1° 215). 

404. — Jaime I er concède à Salano d'en Salries, Juif de Girone, sa vie 
durant, la bailie du cercle [rodomnn 1 ) de Besalû et de Banolas, avec le 
pouvoir d'assembler ledit cercle et de prélever pour ses dépenses person- 
nelles la treizième partie de la recette. — Barcelone, 12 mars 1268/9. 

Reg. 16, f° 143 v°. 

405. — L'infant don Pedro affranchit du tribut ou peite les Juifs con- 
tribuant à la quête de Girone et Besalû qui viendront peupler Figueras, 
la cinquième année qui suivra leur transfert; pendant les cinq pre- 
mières années, le tribut sera le même à Figueras qu'à Girone et Besalû. — 
Même date. 

Reg. 17, f° 103. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 495. 

406. — Jaime I er , en récompense du subside de 40.000 sous que les 
Juifs des aljamas de Barcelone, Tarragone et Villafranca del Panades lui 
ont octroyé pour le passage d'outre-mer, les affranchit pendant trois ans 
de toute contribution royale, et leur mande, encore une fois, de prélever 
sur le tribut les 27.690 sous barcelonais et les 100 morabotins qu'ils lui 
ont prêtés (Voy. n° 399). — Barcelone, 13 mars 4 268/9. 

Reg. 16, t'° 144 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 438. 

407. — L'infant don Pedro fait aux mêmes semblable concession. — 
Même date. 



408. — Jaime I er dispense les Juifs royaux de Montpellier de l'obligation 
de contribuer avec les habitants de la ville aux taxes communales. — 
Montpellier, 7 avril 1269. 

Reg. 16, f° 148 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 439. 

409. — Jaime I er accorde sa rémission à Crescas d'Aix, Juif royal de 
Montpellier, courtier en étoffes d'écarlate (grana) et « averis de pes 2 », 
inculpé d'avoir frappé au visage un sergent qui lui avait intimé l'ordre de 
cesser le courtage de L'écàrlate et de livrer le vase (vernicatum') dans 
lequel il portait la teinture. — Montpellier, 8 avril 1269. 

Reg. 16. t° 148 v°. 

1. En catalan rodo. Le mot castillan rodon signilie : cercle de personnes. 

-!. Eu vient français, l'expression avoir-de-poids s'appliquait à des objets qui se 
vendaient au poids et qui étaient employés, notamment, comme matières colorantes 
Godefroy, Dict. de l'anc. langue française, sub verbo). 

3. En catalan, vernic/al signifie vase. 

T. LXI, te 121. 3 



34 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

410. - Jaune [<* promet a L'aljama des Juifs de Perpignan, Cerdagne et 
Contient de sabsteflîti pendant trois ans d'accorder des prorogations 
d'échéance a leur, débiteurs, sauf a ceux qui le suivront dans les parties 
d'outre-mer. - Perpignan, 15 avril 1269. 

Régi 16, (" 157 v". — Coi». : Collection Bofârull, — Indiq. : Jacobs, q°444. 

411. — Jaiinc l ur permet à l'aljama des Juifs de Girone et Besalu 
d'exiger en justice le remboursement des créances, quand la somme des 
intérêts produits aura atteint le chiffre du capital. - Girone, 19 avril 1269. 

Reg. Hi, i" L52. — Indiq. : Jacobs, u" 451. 

412. - Jâï'mé 1 er , considérant que les Juifs de Girone et de Besalu sont 
lM i butte aux tracasseries incessantes des chrétiens qui habitent avec eux 
et, en particulier', a celles des gens de la maison royale qui réquisitionnent 
Les ustensiles et les draps (superlectilia et pannos) desdits Juifs, les dis- 
pensée roBlîgâtlbri de donner l'hospitalité aux chrétiens et de fournir 
des draps a toutes les personnes de sa suite, à la réserve, toutefois, qu ils 
seront tenus de prêter les draps nécessaires à dix lits pour la chambre 
royale, toutes 1rs fûts que le roi séjournera a Girone. - Même date. 

lieu, lli. t" L52 v°. 

413. - Jaime I- affranchit les Juifs «le Girone et de Besalu, à partir 
de Pâques, pour trois ans, de toute contribution royale, le tribut excepté, 
en récompense des 10.000 sous barcelonais qu'ils lui ont octroyés pour le 
passage d'outre-mer. — Même date. 

Reg. 10, t" 153. — Cop. : Collection Bofârull. — Indiq. : Jacobs, n° 442. 

414. — Jaime 1 er promet aux Juifs de Girone et de Besalu de s'abstenir 

pendant trois ans d'accorder des prorogations d'échéance a leurs débi- 
teurs, sauf à ceux qui raccompagneront aux parties d'outre-mer. - 
Même date. 

Reg. 16, t'° 133. — INDIQ. : Jacobs, u° 443. 

415. - Jaime I»', considérant que les Juifs de Perpignan se livrent 
activement au négoce, ce qui les oblige à sortir de la ville et a voyager 
dans tous les lieux du Koussillon, de la Gerdagne et du Confient, les dis- 
pense de l'obligation de payer, pour leurs montures, dans les lieux ou ils 
passeront, aucun droit de péage ou de leude. - Barcelone, 22 avril 1269. 

Re°\ 16, f° 157 v°. — Cop. : Collection Bofârull. — Indiq. : Jacubs, u" 147. 

416 - Jaime I*' concède aux Juifs de Perpignan «pie les contrats de 
prêt ne mentionnant pas le motif de l'emprunt soient valables quand 
môme en justice ou en dehors ; que dans ces contrats ils puissent insérer 
que tout leur est dû a titre de capital ,pro capttall sive SQrW ; que les 
créanciers puissent faire exécuter leurs débiteurs et les repondants de ces 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 3Î> 

derniers, même s'il s'agit d'hommes de « mansade » oii de « borde 1 », et 
quoique h seigneur de mansade n'approuve p «• i s L'obligation faite par ses 
hommes ou ses garants de biens relevant de sa mansade. — Même date. 

Reg. 16, t ■■■ 158. — ('.(-!•. : Collection BoflitUll. - Indiq. : Jacobs, u" U9. 

417. — Jaimt 1 I er concède à L'aljama des Juifs de Perpignan, Cerdagne 
el Confie ni le pouvoir de choisir dans son sein deux on trois prud'hommes 

chargés de connaître des délits prévus par la charte royale dn 9 dé- 
cembre 1241 (Voy. plus haut n° 29). — Barcelone, 23 avril 1269. 

lu-, 10, t'° 188. — GOP. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacohs, n" U>(). 

418. — Jaime I er promet de ne pas accorder de franchise d'impôt aux 
Juifs habitant on devant habiter Valence, annule par avance toute exemp- 
tion qu'il pourrait accorder à l'avenir et autorise l'aljama de cette ville à 
excommunier et à priver de sépulture dans le cimetière juif tout contri- 
buable qui refuserait de verser sa quote-part en excipant d'une dérogation 
au présent acte. — Même date. 

Reg. lti. I 159. — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 453. 

419. — Jaime 1 er mande que s'il arrive que des Juifs de Perpignan, 
Gcrdagne et Confient soient en procès devant une autre cour que celles 
dn baîlé, du vigûier ou de juges royaux, et que l'affaire ne soit pas réglée 
conformément a la coutume royale dans les quarante jours, passé ce 
délai, les fonctionnaires royaux devront obliger les défendeurs à faire 
complément de justice aux dits Juifs devant une autre juridiction. — 
Barcelone, 24 avril 1269. 

l'.r-. 16; f° 1.T7. - Cor. : Collection Bofarull. 

420. — Jaime 1 er accorde à l'aljama des Juifs de Perpignan, Gerdagne 
e1 Confient la même concession qu'aux Juifs de Girone et de Besalû 
touillant le recouvrement de leurs créances (Voy. plus haut n° 411). — 
Même date. 

Reg. 16, f'° 157. — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, no U4. 

421. — Jaime I er concède à tous les Juifs de Perpignan, Cerdagnc et 
Confient la faculté de jouir de tous les privilèges qu'il a accordés à 
l'aljama des Juifs de Barcelone. — Même date. 

Reg. 16, f" 157 v°. — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° i 'i;i. 

422. — Jaime I er concède aux mêmes que dans un procès entre 
chrétiens et Juifs la preuve orale ne soit acquise contre ces derniers 
que si elle &s\ faite à la fois par un témoin chrétien et un témoin juif, 
La preuve écrite, par une charte portant les souscriptions d'un chrétien 
el d'un Juif. — Même date. 

I; . 16, t" 157 v°. — Cor. : Collection Bofarull. 
I. Tenanciers quasi serfs. 



36 REVUE DES ETUDES JUIVES 

423. — Jaime I" a appris que, comme certains sont obligés à l'égard 
de Juifs de Perpignan, Cerdagne ou Contient, soit a titre de débiteurs 
principaux, soit à titre de répondants, sans avoir fait apposerai» contrat 
de prêt les signatures [firmamenta) de leurs femmes, ces dernières 
mettent opposition sur les biens de leurs maris en raison de leur dot ou 
de leur douaire, quoique ces biens aient une valeur supérieure à leur 
dot ou à leur douaire; le roi mande à ses officiers de procéder à l'esti- 
mation de la fortune des débiteurs des Juifs, en commençant par les 
meubles; si le produit de la liquidation des meubles ne suffit pas à 
indemniser réponse, la différence sera prélevée sur la somme réalisée par 
la liquidation des immeubles du mari ; la femme aura le choix, cepen- 
dant, de recevoir en paiement des meubles ou des immeubles; les dis- 
positions ci-dessus ne s'appliquent qu'aux femmes habitant des cités et 
villes royales ; quant aux autres, elles seront payées exclusivement sur 
les immeubles, la liquidation des meubles devant servir à désintéresser 
les Juifs créanciers. — Même date. 

Reg. 16, f» 158 v°. — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 451. 

424. - Jaime I er affranchit l'aljama des Juifs de Valence, pendant trois 
ans, a partir de la dernière fête de Pâques, de tout tribut, peite, etc., en 
récompense des 10.000 sous réaux de Valence qu'il en a reçus en vue du 
passage d'outre-mer et dont il lui donne quittance. — Même date. 

Reg. 16, f« 158 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 448. 

425. — Jaime l* r mande a ses officiers de contraindre tous ceux qui 
sont obligés pour dettes à l'égard des Juifs de Perpignan, Cerdagne et 
Conflent,\ant débiteurs que répondants, à acquitter leurs obligations, 
nonobstant quelque sursis. — Même date. 

Reg. 16, f° 159. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 454. 

426. — Jaime I er autorise les Juifs de Besalû a faire cuire leur pain, le 
Vendredi saint, la veille, le jour et le lendemain de Pâques, a l'intérieur 
de leurs maisons, dans un petit four (fumello), pour la consommation 
familiale, sans être tenus de rien donner au four royal de Besalû pour le 
droit de « fornage », ni de payer quelque amende pour infraction au 
statut royal prescrivant de ne faire cuire le pain qu'audit four; le roi 
consent à la dérogation ci-dessus pour éviter aux Juifs les dangers 
auxquels ils s'exposeraient en faisant cuire leur pain au four royal 
pendant la semaine sainte. — Barcelone, 25 avril 1269. 

Reg. 16, f« 159. — Coi-.: Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 452. 

427. — Jaime I er affranchit l'aljama des Juifs de Saragosse, pour la 
durée de trois ans, à partir de la fête de Pâques passée, de toute peite, 
tribut et exaction royale, à l'exception des 2.000 sous melgonens qu elle 
doit payer chaque année sur le tribut aux exécuteurs testamentaires de 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEDRO III ET ÀLFONSO III 37 

L'infante doua Maria, voulant par cette exemption la récompenser des 
20.000 sous de -laça qu'elle a octroyés au roi pour le passage d'outre-mer. 
— Cervera, 2 mai 1269. 

Rt'L'. 16, f° 161 v°. — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n* 456, 

428. — Jaime [° r accorde la môme exemption aux Juifs d'Alagon, qui 
ont fourni 800 sous pour le passage. — Huesca, 18 mai 1269. 

Reg. 16, f° 166. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 457. 

429. — Jaime I er confirme le privilège royal permettant aux Juifs héré- 
ditaires d'Alagon de peiter avec l'aljama des Juifs de cette ville.— Huesca, 
19 mai 1269. 

Reg. 16, f° 166. — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 458. 

430. — Jaime I er , considérant les nombreux services que lui a rendus 
son médecin Acaeh, de Barcelone, affranchit ses parents Perfeyt et Azmel, 
fils de feu en Abenvenist Avenbenvenist, Juifs de Tudèle, de toute peite, 
tribut, exaction, et leur accorde sa sauvegarde, sous peine pour tout 
contrevenant de 1.000 morabotins d'or. — Daroca, 12 juin 1269. 

Reg. m. f> I7d v\ — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 460. 

431. — Jaime I er reconnaît devoir a Dueiia del Cano, Juive, veuve de 
Samuel de Nagera, et à ses enfants 195 sous de Jaca, reliquat d'une dette 
de 275 sous qu'il avait souscrite par albaran à l'égard de feu son mari 
et qu'il lui assigne sur les prochains tributs des Juifs de Téruel. — Téruel, 
17 juin 1269. 

Reg. 16, f u 171 v°. 

432. — Jaime I e ' concède; à tous les Juifs de Majorque (Palma) que dans 
tout procès entre chrétien et Juif la preuve ne puisse être faite par le 
témoignage d'un chrétien ou d'un Sarrasin, mais par celui d'un chrétien 
et d'un Juif, ou encore d'un Sarrasin et d'un Juif; il les autorise, en 
outre, à habiter librement dans leurs maisons de Majorque, sans crainte 
d'en être expulsés. — Valence, 24 juin 1269. 

Publ. : Fidel Fita et Llabrés, Judios mallorquines, dans Boletin de Ma- 
drid, t. XXXVI (1900 , pp. 22-23, n" 7 (d'après ms. Pueyo, f°* 7 et 8). 

433. — Jaime I er concède aux Juifs de l'aljama de Majorque les privi- 
lèges suivants: 1° droit d'acheter des maisons d'habitation {slalicum), des 
vignes et autres immeubles dans ladite cité et au dehors, et d'habiter les 
maisons achetées ou louées ; 2° privilège relatif à la preuve judiciaire 
(voy. n 422 ; 3° un Sarrasin captif ne pourra porter témoignage contre un 
Juif: ï" si quelque Sarrasin, esclave d'un Juif ou de l'aljama juive, entre 
dans une église de la cite OU de l'île de Majorque pour s'y faire baptiser, 
le baptême ne lui sera pas donné avant l'expiration du délai prescrit, et 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

une fois baptise, le Sarrasin devien-difa esclave du roi; 5° si les Juifs 
majorqnins créanciers ne sonl pas remboursés au bout de cinq ans et 
demi, terme établi par le roi en Catalogne, ils pourront porter plainte a 
la pour de Majorque, qui les aidera à recouvrer, non pas le capital, mais 
les intérêts. — Majorque, 21 juillet 1269. 

Publ. : Ib'id., p. 23^25, n" S d'après ms. Pueyo, f°« 6 v°-7). 

434. - Jaime V r mande aux secrétaires et à l'aljama de Barcelone de 
paver a Bérenger de Porta, chanoine de Barcelone, 6.760 sous barcelonais 
à valoir sur leur prochain tribut. — Barcelone, 20 août 1269. 

Reg, t.i, f" 1S7. 

435. — Jaime I er mande à ses viguiers et autres officiers de Perpignan 
qu'en recompense des nombreux et gracieux services que ses fidèles Juifs 
de Perpignan lui ont rendus et ne cessent de lui rendre, il les a affranchis 
,1e tout péage ou leude pour leurs personnes et leurs montures dans tous 
les lie. in des vigueries royales; le roi prescrit, en conséquence, de resti- 
tuer aux dits Juifs toutes les sommes perçues ou les saisies faites a leur 
détriment à l'occasion des leudes depuis l'octroi de l'acte d'exemption. - 
Perpignan, 10 octobre 1269. 

Pcbl. : Alart, \Privïlèges et litres de Roussillon, ]>. 296 (d'après Arch. 
des.Pyr.-Orient., Prqcuraeio .val. reg. II, f'° 2o). - Indiq. : Vidal. Juifs ,1e 
Roussillon, p. Ui(d'après même source). 

436. — L'infant don Pedro concède à Abraam de la Torre de Bar- 
celone Juif de Villarreal, moyennant le droit d'entrée en possession de 
400 sous barcelonais, et a charge d'un cens de 200 sous barcelonais de 
tern, payables chaque année à la Noël, une maison d'habitation {siadium) 
sise a Villarreal avec le « casai » y attenant avec les « sufferimentis », 
les tables, les bancs de pierre (pedrissù*), les « embaranis », les fenêtres, 
les rez-de-ebaussée et les étages (sotulis et solariis), les cloaques et les 
éviers, toutes choses dont le tenancier pourra disposer à son gré, a la 
réserve, du cens, du droit de lods et ventes (fatica) et du domaine direct.— 
Villarreal, 18 décembre 1269. 

Reg. .'57, t'° 'A. —Indiq. : Jacobs, n° 111. 

437. — D. Pedro donne licence à Jucef, fils de feu Abraham, de faire 
surélever, élargir et allonger la partie du mur du château de Besalù qui 
confronte Le verger attenant aux maisons dudit Jucef. — Même date. 

Reg. 37, f° 3. 

438. - Jaime l" interdit a tout Juif royal de Montpellier de dire 
ou de chanter les heures dans la synagogue aux Vêles solennelles, à 
moins qu'il n'en ait été chargé parles collecteurs des aumônes juives ; il 

]. En eata|an, pedris: banc de pierre nu pierre de seuil. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO ÎIÎ ET ALFONSO III 39 

défend, en outre, s quiconque de troubler ou de suspendre la céléto»|ion 

de l'office dans la synagogue, si ce n'est par ordre de l'aljama, sous peine 
'.o li\res d'amende. — Valence, 10 février 1269/70. 

Reg. 16, l" ! '.s v". — Cnp. ; Collection l'.ol'ai'ull. — Indio. : Jacolis. n' 'i ill 

439. — Jaime I er accorde sa rémission à Vidon de Carcassonne, Juif de 
Hontpellier, inculpé d'avoir profère des outrages, blasphèmes et malédic- 
tions a l'adresse du roi. — Même date. 

Reg. 16, f" 140. 

440. — L'infant don Pedro accorde sa rémission à Salamon, tils de 
Bonjneu de la Torre, inculpé de blessures sur la personne de Salamon 
Vidal. Juif de Burrian'a, moyennant la composition de 200 sous de Jaea, — 
Tarazona, 11 juin 1270. 

tir-. :î7, f° 7. — fis-DiQ. : Jacobs, 11" 712. 

441. — Jaime I" accorde sa rémission a Jucef de Faro, Juif de Téruel, 
meurtrier d'un Sarrasin, mais en eas de légitime défense. — {Valence. 
28 juin] 1270. 

Reg. 16. f° 196 v°. 

442. — Jaime I er avise par écrit le maître de la milice de. Saint- 
Jacques que le Juif Mayrius a déclaré par devant lui qu'il était prêt a 
faire complément de justice audit maître, qu'il a fourni comme répon- 
dants deux chrétiens, qu'il l'a supplié de lui faire restituer ï'aïquéria de 
Anna, et que finalement, il a consenti a ce qu'il fût sursis pour quinze 
jours au règlement de son affaire. — Valence, 1 er juillet 1270. 

Reg. 16, f 198 v". — Indiq. : Jacohs, n° 461. 

443. — Jaime l* accorde son sauf-conduit et sa sauvegardé à Baronet 
Avenmenage et Mançer A.venmenage frères. Juifs d'Alexandrie, pour leurs 
personnes, leurs familles et leurs biens. — Valence, 4 juillet 1270. 

Reg. 16, f° J99 f 

444. — L'infant don Pedro accorde son guidage, sous peine pour tout 
contrevenant de 500 morabotins, à Salamon, tils d'en Ronjua d'en Adret 

lyllam, son fils. — [Tarazona], 18 juillet 1270. 
Reg. 37, (° 7 v°. — Indiq. : Jacobs, d° 713. 

445. — Jaime 1' concède a Naci Azday, Juif «le Lérida, en héritage 
propre, franc et libre, avec Je droit d'y balir o>S maisons, le pain situe 
dansla « Cuiraça» des Juifs de cette ville dans la tour de Pinel, palu que 
le Juif Viv,s de Limoux a donné à l'aljama de Léri.da, el qu'a son tour 

aljama a donné à Bonef Avïnceyt, Juif défunt. — Valence, 22 juillet 1270 
16,f 202v°. — Cop. : Collection Bofarull. —Indiq. ; Ja«obp,tf 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

446. — Jaime I er nomme Naci Azday, Juif de Lérida, aux fonctions de 
rabbin des Juifs de Lérida dans les commandements de l'Ancienne Loi 
(in mandatis Legis veteris) et de juge de l'aljama juive de la même 
ville, lui reconnaissant le droit de régler les procès entre Juifs selon 
F « azuna 1 » juive et de s'adjoindre à cet effet deux prud'hommes juifs, 
qui seront tenus de lui prêter conseil à chaque réquisition, à moins 
qu'ils ne soient malades ou absents de la ville, sous peine au profit du 
roi d'une amende de 10 morabotins. — Valence, 28 juillet 1270. 

Reg. 16, f° 202. — Gop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 462. 

447. — Jaime I er confirme en faveur des Juifs de Barcelone la sen- 
tence rendue par le viguier de cette ville sur le fait des intérêts dont les 
versements doivent être consignés dans un acte public, à la réserve que, 
si quelqu'un se plaint à lui k ce sujet, les Juifs seront tenus de faire droit 
au plaignant selon la forme du statut royal. — Alcira, 9 août 1270. 

Reg. 16, f 0s 203 et 231 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, 
no 464. 

448. — * L'infant don Pedro accorde son guidage à Jucef de Villafranca, 
Juif de Barcelone, sous peine pour tout contrevenant de 500 morabotins 
d'amende. — [Tarazona], 17 août 1270 

Reg. 37, f° 8. 

449. — Jaime I er accorde une exemption triennale d'impôts au Juif 
Samuel, fils d'Alfaquim de Montblanch.— Valence, 2 septembre 1270. 

Reg. 16, 1° 211. — Indiq. : Jacobs, n° 467. 

450. — L'infant don Pedro accorde son guidage à Içach Suyllam et à 
Samuel Suyllam, sous peine pour tout contrevenant de 500 morabotins 
d'amende. — [Tarazona], 3 septembre 1270. 

Reg. 37, f° 8 v°. 

451. — D. Pedro remet à Gresquas, fils de Çarch, Juif de Besalû, et à 
son domestique (nuncio), moyennant 500 sous barcelonais, toute peine 
encourue pour agression et coups perpétrés sur la personne de deux Juifs 
de Besalû, Mayron Zabarra et Jucef Azday. — Villareal de Figueras, 

5 décembre 1270. 

Reg. 37, f° 10. — Indiq. : Jacobs, n° 714. 

452. — D. Pedro accorde sa rémission à Salomon, fils de Çaracosa, 
inculpé de coups sur la personne de Haym, fils de Jucef Japel, Juif de 
Lérida, moyennant la composition de 200 sous. — Villareal de Figueras, 

6 décembre 1270. 

Reg. 37, f° 10. — Indiq. : Jacobs, n° 715. 

1. Voir p. 9. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 41 

453. — D. Pedro accorde sa rémission à Maïr, fils de Jncef Zabarra, 
qui s'était disputé avec Icach Gabrit, Içach Cresquas, Cresquas, fils d'en 
Çarch et Salomon, fils de ÇaracQsa, et leur avait porte des coups. — 
Même date. 

Reg. 37, f° 10. — Indiq. : Jacobs, n° 716. 

454. — D. Pedro accorde sa rémission, moyennant 100 sous de Jaca, 
à Abrahim Amnerdutoyes, Juif de Huesca, et à sa femme Marie, fille de 
Çaragozan, accusés d'avoir trouvé et recelé un trésor dans leur maison. 
— Lérida, 9 janvier 1270/1. 

Reg. 37, f 12. 

455. — Jaime I er accorde son guidage et sa rémission à Jucef de 
Tudela, Juif de Lérida, sous peine pour tout contrevenant de 300 mora- 
botins d'amende. — Castillon del Campo de Burriana, 21 janvier 1270/1. 

Reg. 14, f° 108 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 389. 

456. — Jaime I er accorde son guidage à Mahabubli, Juif de Munie, 
pour la durée d'un an, et. au terme de la concession, pour tout le temps 
qu'il fera résidence dans un lieu du royaume, sous peine pour tout con- 
trevenant de 200 morabotins d'or. — Valence, 29 janvier 1270/1. 

Reg. 16, f° 228 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 469. 

457. — Jaime I er adjuge définitivement à Naci Azday, Juif de Lérida, 
le patu qu'il lui a déjà concédé (Voy. n° 445), à la réserve qu'il devra 
payer aux adélantades et à l'aljama le cens annuel que G. de Namonta- 
guda, baile, et Domingo de Cardona versaient à la cour de Lérida ; le roi, 
après avoir fait cette donation, l'avait révoquée, l'aljama y ayant mis 
opposition. — Valence, 16 février 1270/1. 

Reg. 16, f° 232. — Cor. : Collection Rofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 471. 

458. — Jaime I er ratifie le statut {tacanam) dressé par Jahuda de 
Cavalleria, baile de Saragosse, par les adélantades et l'aljama des Juifs 
de Saragosse dans l'intérêt du roi et de la communauté et concède que 
trois Juifs choisis selon ledit statut puissent juger les causes de leurs 
coreligionnaires de Saragosse, à la réserve, toutefois, du droit de Sala- 
mon Alfaquim. — Valence, 31 mars 1271. 

Reg. 16, f° 2 40 v°. — Indiq. : Jacobs, n° i74. 

459. — Jaime I er a donné à David Almascaram, Juif de Valence, un 
banc ou siège de cinq palmes royales et demie de long devant l'arche du 
rôle {rotli) de la synagogue de Valence, entre le banc de Bucetrim Aben- 
vives et celui de Jucef Abinafia. — Valence, 2 avril 1271. 

Reg. 16, f° 257 v° Charte notice). — Indiq. : Jacobs, n° 480. 



4-2 REYTIK DES ÉT-UP-ES JURES 

460. — Jaime I er autorise l'aljama des Juifs de lïarhastro a ouvrir dans 
le mur d'enceinte, au bout de la porcherie (suta), vers le chemin de 
lluesea, un portail par où les bêtes chargée^ puissent entrer dans la 
« suta 1 » el en sortir, à charge de l'entretien dudit mur. — Valence, 
18 avril 1271. 

Reg. 16, f° 260 v°. — Cop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 482. 

461. — Jaime I er examine l'affaire suivante : Mosse Aleonstanti et 
Salamon, son frère, se plaignent que, malgré le choix fait par le roi de 
leur oncle Salamon Alfaquim comme juge de tous les procès entre les 
Juifs de Saragosse el du royaume d'Aragon, et le pouvoir délègue audit 
Salamon de faire exécuter les sentences par les officiers royaux selon la 
loi juive, Jafuda de Gavaleria, Jucef, Salamon Abenbruch et d'autres 
Juifs de L'aljama de Saragosse oui promulgué un statut portant que les 
prôeès seraient confiés a l'examen de trois Juifs de l'aljama, Salamon 
Alfaquim, Samuel Almerïdi et Acaçh Abenbruch : en conséquence, les 
plaignants demandent la condamnation de Jafuda et des autres Juifs à 
500 morabotins d'or d'amende : ils produisent a l'appui de lewv demande 
un acte du 22 février L257/S, dans lequel Jaime I er mande (Je Tortose à 
ses officiers de taire exécute)' les sentences rendues par Mosse, neveu et 
substitut de Salamon Alfaquim, selon la loi hébraïque, entre les Juifs du 
royaume de Valence; Jafuda soutient, à son tour, que Mosse Aleonstanti 
a usurpe les fonctions de juge du royaume de Valence, son oncle n'en 
ayant jamais obtenu le pouvoir; pressé d'exhiber les commissions de 
juge délivrées en faveur de Salamon, Mosse se dérobe, et le roi le con- 
damne par eoui umace a la confiscation de la moitié de ses biens, meubles 
et immeubles. — Valence, 24 avril 1271. 

Reg. 16, f° s 2lil V9-262. — Cor. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° 183. 

482. — Jaime I er accorde son guidage, sous peine pour tout contreve- 
nanl de 300 morabotins d'amende, à Çalema Sastrc, a ses enfants et a son 
gendre Aeah de Mclina, Juifs de Téruel. — Valence, 26 avril 1271. 
R<3g, 16, f" 2li(). — Ixi.in. : Jacobs, n° 481. 

463. — L'infant don Pedro accorde son guidage à ïçaeh de l'alafolls, 
Juif de Barcelone, sous peine pour tout contrevenant de 1)00 morabotins 
d'amende. — [Barcelone], 26 mai 1271. 

Reg. 37, l'° 18 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 718. 

464. — Jaime I er reconnaît devoir au Juif David Almascaram 4.420 
SOUS reaux de Valence, qu'il lui assigne sur les revenus des châteaux de 
(iuadalesl, Contîntes, l'enaguila et Caslellon. — Valence, 29 mai 1271. 

Reg. 14, f° 120. — Indiq. : Jacobs, n° 3912. 

1. Peut-être sida a-t-il ici le même sens que le mot arabe as-suadà, écluse, prise 
d'eau et, par suite, abreuvoir. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I or , PEDRO III ET ALFONSO III 43 

465. — I. infant don Pedro reconnaîl avoir emprunté aux secrétaires 
el à L'aljama des Juifs de Barcelone 200 morabotins d'or alfonsins et 
10.000 sous barcelonais sur gage de quatre boucles d'or serties de pierres 
précieuses. — Barcelone, 4 juin 1271. 

Reg. 35, 1" 63 v. 

466. — .laimt 1 [°F reconnaît devoir au Juif Vives, (ils de Jucef Aben- 
vives, baile royal de Sollana el Trullas, pour les sommes dépensées à la 
construction du palais royal realli) de Valence depuis le 25 novembre 
1270 jusqu'au i février 1271, 2.865 sous réaux, qu'il lui assigne sur les 
revenus de sa bailie. — Valence, 3 juillet 1271. 

Reg. 14, f° 120 v". — Indiq. : Jacobs, n" 393. 

467. — Jaime I er donne quittance à l'aljama des Juifs de Barcelone de 
5.000 sous barcelonais qu'elle lui a avancés sur les tributs futurs pour 
la construction du palais royal de Barcelone. — Valence. 5 juillet 1271. 

Reg. 1 i. t" 120 \". — Indiq. : Jacobs, »° 394. 

468. — Jaime I er autorise l'aljama des Juifs de Valence à acheter la 
viande dans les boucheries de la ville el à la faire préparer par leur rabbin 

selon la loi mosaïque, sous peine pour toute infraction d'une amende do 
lu s. ois. Valence, 20 juillet 1271. 

Reg. 16, r JiS v°. — Gop. : Collection Bofarull. — Indiq. : Jacobs, n° ï7i;. 

469. — Jaime I er assigne au Juif Vives, fils de Jucef Abcnvives, liaile 
de Sollana, sur les revenus royaux de ce lieu, les 2.100 sous qu'il lui doit. 
— Même date. 

Reg. 16, f° 2V.). — Cor. : Collection Bùfarull. — Indiq. : Jacobs, n- 477. 

470. — Jaime I er renouvelle en faveur de l'aljama des Juifs de la cité 
de Majorque le privilège relatif à la preuve judiciaire (Voy. n' 432). — 
Valence, 30 juillet 1271. 

Reg. 21, f " 4 v°. — Cor. : Collection Bofarull. — Publ. : Fita et Llabrés, 
Judios rnallorquïnes, dans Botetin de Madrid, t. XXXVI (1900), pp. 25-26, 
n" 9 (d'après ois. Pueyo, 1° 7). 

471. — L'infant don Pedro accorde sa rémission a tous les Juifs de 
Girone el «le Besalu accusés d'usure. — Girone, 13 août 1271. 

Reg. 18, f°91 v°. — Indiq. : Jacobs, n° 503. 

\ 'suivre. 

Jean Régné, 



MEIB. B. BARUCH DE ROTHENBOURG 

(fin *) 



IV. — Les ouvrages de R. Méir. 

L'œuvre littéraire de R. Méir est aussi considérable par son éten- 
due que précieuse par son contenu. Cependant il n'a pas conçu 
un de ces grands ouvrages talmud'iques où il aurait mis l'empreinte 
de son esprit créateur. Il manque généralement aux glossateurs le 
sens de la forme et le besoin d'un ordre systématique: leurs tra- 
vaux n'ont pas de charpente, pour ainsi dire, mais s'appuient sur 
le texte qu'ils commentent. De même les écrits de Méir sont des 
recueils sans unité dans le plan et sans cohésion dans la concep- 
tion. Son activité littéraire se dépense en explications, décisions, 
règles [halachot), observations exégétiques et consultations; à 
part ces dernières et quelques ouvrages imprimés, la majeure 
partie de cette production n'est connue que par des citations ou est 
ensevelie dans des manuscrits. 

De son enseignement sont sorties les gloses, tossafot et hiddon- 
schbri, sur différents traités du Talmud. Dans les écoles tossafïs- 
tiques l'étude consistait surtout dans la notation des commentaires 
et il n'est pas impossible que Méir ait déjà commencé à rédiger des 
gloses en France. 

/ 2 . — Méir a écrit des Tossafot* et des Hiddouschim ' — on ne 

1. Voir Revue des Études juives, t. LV1II, p. 226, t. LIX, p. 42 et t. LX, p. 53. 

2. Voir Zunz,|Z. <;., 40 ; Michael, Or ha-Chajjim, 520-521. 

3. Appelées niDDin [Mordechaï, Schebouot, 1175), n*C"HD (ibid., I, 755; v. 
Kolin, p. 31 ; Tesch. Maïm., ^Sp, n° 35.) Les citations sont précédées des mots arQ, 

■piab, pOD. 

4. "OlTn {Consultations, éd. Prague, 512), 73 "a "•OTT^Hn [ià., 871, 954), 

7a"n "^"i-pn [Hag. Maïm., rmnn ina^, v, 5). 



MÉIR B. BARUCH DE ROTIIENBOURG 4S 

peu! pas distinguer ces deux genres — sur les traités suivants : 
Berachot ', Sabbat -, Eroubin 3 , Yoma A — ce sont ceux qui figurent 
dans nos éditions — Guittin*) Ketoubot*, Yebamof 1 , Kiddou- 
schin s , Nedarim 9 , Baba Kamma™, B. Mecia u , H. Batra* 2 , 
Scheboaot iZ , Sanhédrin**, Menahot K *> Beckorot* 6 , Houllin* 1 . 

J . — Gloses sur le sixième ordre de la Mischna ,8 . Connues de 
Yomtob Lipmann Heller ,,J , elles ont été imprimées dans l'édition 
du Talmud de Romm (Wilnà, 1897). 

3. — Piské Eroubin ou Hilchot Eroubin ao . 

4. — llalachot Pesait kot 2i . 



1. Mordechai, Beracfiot, 255. 

2. Hag. Maim. t Sabbat, xix, 4: D^nSJjPT^a bTuaa 1T riaiEJn ?ap aî'wl 
■TODYrna ; xxi. 2 : 3^3£72m &ttÉ»n VOTim. 

3. J6/o*., Yomtob, v, b! : imN^inïJ "^ 'DU ana'»Z3 û""in7i2 b"a2 ; Mordechai, 
Schebouot, L125-H28 : -pN73 "13^3*1 aro lin p~)D {.ibidem une citation du Com- 
mentaire «lu Pentateuque de Joseph Bechor-Schor, terminée par '"i n^J^-iDTO pn^in 
lin piB73 TWû) ; #a#. aterrf., Sabbat, 260. Une glose de nos Tossafot d 'Eroubin 
(66a) porte b"T p^ia^TIE £""1 Ûtta n"n:;n. 

i. Hag. Maïm., Tefilla, i, 8 ; m, 5. 

5. Mord., Guittin, 542. 

6. Consultations, éd. Berlin, 69, n° 619 : ")"")n ^"n^n ^"HOS rrrTO " , ?3 'Dm 
laia -l-WO ; éd. Prague, 871, 959; Mord. Ketoub., 220, 333, 358, 400-1 ; Ascheri 
sur Ketoubot, xm, 17. 

7. Ufortf., Yeb., 22, 28, S2 ; Consult., éd. Prague, 567. 

8. Consult., éd. Berlin, 113, n° 293 : ^nana TTCl-pp bapb riD^p bjH 
•piai-ppa; Consultations de Salomon b. Adret, I, 867. 

9. Tesclioub. Maïm., ^"p, 35. 

io. /for/., rwN, 29, 30; ffa#. Maïm., rrnnn TIO^, v, 5. 

11. Consult., éd. Berlin, 68, n os 517-519 ; éd. Prague, 954. 

12. Éd. Prague, 691, 700,703-4, 930; Schitta Mekoubbécet sur B. IL, 38a, 40 b, 
446, 926, 95 a (d'après îDNnn 'DDin). 

13. Teschoub. Maïm., û^aDtS73, 61 (m^n nsna^a 'e T1DTTT!). 

14. Éd. Prague, 710. 

15. lia;/. Maïm.. mat^at, i; Mord., liai. Kelannol, 1299. 

16. Consulta éd. Lemberg (éd. Prague, 353 ; Crémone, 83) : *i"nn ^"1173 "pttîb 

-naa ar 'd ^;a -p«72. 

17. Mord., Houllin, 908, 1091, 1160. 

IN. V. Michael, o/>. «7., p. 519; Benjacob, n° 374. 

19. Dans l'introduction de son commentaire sur Tohorol il raconte qu'il a utilise 
une copie de ces gloses que Samson Wolf Oppenheim lui avait envoyée d'après son 
manuscrit. Il cite Méir sur les traités de Kélim (n, 6, iv, 1 ; vin, 8 ; xi, 6, 8 : xn, 3 ; 
xiv, 5 ; xv, 4, 6: xvi, 7; xvn, 15; xvm, 2, 3), Oholot, Ner/aïm, Para, Mihvaot, et 
tient souvent compte de ses leçons. 

20. Le second titre dans Ascheri, m, 6. Citées dans Hayyim Or Zaroua, Consul- 
tations, 81 ; Hag. Maïm., Sabbat, xvi, 4; xvn, 2, ia ; Eroubin, n, 1 ; Yomtob. n, 
8; v, 8; Taanit, v, 1, 8; Mordechai, Eroubin, i, 651 ; n, 463. 

21. Neubauer, Catalogue des manuscrits hébreux de la Bodléienne, n° 781, 2 a. 



46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

5. — Hilchot Berachot., souvent citées \ reproduites dans plu- 
sieurs recueils 2 ainsi que dans beaucoup de Mahzorim manuscrits 
et éditées à part à Riva en 1858 sous le titre de D'VttD ro-n 'o :$ . 

6. — Hilchot Sèmàhot, éditées dans mb n:n72 (Livourne, 1789) 
et souvent citées ''. 

7. — Hilchot Sthehiki, (tans les Consultations, éd. Berlin, 312 

(D"-rra b© rtb^rtd msbn rn) : \ 

8. - Traité sur les coûtâmes du mariage, en manuscrit au 
Vatican 6 . 

9. — Explications massorétiqaes, en manuscrit à Oxford et au 
Vatican 7 . 

10. — Usages*. 

11. — Consultations*. On en a édile plusieurs collections: 
i° Crémone, 1551; <2P Prague, 1(>0N (Sdylikow, 1825; Budapest, 
ISH5); 3°Lemberg, 1860 ; ¥ Berlin, 1891-1892. 

(les recueils contiennent beaucoup d'éléments étrangers: des 
o\ (rails de différents ouvrages y ont été incorporés. Aussi faut-il 
être prudent quand on en cite des consultations anonymes l0 . 

1. Bag. Maïrn., Berachot, v, 6; Sabbat, xxix, 13; Teroiuaal lia-Déschen, 
ri ' 30, 94; glose de R. Péreç sur le Semak, 6a; Aboudirham, 184 a ; Le'ket Yoschcr, 
éd. Freimann, 1,34 (D""in» m3T33 \$X2!$ pi, avec gioses), 39, 40, 41, 43 

ti'yin niDin vasb ipwzsi^ 80. 

2! Taschber/.vil; Paru es, 371,^*11 (rTOns m^bn); Consultations, éd. Berlin, 
p. 298-310 (titre : b"T "PNE '31 '173 Stt3 mm3 ^pDD). 

3. Voir Michael, p. 520 .5 Benjacob. n" 062; Steinscbneider, Calai, liodl. 

4. Bag. Maïm., Sabbat-, xxvi, tq, 3; Yo>ntol>, 1, y ; vu, 3; Jôe/, 11, 3; iv, 2, 8; 
v, 3, 9, £; vi, 7; vin, 3; ix, 3, 5; x, 9; xm, 2; Tcschoubot, Schofetim, n os 17-19 ; 
Mordechaï, Moë'd Katan (cf. Kohn. op. cit., 85); Ascheri,suv Berachot, m, 2; Te/\ 
ha-Déschen, 287; £e&ei Fâscte, I, 45, 108; 11, 90. — Voir Benjacob, n° 1010; 
Michael, p. 520. 

5. Peut-être visées dans Mord., Hou/lin, 1213 (73"") ^pOî)). Citées dans //«.y. 
Mai>n.,Schehita,m,d, 3; Joseph Colon, Ca«.sw^aftôw* r 36 (D"""irJE mp"H3 n"Dbn). 
Voir Nèubauer, op. ci/., mss. 1171, 2275; Benjacob, n° 388; Michael, p. 520. 

6. Benjacob, n° 622 (rt3"irO nom ^NlttJSn min 3 H "VTO). 

7. Zunz, Z. G., 92. 

S. Benjacob, 11" 1 400 (.^TD^Vl D"~r;E ^TïjE). 

9. Benjacob, IIS; Michael, 520; Zunz, Ltterajturgeschichte, 623. 
10. C'est ainsi que Gudemann, Geschic/tte des Erziehungsiresens, I, 110, écrit : 
« Méir Rothenbouig parle de relations commerciales de l'Allemagne avec la Pologne, 
d'une part, èî la Hongrie, de l'autre. » Les consultations sur lesquelles il s'appuie (éd. 
Prague, 885, 903, 904) n'appartiennent pas a Méir, mais sont tirées du p3*»in 'O de 
Juda ha-Coben. Cf. Kohu, BéSer Kïdtfontisok. p. 45- i8. De même, op. cit., p. 117: 
« Meir Bothenbourg croit que certains oiseaux poussent dans l'air», d'après Consul- 
tations, éd. Lemberg, 100. Back, p. 103, u. 4, attribue cette consultation à Isaac Or 



m kiu p.. murai bE rothenbourg 47 

I j. - Poésies synagogales h , dont l'une. L'élégie rts'fnto^&ftto'J a 
été traduite par Geiger. 

On a attribué encore â Méir les écrits suivanls: Likkoiitê fàt- 
Mdhïtnuni-, extraits du Mischnè Tôva de Maïmouide, un Sr/'cr 
Emounot\ attribution qui repose sur un malentendu, car il s'agit 
d'une citation dos Emomioi ve-Déôt de Saadia \ et Béer Màyim 
Hayyim :i . 



V. — Les élèves di: R. Mkir. 

Parmi les nombreux élèves de Méir, nommons les suivants: 
Abraham hazzan I). Morse do Sinsheim, appelé aussi R. Abra- 
ham baal Tehllin ( '\ était hazzan à Heifart (Erlurl). Ses HîTchot 
TèftUin forment la base du BurbUtfi se /tramai' de Simson b. 
Etiez er. 

. parce qu'on \ lit rp-)N -pS "n"l73 TEN"I et qu'lsaae Or Zaroua est le disciple 
de Juda Sic» 1 Léon Gour âryé). Mais celui-ci a eu beaucoup d'élevés, qui pouvaient 
tenir de lui cette communication ; il n'y a doue pas de raison d'attribuer la consul- 
tation à Isaae Or Zaroua. En tout cas, elle n'appartient pas à Méir et ne peut donc 
servir a caractériser ses conceptions. Suc le fond do la question, voir Seniak, 210; 
Mordechaï, Houllin, 1251 (735); Orliot Hayyim, p. 369 (au nom de II. Yehiel.) 
A gouda, Houllin, 150; Maharil, Consultations, liï; Aijoue, 1233 (au nom d'Or 
Zaroua : Tour Y or é Béa, Si; Midrascà Talpiyot, m:b"»N ntày-. lsaac h. Joseph de 
Corbeil, qui était le gendre de R. Vehied de Paris, connaît certaines oies qui poussent 
sur les arbres. 

1. Zunz. Si/naf/or/ale Poésie, 'MO, 312 ; Lileratur;/eschiehte, 359. 

2. Voir Kohn, p. 87. Cf. Ikiy. Maint., Eroubin, vi, 1 : '*") "^pCiDD d""in73 VUÛ5 
Hw?: : ibid., 220 : ^iftVZ- '03 "mab ïlfina pi D""in B"D1. 

3. Zunz. Z. '/'., 165. 

g 446: nma 3iH3 [,] taa *Vto1£& -ison [,] "fiiTN b"i 2"nr: 

'"131 D*515>b ybl3?3 Km© 3>tt1D» ^bm "lttlK (cette citation est elle-même prise à 
une citation, car on lit à la fin: "p-p l*^") "1DD73 pnr:). La même idée est expri- 
mée dans les Emounot de Saadia, cli. vu i. f. : bbD DT7J *J"W£J "*,73")Ntt3 n 73 îÔ' 1 

'•on rrra snw h^nïKa n tirn rnwfft 3&a vmNa nbnsr Cette partie des 

Emaunût a circulé' an moyen ;ue, dans la vieille traduction hébraïque (il faudrait 
ajouter notre texte- dans Zunz, <ies. Sehr., NI, 234 et s., sous le titre de Dix quesl 'ions 
sue la résurrection : elle B*t citée notamment par Simson b. Abraham de Sens (voir 
Reçue, VII, 48), et Aaron llaccuheu. Qrhût llnnijim, ms. [Luzzato, Lettres, éd. Grâber, 
m. xn, p. 12:!i: ZT?:n rr-'nn b^ ^"Ol maiSn ; manque dans l'édition Schle- 
plusieur-g fois éditée en dernier lieu par Gh. M. HorôvMz, lluluc/iisebe 
Schriften des Gaonim, Francfort a M, 1881. Voir Bnill, Sahrèû'chèr, IV, p. 133; 
J. Guttmanu, Die Religions philosophie des Suudju, Gôttrngen, 4882-, r>. 28. 

Ziiu/.. Z. '#'., 128. et'. Stein>cbueider, (ut. BoM., Benjacob, lo-'i. 

Abraham de Balmes. Mikné Abrcnu. p. 9. V. sur lui Aeoulaï; Se/tein, lûu' : 
Graetz, Geschichte, VU-. 307; Luncz, dans Jer&sâtem,'ll, 12. 37: I.owenstein, Zur 
Geschichte der Judeu in dev Kttrjj/'alz; Mouatsschrift, 1868, 284, n° 88 ; Z.f.H.B., 

87. Sleinschneider, Cal. BudL, lui attribue le "j^B 'q. 



48 REVUE DÉS ÉTUDES JUIVES 

Abraham b. Eliézer ha-L6vi '. 

Aryé 2 • 

Ascher b.Yehiel, de Cologne (vers 1250-1327). Menahem b. Zérah 
appelle Méir son principal maître 3 . 

Ascber b. Moïse se dit une fois le disciple de Méir 5 , mais ce 
pourrait être une formule de respect, car il était un peu plus âgé 
que Méir. 

Azriel b. Yehiel \ 

Baruch 6 . 

Hayyim Eliézer b. Isaac Or Zaroua 7 . 

Hayyim b. Machir 8 . 

Hillel b. Azriel 9 . 

Isaac b. Hayyim Oppenheim 10 . Freimann l'identifie avec Isaac b. 
Hayyim Or Zaroua; si cette identification est exacte, il n'aurait pas 
été l'élève de Méir, car ce dernier tient de son père des renseigne- 
ments sur Méir et ne paraît pas avoir entretenu avec lui des 
relations personnelles. 

Isaac de Dûren, auteur des Sckaarê Doura, où Méir est assez 
rarement cité". 

Méir ba-Cohen, un des compilateurs des Hagahot Maïmoniot 12 . 

Menahem b. David ,3 . 

1. Tesch. Maïm., ■pap, 32 (signe ■p'tàbn). 

2. Voir Z. f.H. B., II. ce. 

3. Céda la-Dérech, introd. pïimtt "On STHE) pITOBTUB d"-|ï1»"l- Voir sur 
lui Graetz, op. cit., 251 ; Brisch, Geschichte der Juden in Kohi, I, 97-101 ; Weiss, 
Dor, V, p. 77 ; Michael, n° 543 (Michael cite, p. 258, n. : 'n 1-11731 *jpîn "nin 
ÏITIÏT 11 pTOT 1 , comme si c'étaient les maîtres d'Ascherî, alors que ce sont ceux de 
Raschi). 

4. Consultations, éd. Crémone, 7. 

5. Zichron Yehouda, 48 6 : b"ïT -|\N73 l"lH "m» tTPD pi. Cf. Kohn, p. 101. 

6. Michael, n° 641. 

7. Idem, n° 878 ; Revue, LUI, 71-84; 267-269 ; LIV, 102-106. 

8. Zunz, Llg., 363 ; Back, 109. 

9. Consultations, éd. Crémone, 3, 23, 205; éd. Prague, 92: b*73 "CM ny» 
"PN73 n"nn 'V2 "(nbltt). V. Bamberger, Geschichte derRabbiner Wiirzburg, 18, 19. 

10. Consultations, éd. Prague, 1020; Moïse Minz, Consultations, 66, 103 (il n'en 
résulte pas, d'ailleurs, qu'Isaac Oppenheim ait suivi les leçons de Méir, comme le dit 
Michael, p. 519) ; Lé/cet Yoscher, Introduction, xxxvn. Il est cité dans ce dernier 
ouvrage, 11, 37, 39 (maître de Menahem de Mersebourg), dans Teroumat ha-Déschen, 
196; I. Brunn, Consultations, 197; I. Weil, Consultations, 28. — Isserlès, dans ses 
additions au Yohassin, appelle Joël Oppenheim un élève de Méir. 

11. Voir n, 4; ni, 5, p. 37. — Taschbeç, n° 312. — Isaac b. Méir signe une 
consultation avec Ascher b. Yehiel et Isaac b. ,fuda ha-Lévi lïTTIïT "pi^T, 49 a) et 
avec le second, mais sans i*b (ibid., 516). Des Consultations de lui se trouvent dans 
le recueil de celles d'Ascheri, xlii, 1; ci, 1. 

12. Voir Michael, 1097; Wellesz, dans Uagoren, VII, p. 42. 

13. \oir R.E.J., LX, p. 59. 



MÉIR B. BARUCI1 DE ROTHENBOURG W 

Meselioullam b. Méir de Wurzbourg 1 . 

Mordechaï b. Hillel 2 . 

Moïse b. Jacob ha-Lévi, le Parnès, de Rothenbourg 3 . 

Salomon b. Machir de Prague 4 . 

Simson b. Sadoc, surnommé mtatt 5 , l'auteur du Taschbeç 
pns "in iiï573ti) "ppTi ou mmicn), ouvrage glosé par R. Péreç et très 
souvent cité; en outre, il est probablement l'un des glossateurs du 
Yad*. 

Enfin, Isaac b. David, Salomon et Méir, en écrivant à Méir de 
Rotlienbourg, signent « tes disciples 7 », mais il n'en résulte pas 
nécessairement qu'ils aient été effectivement ses élèves. 



VI. — Les dernières années de Méir ; son emprisonnement et sa mort. 

Nous sommes peu renseignés sur l'activité de Méir pendant les 
dernières années de sa vie. Dans les écrits de ses élèves on ne 
trouve que rarement des remarques comme : « C'est ainsi que notre 
maître a décidé sur la fin de ses jours 8 . » Un autre passage 9 nous 
apprend qu'il alla en dernier lieu à Nuremberg, où il prit part à la 
réunion des communautés. Nous ne savons pas ce qui fut décidé 
dans ce synode; on y régla probablement certaines questions alors 
à l'ordre du jour, entre autres la conduite à tenir envers une femme 
rebelle à l'autorité maritale : Méir expliqua la procédure à suivre 
aux délégués des communautés rbénanes i0 . Une autre décision pro- 

1. Voir Magazin, x, 81; Ozar Nechmad, II, 145-6; Kohn, p. 141 ; Bamberger, 
Geschickte der Rabbiner der Stadt Wiirzburg, 21. 

2. Ko h u, Mardochai ben Hillel, tirage à part de la Monalsschrift, 1878. 

3. Voir Perles, dans Jubelschrif't Grœtz, 20, n. 1 ; Revue, LUI, 70, n. 1. 

4. Hayyim Or Zaroua, Consultations, 110. 

5. Schalschélel ha-Kabbala, 28 6. 

6. Voir Wellesz, /. c, 47. Cf. Kolbo, n° 127 i. f. : mn ">3ab iriN TCrbh TIDn 
P")i3:^TT3 -PN72 '"I "pnnMZT:. —Je doute qu'il ait été lévite [Z.f.H. R., XII, 189; 
XI1II, 24), car "nbH pourrait être une corruption de n"bî. Môme faute dans le n° 108 
des Consultations, éd. Lemberg, signé "nbn b&TTP "l"n p ItDK. 

7. Consultations, éd. Prague, 237 (éd. Crémone, 208 ; Tescà. Maïm., *pDp, 14). 

8. Mordechaï, Guittin, 528: TE"» C]1D3 "TN70 '") pODI ; Hag. Maïm., ]y\l2 
l^^jl, vi, 2 : -pt^ Cp03 b"XT 13^31 ^~\V2 pi pDD ; Hag. Ascheri, Kiddousckin, 
m, 1G: T*Ei Epo 7~"-|. 

9. Hayyim Or Zaroua, Consultations, n° 135 : Hft'D b'£T "PSE "■•31 "p *pT 

di3™-otd 'c-rpn mbTipb ra-vs p-n^r-nsa "in-nrn tri Dabi d^?d ; n° 69 : 
■jpnb mbnpb d"dt pos "PE" 1 rpoa bas. 

10. C'est de ce synode qu'il est question dans Hag. Maïm., mi^N, xiv, 10 : T|21 

p-na3^^D3 irr :rvn: i;pn mbnpma (lire p-nn:n-n:j et non Bernburg, 

comme Zunz, Z. G.. 184). Nuremberg avait un Tsmïl rPS, c'est-à-dire deux Tribu- 
T. LXI, w 121. 4 



fcO "REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

noncée par le maître pendant son séjour à Nuremberg nous a été 
conservée '. Ces synodes étaient de la plus haute importance pour 
la vie intérieure des Juifs d'Allemagne 2 . Qu'ils aient eu lieu à une 
époque déterminée, comme ceux de Mayence en 1220, en 1245 et 
en 1280, ou celui de Worms 3 , ou qu'ils aient été convoqués en cas 
de besoin, il est diliicile de le décider, ils avaient pour but d'éta- 
blir une pratique uniforme et certaines règles nécessaires à la 
collectivité. La vie religieuse aussi bien que l'administration de la 
justice et la gestion des communautés avaient besoin d'un organe 
qui, dans le llux des circonstances, put donner une autorité indis- 
pensable à la loi ou aux mesures occasionnelles. L'ordonnance de 
R. Guerschom touchant la monogamie était strictement observée; 
néanmoins il y avait des cas où il fallait examiner et apprécier les 
raisons de cette ordonnance. Ainsi R. Méir, dans une occasion 
donnée, posa en principe que R. Guerschom n'avait nullement voulu 
protéger la femme de mauvaises mœurs*. La tendance à tourner 
les lois rabbiniques : \ le désir de se rendre populaire à force d'in- 
dulgence rendaient nécessaires les conférences de communautés. 
R. Méir joua un rôle prépondérant dans celles de son temps. Mais 
c'est a ces synodes, d'autre part, que ses décisions doivent d'avoir 
acquis une autorité générale. Sa correspondance si étendue, sa 
renommée croissante ne sont pas dues a l'activité qu'il exerçait 
dans le cercle étroit de son école de Rothenbourg. C'est parce qu'il 

naux avec le droit de prononcer des peines corporelles [Tasckbeç, 513; Mordechaï, 
Sanhédrin, lli, 584 : ipyil p3"H Via 13 BJ DIS ^ID H^np 13"»"»n "I.v*nn rP3 
rSJnafnj- Voir Consultations, éd. Prague, yil : p-QjTiaa }"HP 1N3 "inzn ; ( J^3 : 

ia>np mrrsea ">;>« an amatf n "Qnp ht ^a -ijh p-uaa-na ?np i3s:n:>a ; 

éd. Berlin, 42, n° 293: -p3 -|?21wX "p^UJI pmaswna ]H3 1*113 "1738 "|3"lfin 
'"\D-\ jma3*n73a "73mn ma?. Le nom de la ville (qui manque dans l'éd. Prague, 
itou; n'est pas Marienburg v Back, 30, n. 1), mais Nuremberg (lire :ma3"m3 : 12 est 
devenu 72 j. Le nom de cette ville est d'ailleurs souvent corrompu (voir plus loin, 

Cil. VIII ). 

1. Hag. Maïm., Tefilla, ix, 3 : p-|j*:rp33 VS21 "HTO nmn pi. 

2. Voir Brûll, Ja/iràilc/ter, Vlll, p. 61 j Giidemann, Gescàicàte des Erziehungs- 
wesens. 

3. Ascueii, Consultations, lxxxiv, 3 : -1:733? ">3aa 3"i V""lD WOTt y"*ID"I3 "inN 

^"poyn -ins ns ^nb LKiaE-nia] wsTaana laianai iznpn mbnp ■u-inm 
m 3*33 la-nai m?na. 

4. Consultations, éd. Crémone, 161 ; Eliézer b. Josepli 13rP733* avait pris une 
femme déjà inbdele (□"'j'iSTS ~~i71) au moment du mariage. D'après R. Méir, il a le 
droit d'en épouser une autre si elle refuse d'accepter l'acte de répudiation : nb-On 

bon... msnfcp mspn mcyb (nmn m «73 bta) irun ?y nnb* «b nrr'bn 
yn ]mb ttij ipn na «s-pai it sa* Data iTaïKn. 

0. V. Giidemann, op. cit., 1, u. 1. 

6. Consultations, éd. Crémone, 101 : miTan nTPïb ba*P 3p3ttJ 3HV nrW 

■j> T'A" 1 nbp73i b^ur nasa>a ^73^ ib ywnD-i; "irnnp. 



MÉIR B. BARUCn DE ROTHENBOURG Si 

se mêlait à la vie publique qu'il conquit le respect de tous dans les 
grandes questions qui intéressaient la collectivité. Ses élèves ont 
transmis son nom à la postérité, mais c'est pour de toutes autres 
raisons que l< i s contemporains ont vu en lui la plus haute autorité. 
Il n'est, d'ailleurs, pas besoin de prouver qu'il ne dut pas son pres- 
tige à une position officielle. Nous connaissons son opinion sur les 
fonctions accordées par le souverain et pouvons être assurés qu'il 
n'aurait pas accepté d'être nommé par l'empereur d'Allemagne 
grand-rabbin des Juifs de l'empire. Son autorité réside dans sa 
nature foncièrement morale et profondément religieuse, dans la 
gravité et tout a la fois dans la simplicité avec lesquelles il juge le 
monde, bref dans toute sa personnalité, qui l'élève au-dessus de 
son milieu. C'est l'homme qui unit L'étude et la vie, qui sait conci- 
lier les principes du judaïsme avec les contingences. 

Réduits, pour raconter les événements de la vie de Méir, aux 
renseignements occasionnels des Consultations et aux ouvrages de 
ses disciples, nous aurions pu croire que le fait bien établi — car il est 
attesté par plusieurs relations — de son exil et de son arrestation 
n'aurait pu fournir matière à d'insoutenables bypothèses. Mais les 
goûts romanesques des historiens et des biographes ont embelli un 
événement trop simple et mêlé inutilement la poésie à la vérité. 
Aussi est-il nécessaire de reprendre l'examen des sources. 

Le « Minhag-Buch » de Worms donne le récit suivant*. R. Méir, 
fils de R. Baruch, se mit en route pour aller en mer avec sa femme, 
ses filles, ses gendres et tout ce qu'il avait. Il arriva à une ville 
située entre les hautes montagnes qu'on appelle en allemand les 
Monts lombards; il voulut y rester jusqu'à ce que tous ses compa- 
gnons de voyage l'eussent rejoint. L'évèque de Bàle (Henrij, venant 
de Rome, passa justement par cette ville; il avait dans sa suite un 
Juif baptisé, nommé KDS^p (variante bssp), qui reconnut notre 
maître et le dénonça à l'évèque. Celui-ci le lit arrêter par le comte 
Meinhard de Gorz, le seigneur de cette ville, le 4 tammouz 5040 et 
le fit livrer au roi Rodolphe. 

Nous ne pouvons que chercher à deviner la cause de ce départ 
et le but de ce voyage, les sources étant muettes là-dessus. Ce 
n'est pas le goût de J'aventure qui a pu pousser Je vieillard à 
l'étranger. Il ne doit y avoir aucun rapport entre le voyage de 
Méir et le fait qu'un homme d'État juif était parvenu à de grauds 
honneurs à la cour du Khan de Mongolie et que des Juifs émigraient 
m Asie. Nous ne savons même pas si c'est en Palestine qu'il 



i. Vu il 



Gnttz. Geschichte, Vil 2 , uote 9; Back, p 62. et s. 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

voulait se rendre. 11 considérait l'émigration en Terre Sainte comme 
une œuwe méritoire, si l'on pouvait s'y nourrir et y mener une vie 
sainte '. Depuis les Croisades, plus d'un cœur pieux aspirai! à ce 
voyage et ces grands pèlerinages étaient bien dans l'esprit du 
temps. 11 n'est donc pas impossible que la Palestine ait été le but 
de Méir, mais le bon sens suffit pour faire écarter l'idée d'une émi- 
gration en masse à la tête de laquelle il se serait mis. Un exode 
de ce genre n'était pas sans danger et n'aurait pas manqué de faire 
sensation, étant donnés les moyens de communication de celte 
époque. Les compagnons de voyage que Méir doit attendre ne sont 
pas des émigrants; le sens le plus naturel est que le vaisseau n'était 
pas prêt à prendre la mer, les passagers n'étant pas encore réunis. 
La fatalité poursuivait le fugitif. Car Méir fuyait alors devant le roi. 
Une autre source, l'Exhortation (ou Testament) de Juda ben 
Ascher, nous apprend, en eiïet, que le roi éleva une accusation 
mensongère contre Méir, et nous sommes en droit de combiner ces 
deux sources. Le départ du rabbin avait donc un motif tout per- 
sonnel et son incarcération doit avoir été légitimée, au moins en 
apparence, par les lois de l'Empire. 

il n'est pas possible de préciser la fausse accusation dont Méir 
redoutait les suites. Il se peut qu'il ait promis au roi une somme 
considérable au nom des communautés, ou qu'il ait garanti cette 
somme et que, n'ayant pu la réunir, il ait pris la fuite. On s'expli- 
querait ainsi son emprisonnement. D'après la loi allemande, le 
débiteur ou son garant pouvait être incarcéré aussi longtemps que le 
créancier n'avait pas été désintéressé ; la promesse constituait une 
obligation et celui qui s'était porté caution {fideiussio) répondait en 
tout pour le débiteur. On retenait même son cadavre 2 . Méir fut 
donc arrêté comme otage, sans qu'on puisse dire si c'était pour les 
émigrants. De son élève Ascher b. Yehiel, Guedalia ibn Yahya 
raconte qu'il s'était porté garant de son maître Méir 3 . Il passa, lui 
aussi par la Suisse 4 , d'où il se rendit en Provence. Coïncidence 
curieuse ! Il s'agissait peut-être d'un impôt que les représentants 
des communautés juives s'étaient engagés à réunir. 

Le fait qui nous occupe reçoit un peu de lumière d'une consul- 
tation de Hayyim b. Yehiel Héfeç Zahab :i , connu par ailleurs comme 



1. Tnschbeç, 559; Consultations, éd. Berlin, 5, n°» 14, 15; Kolbo, 157. 

2. Voir ls. Loeb, Le corps de Méir de liotkenbourg, Revue, XX, 23. 

3. Sc/talsche'let, 21 d. 

4. C'est ainsi qu'il faut comprendre T.ND dans Minhat Kenaol, n" 52, et non la 
Savoie .Luzzatto, Abnê Ziccaron, p. 9). 

5. Consultations, éd. Prague, 241. 



MÉIR B. BARUClï DE ROTHENBOURG i>3 

envoyé de la communauté de Cologne pour le rachat de captifs ' . 
« Un père et son fils, écrit-il, avaient rempli au mieux leur mission, 
Lorsque survint le malheureux événement bien connu : l'évêque 
(kégmon) fut pris ; il avait déjà commencé à infliger le châtiment, 
en avait fait exécuter deux et condamner à mort les autres. » Quel 
est ce malheureux événement? Back 2 pense à la bataille de Wo- 
ringen 5 juin 1288) dans laquelle l'archevêque de Cologne Siegfried 
fut fait prisonnier. Mais il serait singulier que Hayyim Héfeç Zahab 
ai! considéré comme un malheur la capture de cet archevêque- 
biigand. Il est d'autant plus important d'identifier ce hegmon que 
la même consultation nous apprend un autre fait: « L'année der- 
nière, dit l'auteur, nous avons promis, à douze, vingt-trois mille 
marcs au roi s'il remplissait certaines conditions. » S'il s'agit de 
l'archevêque de Cologne, ces négociations avec Rodolphe auraient 
eu lieu en 1287, après l'incarcération de Méir, et la somme aurait 
été offerte en partie pour son rachat. Mais c'est invraisemblable. 
Je suppose que le hegmon est l'archevêque Mayence Werner d'Ep- 
penstein, qu'on voit protéger les Juifs en 1283 3 . Il instruisit un 
procès en règle contre les débiteurs. La consultation qui nous 
apprend son malheur nomme aussi Eberhard, qui fut soumis en 
1287 à Essling. S'il est difficile de déterminer la date, il ne l'est pas 
moins de connaître les conditions auxquelles les représentants des 
communautés juives promirent au roi 23,000 marcs ; peut-être 
était-ce pour la protection des Juifs de Boppard et d'Oberwesel. 

Back tire les conclusions les plus aventureuses dune consulta- 
tion dlsaac b. Elia, de France 4 . Celui-ci écrit à Hayyim Or Zaroua 
que Méir, qu'il n'avait jamais vu personnellement, lui était apparu 
en rêve, et qu'il avait vu dans cette apparition un signe l'invitant à 
rétablir dans le texte du Talmud une leçon ancienne à la place 
d'une autre plus moderne. Il avait eu l'intention de l'entretenir, 
lui Hayyim Or Zaroua, de ce passage talmudique et s'était même 
rendu à deux reprises à Mayence. mais ne l'avait jamais trouvé 
libre; la première fois il était affligé parce que son maître — et 
non son fils 5 — avait été emprisonné, la seconde, parce qu'il avait 
quitté la ville. Back disserte avec prolixité sur l'incarcération du 
fils de Méir; comme il s'est mépris sur le sens de ce texte, 

t. Consultations, éd. Berlift, 58, n"477; éd. Lcmberg, 436 (^""jïl "pa ybp'WD 
KWbpE ^ corriger -j"in en n"nn). 
i2. Op. cit., p. "îo. 

3. Gntlz, Geschichte, VIP, 186. 

4. Hayyim Or Zaroua, Consultations, 164, 

5. Il faut corriger *03 eu i:3"). 



U REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

toutes les déductions qu'il en a tirées tombent du même coup '. 

Il est (railleurs incontestable que cette consultation est d'une 
certaine importance. Nous savons que Méir fut interné dans deux 
prisons ; d'abord dans la Wasserburg, puis à Ensisbeim -. La 
Wasserbourg 3 n'est pas un nom de lieu; c'est une «Wasserburg », 
c'est-à-dire un cbàteau fort protégé par un large fossé rempli d'eau. 
La première prison peut avoir été la Wasserburg de Mayence 4 . On 
s'expliquerait ainsi que Hayyim Or Zaroua ait été attristé par le 
départ de son cher maître ; dans la prison de Mayence, il était plus 
près et pouvait plus facilement communiquer avec lui. De là Méir 
fut transporté dans la tour d'Ensisheim (Haute-Alsace), où il 
demeura assez longtemps. C'est là qu'il mourut. 

Les communautés juives voulurent racbeterle maître tant vénéré. 
Ce fait est diversement rapporté. Les Annales Colmarienses* 
racontent que les Juifs promirent en 4288 une rançon de vingt mille 
marcs à l'empereur; celui-ci accueillit leur requête et rendit la 
liberté au prisonnier. Salomon Louria 6 sait que l'empereur exigea 
une lourde taxe des communautés et que ces dernières voulurent 
aussi racbeter Méir, mais le maître ne le souffrit pas, disant qu'on 
ne doit pas racbeter les prisonniers au-dessus de leur valeur. 
Comme on l'a vu plus haut, Hayyim Héfeç Zahab écrit qu'on avait 
offert à l'empereur 23,000 marcs. Enfin, Hayyim b. Isaac Or Zaroua 
rapporte que, lorsqu'il revint de France et s'arrêta dans le pays 
rhénan, les communautés juives tinrent une réunion à Mayence, 
parce qu'elles avaient à payer un impôt considérable à l'empereur 
Rodolphe 7 . Etait-ce pour la délivrance de Méir, alors prisonnier? 
Nous ne savons. Les indications varient sur le montant de la 



1. V. Revue, LUI, 106. 

2. Raek hésite dans son choix, parce que la première incarcération paraît avoir 
été plus sévère que la deuxième. Ces sortes de considérations sont sans valeur. Les 
disciples de Méir communiquent avec lui aussi bien à Ensislieim que dans la Wasser- 
burg {Hagoren, VII, 41). 

3. Hag. Mann., vi : pTntDn Ce nom est corrompu ailleurs en N^lÏÏin (Moïse 
di Trani), p-pUDUm (apud Zunz, M;/., 361, n. 4), &rp"|-|D;D\X yTaschbeç, 207). 
Dans le dernier mot Zunz voit Augsbourg [ib/d., 358) et Bamberger, Wurzbourg 
(Geschic/i/e der Rabbiner Wttrzburg, p. 16). 

4. Une di's 54 maisons juives énumérées par Scbaab, Diplomalische Geschichte 
<lt>r Juden in Mai»:, p. 61, n° 1 ( .) étant appelée « zur Wasserburg», Baek, p. 80, 
admet (pie Méir tut d'abord emprisonné dans cette maison. Inutile de réfuter cette 
opinion : Méir fut incarcéré dans la Wasserburg, non dans une maison de même nom. 

5. Apud liolimer, Foules, II, 12. Voir Grœtz, Gesc/iichle, VII 3 , note 7. 

6. Yam schel Schelomo, Guittin, iv, 66. 

7. Hayyim Or Zaroua, Consultai ions, 110. J'ai proposé d'y corriger *)Dlinn 

Ep« 'b -rbab b-m o» T,n*>b en c|bam-i ■jbab {Revue, lui, 74 ; cf. liv, 102), 



MÉIR B. HARUCll DE HOTIIENBOURG r».> 

somme. Ce qui parait établi, c'est que Rodolphe de Habsbourg 
t >\iuva une somme énorme des Juifs d'Allemagne. Méir n'était pas 
d'avis qu'on imposât les immeubles, comme il en (Hait question ; 
aussi l'impôt ne put-il pas être levé. Le synode de Mayence devait 
on délibérer. Méir, qui s'était peut-être porté caution auparavant, 
De put tenir sa promesse; il prit la fuite, mais fut pris et arrêté. 11 
esl possible que la délivrance des prisonniers dépendît de cette 
taie. Les négociations* traînèrent en longueur et pendant ce temps 
Méir mourut en prison. 

Son emprisonnement n'avait pas été rigoureux f . 11 pouvait com- 
muniquer avec l'extérieur et ses disciples restèrent autour de lui 
dans la Wasserburg aussi bien qu'à Ensisheim. Il y poursuivit son 
activité littéraire, remania ses commentaires et y intercala ses 
consultâtes. Il correspondit avec Ascher b. Yebiel, Abraham b. 
Kliézer ha-Lévi. Son famulm Simson b. Sadoc a composée cette 
époque le Taschbeç 2 et commencé à rédiger sous ses yeux les 
Hagahot Maïmoniot*, dont nous conjecturons qu'il est un des 
compilateurs. Cette incarcération de sept ans n'en fut pas moins 
triste pour le vieillard, l'espérance de recouvrer la liberté s'affai- 
blissant chaque jour Ce fut la mort qui le délivra, le 19 iyyar 5053 
:>7 avril h293ï. 

Mais sa tragique destinée ne devait pas prendre fin avec sa mort. 
Son corps resta pendant quatorze ans dans les cachots d'Ensisheim 
sans recevoir la sépulture. Enfin, un homme généreux, Alexandre 
b Salomon Wimpfen, le racheta et le confia à la terre de Worms, 
sa ville natale (4 adar 5067). Le noble bienfaiteur qui avait fait ce 
sacrifice pour la dépouille mortelle du maître, mourut le jour du 
Pardon de l'année suivante (5068) et fut enterré, selon ses dernières 
volontés, à la droite de R. Méir *. 



VII. — La personnalité de R. Méir, son caractère, son importance. 

Il faut être prudent pour apprécier le caractère de Méir. Les traits 
épars qu'on peut recueillir dans ses décisions et dans les usages 

1. Graetz, VIP, 190; Back, p. 81. 
1. Azoulaï, Schem, I, 187, 

3. Voir Ifa?,oren, VII, 47. 

4. V. Back, 89-93 ; D. Kaufmaun, Die Grabsfeine R. Meïr's von Rolhenburg und 
Alexander Wimpfem in Worms, Monatsschrift, XL, 126-130. Dans le passage 
douteux de lépitaphe de Sûsskiod Wimpfen, p. 129, 1. 10 : rPTJH Ï12 CCT 17, je 
lirais TH3r; HT R3* 1*> ce qui conyiendrait au contexte. 



&6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

notés par ses élèves pour en composer un portrait doivent être, si 
l'on veut que le portrait soit fidèle, examinés avec attention, car il 
est nécessaire de s'assurer qu'ils sont bien à lui et iront pas été 
empruntés à d'autres. Le caractériser comme un homme d'une 
piété outrée, ce ne serait diminuer en rien la valeur de sa person- 
nalité; mais ce serait aussi inexact que de voir en lui un halachiste 
froid et sec, étranger aux rêveries mystiques. Comme il ne traite 
pas de questions supranaturelles, nous ne pouvons savoir ce qu'il 
en pensait. Il s'oppose à Juda ha-Hassid dans la même mesure que 
les talmudistes allemands du xm e siècle, Eliézer b. Joël ha-Lévi, 
Simha b. Samuel, Isaac Or Zaroua, Abigdor Cohen Cédek, dont, 
nous connaissons aussi peu les opinions à ce sujet. Si la postérité 
ne lui a pas donné le titre de « hassid » — ce qui ne prouve rien — 
il est appelé par ses élèves « le saint » et cette épithète ne se rap- 
porte pas seulement à sa fin tragique, mais aussi à sa vie, qui fut 
exemplaire, comme en témoignent précisément les notes prises par 
ses élèves. Disciple des tossafistes français, dont l'esprit s'était 
transmis dans les écoles allemandes, comme celle de Wurzbourg, 
il n'est pourtant pas éloigné de l'état d'âme des mystiques de 
Ratisboune et de Worms; d'ailleurs, l'étude du Talmud n'exclut 
nullement une moralité austère et la croyance au surnaturel. 

Dans les rites et dans les usages synagogaux on est surtout 
frappé par un besoin de concentration et comme d'intériorisation, 
par une tendance à s'élever en dépassant le sensible. On perçoit 
chez Méir un écho de Juda ha-Hassid. C'est ainsi que, dans la 
prière, il s'arrête au calcul des lettres et invoque â ce sujet un 
passage des Héchalot l ; il se laisse aller aux « guematriot 2 », tient 
compte des traditions de Juda ha-Hassid 3 , insiste sur la pronon- 
ciation exacte de certaines syllabes comme ">B, qu'il ne faut pas 
prononcer «fi», pour éviter l'apparence d'un blasphème 4 . Il motive 
des usages cultuels par des interprétations massorétiques ; la 
valeur des lettres du mot bwi lui apprend le nombre des « hab- 
dalot » d'une année 5 . Il se laisse guider par des rêves 6 , en quoi il 
ne faut pas voir un signe d'exaltation, car il était de son temps. Il 

1. Taschbeç, 218 ; cf. n° 415. 

2. Ibid., 255,455. 

3. Ibid., 219, 248,251, 531. 

4. Ibid., 220. 

5. Ibid., 135, 156. 

6. Mordechaï, Baba Kamma,\, 1 ; Teschoub. Matra., "prp, 31; Parties, 415: *pi 
Ûlbn t"y Vl^Vl Nin 3Hj ; autrement cumpris dans Teroumat ha-Desc/ten. : "pi 

pd nwnn? ^*n:* n""ia ûï?n rWn nn« djd na^n^ia ^izi a"n-73 sn; 



MÉIR B. BARUCH DE ROTHENBOURG $7 

parle des souffrances que supportent sans les sentir les martyrs de 
la loi, et explique ce phénomène parla Massora et un passage du 
Séfer Héchalot l ; il reconnaît ne pas savoir si en Palestine les 
tombeaux pèsent, ce qui prouve qu'il le croyait pour les autres 
pays -. Il est d'ailleurs peu indépendant, s'efforçant de tout appuyer 
sur l'Écriture. Il tend vers la pratique rigoriste ; il évite anxieuse- 
ment de se prononcer dans les questions qui ont été controversées 
par les autorités. Aussi mettait-il deux paires de « tefillin », pour 
satisfaire à l'explication de Raschi et à celle de R. Tarn 3 , ne buvait 
pas de vin nouveau avant le deuxième jour de Rosch ha-Schana 
pour pouvoir prononcer la bénédiction deiT^nrra ' ; il ne permettait 
pas de faire chauffer la maison, le jour du sabbat, par des non- 
Juifs, parce que c'est une des choses permises pour lesquelles 
d'aucuns suivent l'usage plus sévère 5 . 

On ne doit pas exagérer certaines opinions de Méir et croire 
qu'il repoussait les usages superstitieux, comme le ditGûdemann 6 . 
S'il ne prend pas garde au danger de manger ou d'utiliser des 
choses qui vont par paire (n-mr), c'est, dit-il, parce que ce danger 
n'est pas plus à craindre dans nos pays que l'eau dans des vases 
non couverts (d^w "nby; ou le mauvais esprit qui se pose sur les 
aliments 7 . Il permet l'usage du miroir, dont Simson de Sens ne se 
servait que pour un mal d'yeux et en se couvrant la tête, quand on 
se fait couper les cheveux par un non-Juif ou qu'on se rase soi- 
même 8 , ce que les Tossafot permettent également 9 et ce que, au 
témoignage de Péreç, Samuel d'Evreux, son maître, faisait lui 
aussi, tandis qu'Isaac Or Zaroua ne l'autorise que lorsqu'on se fait 
faire la barbe par un non-juif ,0 . 

Beaucoup de paragraphes du Taschbeç sont pris à des sources 
auxquelles il faut remonter. Ainsi, ce n'est pas Méir qui permet de 
fendre des fétus de paille le samedi pour se curer les dents, mais 
Juda Sire Léon, au témoignage d'Isaac Or Zaroua H ; même obser- 
vation pour le port d'une clef d'argent le samedi 12 . Ailleurs, il faut 

1 . Taschbeç, 415. 

1. Ibid., 560. 

3. Ibid., 271. 

4. Ibid., 120. 

5. Consultations, éd. Crémone, 5 ; éd. Prague, 92. 

6. Geschichte des Erziehungswesens, I, 172. 

7. Tossafot de Y orna, 11b. 

8. Tasc/tbeç, 542; Orhot Hayy'nn, II. 231. 

9. Tossafot Nazir, 59 a. 

10. Or Zaroua, Aboda zara, $ 151. 

11. Ibid., II, 28a. 

12. Ibid., 39$. 



$8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

consulter les passages parallèles, p. ex. pour la permission de 
sortir le samedi avec une de ces amulettes qu'on attachait aux 
enfants pour les préserver du mauvais œil'. Méir n'est pas le 
premier à avoir des scrupules touchant l'inscription des noms 
d'anges sur les gâteaux de miel qu'on donnait aux écoliers 2 . 11 
permet de recourir même le Sabbat. aux « mesures» employées 
contre les maux de tête ; Juda ha-Gohen le défendait 3 . 

« Damnée soit la femme qui a un mari et qui ne se pare pas ; dam- 
née soit celle qui n'a pas de mari et qui se pare»; cette condamnation 
n'est pas de Méir, mais de Simson b. Abraham '\ Back avance sans 
la moindre raison que Méir la reprend pour la recommander à son 
tour 3 ; il aurait pu en dire autant pour tout ce qui a trouvé place 
dans les recueils de ses Consultations. Qu'il ait été partisan de «la 
plus grande égalité possible des femmes en matière religieuse », 
qu'il leur ait permis l'abatage des animaux, etc. 6 , pure invention 
encore. La consultation en question est de R. Tarn et c'est la 
Mischna qui autorise les femmes à abattre les animaux 7 . La réfu- 
tation d'erreurs de ce genre nous conduirait trop loin. 

Méir unit en lui les grandes vertus des docteurs juifs, le sen- 
timent religieux et la fermeté dans la foi, l'humilité et l'amour de 
la paix, la solidarité de la race et l'attachement respectueux au 
patrimoine intellectuel et moral du judaïsme. « Que Celui qui est 
notre refuge accroisse notre force et notre vigueur pour que nous 
puissions le servir en toute piété et en toute pureté », « Que notre 
rocher éclaire nos yeux de la lumière de sa Loi » : ces formules 



1. Taschbeç, 60. Glose: V"mp ; dans Consultations, éd. Lemberg, 140: iblp; 
Parnès, 167 : -n* *pra NI m "I&T23 "nbnn 3^73p. Giidemann, Geschichte des 
Erziehungswesens, I, 215, écrit : « Les enfants portaient des corails au cou» ; Back. 
p. 99, parle de « chaînettes ». En réalité ce sont des amulettes qu'on entourait d'un 
fourreau de cuir. Collare, Coller, Collier. 

2. Taschbeç, 416; v. Z. G., 169, note a. 

3. Tour Orali Hayyim, 306; Pâmes, 282. La source est j. Sabbat, xiv, 3 (note 
de M. Bloch sur la consultation 512 de l'éd. Prague). Le mot français est corrompu : 
mSfcP^D (Taschbeç, 45) ; -p-STD (Hag. Maïm., Sabbat, xxiv, 4) ; (-plQTB) "P3TD 
(Consultations, éd. Prague, 512), r&VS [Mordechai Sabbat, 528), fcM^D (ibid., 499), 
Jona, Issour vahetfer, éd. Prague, p. 85, n° 31 ^'TOTC^N- Cf. Giidemann, op. cit., 
215, n. 1. Ce n'est ni « empanner », ni « pauser » (explication de D. Kaufmann, à la fin 
de l'édition Bloch des Consultations de Prague), mais « paumer » : toucher de la 
main (Godefroy, Lexique de l'ancien français, 382). 

4. Consultations, éd. Prague, 199. Les n" s 196-200 appartiennent à Simson b. 
Abraham. 

5. Back, p. 51, n. 2. 

6. Idem., p. 60. 

7. Zebahim, ni, 1. 



MRIR R. RARUOfl DE ROTHENROURG S9 

terminent souvent ses lettres 1 . Ses signatures décèlent une extrême 
humilité 8 ; offensé, il pardonne facilement 3 ; comme vertus juives, 
il prise la pitié ', l'égalité entre le riche et le pauvre 5 ; il parle des 
égards dus à la femme par son mari 6 ; il déplore avec affliction les 
trahisons de cerlains individus 7 . Il condamne la justice trop stricte 
comme l'injustice 8 ; les fils d'Israël ne doivent pas pécher contre 
la vérité 9 . Ce ne sont là que quelques traits d'un caractère qui 
s'efforce d'atteindre à la perfection dans l'idéal de la vie ; mais ils 
suffisent à montrer combien la personnalité de Méir était impo- 
sante. Si nous ajoutons qu'il domine avec une assurance souveraine 
le domaine illimité de la Halacha, nous ne nous bornerons pas à 
l'appeler « un homme de talent et de caractère l0 », nous compren- 
drons l'admiration respectueuse des contemporains et de la pos- 
térité. Il n'était pas poète ; la prose rimée des introductions de ses 
consultations, qui rappelle souvent le style des pioutim^,avec ses 
rimes pénibles 12 , ne montre pas un sens de la forme bien déve- 
loppé : môme l'élégie qu'il a composée à l'occasion de l'autodafé 
du ïalmud n'atteint pas l'art des maîtres espagnols. Mais comme 
halachiste, il est solide et pénétrant. Il ne cherche pas à briller par 
la subtilité dialectique ; ce qui l'intéresse avant tout, c'est une 
solution claire. S'il respecte les avis de ses prédécesseurs et n'ose 
se prononcer contre eux, il a une tendance évidente à chercher le 
juste milieu dans la mêlée des opinions. Il est lui-même une des 
dernières autorités rabbiniques ; son importance réside en ce qu'il 
a appliqué la méthode tossafistique dans son enseignement et, par 
l'intermédiaire de ses élèves, aux grands codes d'Alfassi et de 
Maïmonide. Depuis R. Guerschom, il est la personnalité la plus 
caractéristique des Juifs allemands, et son influence a été pendant 
plusieurs siècles considérable. 

J. Wellesz. 



1. Consultations, éd. Lemberg, 378; éd. Prague, 96 ; éd. Crémone, 172, 

2. Voir plus haut, LVIII, p. 230. 

3. Consultations, éd. Berlin, 48, n° 304. 

4. Éd. Prairue, 83. 

5. //;., 104. 

6. Ib., 81. 

7. Éd. Crémone, 214. 

8. Voir plus haut, p. 68. 

9. Éd. Crémone, 246. 

10. Geiger, Nachgel. Schriften, II, 160. 

11. Éd. Crémone, 35, 53. 

12. Éd. Prague, 76, 79, 92, 104, 



moïse tako b. hisdai 

ET SON KETAB TAMIM 



R. Moïse b. Hisdaï, le célèbre tossafiste et commentateur de la 
Misclma, était généralement considéré comme identique avec Moïse 
Tako ', l'auteur du trwn aro, ouvrage de polémique contre Saadia, 
Ibn Ezra et Maïmonide, dont un fragment a été publié par Kirch- 
heim 2 . Récemment M. Tykocinsky 3 a contesté l'identité de Moïse 
b. Hisdaï avecMoïseTako et môme l'identité du fragment Kirchheim 
avec le D^n snr>. Mais ses arguments sont si faibles, à mon avis, 
qu'on doit s'en tenir sans hésitation à l'opinion courante. 

Examinons d'abord la paternité du fragment. 

M. Tykocinsky croit que les citations d'Isserlôs * ne suffisent pas 
à établir l'identité du fragment Kirchheim avec le Kctab Tamim, 
car, en ce qui concerne l'appréciation du Schir ha-Yihoud, « l'au- 
teur du fragment peut tout aussi bien l'avoir empruntée au Ketab 
Tamim ou avoir eu sur ce point la même opinion ». « Le passage 
du Torat ha-Ola, ajoute-t-il, prouve le contraire. Tandis que le 
Ketab Tamim, d'après M. Isserlès, attribue le commentaire de 
Job à Nahmanide, l'auteur du fragment en fait un ouvrage de 
Maïmonide. » 

Pour ce qui est du premier passage, on fera bien de remarquer 
qu'il est cité par Isserlès au nom de Salomon Louria s ; or, il est 

1. Voir la bibliographie dans l'article de M. Tykocinsky cité n. 3. 

2. Ozar Nechmad, III, 58 et suiv. (cité dans la suite par les initiales 0. N.). 

3. Monatsschrift, L1V, 1910, 70 et s. 

4. Consultations, n° 126, et Torat ha-()la, eh. 70. 

5. -mua "iruDb nbw b"iznïin )imn w»ira ûizn ws ^b aro im 
■paia V^"* ^nN 'oa airoia rxn *po b* vimKb «b© n?2ip703 nm -nmn 
rit -nïi baa rinco ban nt* aaio ïTinnittisn ">a o^n (i. aro) nro Nnp: 

tpattl SpnE (cf. 0. iV., p. 81 et 98). 



MOÏSE TAKO 6. I1ISDAI ET SON KETAB TAMIM 61 

sûr, comme je le montrerai plus loin, que celui-ci possédait notre 
fragment. Consulter aussi les additions d'isserlès au Yokassin ', où 
il cite, au nom de û^îqin «t, ce qui se lit dans le fragment sur la 
paternité daSchir ha-Yihoud 0. .V-, III, 81, 98) 2 . Quant au 
second passage, M. Tykoçinsky, comme Grœtz 3 , s'en est rapporté 
à Kircbheim, qui dit avoir trouvé Les citations du commentaire de 
Job dans le commentaire imprimé de Job de Nalmianide, d'où il 
suivrait que ce commentaire aurait été attribué par erreur, dans le 
fragment, à Maïmonide au lieu de Nalmianide, En réalité, le com- 
mentaire de Nabmanide (éd. de Venise, 1518) ne contient rien qui 
réponde a la cilalion du fragment \ tandis que (p. 66) j'y trouve 
tout le contraire ! Dans le fragment^on lit : 

p*»xtt3 i^Bioib^sn n« rrniD ïw^a na nia?: 'nb nmn it îtim n? 
■pBtoib-'Bn ib^w ynw N ' 3 "vnaja in a-psa '"»di n-nnn na ■j->3-«73N73 
Mb d*nawi /wursHB ma ynnnb ana finan «b irna D"naia»n ib\s 

rwa iDT Mb miama î-mann -iujn û^a^n a^-nan v*w93 "ir>T 
•Ind na» "mîrna "noi imnb« rnsba ûnb fnbab 

Nous lisons, par contre, dans le commentaire de Nahmanide sur 
Job, iv, 18 : 

Smh ^a ieét iNin ivm ->rpa b5a T"na pafco «b vnaa>a in 
vnj ^Tato ûr«i Ymattfnm toti taanb "ranb Tnaa»a nana isra 
D^yin ibatM a- -o nbnn inana d^-> TOMb^ai .vnmai mno nanb 
cammaisrtia vmattnn «bi ûn^a-n va-n ba Mb ""a ,Ynoa Nia?a 
...aano* 1 nsa'a Dm -na-n ia»-p canN ^5 a ^a t|«i ; sur xv, 15 : 
rrayon n«T îs^b« Tfrr> .izpm ribMtt a*m ^a e|m 'iat rnDiTpa in 
naT Mb DTOtsi .THDM-in ■fcwna n:i irna-pa naai .nban irpioca 
Cariai vaMbrm "pwia n73N n^aa D^-an Maatb ïtfn va^a 
Mb N73T173 "»baa«i VOTT Mb iRb"»* l ntD*ïpa in -)72N ma-inm i-ibnn 

.^niTaip i*ot 

Ainsi, Nahmanide, comme Maïmonide' 1 , rapporte ma*, "wnp, 

1. Ed. de Cracovie, 165 d. 

2. Cf. Landshut, Amoudé ha-Aboda, 243; A. Epstein, Schemouel hé-Hassid, 
p. 19, h. 32. 

3. Geschickte, VII, 168, n. 2 ; cf. plus bas, p. 66, n. 3. 

4. p. 75: b-fo Mine avM lai-rsa nai7a pn ...ana iw^ na n\D7a 'm 
r^a; Nim baian basa Min T>ba» "pas maan Moa -hem D^Taiars ana pi 
n7:ann ca;n nbxMa a^Tan D'OMbnn baba ton rnnn "naan ypnm irba»n 
trmoaïi nyaio mbran baba "nmruai epan pa nnMsa nabb aion n7:iai 
.. .ana «nia» pMi ...b"a:n D"atœ, cf. p. 76 : 'n spaiTata basa bw baban bax 
...nan «b an nb^DN pn^n 'na n*a;7:, et p. 84: na n^7a 'n "nana «bi 
,..ba«n baba -n^iaan ...D^^p-i nn-^y -nTSKi» «ira» p«i pTa^Ta, 

5. More, III, 13. Cf. 0. A\, p. 55. 



èâ REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

YONb73, d^ia aux serviteurs célestes, saints ou anges, et nullement 
aux philosophes et aux ermites. Il faut donc que l'auteur du 
fragment ait eu sous les yeux uri commentaire d'un pseudo- 
Maïmonide sur Job, commentaire qui n'a rien de commun avec 
celui de Nahmanide. Par contre, ï"33n, dans le Torat ha-Ola, est 
sûrement une faute de copie pour D"n?3-i ; cette confusion est fré- 
quente. Notre texte constitue ainsi un argument valable en faveur 
de l'identité. 

Passons aux autres preuves : 

1° Salomon Louria, dans la seconde préface de son Yam schel 
Schelomo sur Houllin, cite ainsi leKetabTamim : »"n ûsn n:m 
■n a (1. D*»ttn) TEn 'd -a"*™® '"nzira û">b"mn "pa "Dm© ^N^on in 
'ro -»^n am «y»m Vn ornera 2 nm 1 nrjp rv-p mean ^ois-ib^sn 
. . . Yittbr»n n». Tout le contenu de notre fragment est résumé ici en 
deux mots : « contre la philosophie ». 

2° Un autre argument de poids est une citation du fragment 
Kirchheim dans YArougat ha-Bossem d'Abraham b. Azriel. 
M. ïykocinsky cherche à l'affaiblir et affirme que ce passage 3 
« présente des divergences considérables '■ ». « Fût-il tout à fait le 
même, ajoute-t-il, il ne serait pas encore prouvé que le fragment 
ait servi à YArougat ha Bossem. L'hypothèse contraire serait tout 
aussi possible, ou encore ce passage, qui n'est qu'une citation 
de Y Alphabet de R. Akiba et des Pirkê de R. Eliézer (?), aurait pu 
avoir été emprunté par les deux autçurs à ces sources. » 

Or, le cas dont il s'agit est le suivant. On sait que le fragment 
Kirchheim abonde en lacunes; une de ces lacunes est particuliè- 
rement considérable 5 , et c'est justement une grande partie de ce 
passage qui s'est conservée, avec la fin restée dans le fragment 
Kirchheim, dans YArougat ha-Bossem, fait signalé d'abord par 
Perles 6 , puis par Kaufmann, qui a publié le texte en question 7 . 
Après avoir reproduit la célèbre consultation de Haï 8 , 1 auteur de 

1. Ouvrage complètement inconnu des bibliographes. 

2. Dans ce dernier ouvrage ? 

3. Comparer Monatsschrift, 1882, 415, 1. 20 et suiv., avec O.N., p. 87, 1. 21 et suiv. 

4. Le « second passage » (comp. Monatsschr., 1882, p. 416, n° 2, avec 0. JV., p. 62, 
1. 16), qui n'a qu'une « lointaine analogie » (Tykocinsky, /. c, p. 81), n'est pas 
emprunté au Ketab Tamim, mais au commentaire du même auteur sur Middot, ainsi 
qu'il est formellement indiqué (...WPTDa TP&O) ; cf. Kaufmann, Monatsschrift, 
Le, p. 417-418. 

5. o. n., p. 87, i. 20 : **aa tin tp non ris. 

6. Monatsschrift, 1877, 364. 

7. lbid., 1882, 410 et s. (le texte p. 412-416). 

8. Voir Taam Zekénim, f » 58 et s. 



Moïse taro n. tiisdai et son ketab tamim 



6.1 



VArougcU ha-Bosseni la fait suivre des paroles de Moïse b. Hisdaï, 
qui y rattache ses explications : 

n"a !T37a -i"n nai nb«i ,S't \sn an "p^an nan "jnd na»... 
ai y-iai araa *ib"wa "i7jib nam ia\s (">\sn 'n) p"Ha:n riT ■'ancn 
n73 Tn"»73 l vrr a^aia «ba mtcoana nttib natvi "i:pn pi «an ûbia»b 
a^x epv p mia?a a-)n:a -in«b Na (i. in^bNO) "ibwa 2 nbr^b 'aia 
Saama i-i&w ""«n 'n 'au; nrai ...imba "»an a:na mai» (1. rsn) 
jprr ■naata'a 'pn ùTian m-nn ra nv^pn in"»73 .. 3 -is"iaa ypm 
Tvn DTEH r^nn nraa 'a-'pj 'm 'n"*a 'sb^a 'na ^ann 
'pn braïaia nabw ^an obia»b taman pn n-^na na: nr»ai ...'pn 
rnanpna . .. na ypnri ibia nasa naa cpa rrn^tt rra bina — iDia 

."pasapna pn^maary rva-'ba 



Arougat lia Itossem : 

pnnana ana^N mana-i ny»pna 
"panpna p'rmu ma^an nanpna 
r-naïaa n-n r-naa rw»pna 
iw»a© nanpna] prélat moaana 
p*< 'aie jn-can ba» ynaian vn 
vn *inan ibaecn) [mKaia: 'n 
6=3 b ij b p d i jj n t a a a a i 
a^p-iaaT b n a « b ] •* t> n j n a n 
nsa 'aiN 'jaa 'n ' y ■» b n 'm 
"i* y-iNn "isya manaa rmsian 
(i. q-ûn) pan l^ ■V"niDa iraa 
Nia? -ma* an api Tinn fcba aba 
pipa jmb y-i»b 'pn ^np-^aa 

r-P"nn bis bta msian ba 

Tir Rin Dip?^ nr«a cadran 
['pn b» va&na] ,m pn ba vaana 
'p- «ab Tnaôn ba rvnn «bn 
Sa mim "noan nra n« -jana 
nx snrrai BTian ns marrai 
.■jwNa tj .ba «baa ■'««ma 'a» ban 



Ojsût Nechmad : 

taana^N n^^n nypna* 

r-pa^arn s-MHpna [i]"n[n]73ri7a 
r-pa^a 'pria ^"«anpntt ^mm-na» 

nypna "jn^aïab moaaria maaa 
ppra-i ba» ynaian "pn rw»aa 
•ai mai iba» msaa; 'n p-> 'aa 
Q-^Dun (i. 173 a) iw s:) tz * 
, 8 b -\ a « b d ■> T 1 n y n) «an a b t y b 
•pa>ttia 'n — itdn «"m pnoai 
yn^n noara manaa nisian Sd 
s^îb« qi^n p n^-naa i:->«a la» 
Sa b'û 6 - 'ai apn nmn «b» 
laNnw mr «in Dip?^ nr»7a n"n 
m"apn ra iaana ï~ï'n-pn ba 
t**iab *î"«nybi ba rr"»nri [»b7a] 
W1Ï31 iaw\-i -ia»a n« n^i2 n"apn 
ann?2i a^nnn n^nTai 5an n-»-»nn 
i; .*aa mm ^as-ia ':a ban 



1 . Cf. 0. AT., p. 93. 

2. V. Tua in Zekénim, t'° 59. 

3. /6trf., f° 00, 1. 4. 

4. Ici une lacune. 

ï>. La référence à l'Alphabet de Ii. Aktba est due à Kirchlieini, triais elle doit être 
transportée a la ligne précédente, devaut C.a. ^ elle transposition paraît avoir induit 
H. Tvkocinsky en erreur. 

0. Signe d'abréviation du copiste. 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ainsi notre passage contient non seulement des citations concor- 
dantes de Y Alphabet de R. Akiba et des Pirkâ de R. Eliézer, mais 
encore une assertion de L'auteur intercalée entre ces citations G^i 
biaab d^ttw «an obw û"»bth tod) et qu'Abraham b. Azriel combat 
(f° H a) : «:> biaab ynw «an obvb wun iraa dj ] p^zn nT 'rots ira 
...fwa twtn p*Jp^; cf. f°84«: b"£ï -Rien r na [n©»] n"n ■nnnrn 
D-n^n n^nna rrrm "p* *p nb"ON© aina 2 ; v. encore 0. A 7 "., p. 90. 

3° La même citation de X Arougat ha-Bossem contient encore un 
second passage concordant, qui se réfère directement au fragment 
Kirchheim. Comparer Monatssehrift, 4882, 443, 1. 3 : 3 '»«© rm am 
p '"«jaDn "VltaR© 1731P73 snas 'wpb [ow] rrsb© pn a^nTû d:^c, avec O.iV., 
p. 91 : tarera imsa ffnbisn ûj t« û^nn ba nw rrcnn nw rpoa... 
©-n»a uî-nma D" 1 »^© «bi dw 'a nrhÈïi n^sa -pim ma^n m»i Su: 
^"aa pT 'Ai to^nr» irnrtn cnpw nb"»573 . 

4° Ainsi que Kaufmann Ta déjà justement remarqué \ la consul- 
tation de Haï doit avoir précédé chez Moïse b. Hisdaï la discussion 
qu'il y rattache. Or, de courtes allusions à cette consultation se 
constatent dans le fragment ; voir p. 88 : b? "paM ^nh a"n n^^pi Tr«rtl 
. . .ban ^a ©an ti tik la ©"•© (1. ba) ; cf. Taam Zekénim, f° 60, 1.18; 
p. 92 : maiENtt 'oa «in p nbiawn itf nioa ^an an 'tob (1. T^a) paya 
'n itts» ; ibid., Tpô n« n"no»n ^b?a avmn ana ^an an ^a non isaai 
on» ^btt, cf. Taam Zekénim, f° 59, 1. 16. 

o° La thèse de la paternité de Moïse b. Hisdaï peut s'autoriser de 
ce passage (0. N., p. 80) : 

ibrpEa i:ns:e p -o cb^^am a^npn 'pa ww nbapn nmNi 
t^onb baa» «a bpnywn nca iniNïï 12b tram ;..tanb© ©Ein 

.pmB©a\nb i«">an ÉO0*n»i 

Il suit de là que l'auteur du fragment vivait à Ratisbonne, ce qui 
est vrai de Moïse b. Hisdaï 5 . 

L'identité du Ketab Tamim avec le fragment édité par Kirchheim 
et la paternité de R. Moïse b. Hisdaï étant ainsi assurées, passons 
à la seconde question, celle de l'identité de Moïse b. Hisdaï avec 
Moïse Tako. On sait qu'Israël de Rriinn affirme celte identité à plus 

i. Moïse b. Hisdaï; v. Monalsschr., p. 414, n. 3. 

2. Cf. Kaufmann, /. c, p. 417. 

3. R. Haï. Ce passage manque dans l'éd. du Taam Zekénim (p. 60, 1. 16), mais 
figure dans Y Arougat ha-Bossem [Monatsschrift, l. c, p. 411) et dans d'autres 

manuscrits [ib., p. 565) : ton ûrrb:n Trrn "laba D"«7^ niab© "pmEr 'nia ot 
-i*an -o nE&« -i©éo ."pasb rrrni laÉnp"' "^bran dva d^ûve nr-rp -its-in 
i..nw d^a© riNTs p. 

4. L. c, p. 411. 

5. Or Zaroua, I, n° 336 ; cf. Monalsschr., 1. c, p. 73. 



MOÏSE TAKO B. I11SDAI ET SON KITAIÎ TA.M1M 65 

(Tune reprise. M. Tykociuskj conteste l'exactitude de cette indi- 
cation, parce que la désignation de « Tako » est inconnue des 
contemporains de Moïse b. Hisdaï ainsi que des auteurs postérieurs. 
Mois,- Tako serai! donc distinct de Moïse b. Hisdaï et serait iden- 
tique a « Moïse surnommé Tako », qui vivail en I-21M à Goslar ' et 
(jni serait le même que le rabbin de ce nom cité dans le Migdal 
<>--. Un autre argument contre l'identité serait le fait qu'une 
consultation reproduite par Hayyim Or Zaroua 3 avec cette 
remarque : btt t narron npn^3TD rtm©nîa T^ryr> ■»n»*"D« n rtawr 
b^w npn nia» '"1 Ml se retrouve dans les Consultations de Méirde 
Rothenbourg ' avec cette fin : Hnon na non DiVoi : d'où il résul- 
terait que Hayyim Or Zaroua distinguait Moïse Tako de Moïse b. 
Hisdaï '■'. Mais la seule conclusion qu'on puisse en tirer à la rigueur 
est que Hayyim Or Zaroua ne connaissait pas L'auteur de cette 
consultation ; il savait seulement que le texte qu'il copiait provenait 
• l'un autographe de Moïse Tako: il a pu ignorer, lui, que celui-ci en 
était aussi l'auteur, ce que nous apprenons parle texte des Consul- 
tations de Méir de Rothenbourg. Il faut remarquer, en outre, que 
cette consultation figurait dans le petit Or Zaroua, n° 163, avec une 
note analogue : mo73 -i"n btt "«"dt: li p ru r ua rtnera ^~,r?r> m narn 
V't np(N)n 6 : il est donc probable qu'elle se trouvait déjà dans le 
grand Or Zaroua de son père R. Isaac b. Moïse et il serait alors 
impossible qu'il s'agit du rabbin vivant à Goslar en 1291. En tout 
cas, la note finale ajoutée par Hayyim Or Zaroua prouve que la 
désignation de Tako n'était pas inconnue des contemporains. De 
plus, il est difficile d'admettre que Hayyim Or Zaroua — ou à plus 
forte raison son père — ait appelé V» ...'-) a-ti un rabbin qui 
vivait vers l w 291 et consulté Hayyim Paltiel, contemporain plus 
jeune que Hayyim Or Zaroua. Moïse Tako de Goslar. dont on ne 
sait rien si ce n'est son procès avec un certain Mordecbaï et qui ne 
reçoit que le titre de 'i nnnrs -fnrv, n'était probablement pas un 
savant de marque. D'autre part, le compilateur du ms. d'Oxford 
794, R. Abraham deWorms 7 , rapporte une décision de ses maîtres 



1. Méir de Rothenbourg, Consultations, éd. Lemberg, u" 410. 

1. Migdal Uz, Sckekalim, III: STOpfi ^BB b"l îpr ÏTOJ3 1 2~~ S B pi. 

Cf. o. a*., p. 87 : ...naapn v-" 

3. Consultations, n" 179. 

4. Ed. .le Lemberg, n° 114. 
Monatssckrift, ib., p. T~-~ n 

6. 0. N., p. 54. 

7. Voir Neubauer, Catalogue, 156. Sur le compilateur et son maître R. Samuel de 
Bamberg. v. A. Epstein, Maaseh fia-Geonim, p. x\. n. 36 t. /'. 

T. L\I. n" 121. 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

R. Moïse Tako et R. Samuel de Bamberg *. R. Moïse Tako était donc 
un contemporain de R. Samuel de Bamberg, qui lui-môme était le 
contemporain de R. Simha de Spire a . L'identification de notre 
Moïse Tako avec Moïse Tako de Goslar est donc absolument impos- 
sible, alors que ce synchronisme s'accorde parfaitement avec 
l'hypothèse de l'identité de Moïse b. Hisdaï et de Moïse Tako 3 . 
Ajoutez que le Kelab Tamim, ou des citations de cet ouvrage, sont 
mentionnés par les uns — R. Abraham b. Azriel et R. Salomon 
Louria — au nom de Moïse b. Hisdaï, et au nom de Moïse Tako par 
les autres, — R. Israël de Briinn, qui insiste même à plusieurs 
reprises sur l'identité, l'auteur du petit Schem ha-Guedolim ', qui 
est bien renseigné sur la littérature rabbinique de cette époque. 
Enfin, il est tout naturel de croire que Moïse Tako, dont le Migdal 
Oz cite un commentaire de Schekalim, est le môme que Moïse b. 
Hisdaï, commentateur de la Mischna \ 

L'auteur du Ketab Tamim est donc le célèbre talmudiste Moïse 
b. Hisdaï. C'est lui qui prend à la lettre les passages bibliques ainsi 
que les agadot, repousse toutes les explications figurées, croit fer- 
mement aux anthropomorphismes, à la résurrection corporelle et 
à l'existence des démons. En cela, il n'était pas isolé 6 . C'était 
l'opinion générale des rabbins les plus célèbres de r Allemagne et 
de la France (il faut en excepter, en partie, la Provence après 
l'apparition de la famille Ibn Tibbon). Ce sont les Caraïtes qui 
avaient provoqué les premiers la lutte contre les anthropomor- 
phismes par leurs attaques contre le Talmud 7 . Aussi cette lulte 



1. f° 54/;: rmbim nosa ma ï"«Z38 nn« mm Nia a nn« o^Dia ■WBtt 
bsuau) 'n a-in "mBi ipn ma m 'n a-in "hto D^aa-in îb m-prpm 'jian 'an a 
mbvi rwaïab mb"p ïroannî û^ca tt»«i (i. p-naaaaB) pmaa ~np 
b"jn vnara iann ann "marna &rçwn "jo"^» rttMnw *pbi tn^oipab 
. ..na-ob D3T1ST (*îc) nrman "mai iia-vs *p .oiba *pa *pN ^"n^oma. 

Je dois la copie de ce passage à l'amabilité de M. A. Cowley. 

2. Hayyim Or Zaroua, Consultations, n 0B 56-64. 

3. Cf. Tykocinsky, p. 74. — Graetz, Geschichte, VII, 168, n. 2, écrit: «Tako 
connaissant dans sou ouvrage le commentaire de N'ahmanide sur Job et le confondait 
même avec Maïmonide ; il en résulte qu'il était beaucoup plus jeune que lui, etc. ». 
J'ai montré plus haul que le t'ait est inexact. (Test donc à tort que Gnetz place notre 
auteur pendant la deuxième lutte pour et contre Maïmonide : voir plus loin. 

4. V . Debarim Atikim, p. '•>. 

5. V. Zunz, Ltg., 316. — be commentaire de Moïse b. Hisdaï sur Nedarim est encore 
cité par R. Eisik Stein, dans soi» commentaire du Semag (Semag, éd. Kopust, 28 c/, 29a). 

6. Grœtz, op. cit., 170. 

7. Voir Juda Barceloni, Commentaire du S. Yecira, p. 20, 34 (Saadia a réfuté un 
sectaire qui avait prétendu que les talmudistes croyaient aux anthropomorphisme»), 
13; P.. Hananel dans son Commentaire '!«• Berachot cité Or Zaroua^ 1, 21, etc.). Cf. 
Eschkol ha-Kofer, §§78 el s. Md . 



MOÏSE TAKO B. HISDAI ET SON KITAB TAMIM 67 

resta*t-elle confinée presque exclusivement aux pays où demeu- 
raient des Caraïtes '. La France et l'Allemagne restèrent fidèles à 
l'interprétation littérale de la Bible ainsi que des agadot 3 ; on le 
voir par les Akdamot de II. Méir b. Isaac, officiant à Worms, 
poème devenu populaire, par les explications littérales des com- 
mentaires attribués à Guerscliom et de ceux de Raschi ;{ sur les 
agadot anthropomorphiques, par différentes interprétations des 
Tossafot, par le témoignage de R. Abraham b. David \ enfin par les 
livres el épîtres de polémique écrits par maïmonistes et antimaï- 
monistes pendant les années 1232-1234, époque à laquelle vivait 
précisément notre auteur 5 . «Les plus grands et les meilleurs» 
des rabbins français et allemands pensaient donc comme lui °. 

D'autre part, il fait preuve, comme Kirchheim est obligé d'en 
convenir en partie, d'esprit critique et d'intrépidité. Il s'élève avec 
la pi us grande vivacité même contre R. Juda bé-Hassid, qu il vénère 
d'ailleurs 7 ; il combat la cabbale pratique des mystiques de son 
temps 8 , met en doute l'authenticité du Schiour Koma et de l'Al- 
phabet de R. Akiba\ tient pour falsifiés le Pérek Schira et le 
Schem ha-Ebarim l0 . Il écarte certaines agadot parce qu'elles ne 

1. CÏ. Milhamot Adonaï, Hanovre, 1840, p. 7 en bas. Pourtant voir plus loin, 
p. 69, n. 4. 

2. Sur 1rs anthropomorphismes voir Yeday-a Bedarsi dans les Consultai ions de 
SalomOD b. Adret, I, n° 418 ; il cite à ce propos les poésies de En Vidas, c'est-à-dire 
Meschouilam b. Salomon Da Piera (v. Dibrê Hahamim, p. 76, 77, 78 et comparer avec 
le he/ab Tamim, p. 71, 74). Voir encore Samuel Saporta [ibid., IV, 44) et la lettre 
de Nalima.n, le ; puis Milhamot Adonaï, p. 17 et 0. N., p. 86. Sur la résurrection 
corporelle, cf. Meïr Abulafia et Simson de Sens dans le Kitab Arrasail; voir encore 
Milhamot Adonaï, t. c, et Saporta, |». 63; sur les explications figurées, cf. Simson de 
Sens, /. c. p. 136, et Da Piera. op. cit., p. 76 et 78, avec 0. .V., p. 77 ; sur le renou- 
vellement du monde abim tzmn) dans le passage cité par Abraham b. Azriel (voir 
plus haut), cf. Saporta, l. c, p. 62 ; sur sa confession de foi, p. 97, cf. Da Piera, 
op. cit., p. 78. 

Les antimaïmonistes défendaient d'expliquer autrement que Raschi (Ginzê 
Nistarot, IV, 64 . 

4. Glose» surMaïmonide, H. Teschouba, m, 7: îabn W12 Û^mûûT D*Ô"HJ Ï1WD1 

rrman naia in-iuj nuiz -in-m menpwa in-hb nn isb ï-niorran in 

nvm n« mœaiflttrT. La leçon Wn D^mai D"6Y7Jl est confirmée par Samuel 
Saporta (Quinze Nistarot, IV, .'iOj. 

5. Voir plus haut, p. 66, n. 3. 

6. Voir encore Luzzatto, Halichot Kédem. 39-40 (cf. O.N., 59-60) et Kérem llémed, 
III. 67-70 : O. .V., IV, 116-117 ; cf. Kérem Hémed, V, 3, 8. 

7. Voir plus loin. 

8. \>. 84. Cf. consultation de Nahmanide dans les Consultations de Salomon b. 
Adret, I, n' 413. 

'•'• P 61-62, 63. Déjà Saa«lia avait contesté l'authenticité du Schiour Koma (Juda 
Barceloni, op. cit.. _*1 
10. P. 62. 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

figurent pas dans le Talmud '. Il est le premier et d'ailleurs le seul 
entre les rabbins allemands qui ait éludié et qui cite des ouvrages 
caraïtes 2 . Il critique, ce qui est particulièrement caractéristique, 
la manière d'étudier le Talmud de son temps 3 . Il s'en prend surtout 
à Saadia, le créateur de ces spéculations philosophiques qu'il combat 
notamment aussi parce que l'auteur du Se fer ha-Emounot, — c'est 
presque toujours ainsi qu'il l'appelle, rarement par son nom 4 — 
repousse une agada 5 . Il se montre également sévère vis-à-vis dlbn 
Ezra 6 , mais beaucoup moins vis-à-vis de Maïmonide 7 , ce qui doit 
s'expliquer par l'ignorance où il est du More, — car il ne connaît 
que le Mischné Tora. 

Voici, d'ailleurs, les auteurs qu'il cite et qu'il me paraît utile de 
réunir : 

R. Eléazar Kalir 8 ; 

Saadia 9 , son Se fer ha-Emounot (très souvent) ,0 et son Com- 
mentaire du Se fer Vectra" ; 

î. p. 63: a-™ rîM-in un iû'Hnbtt itj is^srb -na vma irman pi 
nvrsfia unaro «bio ir-NTo yhy îaim bs* l pn-an bie im û*-3i:*rm aneoa 

•paroiO 13tf D*Tb3*tt) irni7ûbn bttJ. II s'agit d'un passage du Midrasch Mischlê. 

2. P. 80-81. 

3. Passage cité par Salomon Louria, Yam schel Schelomo, Houllin, préf. (voir 
plus haut) : 

irnarn an*ra 'ib p-i 'mn 'a ab 2"srNi ...*-n:obnn na 'ro n"ti wai 
ymn isai omo 'na *i*i»bbi p^oonb tpbw» Tira trama ar^ia ûmo '2 
*in*obi 'a *ii733*a iib*-bi dv 'nu-oi ninsw "-«sn n**p733 '-p^ywi pin 
a^roana imaMai [njanini rrnan isni^i ira*^ T"ai iss^ai ia fm* rp3*nr** 
nmn bs* 11233*3 i-mnn (dp^317j *i73D r*b"«b "pima iNi nain by ûnTStan 
•nan b* *o nb-ô "p^na a-b nbiï pi ïTHToibi minn nrjy*on3 dt* ba* -«a 

S— iiainD ""DOin !7&niZ)a (Jacob Tarn) i"-| 13 13J521ZJ1 minn liainrû FWIÏ1 

itcni C33*ttnn*i3 minn b* antaaEn vr?3 y-m musiT-s b* a^biabm a^pnpn 
n&ra iy ■prwarrb -nN-i i*on ...imna p ta"a **"n (i.oi*ipm) aipm maKia n*a 
onroib mnsi 'm -naa ba bs* imi n« ^ibïîni r-rspian a^pma t* b«*ia 
i3^3sb*o riT*-: bissa-on -ponb *nvta ^73 -«TOfi* nn* bas . ..dtdiib mna r*b*i. 

Les Tossai'ot dont il s'agit ont sans doute été rédigées à Ratisbonne par des élèves 
d'Isaac b. Ascher I, ce pourquoi Moïse Tako préfère taire les paroles de R. Tarn 

(**172K*IÏ n*0 "172N1)- Cf. Se fer ha-Yaschar, §282: N1*"î «"an ain I^TTIttî H721 

ia*oon abi i73*a bs* aïKip avwTon ,maoin amt* nia* «b enm y-pn rab 
nwynD û an *o ambs*. 

4. Voir plus loin ; cf. p. 66 : m^^n ^ITD '03 m*J*1*a«n '0 53*3 3na. 

5. P. 70 ; cf. p. 93, 95. 
G. P. 84, 96, 97. 

7. p. 77 : pTpnb bmnr-na "jua&nn-o \n ibiû Nbi ibtt D^raiatae nvy m^i 
...'msiaNîn naa n"apn bw nvnna. 

8. P. 58 Çpetttt), 85 (D-*nb« *fNb)3), 83, 91. 

9. P. 08, 79, 96; dans des citations d'autres ouvrages p. 67-68. 

io. v. surtout p. 79 -. Dinn 13--N "«a ib*u Nin m:i7:Nrî naa aN n^yo an 

T»b3* ; p. 96 : N72C1 ...m:'D 31 ^73 HT 13*7 N2t** BN b*1*W 1iri73n N1H1 

lian: û^^rob a^nb. 

H. P. 66 (voir plus baut, n. 4), 70. 



MOÏSE TAKO B. FIISDAI ET SON KITAB TAMIM 69 

Haï Gaon, sa consultation ' ; 

Le Commentaire dos Chroniques édité par Kirebbeim 2 ; 

Isaac b. Ascber ha-Lévi I :$ ; 

Jacob h. Simson, disciple de Hasclii et maître de R. Tarn, son 
commentaire d'Abot ' ; 

R. Abraham (b. Hiyya) ha-Nassi s ; 

II. Abraham ïbn Ezra, ses commentaires (souvent , son tr^Tti 'o 6 ; 
sa mort 7 ; 

In commentaire du Se fer Yecira par des savants de Narbonne 8 ; 

R. Juda hé-Hassid * ; 

R. Beçalel etR. Samuel, auteurs du Schir ha-Yihoud l0 ; 

Des explications talmudiques anonymes " ; 

Des ouvrages (mystiques) de Worms l2 ; 

1. Voir plus haut. Haï est appelé p"*T3fc:i. 

2. P. 69. C'est dans Péd. Kirehheim à la lin; contre Steioschneider, H. B., III, 62. 

:]. P. 79: b"£7 "'ïbn N"3" 1 IS^al 3P3. C'est probablement une citation de ses 
Tossat'ot sur Haguiga. 

fc. p. 59 : 17310 ora [aro] (3iro) ma» '373 ©T^Dffl piunffi la apan i"m 
'73 i»iba .«in ya K730 ïfbfti im» n-3 D^ïib» ûbsa inbata ©isot 
...ûbx r"z-p- i^nid 1731b niilie aie-: ,db2S3 bsN ?os moi»©. 

Dans le commeataire d'Abot inséré dans le Mahzor Vilry [tirage à part, p. 54), on 
lit sur ce passag 

■«oia Nn mari .2ip7:r; înm* viz? a"»nb« ûbsta ùwk ûbata ">a iï3«3ia 
nu *pE bmqid irc^n nT3 itsiktd ^73 nsiTsri «bi ït>731 natb pan iwi «r: 
qp^n nwai i"n arabisa »bi na? n reobsa "na 'airra rr»« ,Dbxa ^3 ej«i 
-:*-- pD*»Db dbsa bxo "p-ixa bna. 

Une deuxième leçon dans le Xaehtrag, p. 109 : 173£2 "<3D3 abj£3 Nia3tt3 TD3T! 

mais pwn natr bus ifcbxa itsikh 331 rnsian rmm mnna ûbata Kbn 

Nil "P73 ; elle-même ne concorde pas avec l'explication de Moïse Tako. — Sur Jacob 
I). Simson, v. l'article de M. A. Epstein, Revue, XXXV, 240; Monatsschrift, 1897, 
p. 259, n. 2. 

5. P. 68. 

6. P. 96. Manuscrit de Munich, 207' (Steinscbneider, Catal. de Munich, p. 88-89, 
cf. ibid., p. 2l)2 . 

7. P. 97 (addition?), cf. H. £., L c. 

8. P. 71 : tybfit 173wN ,©Ï3W : «31313 "»5aDTl bO ÏTVSFn "23 '^23 13*81 pi 
..."m* Nl33"i- 

9. P. 65 : 1133:1 1DO IfiTlpTO 1333 3P3 JUIÏT 13**ai1 ; P- 67 (1BÛ31 

■rotin); p- 74: ...1*373 ht nai Bpannb "«idi mn Tara »bsi abom; 

p. 75 (après la réfutation : ,r»rï 1? ISia'H 13mtD 31173 ^3 p * , " v ^ K373ÏT1 

n:c innri naaôi inbna naab «b» i;n::b ab "O amin fitin 'n b3N 
inobsi b©73 rnD*"»n; p. 70, 73, 95 (-psnn). 

10. P. 81, 98. V. A. Epstein. Schemuel hé-Hassid, p. 19. 

11. P. 77 : imiai 133 1©T»B 1tMO(= R. Tarn, dans les Tossafot de Haguiga, 
11 /y ; p. 92: I3"»ni31 '^£13731 (= R. Méir, père de R. Tarn, dans les Tossafot de 
Ketoubot, 1036). 

12. p. 77 •. "1X0*73 bia mwTi HTiai 13b îoi 1 * to«3 an niDfina "WE N^ 
•piam Braîomi dtieoi ...tî^piosn p D*»K3cm D"nDiipn mtttom irnb^ 
■pito ini<3 an"»3TD un iosi rn^M i:?-p »bi in» r*- 3 rr'Bina iroaro- 

S'agit-il des ouvrages d'Eléazar de Worms ? Cf. p. 59 : 17333 D^NnTSNI 11NT 



70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Un commentaire anonyme de Daniel 1 ; 

Un commentaire de Pseudo-Mai monide sur Job 2 ; 

Une citation d'un commentaire caraïte du Pentaleuque :{ ; les 
caraïtes Anan, Satil, Abou-Sari et Abou-Ali*. 

Un mot encore sur la patrie de Moïse Tako. Le passage cité par 
Nahmanide au nom de R. Moïse b. Hisdaï de Pologne ;i , l'est par 
R. Yomlol) b. Abraham au nom de R. Moïse le Français , Cette 
circonstance pourrait être invoquée en laveur de l'hypothèse de 
Carmoly \ si les Espagnols ne désignaient pas des Allemands 
comme « Français 8 ». Notre rabbin me paraît originaire de Bohême 
parce qu'il est surtout cité par des auteurs de ce pays — Isaac Or 
Zaroua, Abraham b. Azriel, R. Abraham de Worms, son élève, 
qui a été en Bohème et a des gloses slaves 9 , outre ceux du pays 
rhénan. En tout cas, il n'est pas nécessaire que le nom de «Tako » 
indique une ville. 

Il n'est pas évident, non plus, que les formes apa, npa, qu'on 
trouve chez R. Israël Briinn soient identiques avec le surnom 
« Tako » (npn) ; les différentes orthographes données par Israël 
de Briinn prouveraient plutôt le contraire. 

Vienne, juillet 1910. J.-N. EpSïEIN. 

B2?3 pn DÏ-Î72 «m-na n'5t ï-i2U5» ab wiia "p^o mwana ït©^» mabn 

maana bia nrmNi ma">n urmïi mmpna NH72D. 

Sur l'atitude de l'auteur à l'égard d'Eléazar de Worms et du mysticisme en général, 

v. p. 85: Tin in ïwsp b-o "ppTcBE ■peHt'nn mais ^-para wi onn... 
wm inw û^arpn nTai» 'p-paTEi «nia ndîn -nyia î*"ai nbnn ■pbabatt 

nTa*" 1 'oa ''pOiy TENpl, ce qui concorde avec le passage de la p. 77. Cf. le Com- 
mentaire du S. Yecira d'Eléazar, 15d : û'Vaa "iD^n 5W1 . »'.n"Y , £'' "li:Da pOl^ïl 

nas ba a^n^ia N"an bœ «rna Nsb^a babab bwm in» obia rroani c^n 

naaa nT , 2f ncaa m»a anaiÛ TaN ba ,iab. Dans un ouvrage oàfobalistique 
d'Eléazar, le S. ha-Hayyirn (Cod. Oxford, 1568 3 ). on lit ces mots : ■pTJC'IZÎ 12 *JîO70 
"WOn Ta TVQ12 l"n "nai DTCJpb (cf. Zunz,L*<7., 316, n, 2) — Moïse b. Hisdaï est 
encore cité dans le ms. d'Oxford, 1210, f° 8 6 : «b ^«[nlon "ia Hiaft '"in riTTim 
nvnm a"vai n"na 172Tb nai"l. Lems. d'Oxford 268, f° 184, mentionne R. Moïse 
fcOblDTû (cf. Tykocinsky, Le, p. 75, n ; Gallia, p. 440), difficilement identique avec 
notre rabbin. 

i. p. 76: n-naTa bttî baba tht wn nns d^-idto ^men -hdks. 

2. Voir plus baut; cf. /7. />'., I. c. 

3. P. 80-81. 

4. P. 62, 64, 81. 

5. Novelles sur (luit lin, 7 6 (NijTblDto) . 

6. Novelles sur Guiltin, ad eumd. loc. (TlD")3£n). 

7. V. Tykocinsky, /. c, p. 73, n. 4. 

8. Cf. Salomon b. Adret, Novelles sur Eroubin, 31 6 : D"HDN '"l aTTï nttîp!*; 
mDDinn TJfcim . ..b"T TlSniSn ; il s'agit là sûrement de R. Ephraïm b. Isaac de 
Ratisbonne. Cf. Geonica, éd. Ginzburg, p. 57 : antt p obi©» a^ltt mbWD 

nasiB ynaa nio« naib ns^Ta» oiTwbipa» et p. 55, note de l'éditeur. 

9. Neubauer, Catalogue des mss. hébreux de la Bodléienne, 156; cf. A. Epstein, 
Maase Haoeonim, p. x et xv (v. plus haut, p. 65, n. 7 et p. 66, n. 1). 



LA COMMUNAUTÉ JUIVE A ROME 



AV TEMPS DE .IULES ÏI ET DE LEON X 



Les Juifs qui habitaient au commencement duxvie siècle à Rome 
au nombre d'un millier peut-être, vivaient groupés pour la plupart 
dans la région qui devint plus tard leur ghetto, entre le fleuve, le 
Portique d'Octavie, la Via di Pescheria et la place Giudea; néan- 
moins un certain nombre s'étaient établis dans les autres quartiers 
de la ville selon les besoins de leur commerce ou leur fantaisie. 
Il existait même une synagogue dans le quartier de FArenula 1 . 
L'obligation de vivre enfermés dans une région spéciale ne fut, en 
effet, imposée aux Juifs que vers le milieu du siècle par les papes 
rigoristes, Paul IV, Pie IV et Pie V. 

Leur famille etleur domesticité étaient parfois assez nombreuses ; 
le recensement de 1526 mentionne plusieurs Juifs ayant chez eux 
« dix bouches 2 ». 

Les métiers qu'ils exerçaient plus particulièrement étaient ceux 
de chargeurs, fripiers, savetiers, regrattiers, marchands de meubles 
et d'étoffes 3 . 

David Gahi achète d'un marchand de Norcia des tapis de soie 
« à la moresque » au prix de 9 ducats l'un * ; T^aac, fourreur, achète 
d'un marchand de Brescia des tapisseries, delà soie et un chapeau 
au prix de 12 ducats (1521) \ Certains Juifs étaient teinturiers, ce 

1. Archiv. stor. capit. S. R. C. Inst., vol. XV, p. 5 (1511). 

2. I). Gnoli, Descriptio Urbis o Censimento délia Popolazione di Roma, Rome, 
1894. D'une façoo générale A. Berliner, Geschichte (1er Juden in Rom. Francfort, 
1873: Estore Natale, // f//ie//o di Roma. Rome, 1887 ; Vogelstein et Rieger, Geschichte 
der Juden in Rom, Berlin, 1895. 

3. D. Gnoli, op. cit., passim. 

4. Rome, Archiv. di Stato, Atti P. de Pacificis, Prot. 1189, fol. 62. 

5. Archiv. Seg. Vat. Div. Camer, vol. 75, fol. 143. 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qui leur créa des difficultés avec les agents du fisc, qui, ne recon- 
naissant pas dans les étoffes qu'ils meltaient en vente celles sur 
lesquelles ils avaient déjà perçu la taxe, voulaient obliger les 
marchands à payer deux fois'. 

Les médecins de race juive étaient assez nombreux malgré les 
défenses pontificales; d'ailleurs, les Statuts de la ville, loin de con- 
firmer celte interdiction, accordaient un traitement de faveur aux 
médecins juifs en les dispensant de porter le signe diacritique 
jaune 2 ; les papes eux-mêmes avaient souvent recours à leur 
science; Jules II consulta plus d'une fois Samuele Sarfadi, auquel 
il accorda, ainsi qu'à son fils Joseph, des dispenses et des privi- 
lèges que leur avaient déjà consentis le pape Alexandre VI et le 
roi Louis XII 3 . Son gendre était l'intendant du pape dans la pro- 
vince des Marches''. Léon X s'adressa au médecin juif Bonnet de 
Lates ;i . Avant eux, Innocent VII avait pris pour médecin Elia Sab- 
bati et lui avait accordé le droit d'exercer en toute liberté 11 . 
Eugène IV, Nicolas V s'étaient également fait soigner par des 
médecins juifs, ainsi que nombre de cardinaux 7 . S'il faut en 
croire Infessura, Innocent VIII, se trouvant en danger de mort, 
permit à un empirique juif de pratiquer sur lui la transfusion du 
sang ; trois jeunes gens se prêtèrent à cette tentative et en mou- 
rurent, et le pape ne fut pas sauvé 8 . 

Certains Juifs étaient très bien vus en cour; Elia Levita ensei- 
gna la littérature juive à plusieurs hauts prélats. 

Les expulsions d'Espagne avaient naguère sensiblement accru 
la communauté, qui s'était aussi grossie des réfugiés des pays 
d'outre-monts, Allemands et Français, en sorte qu'elle se compo- 
sait, au début du xvi e siècle, de deux éléments distincts et un peu 
hostiles, semble-t-il, les Juifs romains et les Juifs « ultramontains ». 



1. Archiv. Seg. Vat., vol. 67, fol. 90. 

2. Statuts de 1519, Liv. III, art. 159, fol. 26. Toutefois les papes durent confirmer 
quelquefois cette dispense. 

3. Marini, Degli Archiatri Pontifici, Rome, 1784, I, p. 290. 

4. Ibicl., II, p. 270, Appendice. Le 20 juillet 1511, Jules II accorda un privilège à 
Moïse de Blancs, médecin juif. Archiv. Seg. Vat. Div. Camer., vol. 61, fol. 99. 

5. David de Pomis, De Med/co Hebrœo, p. 70 ; David Kaufmann. Léon X et les 
Juifs de Home, dans Revue des Études Juives, t. XXI, p. 185. Privilège accordé à 
Emmauuel PiOnetti, « médecin romain juif », en date du 11 janvier 1515, Archiv. Seg. 
Vat. Div. Camer., vol. 64, fol. 100, cité par Hergenroter, Reg. Léon X, n. 13.651. 

6. Theiner, Codex diplom. S. Sedis Rome, 1862, III, p. 147. 

7. Marini, David de Pomis. 

8. Infessura, éd. Tommasini, p. 275. Il dit aussi, p. 132, que le pape Sixte IV fit 
oxaminer par un médecin juif le protonotaire Lorenzo Colonna qu'il venait de faire 
torturer et décapiter. 



LA COMMUNAUTE JUIVE A ROME TA 

Chaque nationalité avait ses synagogues ou écoles, dont le rite 
différail quelque peu; elles étaient au nombre de onze en 1519 et 
de vingt en l«>2i et cependant il y avait défense d'en créer de nou- 
velles 4 . 11 résulta de ces différences d'origine que, vers 1524, de 
graves dissensions éclatèrent dans la communauté touchant l'or- 
ganisation du culte et la répartition des secours aux nécessiteux; 
on lit appel pour les accommoder à un homme dont la haute situa- 
tion, la sagesse universellement reconnue et l'expérience devaient 
en imposer à tous ; les représentants des diverses classes qui com- 
posaient la juiverie procédèrent à sa nomination avec un grand 
appareil de formalités, et elle fut solennellement proclamée devant 
témoins; un acte notarié en fut dressé 2 ! 

Daniel de Pise, qui avait été ainsi désigné, s'occupa aussitôt de 
donner à la communauté un règlement qui écartât les causes de 
trouble et de dissentiment et lui assurât dorénavant une existence 
paisible, ou plutôt, du moins cela paraît probable, il amenda et 
perfectionna un règlement qui était en vigueur et qui datait sans 
doute de loin 3 . 

L'organisation de la communauté fut ainsi établie : à la tête, un 
conseil de soixante membres élu par les trois castes dans lesquelles 
étaient répartis les Juifs, les banquiers, les gens riches et les gens de 
condition moyenne « qui ne sont ni riches ni pauvres ». On le voit 
les indigents n'avaient pas part au vote; il semble, d'ailleurs, que, 
pour être éligible tout au moins, on dût payer une capitation de un 
ducat. Les élus devaient être des hommes « craignant Dieu » et de 
bon conseil, vertueux et dévoués aux intérêts de la communauté. 
Ils étaient nommés à vie, ce semble, et on ne les remplaçait que 
lorsqu'ils étaient morts ou avaient été jugés indignes de remplir 
désormais leurs fonctions. Le rôle du conseil était de gérer les 
affaires communes, de décider des taxes, d'accorder le titre de 
rabbin, titre d'autant plus envié que les synagogues romaines 
avaient une sorte de prééminence sur celles des autres villes 
d'Italie 4 . 

D'ailleurs ce conseil ne se réunissait que rarement, tous les trois 
mois, les motions devaient y réunir, pour être admises, les deux 
tiers des voix, les membres qui n'y assistaient pas pavaient un 

1. Articles de D. Castelli dans Avchivio Storico Italiano, 1893, disp. 2, p. 398, et 
D. Kauf'mann, Revue des Éludes Juives, 1890. 

2. Article Castelli. Castelli donne comme inédit ce document que nous avons déjà 
signalé dans notre ouvrage sur Le Saint-Siège et les Juifs, en 1891. 

3. Rome, Archivio di Stato, Miscellanea, Ebrei. 

4. Basnage, Histoire des Juifs, La Haye, 1716, Liv. IX, p. 896. 



H REVUE DES ETUDES JUIVES 

ducat d'amende ; ces amendes servaient à doter des jeunes filles 
pauvres. 

Les membres du conseil désignaient par un mode de votation 
forl compliqué trois Fattori, dont deux devaient être Romains et 
un ultramontain ; ces Fattori étaient, en fait, les chefs de la commu- 
nauté et toute la responsabilité et le poids des affaires reposaient 
sur eux ; ils avaient à veiller à la tranquillité publique, à présidera 
la répartition des taxes, à décider des dépenses; toutefois ils ne 
pouvaient mandater un payement supérieur à plus de 10 ducats, ni 
dépenser durant leur magistrature plus de 100 ducats sans en réfé- 
rer au conseil; les rabbins ne pouvaient prononcer, sans leur auto- 
risation, la peine terrible de l'excommunication 1 ; à leur sortie de 
charge, ils étaient soumis au « syndicat », c'est-à-dire à un examen 
public et contradictoire de leur gestion; tout plaignant pouvait 
venir déposer contre eux et sa requête était sur-le-champ entendue. 
D'autre part, qu'un Juif recherché par l'autorité eût pris la fuite sans 
qu'ils pussent indiquer le lieu de sa retraite, qu'un objet dérobé eût 
été porté au quartier juif sans que le receleur eût pu être décou- 
vert, il y allait pour eux de la prison, voire des supplices. Poul- 
ies seconder et diminuer leur responsabilité, un conseil restreint, 
une commission permanente de vingt membres avait été instituée, 
qui se réunissait toutes les fois qu'il était nécessaire et donnait des 
avis aux Fattori. Leur charge était de courte durée, il est vrai, de 
six mois, et ils recevaient une faible indemnité, mais on estimait, 
du moins un peu plus tard, qu'elle coûtait à son titulaire, 50 ducats 2 . 

Tous les trois ans, on procédait à l'élection de trois taxateurs, 
dont deux Romains et un ultramontain ; ils devaient prêter serment 
de n'agir que suivant leur conscience et la justice et de ne se laisser 
guider ni par la haine ni par la sympathie ; leur mission était, en 
effet, des plus délicates ; ils devaient recueillir les déclarations des 
contribuables sous foi du serment, ou, si cette déclaration leur 
était refusée, apprécier eux-mêmes leurs ressources et établir ce 

1. Le Juif rejeté de la communauté et souvent repoussé des chrétiens se trouvait 
dans une situation telle qu'il fallut parfois prendre des mesures pour que le condamne 
ne mourût pas de faim. Basnage, Liv. VI, chap. 21 ; Léon de Modène, 2« partie, 
chap. m. Le cas de Uriel Acosta, qui de chrétien se lit juif et voulut ensuite réformer 
le Judaïsme, montre Lien toute l'horreur de ce châtiment. 11 fut excommunié. On le 
regardait comme un hibou ; 1rs petits enfants couraient après lui dans les rues avec des 
huées et le chargeaient de malédictions, a mes propres frères, dit-il, dont j'avais été 
le convertisseur, ne voulaient plus me reconnaître sur la place publique ». Il ne pou- 
vait jouir du repos ni dans sa maison ni dehors. De guerre lasse, il rétracta les opi- 
nions qu'il avait soutenues. Ceci se passait à Amsterdam en plein seizième siècle 
(Bayle). 

2. L'institution des Fattori remontait au moins au xv e siècle. Cod. Vat. Lat. 6792. 



LA COMMUNAUTÉ JUIVE A ROME 7S 

que chacun devait payer; leurs taxations étaient soumises en secret 
aux Fattori, qui, selon les besoins de la communauté, exigeaient 
les sommes imposées ; si elles n'étaient pas payées dans le délai de 
huit jours. Le contribuable était frappé d'une amende de 25 ducats 
au profil de la Chambre Apostolique ; cotte amende était doublée 
en cas de résistance opiniâtre. 

Il y avait, en outre, deux camerlingues, un Romain et un ultra- 
montain, qui exerçaient alternativement les fonctions de trésorier 
el de comptable ; leurs fonctions étaient de six mois ; il y avait éga- 
lement deux « collecteurs d'aumônes », qui allaient dans les syna- 
gogues recueillir les offrandes, qu'ils réparti s s aient ensuite à leur 
gré, mais non sans rendre compte de leur gestion aux Fattori et au 
conseil. 

La charge des « défenseurs des Statuts » était, sinon la plus 
absorbante, du moins la plus importante ; ils étaient cinq, dont 
trois Romains et deux ultramoutains, et avaient pour devoir de 
veiller au respect des règlements ; ils constituaient une sorte de 
tribunal dont les pouvoirs répressifs étaient grands. 

Toutes ces magistratures devaient être exercées par ceux que le 
sort ou le vote de leurs pairs en avaient investis ; des amendes 
proportionnées à l'importance de la magistrature imposée frap- 
paient ceux qui se dérobaient à ce devoir ; elles étaient de 5 ducats 
pour les défenseurs des statuts, de 3 pour les Fattori, de 2 pour 
les camerlingues, de 1 ducat pour les autres charges. 

Daniel avait longuement établi le mode par lequel il serait pro- 
cédé à une revision de cette constitution si besoin était ; un conseil 
spécial serait nommé par les trois classes des banquiers, des gens 
riches et des gens de fortune moyenne, en présence de notaires et 
d'un délégué du « cardinal-protecteur » de la communauté 1 ; les 
élus devaient être pour les deux tiers Romains, pour un tiers 
ultramontains. Mais la constitution était bien adaptée sans doute 
aux besoins de la juiverie, car elle demeura longtemps en vigueur, 
et, deux siècles plus tard, elle servait encore de base à l'organisa- 
tion communale du Ghetto. 

Un bref de Clément VII, en date du 1 er décembre 1524, lui donna 
force de loi. 

Le Saint-Siège, on le voit, prêtait la main à la bonne organi- 
sation de la communauté juive. Il était plus rigoureux en appa- 
rence qu'en réalité, et si les règlements qu'il édictait contre les Juifs 



i. Chaque corporation, confrérie ou autre association avait à la Cour un cardinal- 
protecteur chargé d'en défendre les intérêts. 



76 REVUE DES ETUDES JUIVES 

leur imposaient de dures obligations, en réalité, dans les États de 
l'Église à tout le moins, ils n'avaient jamais été bien strictement 
appliqués. Cela louait à des raisons multiples d'utilité et de senti- 
ment dont la plus singulière était que la présence des Juifs à Rome, 
misérables et pourchassés, servait à montrer la supériorité de la 
foi chrétienne sur l'ancienne foi. Eugène IV, alors qu'il se trouvait 
en exil à Florence, avait publié, le 8 août 1442, une bulle, Dudum 
ad nostram audientiam qui, au commencement du xvi e siècle. 
réglait encore dans ses dispositions essentielles le sort de la com- 
munauté. Il y était interdit aux Juifs de boire ou de manger avec des 
chrétiens, de leur donner des soins ou de leur fournir des remèdes 
quand ils étaient malades, d'exercer des fonctions de courtiers en 
marchandises ou de courtiers en mariage, celles de gérants, de 
fermiers pour des biens appartenant à des chrétiens ; les femmes 
juives ne pouvaient être accoucheuses ; défense était faite de cons- 
truire de nouvelles synagogues ou même de restaurer et d'em- 
bellir celles qui existaient déjà ; les chrétiens pouvaient être 
témoins contre eux en justice, mais eux ne pouvaient l'être contre 
les chrétiens ; ils ne devaient pas avoir de serviteurs chrétiens, ni 
se montrer dans les rues à certains jours de fête, particulièrement 
pendant les journées pascales ; un quartier de la ville leur était 
assigné comme résidence et il leur était imposé de porter un signe 
diacritique jaune, bande d'étoffe ou rouelle bien apparente, placée 
sur la poitrine ou par-dessus la coiffure. 

D'autre part, les anciens Statuts, à peine modifiés par ceux de 
1519, leur interdisaient de faire de l'usure à peine de 25 livres 
d'amende par infraction ' et leur imposaient le port du signe dia- 
critique, qui, d'après cette nouvelle réglementation, devait être 
rouge ; toutefois les médecins exerçant habituellement à Rome 
étaient dispensés, comme on a dit, de cette sujétion 2 . Défense 
aussi de travailler ou de faire travailler les jours fériés et d'en- 
terrer les morts « dans les rues et sur les places 3 ». 

D'ailleurs, depuis des temps très lointains, les Juifs avaient leur 
cimetière particulier ; il fut d'abord situé en dehors des murs, 
près de la porte Portese, puis au Transtévère, dans un lieu qui fut 
ensuite dénommé Ortaccio degli Ebrei 5 , près de S. Francisco a 
Ripa :i ; enfin, quand ils se furent groupés dans le quartier qui 

1. Livre III, art. 124, fol. 21. 

2. Liv. III, art. 159, fol. 26. 

3. Liv. III, art. 162, fol. 26 v. 

4. Raffaele Garrucci, Cimiterio degli autrichi Ebrei, Rome, 1862. 

5. Le lieu en est déterminé par l'inventaire des biens d'un certain gentilhomme 
nommé Luca di Stefano dello Crapulo, du quartier du Capitole, qui possédait sept 



LÀ COMMUNAUTE JUIVE À ROME 77 

devait être leur ghetto, ils établirent leur cimetière à proximité, 
sur le versant du mont A.ventin, derrière l'église S. Maria in Cos- 
mediu '. C'est là, dans un coin de l'immense cirque Maxime qu'on 
le vo> ait encore au siècle dernier, tout embroussaillé de ciguës et 
d'orties, avec ses murs croulants et ses tombes blanches dépour- 
vues d'inscriptions. 

Eugène IV, pas plus que ses successeurs, ne songea à soumettre 
les Juifs de Rome au régime sévère que leurs bulles prescrivaient. 
Bien au contraire, le Saint-Siège intervenait à l'occasion pour 
tempérer les rigueurs de l'autorité séculière à l'égard des Juifs; un 
médecin israélite Emmanuel Bonomi, ayant été entraîné « par son 
ardeur juvénile » à fréquenter chez certaines femmes chrétiennes 
et notamment chez une sage-femme, s'était vu condamner pour ce 
crime à une amende de 2o ducats qu'il avait payée ; mais il craignait 
que, en outre, on le traduisît devant d'autres cours et qu'on l'em- 
prisonnât « à cause des rigueurs dont les Juifs sont l'objet » ; c'est 
pourquoi il eut recours au cardinal camerlingue, qui accueillit sa 
requête et le garantit de toute poursuite pendant le laps d'une année 
[MA J . 

En 1518, les marchands juifs se plaignirent vivement à la 
Chambre Apostolique que les agents de la douane et ceux de la 
gabelle vinssent perquisitionner dans leurs boutiques et dans leurs 
maisons sous prétexte de fraudes qui, en réalité, n'existaient pas. 
Le pape leur donna raison et défendit les investigations abusives, 
imposant aux officiers taxateurs de spécifier l'objet qu'ils venaient 
rechercher comme ayant été soustrait aux droits et de n'opérer que 
munis d'un mandat en règle délivré par un des membres de la 
Chambre Apostolique, à peine de 2 ducats d'or d'amende 3 . 

En 1519, Léon X déchargea par un bref les Juifs de Rome d'une 
taxe temporaire de un ducat par feu et de 10 ducats par comptoir 

pièces de terre, plantées de vignes, à l'intérieur des murs, entre le fleuve et la voie 
publique, au lieu dit « Campo Judei » (Archivio del Salvatore, arm. IV, mazzo II, 
u° 106, dans les notes inédites de P. Adinolfi). La dénomination de Campo ou Ortaccio 
indique bien, ce semble, la présence d'un cimetière, et non dune agglomération. 

\. Martinelli, Roma ricercata, p. 53; Bernardini, p. 192. Quant à son ancienneté, 
voyez Marlianus, Topograpkia, 1588, f. 124, qui en parle comme d'une chose exis- 
tante depuis longtemps déjà. Il dit qu'il se trouvait au Champ de Mars ; or, c'était 
alors la croyance du vulgaire que le Champ de Mars avait dû être situé entre l'Aventin 
et le fleuve [Ibid., f. 8, 112). L'ouvrage anonyme intitulé Roma antiquq distinta per 
regioni, 1741, p. 159, confirme cette opinion. C'est par erreur, sans doute, que Marti- 
nelli {loc. cit.) fixe la création de ce cimetière au pontificat d'Innocent X. Moroni, 
Diz. Ecoles., XXI, p. 40. 

2. Arcbiv. Seg. Vat. Div. Camer, toi. 72, fol. 155. 

3. Ibid., vol. 67, fol. 89. 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de change, qu'il leur avail imposée au début de son pontificat ; en 
même temps, il leur accordait l'abolition d'un tribunal d'exception 
qui procédait contre eux par voie inquisitoriale, sans suivre les 
règles de la justice ordinaire et avait droit de les condamner sans 
spécifier la nature du délit ; les amendes imposées par ce tribunal 
turent levées et les poursuites en cours suspendues 1 . 

Les agents de la maréchaussée ne devaient exiger d'eux le paye- 
ment d'aucune somme de leur propre autorité 2 . On ne les pres- 
surait pas trop d'ailleurs à cette époque. Les Statuts défendent 
aux consuls des corporations dont relevaient les marchands juifs 
d'exiger d'eux: une contribution pour l'achat du cierge de la 
ini-aoùt 3 . Lorsque les souverains pontifes avaient besoin d'argent, 
ils s'adressaient à eux mais en solliciteurs et les Juifs leur four- 
nissaient volontiers de L'argent qu'ils empruntaient aux chrétiens. 
On leur prêtait volontiers, car c'étaient de bons payeurs, et cette 
combinaison avait pour les Juifs l'extrême avantage de les garantir 
contre des exigences excessives, car, si on ne les ménageait pas 
suffisamment, ils menaçaient de faire faillite, ce qui eût ruiné leurs 
créanciers. Cet argument revient fréquemment dans les suppliques 
delà Communauté 4 . 

Une taxe spéciale leur était imposée pour subvenir aux jeux du 
Testaccio et de l'Agone ; cette taxe d'abord fort modique fut portée 
au xv e siècle à la somme de 1.100 florins, plus 30 florins, en sou- 
venir et en expiation des 30 pièces qu'avait reçues Judas pour prix 
de sa trahison; comme ceux de 14(36, les statuts de 1519 ordon- 
nent que 29 florins sur les 30 seront alloués au prêtre qui officie 
pour les prisonniers du Gapitole 5 . Le reste devait être consacré à 
la célébration des jeux. 

Cette imposition était pour les habitants du Ghetto la source de 
perpétuels conflits avec les communautés des provinces voisines ; 
trouvant la charge trop lourde pour leurs seules ressources, ils 
prétendaient y faire contribuer les Juifs de l'ancien duché de 

1. Copie de ce document se trouve à Modène, Archiv. <li Stato, Cancelleria Ducale, 
Documenti di Stat. Est. Roma. D. Kaufmann, Léon X et les Juifs de Rome, dans 
Revue des Eludes Juives, XXI, p. 285 et s., eu donne l'analyse et le texte. 

2. Statuts de 1521, Liv. III, art. 10. 

3. Ibid., Liv. 111, art. 161. 

4. Il Vero Stato degli Ilebrei, Varese, 1668, § vm. 

5. Liv. III, art. 209, fol. 36. Plus tard (1580) les 30 florins fureut affectés a cet usage. 
L'article 221, fol. 38 ?;, stipule qu'aucun Juif ne devra être exempté des taxes imposées 
à la Communauté, même s'il a été pourvu de privilèges « justement ou injustement 
accordés ». Réserve était faite pour les privilèges accordés par la Communauté elle- 
même. 



LA COMMUNAUTE JUIVE A ROME 79 

Spolète : ceux de Trevi se montrèrent en 1504 assez peu enclins 
a celle participation ; ce lui le Saint-Siège qui servit d'intermédiaire 
entre les deux parties; le cardinal Raffaello Riario, chancelier de 
l'Église, donna ordre aux magistrats municipaux de Trevi d'inviter 
les Juifs à s'assembler « eu Parlement » dans l'hospice et sur la 
place qui s'étendait devant afin d'examiner les doléances des Juifs 
de Rome qui leur demandaient de subvenir aux dépenses des l'êtes 
de Testaccio et du Carnaval '. 

Le ±2 lï>\ lier 1515, le pape Léon X publiait un bref à la requête 
de Gabriel.' de Bevaria, « trésorier de la Communauté juive », par 
lequel il l'autorisait à poursuivre les Juifs des villes de PéroUse, 
Tuderto, Norcia, Narni, Axquata, Gualdi, Vissi, Amena, Noceria, 
Interamne (Terni) qui tardaient à payer leur part dans la taxe des 
jeux. 

Les Juifs ne participaient pas seulement de leurs deniers aux 
jeux populaires de Testaccio, de l'Agone et du Carnaval, ils étaient 
tenus de courir dans une des courses que Ton donnait à cetle 
occasion. Le lundi couraient les jeunes gens ; le mardi, les Juifs ; 
le mercredi, les sexagénaires ; ensuite les ânes, les buffles, les 
chevaux. Cela n'avait rien alors de vexatoire ni d'humiliant. Pour- 
tant, en Tannée 1549, quand un grand nombre de Juifs prirent part 
a la course, on s'efforça de les rendre un peu ridicules, car ils 
furent obligés de mettre des casaques très courtes, presque indé- 
centes 2 . En loi 2, les Juifs s'étaient rendus en cortège au lieu du 
départ ; le gouverneur de Rome ouvrait la marche; il était accom- 
pagné de bargello avec ses hommes de pied tout armés et ses 
chevau-légers, puis venait la garde italienne, casquée et cuirassée, 
tambours en tête ; la troupe des Juifs suivait ; elle se composait de 
cent hommes, marchant deux par deux « clans le meilleur ordre 
possible ►> ; ils étaient très convenablement armés; derrière 
venaient cinquante Juifs non armés et deux Juifs à cheval; ces 
derniers tenaient à la main de grands rameaux d'ioivier que l'on 
avait décorés des armes du pape et de celles du peuple avec les 
lettres symboliques S.P.Q.R. entremêlées des armes du « peuple 
juif » ou plutôt, dit le narrateur, du chef de la Communauté, Arabi, 
le médecin du pape (Samuele Sarfadi qui avait sans doute le titre 
de Rabbij. Les douze Juifs désignés pour prendre part à la course 
portaient des vestes de futaine avec une bande d'étoile rouge d'un 

i. Arcliiv. Seg. V.it., Div. Camer., vol. 56, fol. 37. 

-*. Description en vers du médecin Giovanni di Permis publier par A. Ademello, 
Alessandro 17. Oiulio II e Leone X nel Cdrnevale di Huma, Florence, 1886, p. 4;;. 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

doigt de long sur la poitrine. Le sénateur et les conservateurs, pré- 
cédés de fifres et de trompettes, et suivis d'un groupe de cavaliers, 
dont l'un tenait le pallio écarlate donné en prix, fermaient la 
marche. 

Tout le cortège, après avoir passé devant le château Saint-Ange, 
vint se grouper sur la place Saint-Pierre, tandis que les coureurs 
étaient conduits sur la place Gampo di Fiore. La foule était com- 
pacte sur tout le parcours et si la maréchaussée n'avait dégagé la 
voie au moment de l'arrivée, les coureurs n'auraient jamais pu 
atteindre le but. Deux seulement firent le parcours jusqu'au bout, 
ils arrivèrent au but ensemble, mais l'un deux fut plus prompt à 
loucher le pallio et eut ainsi le prix. La foule poussait des acclama- 
tions et l'appelait par son nom. Le sénateur s'avança et lui remit 
le pallio, que tenait un homme à cheval ; le vainqueur sauta 
aussitôt en croupe et s'en fut avec lui. Les autres Juifs se grou- 
pèrent alors et allèrent boire du vin chez le rabbin qui habitait 
au Borgo près du château Saint-Ange '. 

Ge ne fut que plus tard que la course des Juifs devint pour eux 
une dure sujétion, quand on les obligea à manger copieusement 
avant de courir, quand on pressa à coups de piques les retar- 
dataires. 

C'est alors qu'un chroniqueur qui reflète bien l'esprit de son 
temps, écrivait : « Les Juifs ont été favorisés d'un vent, d'une pluie 
et d'une boue dignes de ce peuple perfide et, quand ils parvinrent 
au but, ils étaient ignominieusement souillés de la tète aux pieds 
(1383) 2 . » Montaigne vit ces courses ainsi que celles des vieillards, 
que l'on faisait courir « tout nus » et n'en éprouva aucun 
scandale 3 . 

La Communauté devait rendre hommage aux souverains pon- 
tifes le jour où ils allaient solennellement du Vatican à la basilique 
du Latran s'y faire couronner 4 ; les Juifs attendaient le passage 
du pape au Monte Giordano, c'est-à-dire en face du château Saint- 
Ange ; mais, au couronnement de Galixte III, il y eut, à cause 
d'eux, des désordres ; le peuple voulut s'emparer du livre de 
la loi, magniliquement décoré, qu'ils lui présentaient suivant la 
coutume; le cortège fut rompu, les cardinaux, les rabbins, même 
le pape faillirent être malmenés (1455) 5 . Lors du sacre de Pie III, 

1. A. Luzio F. Gonzaga, Archiv. Rom. di St. Paù'ia, IX, p. 537. 

2. A. Ademello, p. 9. 

3. Montaigne, Journal du Voyage, éd. Lautrez, Paris, 1906, p. 227. 

4. Cette obligation remontait à une haute antiquité ; elle est mentionnée pour la pre- 
mière fois lors du sacre de Calixte II, en 1119. Cancellieri, Possessi, p. 9. 

5. Pastor, II, p. 313. 



LA COMMUNAUTÉ JUIVE A ROME 81 

comme le pape était malade d'une plaie à la jambe, la cérémonie 
du couronnement eut lieu au Vatican et les Juifs furent autorisés à 
lui présenter le Livre de la Loi dans une des salles du palais (1503) * . 
La même année eut lieu le sacre de Jules II ; les Juifs l'attendirent 
au pied des remparts du château Saint-Ange, sous la protection 
de la garnison ; leur chef, le rabbin Samuele Sarfati, celui-là 
même qui était le médecin du pape, le harangua longuement au 
nom de la Communauté, le pape lui répondit selon la formule tradi- 
tionnelle, en prenant le Livre qu'il lui présentait : « Nous recon- 
naissons la Loi, mais nous condamnons votre interprétation, car 
celui dont vous dites qu'il doit venir est venu ainsi que l'enseigne 
l'Église 2 ». 

Léon Xfut plus court et plus expressif; il prit le Livre et le laissa 
choir en disant: «Nous confirmons, mais nous n'approuvons pas 3 . » 
Les Juifs avaient fait élever un échafaud recouvert de drap d'or à 
la porte du château Saint- Ange et ils entouraient très nombreux le 
rabbin tenant à la main des cierges de cire blanche. 

De temps à autre quelque Juif se laissait baptiser ; c'était une 
cérémonie imposante et l'on promenait par la ville le néophyte *. 

E. RODOCANACHI. 



1. Cancellieri, p. 55; Burchard, éd. Thuasne, III, p. 283. 

2. Cancellieri, p. 49; Burchard, éd. Thuasne, III, p. 300; Gattico, Acta sélecte 
cœrimonialia, Borne, 1753, p. 382. 

3. Ibid., p. 71. 

4. Paride de Grassi, éd. Armellini, p. 67 (année 1518). 



T. LX1, N« 121. 



MANUSCRITS DU SUPPLÉMENT HÉBREU 

DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE PARIS 



En 1898, la Revue a publié 1 l'inventaire des soixante-quatorze 
n os (1314-1387) du fonds hébreu qui étaient entrés à la Biblio- 
thèque depuis 1866, date de la publication du Catalogue descriptif 
de ce fonds, élaboré par S. Munk et par Joseph Derenbourg, puis 
transcrit par Zotenberg. La Bibliothèque nationale s'est enrichie 
depuis lors des seize mss. suivants : 

1388. Haggada, Rituel de la veille de Pâque, ornée de peintures 
italiennes. Parchemin, gr. in-4°, xvr 3 siècle (analysé dans la Revue, 
XLV, 112 et suiv.). 

1389. Talmud de Jérusalem, avec le commentaire de R. Moïse 
Syrileio, première section (Zeraïm), incomplète. Ce texte, écrit à 
Safed, l'an 5300 (1540), paraît être l'autographe du commentateur. 
Papier, fol. (publié à Mayence, 1875, fol.). 

1390. Prières hébraïques des Juifs d'Avignon; volume intitulé : 
■pwia p"p ynmz n Mta i b© twiet *no. Papier, xvm e siècle, petit fol., 
sans indication précise ni de date, ni de lieu. 

1391. Consultations de Rabbins de la France méridionale. Papier 
encadré de parchemin 2 , in-4°. 

1392. tptt-m-i 'o. Dictionnaire d'Aboûl Walid Mervvân Ibn 
Djanah. Ecriture rabbinique. Papier, 4°, fin du xvi e s. 3 . 

1393. Alfa-Reta, sentences par ordre alphabétique de Ben Sira. 
Écriture carrée. Papier ; xvn e siècle 5 . 

1394. rmi&TDïi 'o «Livre des préceptes», d'Isaac de Corbeil. Ce 
ms. diffère du texte imprimé parles annotations de Péreç et de ses 

1. T. XXXVII, p. 127-136. 

2. Voir Revue, XXX VIII, 105, XXXIX, 76, 226. 

3. Imprimé comme 2 e partie du Séfer ha-liikma. Francfort s. M., 1856, 8°. 

4. Publié à part (Berlin, 1856, in-16) par Steinschueider. 



MANUSCRITS DU SUPPLEMENT HÉBREU 83 

disciples de l'école rabbinique du Nord de la France. Incomplet an 
commencement. Parchemin, xv° siècle, in-4°. 

1395. Martyrologe et mémoriaux. Début : w*i n^u» û^nba "VDr 
. ..îwna nr-rcn ïTWïia nrwi baura-nD W%i yibd. A la même 
page, au paragraphe suivant, martyrologe de la province c^ba 
[sir, pour « Alsace »), de la Souabe, de la Bavière, de l'Autriche, de 
la Pologne, de la Bohème, de la Moravie, de la Styrie, de la 
Garinthie. Puis sont mentionnées Ipm (Franconie 1 ), 1ttJ*n, la Saxe, 
la Marche, prm, sans doute transcription corrompue de Lothrin- 
gen (Lorraine), et la Lombardie. — P. 2 : mentions spéciales pour les 
villes d'Augsbourg, Constance, Ulm, Bâle, misoi-oû (Strasbourg), 
Worms, Mayence ■p-ttiBira A. la fin, des noms propres italiens de 
personnes, p. ex. Gentila Rovigo, Samuel Consilio. — Écriture 
carrée moderne. Papier, 8 pages in-4°. 

1396. û^n -«bja ma», «Lettre des animaux», par David Kalo- 
nymos. Après le titre vient le nom d'un ancien possesseur, 
Mardochée Cohen. Fol. 54 verso : « Fin de la version de cette lettre, 
traduite de l'arabe par Kalonymos b. Kalonymos. » Variantes avec 
l'imprimé. Premier fol. rapporté. — Puis, même page, le « Livre 
de Tobie », en hébreu. — Écriture africaine, 60 ff. in-4°. 

1397. crans rmn, « Bénédiction sacerdotale », suivie de plusieurs 
courtes prières liturgiques. Dessins à la plume, dont le dernier 
représente la procession des palmes, le jour de Hoschana Rabba. 
Initiales enluminées et rubriques en rouge. Ecrit par Nathan b. 
Moïse, scribe à îabr**. Amsterdam, fin du xvi e siècle, peut-être 
1590, si, dans le verset duDeutéronome (xiv, 29) qui figure au bas 
du titre comme chronogramme, les lettres b a et uj sont bien les 
seules ponctuées, car les mots de la fin en lettres minuscules sont 
très peu lisibles. —Le texte est en caractères carrés très soignés; 
le commentaire marginal, en rabbinique menu. Parchemin, 16 ff., 
in-24°. — Don de M. Georges Kohn. 

1398. yrDT mi*. Copie des épitaphes hébraïques de Tolède 
''Espagne), datée de 1846, probablement prise sur le ms. de Turin, 
récemment brûlé. On sait qu'une copie antérieure faite sur ce ms. 
par Joseph Almanzi, a été ensuite offerte à S. D. Luzzalto, qui l'a 
publiée à Prague en 1841, sous le titre précité. 

1399. mm». Bituel des fêtes juives, selon le rite du Comtat. La 
copie de cet exemplaire, sur papier fort, petit in-fol., est signée : 
Samuel de Milliau, sans autre indication complémentaire, ni d'an- 
née. D'après l'aspect, elle paraît être du xvn e siècle. 

1. Gross, Gallia judaica, p. 487. 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1400. Dmsûïi ûyô initm, «Office du grand pardon », selon le 
même rite. Ms. copié à Carpentras en 1703 Le scribe n'a pas donné 
son nom. C'est une suite au n° 4390. Papier, fol. 

1401. Recueil factice, comprenant quatre séries fragmentaires 
de mss. hébreux sans aucun lien entre elles, savoir : 

A. Deux feuillets mss. sur vélin retirés de l'intérieur des plats 
de la reliure d'un volume contenant les Postilles de Guillaume 
d'Auvergne. Ce sont des fragments du Rituel des grandes fêtes, en 
belle écriture carrée, vocalisée, tous appartenant au rituel de la 
fête des Tabernacles. Premier feuillet: texte de l'Ecclésiaste (xi, 2, 
à x, 10), lu pendant cette fête. — Second feuillet : poésie liturgique 
pour le jour de Hoschana Rabba, intitulée niz»B bip et suivie de 
versets bibliques. Finalement, un Piout à réciter le samedi de la 
péricope Be?*éschit,que l'on retrouve dans le ms. hébreu 649, com- 
mençant par -p-imtt"» 1 . — Fol. xm e siècle. 

B. Un feuillet piano (retiré d'un exemplaire de l'édition princeps 
du Zohar), contenant une élégie sur Joseph Caro, en 40 strophes. 
Ecriture cursive italienne, xvi e siècle. Cette élégie a été analysée 
dans la Revue (IX, 304-8). 

C. Casuistique, question de droit matrimonial posée par 
Menahem Àzaria, en 1610. Ici figure une simple mention de 
l'ouvrage (composé de 26 ff., in-4°, d'écriture italienne cursive), qui 
est inséré dans un volume imprimé, du xvn e siècle et qui comprend 
plusieurs œuvres analogues, n° A944 de l'ancien « Catalogue des 
livres imprimés de laRibliothèque du Roi », Théologie, t. I. Comme 
ce volume est relié aux armes du Louis XV, il n'a pas été défait 
(Revue, V, 108-112). 

D. Dinim, règles de pratiques religieuses, n os QQ à 78. Deux ff. 
sur parchemin, à deux col. Rubriques en lettres carrées ; texte en 
rabbinique, écriture judéo-allemande du xiv e siècle. Les premiers 
paragraphes traitent de la Schehita ; les suivants sont consacrés 
au lavage des mains et à la Halla. 

1402. mb-na rrobn, Recueil des lois talmudiques; œuvre de 
Simon Kahira, attribuée parfois à Juda Gaon 2 . Ce ms., ne com- 
prend que 60 ff. ; il est certainement antérieur au xn e siècle, mais ne 
doit guère remonter au delà du x e siècle, comme le montrent les 
caractères et surtout la vocalisation selon le système babylonien, ou 
supralinéaire, employée pour un grand nombre de citations du 
Talmud. Cette vocalisation est assez compliquée. Elle comporte 

1. Hevue, t. LUI, p. 114, 6 (un mot mal rectifié p. 281 par suite de la chute du 3). 

2. Voir Revue, IV, 210, 215 ; V, 27 ; VII, 195 ; IX, 53. 



MANUSCRITS DU SUPPLÉMENT HEBREU 85 

des superpositions de deux voyelles pour une môme consonne, elle 
s'efforce de noter les différences de prononciation entre les voyelles 
longues et les brèves ; il s'y mêle parfois des signes du système 
palestinien ou de Tibériade ; voir par exemple la voyelle ou dans 
les mots cwn et rtiTOb. Dans ce dernier mot, le signe primitif pro- 
venant de la lettre *\ est maintenu, et dans le premier il a cédé la 
place au point médial de notre vocalisation usuelle. C'est une preuve 
de modernité relative ; le terminus a quo est le ms. d'Odessa, 
découvert en 1839 et publié en fac-similé par Pinsker en 1857, 
qui est nettement daté de 1ère des contrats 1228, en toutes lettres 
(= 916). Auparavant, la vocalisation babylonienne est simple : 
elle n'emploie pas deux signes de points-voyelles pour une seule 
et même consonne. 

On reste, pour la date, dans les limites analogues de temps, si 
l'on considère la forme des lettres dans ce texte. Ainsi, le 3 a un 
léger crochet en haut à gauche, et il est un peu relevé en bas à 
droite. -Le n est déjà ouvert en haut à gauche.— Le ï a la forme 
qui a été maintenue dans le carré actuel, et n'est plus réduit à une 
petite croix, dont la haste médiale dépasse l'horizontale. — Le n offre 
au sommet la même particularité que le a, à gauche seulement, 
non aux deux angles, comme auparavant. — Le lu a encore la base, 
en pointe comme un écu. — Le ■* forme un quart de cercle, non un 
petit angle droit. Le b a pour chef une petite lance triangulaire, en 
flèche, au lieu de pencher d'en haut à droite ou à gauche, avant 
d'aboutir au toit arrondi. — Le » a deux hastes obliquant vers la 
gauche, presque parallèles ; mais parfois la base est déjà nettement 
horizontale. — La base du o n'est plus pointue à l'instar de celle 
du ©, comme cela se présente dans l'écriture antérieure. — Enfin, 
dans le y final, la petie haste de droite ne forme pas avec la longue 
tige un angle aigu; elle lui est perpendiculaire. — Ces particularités 
serviront peut-être un jour à fixer les éléments de la paléographie 
hébraïque. 

Le présent ms. est le seul ouvrage présentement connu où les 
passages araméens talmudiques soient ponctués 1 . On peut ainsi fixer 
la prononciation de l'araméen vers le x e ou le xi e siècle en Babylonie. 
De plus, au point de vue de la critique des textes tirés soit du 
Talmud, soit de ses congénères, cems. est également intéressant; 
il sert à élucider des passages obscurs, à rectifier des leçons 
douteuses. 

Ainsi p. ex. le mot n*n* est orthographié toto, avec abondance 

1 . Voir particulièrement f. 23-29, 36 etc. 



86 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



de matres lectionis dans le ms. du Vatican sur lequel a été faite 
l'édition Hildesheimer. 

Voici, telle que l'a établie M. Israël Lévi, la table de correspon- 
dance des susdits feuillets avec les deux meilleures éditions : 
I. celle d'Hildesheimer, Berlin (dans les Mekizé Nirdamim, 1892) ; 
II celle de Varsovie, par Goldmann (1874 fol.) : 







1 


II 


anna aaa, commencement au 


fol. 1 : 


410, 


201 recto 


wniB nabn 


96 


: 481, 


230 


mm robn 


24 6 


: 379, 


188 verso 


Kn-o>E ^m nmp 'n 


34 6 


: 469, 


239 col. 1 


Y'^in robn 


34 a 


: 460, 


224 verso 


mu robn 


37 6 


471, 


227 


Vp^TD robn 


40 a 


342, 




Twns robn 


47 a: 


478, 


246 


mpb» robn 


476: 


480, 


247 


û^did robn 


48 a 


504, 


281 


ms robn 


496: 




1676 


rnbv nabn 


526: 


625, 




traba robn 


536: 


640, 


29 col. 2 


nbu nabn 


54a: 


642, 


31 col. 2 


t"* nabn 


54a: 


573, 


239 col. 1 


^02 V" 1 n:D bn 


556: 


576, 


241 


"vnaa a 1 -)^ 


60a: 




1516 



1403. Recueil factice, comprenant buit séries de fragments 
divers, tirés des reliures de volumes imprimés ou mss. de la 
Bibliothèque nationale. 

1. Deux morceaux dû Talmud Babli, Sabbat, f. 6a. Le premier 
morceau débute aux mots 'i mrm r i maa nsipaa ; le second à i3n 
rvmtzn 'n "pm. Petite écriture carrée, sur deux colonnes. 

2. Règles (Dinim) relatives à la question du transport le samedi 
dans un but cultuel : an bia 'n ava abibn na K^TOn. Même écriture. 

3. Deux textes concernant les règles à observer pour les sacri- 
fices de « péché » n^an et pour l'abatage de l'agneau pascal. Le 
second morceau, à la suite de la rubrique chap. a*, a ces mots : 
d^d'- 1 (?"ib rrma) to. 

4. Parties d'un ouvrage de mathématique. Il est question de la 
quadrature du cercle par rapport à un parallélogramme : banian 
û"npn mtz5* roittnb mus bxw ^bau> -iKab ; puis il est traité de l'oppo- 
sition des figures entre elles. — Écriture rabbinique orientale. 



manuscrits du supplément hébreu 87 

r>. Deux courtes notes relatives au calendrier hébreu. — Écriture 
carrée. 

6. Trois fragments de prières d'indulgence, Seliha, ou Confes- 
sions. 

7. Morceau de chronologie juive, relatif probablement aux Mac- 
chabées, puisqu'il est dit : depuis lors, jusqu'à la destruction du 
(second) Temple, il s'est écoulé un espace de deux cent six ans. 

8. Cinq longues bandes de feuilles doubles, en parchemin, assez 
étroites, n'ayant qu'un cm. de hauteur. Ce sont des lignes prove- 
nant d'un Mahzor pour le Rituel du Kippour, service du matin, 
avec Pioutim. Le texte du Schemone Essré est écrit en petits 
caractères; les poésies sont en grands caractères du xiv e siècle, 
vocalisées. On remarque les §§ 2, 3, 4 du Pizmon ynan bs asi©, et 
un fragment de Piout commençant par les mots -1^72» "rnenp, 
outre un morceau apparenté au Pizmon du premier jour des Selihot. 

Moïse Schwab. 



LE BUREAU DU COMMERCE 

ET LES RÉCLAMATIONS 

CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 

(1726-1746) 
(suite ') 

Les conséquences immédiates de l'arrêt du 20 février 1731. 

Nous avons vu comment l'extension du commerce de certains 
Juifs avignonnais de Bordeaux et notamment les démarches faites 
par quelques-uns d'entre eux en 1730, à Dijon, eurent pour consé- 
quence la promulgation de l'arrêt du 20 février 1731 qui limitait 
désormais le commerce des Juifs aux seules provinces où ils 
étaient établis. En vertu de cet arrêt, des ordres furent donnés par 
les autorités compétentes pour assurer son exécution 2 . Les Juifs 
naturellement ne s'y conformèrent pas de bonne grâce. Ne pouvant 
le violer ouvertement, ils tâchèrent de le tourner. C'est ainsi qu'ils 
se ménagèrent des intelligences parmi des personnalités « de 
quelque considération » dont les maisons devinrent de véritables 
dépôts de marchandises. De ces dépôts, les Juifs devaient facile- 
ment trouver le moyen de retirer petit à petit leurs marchandises 
pour les revendre ensuite en secret. 

Des plaintes ayant été portées contre ces pratiques à l'intendant 
du Languedoc, nous le voyons rendre, le 14 janvier 1732, une 
ordonnance par laquelle il fait défense à toute personne de recevoir 



1. Voyez Revue des Éludes juives, t. LX, p. 73. 

2. Voir Brimsclivicg-, Les Juifs de Nantes (Revue, XIX, 295 et 302), où il est ques- 
tion des ordonnances rendues à ce sujet par les intendants de Bretagne et du Lan- 
guedoc. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 89 

les marchandises des Juifs dans sa maison, sous peine d'une 
amende (le SOO livres '. Par là même, il autorise les gardes jurés 
des marchands à visiter et faire saisir les marchandises appar- 
tenant à des Juifs, partout où ils les trouveront 2 . Cette dernière 
autorisation, explique-t il, par lettre du 28 janvier 1732 3 , au 
contrôleur général, était nécessaire, car autrement « toutes les 
défenses générales deviendraient inutiles ». Dans sa séance du 
14 février le Bureau l'approuve « unanimement ■* ». Seulement il 
pense que les gardes jurés devront se faire accompagner dans 
leurs visites par un officier de police. C'est en conformité avec 
cet avis que le C. G. lui répond par lettre du 22 février de la môme 
année 5 . Nous avons aussi connaissance d'une ordonnance rendue 
le 8 février par le subdélégué d'Autun et qui conférait les mêmes 
droits aux gardes jurés de cette ville 6 . Il est à supposer que 
pareilles ordonnances furent rendues dans d'autres provinces. 

Mais il ne semble pas qu'elles aient beaucoup profité aux mar- 
chands établis. Dans la plupart des cas, ces dépôts paraissent avoir 
bien gardé leur secret. Mais là où, pour une raison ou pour une 
autre, la chose s'ébruitait et où les marchands qui en avaient vent 
voulaient organiser des perquisitions, les protecteurs des Juifs 
savaient toujours s'arranger de façon à les en empêcher, soit en 
invoquant des titres divers, soit en s'y opposant par la force. C'est 
à cette cause que, probablement, nous devons attribuer l'absence 
de réclamations contre le commerce forain juif pendant une cer- 
taine époque (1731-1738). Non pas que nous manquions de récla- 
mations contre des commerçants juifs. Il y en eut, et même en 
assez grand nombre, de Bordeaux et d'autres villes encore. Mais, 
venues des villes habitées par eux, ces réclamations visaient le 
commerce que les Juifs faisaient dans ces villes mêmes, et non 
leur commerce forain. 

Ce n'est qu'en 1738 que le commerce d'un certain Vidal pro- 
voque des réclamations contre lui et ses protecteurs chrétiens 
dans la province de Bourgogne. Déjà, en 1736, Vidal avait formulé 
auprès du Conseil la demande d'être autorisé à se rendre aux 
foires de cette province pour encaisser l'argent qu'on lui devait et 



1. Arch. nat., F12/79, p. 168-169. 

2. C'était déroger à la règle. Car d'ordinaire on ne pouvait faire ces visites que chez 
les marchands, mais non dans les demeures des particuliers. 

3. Citée ibid. 

4. Ibid. 

5. Arch. nat., F12/142, p. 41. 
fi. Arch. nat., F12/185, p. 188. 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pour y vendre en même temps ses marchandises *. Les députés du 
commerce s'étant prononcés contre cette dernière demande, 
Vidal s'avisa probablement d'entreprendre un commerce clan- 
destin. Il semble qu'un « sieur Delile » habitant alors à Autun une 
maison appartenant à l'abbaye de Saint-Martin-lez-Autun, laquelle 
à ce titre pouvait prétendre à une certaine immunité, l'avait offerte 
à Vidal pour s'en servir comme dépôt de marchandises 2 . Mais les 
marchands s'en aperçurent et, ayant appris qu'on venait d'y 
apporter des caisses de marchandises, ils s'y rendirent le 2 jan- 
vier 1738, munis d'une permission du lieutenant de police, pour y 
procéder à une perquisition. M. Delile s'y étant opposé en vertu 
des privilèges spéciaux attachés à l'abbaye, à laquelle, disait-il, 
les droits de la jurande d'Autun ne s'étendaient pas, les gardes 
jurés s'adressèrent au Conseil. Et c'est ainsi que le Bureau eut à 
s'en occuper dans sa séance du 13 mars 1738. Les députés alors 
s'étant prononcés pour le renvoi du cas à l'intendant avec recom- 
mandation « de sévir rigoureusement contre le sieur Delile s'il est 
prouvé qu'il soit en relations d'affaires avec les Juifs 3 », il en fut 
décidé ainsi. 

En dehors d'Autun, Vidal semble encore avoir entretenu des 
relations dans d'autres villes de cette province. C'est ainsi qu'un 
procès-verbal dressé à la demande des gardes jurés et syndics 
des marchands de Chalon-sur-Saône, le 31 décembre de la même 
année, parle également d'un nommé Vidal qui « se transportait de 
temps à autre dans la ville » avec son neveu pour y vendre « des 
marchandises en soye, laine et autres qualités '' », se servant pour 
déposer ses marchandises des maisons des privilégiés, entre autres 
de celle de M. le marquis de Ruilly. Un mémoire joint à ce procès- 
verbal prétend que des faits identiques se produisaient aussi dans 
d'autres villes comme Dijon, Mâcon, etc., où les seigneurs et supé- 
rieurs des couvents prêtaient asile aux commerçants juifs ' 6 . Pour 
une raison que nous ignorons, cette nouvelle réclamation datant 
de 1738 n'occupa les députés qu'en 1741 et n'eut aucune suite 
auprès du Bureau. C'est peut-être parce que vers la même époque 
d'autres réclamations plus sérieuses et dont nous aurons à nous 
occuper tout à l'heure se produisirent contre le commerce juif, 
réclamations qui auront fait reléguer celle-là au second plan. 

1. Voir Pièces justif., XII. 

2. Voir pour ce qui suit Arch. nat., F12/85, p. 157-158. 

3. Arch. nat., F12/702, avis du 10 février 1738. 

4. Arch. nat., F12/704, avis des députés du 17 février 1741. 
.'». Ibid. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 91 



L'interprétation de l'arrêt du 20 février 1731. 

La question du commerce juif sur les foires. 

L'arrêt du 20 février 1731, en interdisant aux Juifs le commerce 
hors des lieux où ils avaient leur domicile, avait-il entendu par là 
leur interdire même le commerce dans les foires ? Il n'y a pas de 
doute possible pour nous que tel n'était pas le cas. L'arrêt n'étant 
intervenu que pour s'opposer à une interprétation des lettres 
patentes de 1723, interprétation en vertu de laquelle des Juifs pré- 
tendaient avoir obtenu le privilège exceptionnel de faire le com- 
merce partout dans le royaume et que le Conseil avait jugée 
abusive, cet arrêt ne pouvait avoir pour conséquence de les priver 
d'une liberté « qu'ils avaient toujours eue », selon l'expression 
employée plus tard par le Bureau même, liberté qui ne tirait nul- 
lement sa force des lettres patentes en question. Cependant les 
marchands n'entendaient pas la chose ainsi. L'arrêt étant conçu 
en des termes généraux qui admettaient une interprétation 
excluant les Juifs des foires, les marchands préféraient s'en tenir 
à la lettre de cet arrêt. C'est ainsi qu'en vertu de cette interpré- 
tation, les marchands de la province de Bourgogne empêchaient 
les Juifs de se rendre aux foires de leur province '.Et il est fort 
probable que le même fait se reproduisait dans d'autres provinces 
aussi. Il n'est pas jusqu'aux députés du commerce pourtant, bien 
placés pour être mieux instruits sur cette question, qui, dans un 
avis rendu à l'occasion de la demande faite par Vidal et dont il a 
été question plus haut, ne s'expriment de la façon suivante : « Vidal 
peut aller aux foires de la province de Bourgogne pour recevoir 
ce qui lui est deu, mais il est exclu d'y vendre des marchandises », 
cela étant contraire à l'arrêt du 20 février 1731 2 . 

Il semble qu'intimidés par l'arrêt en question, le premier 
mouvement des Juifs fut de s'abstenir. Ils se désintéressèrent pour 
l'instant du commerce forain, ou ne s'y adonnèrent qu'abrités 
derrière de solides protections. C'est ce qui expliquerait l'absence 
déjà constatée par nous plus haut de réclamations contre le 
commerce forain juif dans les années qui suivirent immédiatement 
l'arrêt. Mais cette situation ne pouvait durer. Car si l'abandon 

i. Arch. nat., F12/704, avis des députés du 5 janvier 1742. 
1. Pièces justif., XII. 



92 REVUE DES ETUDES JUIVES 

complet du commerce forain était chose impossible pour des Juifs 
qui jusque-là en avaient fait leur profession, ce commerce pratiqué 
avec le concours de hautes protections n'était pas non plus sans 
inconvénients. Revenus de leur première frayeur, les Juifs devaient 
donc essayer de se passer de protecteurs et de faire leurs affaires 
par eux-mêmes. C'est alors qu'ils commencent à reparaître sur les 
foires et marchés. Mais avec eux les réclamations reparaissent aussi. 

Ce n'était pas, d'ailleurs, aux Juifs seuls que les marchands 
établis en voulaient. Cherchant à étendre leurs privilèges et se 
sachant débarrassés, du moins en partie, de la concurrence juive, 
ils prétendent maintenant se défaire de la concurrence égale- 
ment gênante des colporteurs et forains non-juifs. Très souvent 
les marchands profitent de l'occasion pour plaider la cause de leur 
érection en jurande, chose tant désirée par eux. Ce sont, par 
exemple, les marchands de Valence, qui en 1736, demandent la 
prohibition du commerce forain dans leur ville 1 , demande déjà 
formulée par eux en 1732 2 . Sur avis défavorable de leur subdélégué 
d'abord, et des députés du commerce ensuite 3 , leur demande fut 
rejetée *. La même faveur ainsi que le privilège de pouvoir se 
constituer en jurande sont demandés en 1737 parles marchands 
de Cahors. Mais après avis des députés 5 , défavorable également, 
cette demande aussi est rejetée 6 . L'intendant est, en outre, invité 
à faire comprendre aux marchands « que leur demande est 
contraire à leurs propres intérêts et à l'intérêt générai du Com- 
merce ». 

A partir de 1738, lorsque le mouvement contre le commerce 
forain juif reprend, les marchands associent dans leurs réclama- 
tions forains juifs et non-juifs. Toutefois on établit dans la plupart 
des cas quelque différence entre eux. Pour les forains non-juifs on 
se contente généralement de demander l'interdiction du commerce 
hors des temps de foires. Il n'en était pas de même pour les Juifs : 
on n'avait pas besoin d'établir contre eux une telle défense, c'était 
chose faite. Si on réclame contre les Juifs, ce ne peut être que pour 
obtenir leur exclusion complète de tout commerce, même de celui 
des foires, exclusion qui, bien qu'ayant reçu un commencement 
d'exécution, n'était consacrée par aucune loi. 

1. Arch. nat., F12/83, p. 598 et suiv. 

2. Arch. nat., F12/699, avis des députés du 21 novembre 1732. 

3. Arch. nat., F12/701, avis du 7 mai 1736. 

4. Arch. nat., F12/83, p. 598 et suiv. 

5. Arch. nat., F12/702, avis des dép. du 2o août 1737. 
b. Arch. nat., F12/84, p. 444Jet suiv. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 93 

Voilà quelle fut l'attitude des marchands établis vis-à-vis du 
commerce forain. 

Quant au Bureau, ses principes sur cette matière tendaient vers 
un compromis entre les deux tendances opposées : celle de la 
liberté commerciale et celle de la conservation des jurandes. C'est 
ainsi qu'en vertu du principe de la liberté du commerce il se refuse 
systématiquement à accorder des statuts aux marchands qui 
voulaient se constituer en jurande, de môme qu'il se refuse très 
souvent à écouter les exhortations des marchands établis lorsqu'ils 
réclament des mesures prohibitives contre le commerce forain, 
comme nous venons de le voir à l'occasion de Valence et de Gahors. 
Mais en même temps il croit devoir protéger les jurandes qui 
existaient déjà en interdisant dans leur ville toute concurrence 
foraine *. 

Mais ces principes ne s'étendaient qu'aux forains non-juifs. Avec 
les Juifs on ne fera pas tant de façons. Il suffira qu'une réclamation 
se présente d'une manière assez plausible, n'importe de quel côté, 
pour que le bureau soit prêt à la prendre en considération. 

Mais retournons aux réclamations portées en commun contre les 
Juifs et les autres forains dont nous avons parlé plus haut. La série 
commence en 1738 par les marchands de draps, soieries, mercerie 
et quincaillerie des villes de Nevers, la Charité et Decize-sur-Loire. 
Ceux-ci représentent qu'en dépit de l'édit de mars 1586 et de l'arrêt 
du 19 janvier 1657, rendus contre les forains en général, et de 
l'arrêt du 20 février 1731, rendu contre les Juifs, forains et Juifs 
se transportent, — les premiers journellement, les derniers quatre 
ou cinq fois par an — dans leurs villes pour y faire le commerce 
de toutes sortes de marchandises. Ils demandent qu'on ordonne 
de remettre en vigueur les arrêts et édits en question. Le Bureau 
étant sans doute d'avis que, pour assurer l'exécution des lois 
déjà existantes, on n'avait pas besoin d'en faire de nouvelles et 
les députés ayant trouvé « qu'on ne sçaurait faire des lois plus 
précises » que celles qu'on invoquait 2 , on décide simplement 
d'écrire à l'intendant pour l'inviter à donner ordre aux juges de 
police de ces villes de veiller plus rigoureusement à l'exécution 
des règlements en vigueur 3 . Et voilà tout. Comment ces règle- 
ments devaient-ils être compris et exécutés parles juges de police? 
Quelle devait être leur conduite à l'égard du commerce juif dans 

1. Voir aussi avis des députés du 4 septembre 1738, Arch. nat., F12/702. 

2. Arch. nat., F12/702, avis du 16 mai 1738. 

3. Séance du 26 juin 1738, Arch. nat., F12/85, p. 343 et suiv. 



94 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les foires ? La question, n'ayant pas été posée assez explicitement, 
restera en suspens. Mais cette question était dans l'air. Tôt ou tard 
elle devait finir par s'imposer. Elle le sera en 1739 par les mar- 
chands de Gien, et voici comment. 

C'était vers l'époque où l'Orléanais commençait, lui aussi, à être 
fréquenté par des commerçants juifs, entre autres par un certain 
de Lasit. Les marchands établis de Gien et Clamecy ayant fait 
des représentations à l'intendant, celui-ci, en se basant sur l'arrêt 
du 20 février 1731, rendit, le 5 mars 1738, une ordonnance par 
laquelle il était défendu aux Juifs en question comme à tout autre 
Juif de faire le commerce dans la généralité d'Orléans '. Mais les 
Juifs, fixés sans doute sur le véritable caractère de l'arrêt du 
20 février 1731, étaient bien décidés cette fois-ci à se défendre. Et 
l'année suivante, lorsque la foire de février à Gien fut proche, 
David et Raphaël, Juifs avignonnais présentèrent une requête à 
l'intendant en demandant d'être admis appelants contre son 
ordonnance du S mars 1738. Ils soutinrent que l'arrêt de 1731 
n'entendait nullement leur défendre le commerce sur les foires et 
marchés ; que, d'ailleurs, ce commerce devait être libre à tout le 
monde et « qu'il était de l'intérêt et du bien publics de ne point 
donner d'atteinte à la liberté et à la franchise des foires du 
Royaume ». Les marchands de Gien, de leur côté, profitant de la 
généralité des termes de l'arrêt, soutinrent, au contraire, que, le 
commerce étant interdit d'une façon générale à tous ceux parmi 
les Juifs qui n'habitaient pas l'endroit, aucune exception ne devrait 
être faite en faveur des foires. L'intendant décida — non sans avoir 
demandé préalablement l'avis des maire, échevins et subdélégué 
de Gien — 1° de renouveler sa défense du 5 mars 1738 quant au 
temps autre que celui des foires ; 2° de permettre aux Juifs pour 
cette année de fréquenter la foire de février et 3° de renvoyer quant 
au fond les deux partis au Conseil pour qu'il y fût décidé définiti- 
vement. 

En conséquence de celte décision, Antoine Marlinien, Jean 
Bonnardet, Joseph et Augustin Mefre, tous marchands établis à 
Gien, s'adressèrent au Conseil demandant que l'arrêt du 20 février 
1731 fût interprété en ce sens que tout commerce fût défendu aux 
Juifs dans leur province, même en temps de foire. 

Voilà donc la question nettement posée. Les députés mis dans 
l'alternative de se prononcer pour ou contre l'admission du com- 
merce juif aux foires, nous les voyons hésiter, émettre tour à tour 

1. Voir pour ce qui suit, Arch. nat., F12/86, p. 606 etsuiv. 



LE UUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 95 

dos opinions tout à fait opposées, se déclarant d'abord partisans 
de la liberté du commerce juif dans les foires pour se rétracter 
aussitôt et se prononcer dans un sens contraire. Aussi ils commen- 
cent par trouver la demande des marchands de Gien bien fondée, 
parce que les arrêts cités par eux militaient en leur faveur. Donc, 
dirait-on, il fallait y accéder et prononcer l'exclusion des Juifs de 
leurs foires? Mais non, car ces arrêts, bien qu'étant rendus en 
bonne et due forme, se trouvaient être singulièrement en opposi- 
tion avec les privilèges des foires. Et, se conformant aux termes de 
ces privilèges, ils décident enfin de donner un avis favorable aux 
Juifs Mais les députés ne s'en tiennent pas là et, leur avis donné, 
ils se mettent de nouveau à réfléchir. Réflexion faite, ils barrent 
simplement leur conclusion première pour mettre à la place une 
autre qui exprime juste le contraire 4 . 

Le Bureau, malgré les fluctuations des députés, se décide, sur 
leur avis ainsi « modifié », à proposer au contrôleur général de 
rendre un arrêt conforme 2 . D'après un projet d'arrêt mis en déli- 
bération et adopté par le Bureau dans la même séance, il devait 
être fait de très « expresses inhibitions et défenses aux sieurs David 
et Raphaël, marchands juifs d'Avignon, et à tous autres Juifs de 
trafiquer, vendre et débiter aucune sorte de marchandises dans la 
ville de Gien ni dans aucune autre ville et lieux de la généralité 
d'Orléans, dans les tems et aux jours des foires et marchez, ni en 
aucun autre tems 3 ». 

L'arrêt en faveur des marchands de Gien fut rendu par le 
Conseil le 27 décembre 1739''. 

Peu de temps après, le Bureau est appelé à s'occuper des dolé- 
ances des commerçants de Nevers. On se rappelle la réclamation 
présentée par ces derniers en 1738, dont le résullat fut l'invitation 
faite à l'intendant de recommander aux juges de police de tenir la 

1. Avis des députés du 4 septembre 1739, Arch. mit., F12/703. 

2. Séance du 17 décembre 1739, Arch. nat., F12/86, p. 608. 

3. Pièces jus/ if., XIII. 

4. Voir Inventaire des archives dép. de l'Hérault, C2745. Quelle était la signification 
de l'arrêt? Nous ne saurions affirmer qu'il était la reproduction exacte du projet d'arrêt 
adopté par le Bureau (Pièces justif., XIII). 11 est, au contraire, fort probable que le 
Conseil, qui n'aimait pas dans ses actes officieux des termes inutilement clairs, avait 
donné à l'arrêt une forme un peu plus vague. Mais sur le fond il ne peut exister de 
doute que la défense portait bel et bien sur le commerce des foires. En effet, la seule 
question qui à ce moment était soumise au Conseil consistant à savoir si les foires de 
l'Orléanais devaient être défendues aux Juifs ou non, la décision devait nécessairement 
porter sur le même objet. Ceux donc qui, comme Roubin (Revue, t. XXXIV, p. 287) 
prétendent le contraire sont évidemment dans l'erreur. L'arrêt sera d'ailleurs, comme 
nous le verrons plus loin, invoqué comme tel par les marchands de Montpellier en 1740. 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

main plus rigoureusement à l'exécution des règlements existants. 
Cette décision, si peu précise, n'était pas une solution, et la consé- 
quence en fut des conflits multiples entre le juge de police de 
Nevers d'un côté, qui semble avoir favorisé les forains, et les mar- 
chands établis, de l'autre, qui ne cessaient de se plaindre auprès 
du Conseil. Ils obtinrent, enfin, qu'une punition fût prononcée 
contre leur juge, punition d'ailleurs annulée plus tard 4 . Les mar- 
chands, alors, se présentent de nouveau — pour la quatrième fois 
en peu de temps — au Conseil, en demandant la permission de se 
constituer en jurande, pour pouvoir ainsi, disent-ils, surveiller plus 
efficacement le commerce des forains et des Juifs. Ils demandent, 
en outre, un arrêt interdisant «aux Juifs colporteurs ou forains 
d'exposer en vente, vendre ni débiter aucunes marchandises de 
quelque espèce que ce puisse être... hors les jours et tems des 
foires 2 ». 

Là-dessus, les députés réclament un arrêt interdisant aux forains 
non-juifs le commerce à Nevers hors les jours de foires, cela 
« sans déroger aux arrêts rendus contre les Juifs qui leur défendent 
de vendre dans le Royaume quelque part que ce soit 3 » . 

De même qu'il avait fait précédemment pour Gien, le Bureau 
n'hésita pas à demander l'exclusion des Juifs des foires de Nevers. 
« MM. les commissaires ont été de sentiment, dit le procès-verbal, 
qu'il y a lieu de proposer à M. le C. G. de donner un arrêt qui 
renouvelle les défenses faites aux Juifs de commercer même en 
tems des foires* hors des lieux où ils sont domiciliez et qui 
défende aux forains et colporteurs de vendre hors tems des foires 
dans ladite ville 5 ». La distinction faite par le Bureau entre Juifs 
et non-Juifs est, comme on le voit, très nette. 

Dans l'arrêt du 19 avril 1740 6 , rendu par le Conseil, en consé- 
quence, cette distinction est conservée, bien que d'une façon 
moins brutale. 11 y est « fait défenses aux marchands forains et 
colporteurs de vendre et débiter aucunes marchandises dans la 
ville de Nevers, sinon les jours des foires ». Quant aux Juifs, on en 

1. Arch. nat, F12/86, p. 289. 

2. Rapport de M. Persan au Bureau dans sa séance du 31 mars 1740, Arch. nat., 
FI 2/87, p. 124. 

3. Avis des députés du 25 janvier 1740, Arch. nat., F12/703. 

4. Cette proposition de la part du Bureau aurait été incompréhensible si dans un cas 
analogue, à l'occasion du conflit suscité par les marchands de Gien, il avait été désavoué 
par le Conseil. Aussi voyons-nous ici une preuve de plus de ce que nous avons avancé 
plus haut concernant l'arrêt du 27 décembre 1739. 

5. Arch. nat., F12/87, p. 124, séance du 31 mars 1740. 

6. Arch. nat., A. D.. xi, 37, liasse foires et marchés, n° 29. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 97 

fait un cas à part. Il est fait « défenses aux Juifs de trafiquer, vendre, 
débiter et faire aucun commerce dans ladite ville ' . » Il est vrai qu'ici 
encore il ne s'agit que d'une mesure locale. Mais cela voulait-il dire 
que le Conseil comptait en rester là? Nullement. Il entrait bien 
dans sa méthode de n'avancer que lentement, de ne donner aux 
nouvelles lois que l'extension strictement nécessaire. Cependant, 
ces mesures locales étaient l'indice d'une tendance générale qui 
n'attendait que le moment propice pour se réaliser. Pour cela, il 
eût suffi que les réclamations devinssent un peu plus fréquentes. 
Et comme ces deux arrêts étaient de nature à encourager les mar- 
chands des autres villes à en demander autant pour eux, et que, 
par conséquent, les réclamations devaient aller en augmentant, il 
était fatal que tôt ou tard l'interdiction des foires aux Juifs fût pro- 
noncée. Fort heureusement pour les Juifs, un revirement s'opéra 
dans l'esprit du Conseil. Nous croyons pouvoir l'attribuer, du moins 
dans une très large part, à l'attitude indépendante et ferme prise à 
l'occasion de la question du commerce juif en Languedoc par Ber- 
nage de Saint-Maurice, intendant de cette province. L'intendant, 
par son refus de suivre les exhortations des commerçants de sa 
province d'abord et par les explications qu'il fut obligé de fournir 
là-dessus au C. G., amena l'administration centrale à une apprécia- 
tion plus équitable du rôle que jouait le commerce juif. 

Bernage de Saint-Maurice, il est vrai, n'était pas toujours un 
défenseur du commerce juif. En 1732, nous l'avons vu publier une 
ordonnance contre eux. Encore en 1735, lorsqu'il fut appelé à don- 
ner son avis sur une demande faite par des Juifs de Cavaillon et de 
la Provence, qui sollicitaient l'autorisation de faire le commerce 
des mules, mulets, etc., il se prononça contre cette autorisation 2 . 
Mais, sollicité de nouveau par les Juifs de la leur accorder pour six 
mois seulement, et mieux renseigné par le syndic général de Jou- 
bert, il accorda 3 , par ordonnance du 20 août 1736, à un certain 
nombre de Juifs le droit défaire ce commerce pendant le temps sol- 
licité. Sur une nouvelle requête des Juifs, présentée en janvier 1737, 
et un nouvel avis très favorable du syndic général Montfévrire, 
cette autorisation leur est accordée pour six autres mois 4 . Et dès 

1. Roubin {Revue, t. XXXIV, p. 288, note 3), qui probablement n'a pas eu sous les 
yeux le texte même de l'arrêt, croyant que la formule « si non es jours des foires » 
s'applique aux Juifs aussi, veut en conclure que déjà par cet arrêt le droit de fréquenter 
les foires avait été reconnu aux Juifs. Mais c'est une erreur. Loin de le « sanctionner 
officiellement », cet arrêt, au contraire, lui porte la plus grave atteinte. 

2. Inventaire des archives de l'Hérault, C 2744. 

3. Ibid. 

4. Ibid. 

T. LXl, n° 121. 7 



08 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lors, malgré les efforts des marchands de bestiaux non-juifs, elle 
leur sera renouvelée de six mois en six mois. Leurs adversaires, 
voyant le peu de succès que leurs représentations trouvaient 
auprès de l'intendant, allèrent se plaindre au C. G. Ayant essuyé 
ici encore un premier échec \ ils ne se rebutèrent pas et revinrent 
à la charge avec un nouveau mémoire présenté par l'un d'entre 
eux, Pierre Prat. Cela se passait en 1739. Le Bureau chargea alors 
Gilly de Nogeret, député du commerce du Languedoc, de faire une 
enquête. 11 en résulta un échange de vues entre lui et l'inten- 
dant. Ce dernier soutint que le bien de la province demandait 
absolument que toutes les représentations des marchands fussent 
rejetées, et ce fut lui qui l'emporta. Sur avis favorable des députés 2 , 
son attitude fut approuvée 3 . Il fut même autorisé à renouveler ces 
permissions dans la suite toutes les fois qu'il le jugerait nécessaire. 

Dans le même temps donc où le Bureau réprimait le commerce des 
Juifs dans l'Orléanais et le Moulinais, il était amené à user envers 
eux de plus d'indulgence dans la province du Languedoc, d'une 
indulgence, il est vrai, qui ne s'étendait qu'à une branche spéciale 
du commerce et, n'étant motivée que par les besoins particuliers et 
momentanés de la province, ne pouvait pas tirer à conséquence. 
Mais bientôt en Languedoc aussi la lutte sera portée sur un terrain 
plus vaste : la question du commerce juif dans les foires. Ici encore 
l'intendant va prendre en mains la défense des Juifs et c'est de l'issue 
de ce conflit que dépendra la solution définitive de cette question. 
Voici la genèse de ce conflit. 

Ayant trouvé, vers 1739, que le commerce juif sur les foires de leur 
province s'était considérablement accru dans les derniers temps, 
les marchands et fabricants d'étoffes de Montpellier commencèrent 
eux aussi à s'inquiéter. Bientôt ils apprirent la mesure prise contre 
le commerce juif dans l'Orléanais et ils n'hésitèrent plus à demander 
pour leur province pareille défense. Au commencement de 1740 les 
jurés gardes du corps des marchands de Montpellier présentent à 
ce sujet un mémoire à la Chambre de commerce de leur ville. Ils y 
exposent, entre autres, que les Juifs étant très répandus sur les 
foires et marchés, ils ont réclamé auprès de l'intendant, mais qu'il 
leur fut répondu que l'arrêt de 1731 ne défend point aux Juifs de 
vendre aux foires. Tel n'est pas leur avis. Ils conviennent volontiers 
que l'arrêt de 1731 ne parlait pas expressément des foires. Mais il 
est hors de doute pour eux que celles-ci y étaient visées. Et la 

1. Ibid., lettre de l'intendant au cardinal de Fleury du 3 mars 1739. 

2. Avis du 4 septembre 1739, Arch. nat., F12/703. 

3. Arch. nat., F12/87, p. 418. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 99 

preuve, c'est l'interprétation donnée à cet arrêt par le Conseil lui- 
même dans son arrêt de décembre 1739 en faveur des marchands 
de Gien *. 

Ces réclamations sont transmises par la Chambre du commerce 
au Contrôleur général par lettre du 25 avril 1740 2 . 

Les députés qui récemment s'étaient déclarés adversaires du 
commerce juif sur les foires sont prêts à donner tort à l'intendant 
et à proposer de rendre un nouvel arrêt contre les Juifs. Seulement, 
avant de statuer, ils trouvent bon de communiquer la lettre à 
l'intendant pour savoir « comment et pour quelles raisons il est 
contrevenu aux arrêts rendus contre les Juifs 3 ». On voit que c'est 
déjà une réprobation anticipée que contient cet avis. 

Le 30 mai 1740, le Contrôleur général écrit à l'intendant pour 
avoir de lui des éclaircissements 4 . Déjà le 31 mai, l'intendant lui 
répond. 11 contredit d'abord leur affirmation que les Juifs avaient 
des établissements fixes en Languedoc. Non, cela il ne Ta jamais 
permis. Quant au commerce fait par des Juifs dans les foires, il est 
vrai qu'il ne s'y était pas opposé, malgré les réclamations des 
marchands; mais c'était parce qu'il lui avait paru, à son arrivée 
dans la province, « que la fréquentation des foires leur y était 
permise ». Il convient également que le commerce des Juifs sur les 
foires est devenu assez considérable, surtout pour « les habillements 
des femmes », car celles-ci attendent les temps des foires pour se 
pourvoir des étoffes de toutes les saisons. Mais c'est à eux-mêmes 
que les marchands devaient s'en prendre, car ils sont mal assortis 
et exigent des prix excessifs. « Je le leur ay dit, ajoute-t-il, dans 
toutes les occasions où ils m'ont fait des représentations contre le 
commerce des Juifs; mais je n'ay pas réussy à le leur persuader \ » 

1. Ce mémoire, publié par de Pijardière, dans Les Chroniques du Languedoc 
(l re anuée, p. 60), est placé par lui entre 1740 et 1743. Nous n'avons pas hésité à en 
fixer la date au commencement de 1740, pour les raisons suivantes. Ce mémoire invoque 
l'arrêt du 27 décembre 1739 rendu en faveur de Gien, et non pas celui du 19 avril 1740 
rendu eu faveur de Nevers. Si ses auteurs en avaient eu connaissance, ils n'auraient 
pas manqué de le citer pour rendre ainsi leur thèse plus solide. Il résulte, en outre, 
de ce que la Chambre de commerce de Montpellier avait transmis, en date du 25 avril 
1740, les doléances des marchands de sa ville au Conseil, qu'une démarche de ces 
derniers avait été faite auprès d'elle quelque temps avant. Il existe, d'ailleurs, un 
mémoire tout à fait identique où ne manque que la partie faisant allusion à l'arrêt 
du 27 décembre sous la date de 1739 (voir Inventaire des arch. dép. de l'Hérault, 
C274o). Cette partie y fut insérée en 1740 après qu'elle fut transmise à la Chambre 
du commerce. 

2. Inventaire des archives dép. de l'Hérault, ibid. 

3. Avis des députés du 5 mai 1740, Arch. nat., F12/703. 

4. Arch. nat., F12/143. 

o. Inventaire des archives dép. de l'Hérault, C2745. 



100 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce que l'intendant apporte ici de nouveau, ce sont moins des 
faits qu'une manière de voir. Au Bureau on accueillait trop souvent 
les réclamations des marchands contre les Juifs avec la plus grande 
facilité comme s'il s'agissait de renseignements venus d'une source 
absolument impartiale. L'intendant, au contraire, n'oublie pas qu'il 
se trouve en face d'accusations portées contre des adversaires et 
que, en pareil cas, on ne doit accepter des imputations réciproques 
qu'avec la plus grande circonspection. 

Comme linspecteur des manufactures Jobart s'était plaint du 
commerce des Juifs fait sur les foires du Pont-Juvenal à Montpellier, 
où les Juifs avaient été logés avec leurs marchandises dans le 
château du seigneur, le marquis de la Grave, le contrôleur général 
écrit le 10 octobre de nouveau à l'intendant pour lui demander des 
explications à ce sujet 4 . L'intendant, dans sa réponse du H no- 
vembre, après avoir rendu compte au C. G. d'une descente ordonnée 
par lui à la foire du Pont-Juvenal, où d'ailleurs on n'avait rien 
trouvé d'illicite chez les Juifs, plaide encore une fois la cause du 
commerce juif. Il l'estime surtout avantageux au public. Quant « au 
fond du commerce » et au « lieu des fabriques », ils ne peuvent pas en 
souffrir, dès que les Juifs n'apportent que desmarchandises marquées 
et de bunne qualité, à quoi il est facile de tenir la main par des 
visites pareilles à celle qu'il vient d'organiser lui-même. A l'accu- 
sation, souvent portée contre les Juifs, qu'ils appauvrissent le pays 
en emportant tout l'argent à l'étranger, il répond qu'il suffit de 
veiller à ce que les Juifs ne vendent que des marchandises permises 
et marquées (c'est-à-dire de provenance nationale) pour que l'ar- 
gent — sauf naturellement la partie représentant leur gain — 
retourne forcément aux fabricants du pays 2 . Mais il s'en remet pour 
le reste à l'avis du C. G., dont il se déclare d'avance prêt à exécuter 
les décisions, quelles qu'elles soient 3 . Il s'offre même à lui envoyer 
un projet d'arrêt qui fasse aux Juifs les défenses nécessaires, si le 
C. G. le juge à propos. 

Mais ici l'intendant s'était trompé. D'autre part, en haut lieu un 
changement remarquable s'était opéré en faveur du commerce juif. 
Le Bureau dans sa séance du 1 er décembre, en opposition avec son 
attitude antérieure, propose au C. G. de ne pas troubler le commerce 
juif sur les foires du Languedoc. Dans une lettre que le C. G. écrit 
à l'intendant le jour suivant 4 , il y convient de la rapacité des mar- 

1. Inventaire des archives dép. de l'Hérault, C 2745. 

2. Ibid. 

3. Ibid. 

4. Arcli. nat., Kl 2/87, p. 420 et suiv. Un extrait en est donné Inventaire des archives 
dép. de l'Hérault, ibid. 



LE BURE\U DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 101 

chands de Montpellier, dont il donne des détails caractéristiques, 
ainsi que de leur peu de compréhension des besoins du public, de 
même qu'il ne fait pas de difficultés pour reconnaître que les Juifs 
avaient été de tout temps « en possession du droit de fréquenter les 
foires du Languedoc et que cette possession est bien établie ». Il 
est. on outre, persuadé que l'exclusion des Juifs des foires du 
Languedoc produirait « nn vide dont les fabriques recevront peut- 
être un préjudice considérable ». C'est pourquoi il recommande à 
l'intendant de ne « rien innover» à ce sujet et de laisser les Juifs 
jouir paisiblement du droit qu'ils ont de fréquenter les foires, cela 
sans leur donner cependant un titre qui les autorise. 

Nous avons donc vers la fin de 1740 sur la même question du 
commerce juif dans les foires des décisions différentes, l'une favo- 
rable quant au Languedoc, deux autres défavorables quant à l'Or- 
léanais et au Moulinais. Rendues dans des conditions à peu près 
analogues, ces décisions impliquaient une contradiction flagrante. 
Le Bureau ne pouvait la laisser subsister. Nous allons voir dans 
quel sens il se prononça à l'occasion des réclamations des mar- 
chands de Montauban. 

(A suivre.) 

David Wolfson. 



ACTES DU DISTRICT DE STRASBOURG 

RELATIFS AUX JUIFS 

(JUILLET 1790 — FRUCTIDOR AN III) 



SUITE ET FIN 



1793. 



78. — 5 janvier. — La plainte en surtaux de David Sinsheim et 
Salomon Isaac 2 , Juifs de Bischheim, est rejetée, les exposants jouissant 
d'un traitement annuel comme le curé et le ministre du lieu. 

6570. — B. C. 16524. 

79. — 31 janvier. — La nouvelle requête de Cerf Berr, banquier à 
Strasbourg, tendante à « répartir sur la nation juive en Alsace d'une 
somme au moins de 30,000 1. entre tous les contribuables », est ren- 
voyée au citoyen Remy en sa qualité de commissaire. 

6850. — B. C. 13789. 

80. — 7 février. — Il est enjoint à la municipalité de Hœnheim d'assi- 
gner à Samuel Lévi, Michel Bloch et Gôtz Bloch, Juifs demeurant audit 
lieu, une part et portion égale à celle des autres citoyens de Hœnheim 
du communal du Rieth. 

6892. — B. P. 19061. 

81. — 16 février. — La requête de Schmulen Aaron, Juif, négociant de 
Romanswiller, tendante à obtenir la décharge de 40 1. qu'on lui réclame 
pour sa patente sous prétexte qu'il fait le négoce de chevaux, est ren- 
voyée pour supplément d'information à la municipalité du lieu. 

7006. — B. C. 17652. 

1. Voyez Revue des Études juives, t. LX, p. 235. 

2. Figure comme maître d'école au Dénombrement de 1784. 



ACTES DU DISTRICT DE STRASBOURG RELATIFS AUX JUIFS 103 

82. — 19 février. — Le maire de Bischheim, ayant privé les citoyens 
juifs de participer à une élection de la justice de paix du canton d'Ober- 
hausbergen et du conseil général de la commune de Bischheim, sera, en 
exécution de l'arrêté du Directoire du Département * qui ordonne des 
poursuites contre ledit maire et le renouvellement des élections à ses 
trais, immédiatement suspendu de ses fonctions par un commissaire à 
envoyer à ses frais et remplacé par le premier officier municipal, ou 
celui-ci en cas de refus par un autre. (Cf. n° 75.) 

7040. 

83. — 7 mars. — A la requête de Cerf Berr, il sera procédé au recou- 
vrement sur la nation juive d'Alsace d'une somme de 30,000 1. pour 
l'acquittement des dettes de ladite nation 2 . 

7198. — B. C. 13789. 

1. Du 17 décembre 1792. 

2. Nous croyons devoir donner le texte de cette pièce, qui fournit des indications 
précises sur les transformations de l'organisation financière de la nation juive. 

« Vu la délibération de Directoire du District du 31 janvier (cf. n° 79)... vu aussi 
la réponse fournie le 20 février 1793 par le citoyen Remy, l'un des commissaires, 
liquidateur nommé pour la nation juive. . . Le Directoire. . . Considérant que la requête 
du citoyen Cerf Behr tend à ce que la repartition des dettes contractées par la dite 
nation juive soit faite pour pouvoir en faire le payement a qui il était dû ; vu que lui 
exposant se serait cautionné pour une somme de 136,000 I. que jet et régal serait 
fait sans aucun retard d'une somme de 30,000 1. au moins entre tous les contribuables 
de la ci-devant nation juive en Alsace, et ce suivant l'ancien pied de répartition et du 
cadastre déjà établi, pour la dite somme être remise par les collecteurs à. telle personne 
qu'il plairait au Directoire de nommer, laquelle en poursuivrait la rentrée sur les 
contribuables même par voie d'exécution contre les collecteurs déjà établis, et qui 
aurait la même faculté contre les cottisés pour des dits deniers être l'exposant rem- 
boursé avec intérêts et dépens des sommes par lui avancées pour l'acquit des intérêts 
écbus et à échoir des dits 136,000 1. empruntés sous son cautionnement; Estime qu'il 
y a lieu de statuer : 1° que sur la nation juive dans les deux départemens du Haut et 
du Bas Rhin, il ne sera réparti quant à présent que la somme de 30,000 1. et sur ceux 
de la nation seulement qui possèdent des immeubles, au rnarc la livre de la plus forte 
somme comprise soit au rôle de la contribution foncière ou immobiliaire ; 2° que la 
somme de 30,000 1. sera remise à telle personne qu'il plaira au Directoire du Départe- 
ment de nommer ; 3° le recouvrement de cette somme se fera par les collecteurs 
établis dans chaque municipalité pour la perception des contributions publiques qui 
des deniers par lui perçus retiendra 6 d. par livre pour ses droits ; 4° que la personne 
qui sera nommée par le Directoire du Département, sera autorisée de poursuivre le 
recouvrement de la dite somme de 30,000 1. sur les contribuables même par voye 
d'exécution contre les collecteurs, et que ceux-ci auront la même faculté d'exécution 
contre les cottisés ; 5° que dans les deux départemens du Haut et du Bas Rhin, les 
secrétaires greffiers des municipalités, dans lesquelles il se trouvera des individus de 
la nation juive possédant une maison ou autre immeuble, seront tenus de fournir à la 
personne chargée dudit recouvrement, ou autre par elle commise, un extrait du rôle de 
la contribution foncière et mobiliaire de 1791 des noms et des sommes pour lesquelles 
les dits Juifs y auront été cottisés, lequel extrait sera duément certifié véritable, et 
signé par le citoyen maire et le greffier de chaque municipalité ; 6° que de tous les 
«lit- extraits fournis, il serait dressé -un état général des cottes des contribuables, avec 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

84. — 16 mars. — La requête de Schmulen Aaron, négociant de 
Romanswiller, contenant plainte en surtaux du droit de patente (cf. n° 81), 
est renvoyée, avec les renseignements fournis par la municipalité du 
lieu le 22 février, au visiteur des rôles de l'arrondissement de la munici- 
palité de Romanswiller. 

7279. — B. C. 17652. 

85. »— 22 mars. — La municipalité de Bischheim est autorisée à rem- 
bourser une somme de 7 1. 10 s. sur sa patente à Joseph Lévi, qui s'est 
inscrit pour la levée des 300,000 hommes, et ne peut par conséquent plus 
jouir de cette patente. 

7348. — B. C. 18552. 

86. — 30 mars. — Suspension de toutes poursuites contre les citoyens 
Baruch Levi et David Moyse, Juifs d'Odratzheim, demandant à être 
exemptés du droit de patente, attendu que l'un n'exerce aucun commerce 
et que le modique trafic de l'autre n'exige pas de patente. 

7416. — B. C. 18342. 

87. — 9 avril. — Levée de la saisie faite sur les marchandises de 
Daniel Gratwohl, négociant colporteur patenté d'Oberhausbergen l . 

7500. — B. C. 18626. 

88. — 11 avril. — La demande de Scheyen Weil, citoyen juif d'Ober- 
schœffolsheim, en décharge d'impositions, est rejetée. 

7553. — B. C. 16253. 

89. — 18 avril. — Mise sous séquestre, sur la déclaration faite par 
Wolffgang Bamberger au nom de Meyer Làzar, de Strasbourg, d'effets 
laissés 23, rue de la Nuée Bleue, par l'émigré GelbV 

7646. — B. E. 18998. 

90. — 28 mai. — Cerf Baerr, de Romanswiller, demandant la restitution 
de deux chevaux, destinés à labourer ses terres et transporter des bois 
et à lui enlevés par le maire du lieu, est renvoyé à s'en faire rembourser 
la valeur sur estimation d'experts. 

8004. — D. N. 

indication à quoi se monte le total de celles du Haut et du Bas Rhin, pour être 
ensuite les 30,000 1. réparties au marc la livre de la cotte d'un chacun et dressé un 
rôle de répartition qui serait déclaré exécutoire par les Directoires des dits deux 
départemens ; 7° que pour indemniser la personne qui sera chargée du recouvrement 
de la dite somme de 30,000 1. de ses peines et vacations, il lui serait alloué 8 d. 
pour livre outre tous autres fraix et déboursés que ce recouvrement pourrait lui 
occasionner. » 

1. Il fait valoir dans sa requête que ses toiles d'étoupe sont destinées au service de 
la République et qu'il s'engage à payer un supplément de patente. 

2. De Gelb, commandant de la province en 1791. 



ACTES DU DISTRICT DE STRASBOURG RELATIFS AUX JUIFS 105 

91. — 18 juin. — Une somme de 115 1. est restituée à Lehmann, négo- 
ciant à Strasbourg, pour une portière de velours vert achetée à la vente 
du mobilier de l'évèque de Strasbourg et expertisée par erreur comme 
brodée d'or. 

8235. - B. E. 20296. 

92. — 18 juin. — En exécution des délibérations du Directoire du 
Département des 21 août et 2 novembre 1792, Benjamin Hemmerdinger, 
rabbin, est autorisé à faire contraindre au paiement d'une somme de 
6501. 8 s. 4 d. Isaac Kuppenheim et autres Juifs de Bischheim, dénommés 
dans deux états dont l'un est signé de Joseph Lehmann et l'autre daté 
du 26 décembre 1791, et chacun pour la quote-part pour laquelle il y 
était porté. (Cf. n°* 61 et 69.) 

8256. - B. C. 14905. 

93. — 27 juin. — Meyer Aron, négociant à Mutzig, demandant à être 
payé d'une somme de 3375 1. à lui due par l'émigré Bodeck pour intérêts 
échus à compter du 4 janvier 1791 d'une somme de 30,000 1., la requête 
est ajournée, jusqu'à ce que la Convention nationale ait déterminé le 
mode de liquidation générale des créances sur les émigrés. 

8350. — B. E. 19844. 

94. — 2 juillet. — La pétition du citoyen Daniel Lévi, de Ballbronn, 
relative à l'enlèvement de son bois qui lui a été fait par un citoyen se 
disant commissaire du Directoire de ce District, sous prétexte que ce bois 
a été coupé en délit, n'étant point du ressort de l'Administration, il n'y 
a pas lieu à délibérer. 

8376. — B. F. 20093. 

95. — 27 juillet. — Abraham Isaac, citoyen de Strasbourg, réclamant 
l'or et l'argent enlevés de chez lui par ordre de la municipalité, est auto- 
risé à en toucher le montant en assignats ; en outre, pour avoir enfreint 
l'arrêté qui prohibe la circulation du numéraire, il sera, à la diligence 
du procureur syndic du District, dénoncé à l'accusateur public, le cas 
échéant. 

8638. — B. P. 20795. 

96. — 1 er août. — Dix-huit citoyens juifs de Strasbourg demandant des 
mesures de sûreté à leur égard, il n'y a pas lieu à délibérer, les mesures 
prises par la municipalité étant suffisantes pour maintenir la sûreté 
publique. 

8713. — B. P. 20801. 

97. — 24 août. — Sur la requête de Peistel Manuel, Juif de Bischheim, 
son fils Elie, incurable, est dispensé du service militaire. 

8908. — B. P. 21648. 



106 REVUE DES ETUDES JUIVES 

98. — 31 août. — Mathieu Weyl (Juif?), citoyen d'Osthoffen, est 
exempté, vu l'état de délabrement de sa santé, de contribuer quant à 
présent au contingent de la cavalerie à fournir par la commune. 

8985. — B. P. 21191. 

99. — septembre. — Les citoyens de la municipalité de Strasbourg 
suivant le culte de Moyse demandant à être dispensés « d'indiquer sur un 
tableau le service privé qu'ils font chez eux pour leur seule famille », il 
est enjoint à « tons les Israélites suivant leur culte par une réunion de 
plusieurs familles qu'ils ayent à attacher à leur porte un tableau qui 
indique qu'il s'y tient un oratoire » et la municipalité de Strasbourg est 
invitée à tenir la main à cet arrêté. 

9038. - B. P. 21766. 



AN II. 



100. — 11 e jour du 2 e mois de la 2 e année (1 er novembre 1793). — 
Seligmann Alexandre, banquier, créancier de la ci-devant Chambre des 
finances du Landgrave de Hesse-Darmstadt pour une somme de 27.000 1., 
réclamant une indemnité proportionnée à la perte des assignats lors du 
remboursement de cette somme, il n'est point délibéré « quant à présent 
sur le remboursement du capital dent s'agit, sauf à l'exposant à être 
payé des intérêts échus quand il se sera mis en règle ». 

9389. — D. N. 19886. 

101. — 20 brumaire. — Alcan demandant un emplacement pour y 
déposer les viandes salées qui sont en état d'être délivrées, la munici- 
palité de Strasbourg est autorisée à mettre à la disposition de l'expo- 
sant et de Prieur l , commissaire général, l'église de Saint-Pierre-le- 
Vieux. 

9439. — D. N. 22924. 

102. — 27 brumaire. — Deux pièces de vin adressées par Joseph Lion, 
négociant à Strasbourg (Juif?), au citoyen Pitieuville, ci-devant major 
de place, émigré, et saisies à la douane, sont rendues à l'expéditeur, à 
condition qu'il affirmera par-devant le juge de paix du troisième arron- 
dissement, n'avoir pas touché d'acompte sur le prix des dits vins et qu'il 
les revendra en cette ville. 

9491. — B. E. 22799. 



1. Prieur (Tibulle), commissaire des guerres à l'Armée du Rhin. (Barth, Notes bio- 
graphiques sur les hommes de la Révolution à Strasbourg , p. 430.) 



ACTES DU DISTRICT DE STRASBOURG RELATIFS AUX JUIFS 107 

103. — 3 frimaire. — Défense aux Juifs de porter la barbe longue, de 
parler hébreu, et organisation d'un autodafé du Talmud '. 

9528. — B. P. 

104. — 18 nivôse. — La veuve Loewe (Juive?), de Strasbourg, récla- 
mant une somme de 95 1. 14 s. 9 d., à elle due par l'émigré Bercheret 
pour loyer et avances, est admise pour pareille somme au bordereau des 
créanciers dudit émigré. 

9911. — B. E. 24274. 

105. — 21 nivôse. — Suspension du séquestre nommé par jugement 
du tribunal du District du 13 décembre 1792 sur les biens de l'abbaye de 
Schwarzach, à la requête de Seligmann Alexandre, créancier de ladite 
abbaye. 

9932. — D. N. 22762. 

106. — 1 er pluviôse. — Restitution à Cain Alexandre et Koschel 
Alexandre, de Soultz, district de Wissembourg, d'effets déposés chez 
Zollikofer par Loewel Caïen, émigré, à l'exception de deux caisses prove- 
nant dudit Loewel Caïen, qui seront transportées au dépôt général. 

10082. — B. E. 24817. 

107. — 5 pluviôse. — Les requêtes de Bernheimer, Lippmann Leh- 
mann, Lehmann père et fils et de la citoyenne Saltzmann, tous de Stras- 
bourg, tendantes à obtenir décharge de leur contribution aux secours 
aux familles indigentes des défenseurs de la Patrie, sont renvoyées au 
Conseil général de la Commune. 

10125. — B. C. 24387. 

108. — 13 pluviôse. — Interdiction de célébrer le culte dans les 
synagogues *. 

10289. — B. P. 24935. 

109. — 27 pluviôse. — Mise sous séquestre des effets de deux émigrés 
compris parmi les coffres et sacs déposés chez Bréville, menuisier à Stras- 
bourg, par les nommés Hirtiel Wolff, Schlumen Wolff et Lippmann Wolft", 
de Mommenheim, Jakob Hirtzel et Juhen Josel, de Fegersheim, et Moyse 
Hirtzel, de Schwindratzheim. 

10594. — B. E. 24597. 



1. Cet arrêté, longuement analysé par R. Reuss, Seligmann Alexandre, p. 24-26, 
figure dans le Livre bleu, pièce 94, II, p. 199 et a été republié, avec la date du 2, 
dans la Révolution française, LU (1907), p. 554. 

2. Publié in extenso par M. et E. Ginsburger, Contributions à l'histoire des Juifs 
d'Alsace, dans Revue, XLVII, p. 286-287. 



108 REVUE DES ETUDES JUIVES 

110. — 2 ventôse. — La citoyenne Feile Gahen, veuve d'Abraham 
Lévy, de Di'ippigheim, demandant à faire rayer son fils Michel Lévy du 
contrôle du 13e Bataillon comme n'ayant pas encore 18 ans, est renvoyée 
à s'adresser à qui de droit. 

10723. — B. G. 26171. 

111. — 26 ventôse. — Sur la déclaration de Abraham Aron Moch, 
de Strasbourg, saisie est faite des tonneaux et caisses réfugiés dans la 
maison dud. Moch, rue Brûlée, n" 2, par Jacques Gougenheim et Samuel 
Lévy, tous deux de Haguenau, qui depuis ont suivi l'ennemi dans la 
retraite. 

11453. — B. E. 26203. 

112. — 26 ventôse. — La pétition de la citoyenne Rosette Berr, femme 
de Meyer Lazard, demandant que son mari, prisonnier à Mirecourt, soit 
transféré à Strasbourg, afin que rapproché de chez lui il puisse mettre 
ordre à ses affaires et pourvoir à la subsistance de ses huit enfants, est 
renvoyée au représentant du peuple Bar. 

11469. — B. S. 27600. 

113. — 5 germinal. — Mise sous séquestre, sur la déclaration de 
J.-B. Bastard, négociant à Strasbourg, de caisses de marchandises réfu- 
giées chez ledit Bastard par Loëb Kahn, de Soultz, Samuel Gougenheim, 
de Haguenau, et autres (non Juifs), émigrés. 

11730. — B. E. 25642. 

114. — 19 germinal. — La pétition du citoyen Léon Meyer (Juif?), 
de la première réquisition de Romanswiller, aux fins d'obtenir un congé 
absolu, est renvoyée au représentant du peuple. 

11932. — B. G. 28443. 

115. — 22 germinal. — Autorisation à la Société populaire de Mutzig 
d'occuper la ci-devant synagogue f . 

11981. - B. P. 27858. 

1. « Vu la pétition faite à la municipalité de Mutzig par la Société populaire de lad. 
commune tendante à obtenir la ci-devant synagogue des Juifs pour y tenir ses 
séances et propager le républicanisme; la délibération prise par lad. municipalité en 
date du 29 e ventôse dernier, par laquelle elle cède et abandonne à lad. Société popu- 
laire le local demandé sous l'agrément et l'approbation du District ; ouï l'Agent 
national; les Administrateurs, considérant qu'il est du devoir d'une Administration 
épurée et régénérée de faciliter et protéger par tous les moyens qui sont en son 
pouvoir l'établissement des Sociétés populaires ayant pour but la propagation des 
principes du vrai républicanisme françois, l'anéantissement du fanatisme, de l'égoïsme 
et de l'agiotage, adhérans et supots de l'aristocratie, parla coopérer aux progrès delà 
aison et au maintien de la Révolution ; considérant aussi, que par arrêté des Repré- 
sentai du peuple du 21 e nivôse dernier, tous rassemblemens autres que ceux du temple 



ACTES DU DISTRICT DE STRASBOURG RELATIFS AUX JUIFS 100 

116. — 27 germinal. — L'autorisation demandée par Aron Meyer, 
citoyen de Strasbourg, de « produire » après les délais écoulés, vu 
qu'étant aveugle et âgé de 87 ans, il n'avait aucune idée des formalités à 
observer relativement aux créances sur les émigrés, et que son manda- 
taire André 1 , détenu, puis malade, n'a pu faire les démarches légales, est 
refusée. 

1-2120. — B. E. 2832!). 

117. — 28 germinal. — La demande faite par Mayer Lévi, membre de 
la Société populaire de Haguenau, aux fins d'être autorisé à retirer un 
tonneau de miel, qu'il a acheté à Strasbourg, et à le transporter à 
Haguenau pour le besoin des malades et surtout des soldats dont ladite 
commune est remplie, est renvoyée au représentant du peuple, l'admi- 
nistration considérant ne pas pouvoir laisser d'elle-même sortir de 
Strasbourg des comestibles ou denrées de première nécessité. 

12160. - B. P. 28234. 

118. — 6 floréal. — Mise sous séquestre de six caisses de marchandises 
réfugiées par Lœwel Kahn, de Soultz, présumé émigré, chez Jacques 
Christophe de Zollicoffer, de Strasbourg, ainsi que d'une somme de 
2,400 1. remise par ledit Kahn audit Zollicoffer. 

12395. - B. E. 28368. 

119. — 7 floréal. — Nomination d'un commissaire chargé d'assister à 
la liquidation de la succession de la veuve Meyer Moch, de Haguenau, 
dont un des héritiers est émigré. 

12436. — B. E. 27804. 

120. — 7 floréal. — Abraham Aron Moch, de Strasbourg, est invité à 
verser au receveur de l'enregistrement de Molsheim une somme de 
6180 1. quil déclare devoir à Thomas Roudan, colonel retiré demeurant 
audit Molsheim, émigré. 

12438. — B. E. 28337. 

121. — 9 floréal. — Hirtzel Moyse, né à Mulhausen, colporteur, 
demeurant à Woltisheim, employé par Lazare Meyer, négociant aud. 

de la Raison et des Sociétés populaires sont jusqu'à nouvel ordre défendus, par consé- 
quent le local demandé étant devenu prohibé ne peut servir à aucun meilleur usage ; 
arrêtent en séance publique que la Société populaire de Mutzig est autorisée d'occuper 
jusqu'à nouvel ordre moyennant loyer payable à qui de droit le local servant ci-devant 
de sinagogue aux Israélites de Mutzig, pour y tenir leurs séances. » 

1. Jean-François André, avocat-avoué au tribunal du district de Strasbourg, 
membre du conseil général, puis procureur-syndic-général du département du Bas- 
Rhin, avait été arrêté le 2 novembre 1793 par ordre de Saint-Just et Lebas ; il ne fut 
remis en liberté que le 24 février 1794 par ordre du représentant Foussedoire (Barth, 
Noies biographiques sur les hommes de la Révolulion à Strasbourg, p. 177). 



110 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lieu, comme conducteur de bétail pour le service de l'armée, demandant 
que la municipalité dud. Wolfisheim l'y laisse résider, est renvoyé à 
produire à lad. municipalité une attestation de Meyer qu'il est bien à son 
service, un certificat de civisme et une quittance de contributions. 
12523. — B. P. 28573. 

122. — 11 floréal. — Remplacement de Joseph Isaac (Juif?), chargé de 
la distribution à l'atelier de la confection des souliers. 

12579. 

123. — 12 floréal. — Un délai est refusé à Seligmann Raphaël Wit- 
tersheim pour la production de ses titres de créance contre Dettlingen 
jeune et Reinach jeune. 

12603. — B. E. 28563. 

124. — 12 floréal. — Wittersheim, commissionnaire de Lefevre, tapis- 
sier de Strasbourg, pour les achats de toiles pour le service de la 
République, est autorisé à choisir un emplacement convenable pour le 
blanchiment de ces toiles. 

12621. - B. G. 28258. 

125. — 18 floréal. — L'autorisation demandée par Aaron père et fils, 
négociants à Dijon, d'acheter dans le district les 20,000 aunes de toile leur 
manquant pour une fourniture de 150,000 aunes par eux soumissionnée 
à l'administration militaire, est refusée en raison de la rareté des toiles 
dans le pays. 

B. G. 29693. 

126. — 24 floréal. — Sur la représentation de Lehmann Isaac, de 
Strasbourg, que Marx Hemmerdinger, héritier pour une part de Feyel 
Marx, veuve en secondes noces de Meyer Moch, belle-mère du pétition- 
naire, est non pas émigré, mais établi depuis 20 ans à Durckheim près 
Worms, commune réunie au territoire de la République, la délibération 
du 7 floréal [n° 119] est annulée relativement au séquestre des biens 
dud. Hemmerdinger. 

B. E. 29847. 

127. — 26 floréal. — L'obligation de 27,000 florins contractée les 
2 avril et 19 octobre 1788 par l'abbaye de Schwarzach au bénéfice de 
Seligmann Alexandre, négociant à Strasbourg, sera liquidée tant en 
capital qu'en intérêts et frais sur les revenus séquestrés de l'abbaye *. 

D. N. 28666. 

1. En vertu de l'arrêté rendu par les représentants du peuple près de l'armée du 
Rhin, du 14 mai, en application du décret du 30 août 1792. 



ACTES DU DISTRICT DE STRASBOURG RELATIFS AUX JUIFS 111 

128. — 7 prairial. — Seligmann Alexandre, négociant à Strasbourg, 
expéditeur de quatre tonneaux de tabac à l'adresse d'Isaac et C ie à 
Commune affranchie, lesquels ont été saisis par la municipalité de 
Màcon \ est renvoyé à se pourvoir devant lad. municipalité. 

B. P. 29776. 

129. — 29 prairial. — Saisie d'un cheval vendu par Emmanuel Moyses, 
de Schweinheim, à un prix supérieur au maximum et poursuites contre le 
vendeur. 

(Sans cote.) 

130. — 2 messidor. — Exemption de service militaire accordée à 
Samuel Levi de Ballbronn, âgé de quatre-vingts ans. 

B. G. 30582. 

131. — 9 messidor. — A la suite d'une tentative de transport à Rosen- 
willer du cadavre d'un Juif mort à Strasbourg, des poursuites sont 
décidées contre ceux qui ont concouru à ce transfert, et il est enjoint 
aux rabbins de déposer aux greffes des municipalités leurs registres de 
naissances, mariages et décès, et à tous les Juifs du District, de justifier 
de leurs moyens d'existence et de l'acquit de leurs devoirs civiques ». 

B. P. 40963. 

132. — 23 messidor. — Mise sous séquestre de vins appartenant à 
l'ancien prévôt de Mommenheim, Amann, et de titres appartenant 
à Raphaël Lévy, Juif, d'Ingwiller, tous deux émigrés. 

B. E. 41192. 

133. — 3 thermidor. — La requête de Dietz et Weil (Juifs?), soumis- 
sionnaires pour le mois de nivôse de la viande à fournir aux troupes 
cantonnées à Plobsheim, demandant, vu que leur marché a été conclu à 
15 s. la livre, alors qu'il est accordé 27 s. 5 d. aux fournisseurs de la 

1. En vertu du décret du 25 pluviôse an II, qui confisque les marchandises 
envoyées aux villes rebelles (Duvergier, VII, p. 50). 

2. Cette délibération est reproduite in extenso par MM. Ginsburger, Contributions 
à l'histoire des Juifs d'Alsace pendant la Terreur, dans Revue, XLVII, 289. Il 
en existe un exemplaire imprimé en deux langues (Strasbourg, impr. de Treuttel et 
Wurtz; in-4», 7 p.) aux archives municipales de Strasbourg, II, 79-80. — Cf. la 
curieuse lettre de Cerf Berr, 21 novembre 1792 (Archives municipales, Délibérations 
du Corps municipal, séance du 24 novembre) déclarant, en réponse à une demande 
«le la municipalité, qu'il ne fait plus depuis 1788 que de courts séjours en Alsace, mais 
qu'il « peut dire cependant qu'il n'a jamais été fait de registre à l'égard des circon- 
cisions, que les parens seuls en tenoient note ainsi que pour les mariages... que dans 
une assemblée générale tenue à Oberehnheim en 1788 lors de sa retraite, il a recom- 
mandé spécialement que l'on tînt registre mortuaire... qu'...il a laissé tous les papiers 
ail citoyen Wittersheim, de Mutzig... » 



112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

place de Strasbourg, à bénéficier de l'arrêté du Comité de salut public 
du 19 floréal, accordant une indemnité aux fournisseurs en cas de perte 
évidente, est renvoyée, conformément à ce décret, à la Commission du 
commerce et approvisionnements, par l'intermédiaire des agents prin- 
cipaux des subsistances militaires domiciliés à Strasbourg. 
B. G. 42431. 

134. — 3 thermidor. — Le District de Bitche est invité à faciliter les 
achats de Ulmo et Leiter (Juifs?), marchands de fer à Strasbourg. 

B. P. 41855. 

135. — 3 thermidor. — Lévy, citoyen de Hegenheim, prévenu d'accapa- 
rement de sucre qu'il fait venir de Suisse, mais acquitté par jugement du 
25 messidor au tribunal criminel du Bas-Rhin, sera remboursé au prix du 
maximum du sucre saisi et transporté à l'hôpital militaire de Strasbourg. 

B. P. 42522. 

136. — 19 thermidor. — Alexandre demandant à pouvoir continuer ses 
achats de laine à Arnstein et C ie , de Vienne, à qui il est débiteur d'une 
somme de 8,000 1., est renvoyé à se pourvoir devant la Commission des 
approvisionnements et du commerce, à Paris, et invité à verser le mon- 
tant de sa dette à la caisse du receveur départemental. 

B. P. 26750. 

137. — 22 thermidor. — Sur la requête d'Hanna Cahn, veuve de Marum 
Cahn, de Soultz-sous-Forêts, comme tutrice naturelle de Malta Cahn, sa 
fille, celle-ci héritière de son père et d'Alexandre Cahn, son frère, il est 
sursis à l'adjudication des meubles, effets et marchandises réfugiés à 
Strasbourg par Lœwel Kahn, de Soultz, émigré, jusqu'à ce qu'il ait été 
statué sur la demande en distinction de la requérante *. 

B. E. 42888. 

138. — 22 thermidor. — Nomination de Knobloch, notaire, comme 
commissaire à la liquidation de la succession de Cerf Berr, dont deux 
héritières sont établies l'une (Eve Berr), à Francfort, et l'autre (Jeannette 
Alexandre), à Hanovre. 

B. E. 43338. 

139. — 14 fructidor. — La pétition* présentée par la femme et le 

1. D'une délibération du Directoire du Département du Bas-Rhin du 15 floréal an II 
(n° 37476) ressort que par contrat du 5 juillet 1780 une moitié des marchandises et 
créances appartenant à Lœwel Kahn, grand-père de Matta, et à sa femme Roessel 
Natan avait été reconnue à Marum. 

2. « Vu la pétition par Edel Lob, femme de Simon Moyse, dit Harchheim, et 
Samuel Weil, son beau frère, deMoutziLr, expositive (pie ledit Simon Moyse étant conti- 



ACTES DU DISTRICT DE STRASBOURG RELATIFS AUX JUIFS H3 

beau-frère de Simon Moyse, dit Harehheim, arrêté comme rabbin, 
demandant sa mise en liberté, est renvoyée an représentant du peuple à 
Strasbourg, avec invitation de prendre lad. pétition en considération. 
B. P. 44104. 

140. — 19 fructidor. — La pétition de Simon Bloch, fabricant de salins 
et potasses à Dittenheim [DiUtlenheim ?], requis par Pfeffinger, agent de 
la fabrication du salpêtre, « de mettre son usine en état de fabriquer des 
salins et potasses en y employant des herbes inutiles », demandant qu'on 
lui adjoigne pour ce travail de mise en état Samuel Meyer, de Harxbeim 
{sic), charretier à l'armée, est repoussée, vu les arrêtés du Comité de 
Salut public fixant à leurs postes les charretiers. 

B. G. 44710. 

141. — 22 fructidor. — Les livres en langue hébraïque saisis par la 
municipalité de Mutzig, comme livres de culte, à un ci^devant rabbin ', 
domicilié dans l'arrondissement de ladite municipalité, lui seront 
restitués. 

A. N. 45322. 

an in. 

142. — 8 vendémiaire. — Cerf Cahen, négociant à Mutzig, demandant 
une augmentation sur le prix de 419 aunes 1/2 d'étoffes réquisitionnées 
dans son magasin, est renvoyé au garde-magasin général des hôpitaux, à 
qui ces étoffes ont été remises. 

46556. — A. N. 2310. 

143. — 17 vendémiaire. — Wolf David, natif de Berlin, établi en 
France depuis son enfance, et depuis douze ans à Mutzig, où il est insti- 
tuteur des enfants du citoyen Meyer, demandant à rentrer dans ladite 
commune dont il a été éloigné comme étranger, le Comité révolution- 
naire de Strasbourg est invité à lui accorder l'autorisation nécessaire. 

46792. — B. P. 7623. 

nuellement malade, chargé de six enfans dont l'aîné est de quatorze ans, aurait été mis 
eu état d'arrestation le 14 thermidor dernier, sur le motif qu'il avoit été rabin, tandis 
qu'il ne l'a jamais été, mais seulement chargé de recevoir le serment des ci-devant 
Juifs dans la forme qui était usités (sic) à lors, qu'il aurait abdiqué cet état depuis le 
11 frimaire, ainsi que le porte le certificat délivré par la municipalité de Moutzig du 
21 prairial dernier, ledit certificat constatent (sic) également qu'il a toujours été ami 
de la Révolution, qu'il a tenu une conduite tranquille et républicaine, ils demandent en 
eou séquence à ce que l'administration veuille bien faire rendre la liberté audit Simon 
Moyse. n'étant dans aucun cas susceptible d'arrestation... » 

1. Non nommé. Suivant le Dénombrement général des Juifs, au début de 1785 le 
o commis rabin » de Moutzig était S. Horcheim. 

T. LXI, w 121. 8 



iU REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

144. — 23 vendémiaire. — Alexandre, négociant à Strasbourg, deman- 
dant l'autorisation de transportera sa fabrique de drap de Cernay20 quin- 
taux de laine de Bohème, est renvoyé à la Commission établie au Miroir, 
lesdites laines devant rire mises en réquisition pour les fabriques du 
district travaillant aux étoiles nécessaires à l'équipement militaire. 

B. P. 4G316. 

145. — 23 vendémiaire. — Mandatement d'une somme de 3715 1. 12 s. 
G d. pour paiement de pièces de drap fournies par Alexandre au magasin 
militaire de Strasbourg. 

A. N. (sans numéro). 

146. — 24 vendémiaire. — Les mise en vente ou partage de biens 
provenant de la succession Cerf Berr sont ordonnés, et les héritiers ren- 
voyés au Directoire du District de Nancy pour les biens situés dans cet 
arrondissement. 

46028. — B. E. 4661. 

147. — 25 vendémiaire. — Autorisation aux héritiers Cerf Berr de faire 
amener de leur forêt de Romanswiller à Strasbourg le bois nécessaire à 
leur consommation. 

47091. — B. F. 2924. 

148. — 2 brumaire. — La requête de Jacques Kahn, savonnier, établi 
depuis un an à Wolfisheim, demandant que la municipalité soit tenue de 
lui fournir un logement en échange de la maison qu'il occupe et qui 
vient d'être louée, est rejetée '. 

46618. — B. P. 7604. 

149. — 2 brumaire. — Seligmann Alexandre, fabricant de drap, à 
Strasbourg, demandant qu'il soit sursis à l'arrêté du 23 vendémiaire der- 
nier [n° 144] jusqu'à la délibération du Comité d'agriculture, de commerce 
et des arts, auquel le cas sera soumis, il est sursis jusqu'après qu' « il 
aura constaté légalement la propriété de la fabrique de drap de Cernay ». 

47259. — B. P. 7708. 

150. — 4 brumaire. — Il est enjoint au maire de Bischheim de laisser 
ensuivre à Joseph Lehmann, de Strasbourg, une corde de bois achetée à 
Eberhofen pour son usage et arrêtée par ledit maire. 

47800. — B. F. 2956. 

1. Il ressort des considérants que l'exposant n'a pas rempli les formalités « qui sont 
de produire un certificat de civisme et de bien vivre », qu'il n'a été admis dans cette 
commune que momentanément dans le temps de l'invasion de l'ennemi dans la proxi- 
mité, qu'il s'est mal conduit, a détérioré le logement qu'il occupait, qu'il est hors 
d'état de répondre de ses actions et n'a fourni aucune caution. 



ACTES DU DISTRICT DE STRASBOURG RELATIFS AUX JUIFS 118 

151. — ? brumaire. — Les Juifs de Quatzenheim faisant nettoyer la 
synagogue et se proposant d'y célébrer le sabbat, la municipalité du lieu 
est chargée, en exécution de la délibération du 13 pluviôse an II [n° 108] 
et du réquisitoire de l'agent national du 7 messidor an II 1 , défaire 
appliquer L'arrêté des représentants du peuple du 21 nivôse an II inter- 
disant toute assemblée autre que celle du temple de la Raison et de la 
Société populaire. 

47840. - B. P. 7776. 

152. — 16 brumaire. — Jacob Abraham, instituteur des enfants de 
Lévy, natif de Northeim', établi en France depuis 10 ans, expulsé de 
Strasbourg comme étranger, demandant à y rentrer, est renvoyé au 
Comité révolutionnaire du District. 

B. P. 47684. 

153. — 17 brumaire. — Annulation de la délibération du 23 vendé- 
miaire [n° 144J et autorisation à Seligmann Alexandre de transporter à 
Cernay ses laines de Hongrie. (Cf. n° 149.) 

47259. - B. P. 7708. 

154. — 27 brumaire. — Le prix payé aux fournisseurs de viande des 
hôpitaux militaires de Strasbourg, Haguenau et Schlestadt, soit 27 s. 5 d. 
par livre, est attribué à Dietz et Weyl pour leur fourniture de nivôse. 
(Cf. n» 133.) 

42431. — B. G. 1568. 

155. — 27 brumaire. — Le bureau des émigrés de l'administration du 
District est autorisé à délivrer tons procès-verbaux et pièces nécessaires 
à Rœssel Nathan, divorcée de Lœwel Kahn, négociant de Soultz, émigré, 
et Hanna Kahn, veuve de Marum Kahn, associé dud. émigré, pour justifier 
selon la délibération du Directoire du district de Wissembourg du 
4 fructidor dernier, de leurs droits sur une part des marchandises et 
effets réfugiés par led. Lœwel Kahn chez Zollicoffre et Bastard, à 
Strasbourg. (Cf. n° 137.) 

47738. — B. £. 4825. 

156. — 28 brumaire. — La pétition présentée au représentant du 
peuple Foussedoire par Aaron Meyer, citoyen de Strasbourg, aux fins 
d'être autorisé le cas échéant à faire enterrer son père âgé de 88 ans 
dans « un terrain dont il a fait l'acquisition et qu'il a destiné pour servir 
de lieu de sépulture à sa famille », est renvoyée à la municipalité de 
Strasbourg avec invitation d'y faire droit. 

49033. — B. P. 

1. l'n exemplaire imprimé en français et en allemand (S. 1. n. i. ; in-4°, 4 p.) s'en 
trouve aux archives municipales de Strasbourg, II, 79-80. 

2. Prn-si 1 «m Bavière. 



H 6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

157. — 1 er frimaire. — La délibération du 24 vendémiaire relative à la 
succession Cerf Berr [n° 1 46J est maintenue, la part de « la Hanovrienne ' •> 
étant confisquée au profit de la République. 

49127. - B. E. 4983. 

158. — 4 frimaire. — La pétition de Raphaël Lévi, citoyen de Stras- 
bourg, aux fins d'être remboursé du prix des 47 quintaux qu'il a payés de 
trop lors de la vente du mobilier de l'émigré Klinglin (juillet i793), est 
repoussée. 

21211. — B. E. 1994. 

159. — 5 frimaire. — L'autorisation demandée par Marx Baer, de 
Strasbourg, d'utiliser le fumier provenant des écuries de sa maison de 
Bischheim, qui ont été occupées par les chevaux des charretiers de l'armée, 
est refusée, sauf recours du pétitionnaire à la municipalité de Bischheim 
pour loyer de ses écuries. 

47944. - B. G. 494. 

160. — 8 frimaire. — Nomination de Treitt, homme de lettres, à Stras- 
bourg, comme commissaire du District à la liquidation de la succession 
de Marx Alexandre, fils de Seligmann Alexandre, décédé sans enfants, et 
dont une des sœurs est établie en Hanovre. (Cf. n os 138 et 157.) 

49454. — B. E. 5014. 

161. — 14 frimaire. — Mandatement d'une somme de 1193 1. 10 s. pour 
frais delà vente des meubles et marchandises de Loeb Kahn, de Soultz, 
émigré, dont le produit s'est élevé à 23737 1. 12 s. 6 d. 

48759. - B. E. 4932. 

162. — 14 frimaire. — Mandatement d'une somme de 102 1. 15 s. pour 
frais de la vente des meubles et effets de Samuel Gougenheim, de 
Haguenau, émigré, dont le produit s'est élevé à 7341. 

49415.— B. E. 5027. 

163. — 14 frimaire. — Isaac Emanuel, de la première réquisition et 
présentement en arrestation, exposant qu' « il n'était pas d'usage dans 
la ci-devant nation juive d'inscrire les actes de naissance, et qu'il s'est 
conformé aux formalités prescrites par les lois, en faisant constater 
son âge par des témoins en présence de sa municipalité », est, vu le 
procès-verbal dressé le 6 de ce mois par la municipalité de Kolbsheim, 
sur la demande de Loeble Jacob, de Strasbourg, en présence de trois 
témoins de la ci-devant nation juive, qui attestent, que led. Isaac 
Emanuel a l'âge de 26 ans et 8 mois, led. procès-verbal traduit par le 
secrétaire interprète juré, invité à « produire en forme probante son 

1, Jeannette Alexandre [cf. n° 138J. 



ACTES DU DISTRICT DE STRASBOURG RELATIFS AUX JUIFS 417 

acte de naissance, ou... justifier légalement de l'impossibilité de satis- 
faire à cette formalité voulue par la loi. » 
49901. — B. G. 910. 

164. — 16 frimaire. — Mandatement d'une somme de 156 1. 14 s. pour 
frais de la vente des meubles de Hùrtzel Wolff, de Mommenheim, émigré, 
dont le produit s'est élevé à 2179 1. 5 s. 

49418. - B. E. 5030. 

165. — 16 frimaire. — Mandatement d'une somme de 174 1. 6 d. pour 
frais de la vente des meubles de Schlumen Wolff, de Mommenheim, 
dont le produit s'est élevé à 2721 1. 15 s. 

49419. — B. E. 5031. 

166. — 19 frimaire. — Isaac Emmanuel, étant dans l'impossibilité de 
faire constater légalement son âge, et ayant été arrêté en vertu du décret 
du 9 floréal an II 1 , est renvoyé à se pourvoir devant un tribunal compé- 
tent. (Cf. n° 163.) 

49901. - B. G. 910. 

167. — 21 frimaire. — Feïssel, Schielé et Isaac Lévy, d Oberschaefifol- 
sheim, refusant, vu leur grand âge, de se rendre sur la réquisition de la 
municipalité du lieu dans la forêt de Wolfisheim pour y couper et façon- 
ner du bois, lad. municipalité est chargée de faire exécuter cette réqui- 
sition, vu l'aisance des pétitionnaires qui leur permettrait de se faire 
remplacer. 

49928. — B. F. 3096. 

168. — 22 frimaire. — Refus de faire délivrer à Jean Urbain Le Large, 
assesseur du juge de paix du deuxième arrondissement de Strasbourg, le 
titre obligatoire de 8,000 1. dues par l'émigré Kuppel Mayer sous le cau- 
tionnement de Hirn, négociant, à la succession de J. F. Rondouin, qui en 
a légué le montant aud. Le Large par testament. 

49744. — B. E. 5062. 

169. — 26 frimaire. — Meyer Aaron, de Strasbourg, réclamant, sur les 
revenus recouvrés de l'émigré Bodeck, les intérêts échus depuis le 4 jan- 
vier 1791 d'une somme de 30,000 1. à lui due par led. émigré, est ajourné 
jusqu'à la liquidation définitive, ces intérêts ne pouvant être assimilés 
aux rentes dont la loi autorise le paiement provisoire*. 

50553. — B. E. 5117. 

1. Relatif nux jeunes i. r ens de la première réquisition qui abandonnent leur poste. 
(Duvergier, VII, 189;. 

2. Le décret du 1 1 mars 1792 excepte en effet certaines catégories d'appointements 
rt intérêts des dispositions du décret du 29 septembre 1791, qui renvoie à la liquida- 
tion générale toutes les créances de l'arriéré de 1790. (Duvergier, IV, 96), 



U8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

170. — 6 nivôse. — Abraham Lévi, d'Odratzheim, demandant la resti- 
tution de 19 mesures d'huile de navette à lui saisies à Ittenheim par les 
gendarmes, est renvoyé à se faire rembourser par le directeur de l'ar- 
tillerie. 

52040. — A. N. 3524. 

171. — 12 nivôse. — Exemption d'Abraham Jonas, de Ballbronn, âgé 
de 61 ans, du service de la garde nationale, à charge de se faire rem- 
placer. 

50304. — B. G. 1225. 

172. — 16 nivôse. — Il est enjoint à un certain nombre de citoyens 
possesseurs de prairies dans l'arrondissement de Oberhaslach, parmi 
lesquels Daniel Lévy, de Mutzig, de fournir leur contingent de fourrage 
pris sur la récolte de leurs foins. 

51704. — A. N. 3591. 

173. — 19 nivôse. — Hirtz Moyse, négociant de Winzenheim, et 
Jacques Lévy, négociant de Marckholsheim, acquéreurs par contrats des 
11 janvier-11 mai 1791 de divers biens de divers membres de la famille 
Rathsamhausen, sont, sur la demande présentée par leur mandataire 
André, autorisés a faire à l'agence nationale des domaines le versement 
d'une somme de 8,000 1. et intérêts pour solde du prix d'achat, deux 
versements antérieurs ayant été, sur le refus des vendeurs d'accepter des 
assignats, consignés chez le notaire Lacombe et ces vendeurs étant main- 
tenant émigrés. 

51065. — B. E. 5155. 

174. — 14 pluviôse. — Décharge accordée sur le montant de leurs 
cotes mobilières de 1791 à divers habitants de la commune de Bischheim, 
parmi lesquels figurent les veuves Lob Kahn et Jacques Moyse, et Joseph 
Lob, Lob Moyse, Moyse Marx, Raphaël Lob, Lazare Aron, Joseph Lob 
(second du nom), Samuel Levy, Simon Baehr, Lob Ignace, chacun pour 
la somme de 3 1., et Isaac Alexandre pour la somme de 4 1. 10 s. 

46916. - B. C. 5774. 

175. — 15 pluviôse. — La pétition de Jacob Goudcschou, marchand de 
bestiaux à Ballbronn, requis par la municipalité du lieu d'aller au parc 
de Mayence avec un cheval qu'il a actuellement dans son écurie, et 
demandant à être exempté de cette réquisition, vu qu'il n'est pas culti- 
vateur et n'a ce cheval que pour le vendre, est repoussée. 

52794. — C. M. 1637. 

176. — 16 pluviôse. — - Elias Levy et Auscher Samuel, marchands 
associés de bestiaux à Ballbronn, demandant à être exemptés de la réqui- 
sition de deux bœufs à conduire au parc de Strasbourg, imposée par la 



ACTES DU DISTRICT DE STRASBOURG RELATIFS AUX JUIFS 119 

municipalité du lieu, vu qu'ils détiennent ces bêtes non comme culti- 
vateurs mais comme marchands, lad. municipalité est invitée à indiquer 
l'usage que font desd. bœufs les pétitionnaires. 
52870. - C. M. 1639. 

177. — 23 pluviôse. — La requête de Michel Veyl (Juif?), aubergiste 
à Brumath, adjudicataire sur folle enchère d'immeubles provenant 
des Domaines nationaux, demandant l'intervention de l'Agent national 
pour obtenir le déguerpissement de F.-J. Klein, maître de poste à 
Stûtzheim, premier acquéreur, est repoussée, sauf au tribunal du district 
saisi à ordonner la mise en œuvre de l'Agent national. 

52989. — D. N. 5519. 

178. — 6 ventôse. — Benedic Isaac, soumissionnaire d'une fourniture 
dé 45,000 quintaux de foin et 6,000 sacs d'avoine livrables dans les 
magasins militaires du district, est autorisé à faire ses achats dans les 
communes dud. district. 

52696. — B. G. 1803. 

179. — 6 ventôse. — Mandatement d'une somme de 168 1. 5 s. pour 
frais de la vente des meubles et effets de Anchel Kahn, négociant de 
Wissembourg, émigré, dont le produit s'est élevé à 1597 1. 10 s. 

53252. — B. E. 5399. 

180. — 8 ventôse. — Mandatement d'une somme de 165 1. 6 s. 6 d. 
montant des frais de la vente des meubles et effets de Jacques Gougen- 
heim, de Haguenau, émigré, dont le produit s'est élevé à 3,224 1. 10 s. 

53247. — B. E. 5394. 

181. — 8 ventôse. — Mandatement d'une somme de 125 1. 17 s. 6 d. 
pour frais de la vente des meubles et effets de Samuel Lévy, de Hague- 
nau, émigré, dont le produit s'est élevé à 1,661 1. 15 s. 

53248. — B. E. 5395. 

182. — 14 ventôse. — Raphaël Jacob Lévy, négociant d'Ingwiller, réin- 
tégré par délibération du Directoire du district de Wissembourg du 
11 ventôse, en application du décret du 22 nivôse, est autorisé à retirer 
les titres déposés au Bureau des émigrés de Strasbourg par le citoyen 
Humbourg, chez qui il les avait réfugiés. 

53952. — B. E. 5415. 

183. — 19 ventôse. — Les héritiers Cerf Berr demandant protection 
de l'exploitation de leur foret de Cosswiller, dont les habitants voisins 
enlèvent les bois façonnés, sont renvoyés, cette exploitation « destruc- 
tive et contraire à l'aménagement des forets » étant faite plus dtms Tinté- 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rêt des particuliers que dans l'intérêt public, à s'adresser à la munici- 
palité du lieu pour la défense de leur propriété, 
52604. — B. F. 3240. 

184. — 19 ventôse. — Benjamin Bernheimer, négociant d'Haguenau, 
réintégré par le Directoire du district de Haguenau, en application du 
décret du 22 nivôse, est autorisé à se faire remettre par les différents 
services les effets, objets et papiers, par lui réfugiés avant de quitter l'Al- 
sace chez Stempfel, aubergiste à Strasbourg, ou leur prix. 

54245. — B. E. 5501. 

185. — 28 ventôse. — Lœwel Cahn, négociant à Soultz-sous-Forêts, 
réintégré par délibération du Directoire du district de Wissembourg du 
14 ventôse, en application du décret du 22 nivôse, est autorisé à se faire 
remettre par les différents services les effets, argent et argenterie réfu- 
giés par lui à Strasbourg 1 , ou leur prix. 

54571. - B. E. 5531. 

186. — 4 germinal. — Rumpler, de Strasbourg, ayant acheté en jan- 
vier 1792 « le quart d'un domaine national d'environ 200 arpens au ban 
de Haslach pour 1,000 1. de bénéfice payé à l'un des associés de Samuel 
Meyer, de Mutzig, principal acquéreur dud. domaine, après avoir fait 
légalement sa déclaration qu'il étoit en société avec trois autres citoyens » 
et ayant payé sa part, est autorisé à acquitter le paiement des trois 
autres parts qui n'a pas été fait par ses associés. 

54285. — D. N. 5807. 

187. — 24 germinal. — Autorisation de viser le passeport délivré par 
le représentant du peuple Gavaignac à Cerf Zacharias d'Alzey* « pour 
passer en Suisse pour objets intéressans la République ». 

B. P. (sans n°). 

188. — 6 floréal. — La réduction demandée par David Sinsheim et 
Salomon Isaac, de Bischheim, sur les cotes pour lesquelles ils sont inscrits 
aux rôles de 1791, est refusée, vu qu'ils ont été taxés à raison d'un trai- 
tement dont ils jouissent comme instituteurs, a l'instar des ministres des 
différents cultes. (Cf. n" 78.) 

16524. — B. C. 3415. 

189. — 6 floréal. — La requête de Seligmann Alexandre, demandant 

1. Savoir : effets vendus après séquestre : 23,737 1. 18 s. 6 d. ; — objets remis au 
magasin militaire : 17,124 I. 2 s. 6 d. ; — argent versé dans la caisse du receveur de 
l'enregistrement : 3,600 1.; — argenterie; 11 marcs 1 gros ; étains transportés à 
l'arsenal, linge et hardes. 

2. Hesse-Darmstadt. 



ACTES DU DISTRICT DE STRASBOURG RKLAT1FS AUX JUIFS 121 

réduction des cotes pour lesquelles il est compris avec son fils au rôle des 
contributions mobilières et charges locales de 1791, est rejetée, vu que 
le fils n'est pas à la charge du père et qu'il jouit de ses droits, étant 
marié et ayant domestiques et chevaux à son usage particulier. 

19609. - B. C. 4046. 

190. — 6 floréal. — Décharge à Baruch Joseph, négociant à Strasbourg, 
des cotes pour lesquelles il est imposé au rôle des contributions mobi- 
lières et charges locales de Strasbourg pour 1791, led. Joseph n'habitant 
Strasbourg que depuis 1792 et ayant en 1791 acquitté sa contribution à 
Bischheim. 

30286. - B. C. 5314. 

191. — 27 floréal. — Seligmann Alexandre, créancier de l'abbaye de 
Schwarzach, en vertu d'un contrat du 19 octobre 1788, renvoyé par 
arrêté du Directoire du Département du 16 ventôse, à se pourvoir aux 
fins d'être inscrit au Grand Livre de la Dette publique pour une somme 
de 73318 1. 3 s. 6 d., montant de cette créance, réclamant en outre le 
règlement des dommages-intérêts (30900 1.), frais et dépens à lui accordés 
pour inexécution dud. contrat par sentences de la Régence de Baden des 
15 février 1791 et 26 novembre 1792, il sera procédé à l'expertise et véri- 
fication des pièces produites. 

28666 et 55551. — D. N. 363 et 6045. 

192. — 14 prairial. — Emanuel Bloch, natif de Hœnheim, employé à 
Herrlisheim comme boucher de l'étape, demandant le bénéfice du décret 
du 22 nivôse, il sera statué après que le pétitionnaire aura satisfait aux 
formalités de la loi. 

56731. — B. E. 5774. 

193. — 27 prairial. — Jacques Monscheim et la veuve Jacques Uhri, 
(Juive?), de Marlenheim, sont autorisés à faire le versement d'une somme 
de 200 1. dont ils sont débiteurs envers la fondation des orphelins. 

D. N. 6148. 

194. - 16 messidor. — A la requête d'Alexandre Seligmann 1 , deman- 
deur en dommages-intérêts dus pour inexécution du contrat de 1788 par 
l'abbaye de Schwarzach, aux droits de laquelle est la République pour les 
biens qu'elle possédait en France, le procureur-général-syndic est auto- 
risé 2 à défendre devant le tribunal du district sur l'assignation qui lui 
sera donnée pour la liquidation desd. dommages. (Cf. n* 191.) 

58051. — D. N. 3631 et 6045. 

1. I,a requête spécifie que le Directoire du Département avait renvoyé le 4 messidor la 
pétition l'Alexandre an Directoire du District pour prendre son avis et avait par arrêté 
du 7 prairial statué que les dommages-intérêts seraient réglés par le tribunal compétent. 

2. En application du décret du 28 octohre-5 novembre 1790 sur la vente et l'admi- 
nistration des biens nationaux (Duverjrer, I, 487;. 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

195. — 18 messidor. — Isaac David, de Westhoffen, réclamant « les 
bandages sur lesquels sont inscrits les noms et âges des Juifs de cette 
commune... ainsi qu'un tableau écrit en parchemin et encadre en bois, 
lequel ne contient qu'une prière que les Juifs disaient à un jour 
marqué », enlevés de la synagogue il y a i8 mois environ par le com- 
missaire du district avec tous les ornements et meubles des édifices 
religieux, restitution est faite au pétitionnaire es qualités de ces linges 
sans valeur intrinsèque, mais « de conséquence pour les Israélites 
puisqu'ils servent à constater Page de leurs enfans ainsi que leur légi- 
timité *> ; quant au tableau, qui a été vendu, il n'y a pas lieu à délibérer 1 . 

57014. — D. N. 6315. 

196. — 2U messidor. — Autorisation à Michel Lehmann (Juif?), de 
Molsheim, de rembourser une somme de 200 1. qu'il doit à la ci-devant 
fondation de Jenner dud. lieu. 

57413. - D. N. 6465. 

197. — 3 thermidor. — Xander Wolf, Schillen Wolff, Heymann Isaac, 
Jonas Isaac, Schlomen Isaac, Feisel Scheien , Natan Lasan, Legefey 
Wolf et autres de Fegersheim, condamnés par la municipalité à une 
amende pour avoir envoyé paître leurs bestiaux dans des emplacements 
défendus et sans avoir auparavant fait vérifier qu'elles n'étaient pas 
atteintes d'une maladie contagieuse, ayant appelé de cette amende au 
juge de paix de Geispolsheim, et le procureur de cette commune deman- 
dant qu'il soit ordonné audit juge de ne pas se mêler dans la contes- 
tation, la demande n'est pas accueillie, les délits champêtres étant de la 
compétence de la municipalité et le juge de paix n'ayant pas de juri- 
diction supérieure *. 

58740. — B. P. 9375. 

198. — 17 thermidor. — Refus d'autoriser Jean Daniel Kepler, tanneur 
d'Alzey, cessionnaire de Braun, tanneur de Fénétrange, pour une partie 
des cuirs provenant des bestiaux à abattre à l'armée du Rhin pendant ce 
mois, lesquels cuirs ont été adjugés à Moyse Isaac, de Strasbourg, à 
prendre livraison de ses marchandises sous raison qu'il n'est pas Français. 

59276. — D. G. 

199. — 18 fructidor. — Xanther Wolff, Abraham Schleyen et consorts, 
de Fegersheim, exposant qu'ils sont l'objet de vexations permanentes de 

1. Sur une liste de suspects dressée en 179:2 (Archives municipales, C. 49) figurent 
« Jacob Isaac, Jonas Weil, Alexandre Weil, d'Uttenheim, prévenus par ordre du 
Tribunal criminel révolutionnaire de s'être opposés à la délivrance de leurs ornements 
ridicules, conformément à l'arrêté des représentants du peuple ». . 

2. Cette délibération renvoie au décret du 28 septembre 1791 dont le titre II spécifie 
les délits qui sont de la compétence du juge de paix ou de la municipalité. 



ACTES DU DISTRICT DE STRASBOURG RELATIFS AUX JUIFS 123 

la part de la municipalité et du procureur de la commune, que « leurs 
bestiaux arrivent journellement du pâturage blessés ou égarés», qu'on 
leur défendrait de « faire paître leurs bestiaux séparément ... que le 
procureur de la commune aurait mis 4 chevaux en fourrière et qu'il veut 
les priver du droit de pâturage communal », et demandant que « la 
municipalité leur procure à leurs propres frais un pâtre pour les vaches, 
un pour les moutons, un pour les oyes, un pour les chèvres et un pour 
les bœufs, qu'il lui soit enjoint de protéger leurs personnes et leurs 
biens... en étouffant toute haine et récalcitralion », Albert, homme de 
loi, est délégué à une enquête sur les lieux. (Cf. nos 53 e t 197.) 
59205. — B. P. 9460. 

200. — 21 fructidor. — Abraham Roos (Juif?), Bickelhaul et consorts, 
de Strasbourg, demandant restitution d'une somme de 870 1. qu'ils 
auraient dû fournir pendant le régime du terrorisme à un nommé 
Guyon, laquelle somme a été saisie sur led. Guyon lors de son arrestation 
par le Comité de surveillance, sont renvoyés à se pourvoir en justice 1 . 
59644. — B. P. 9536. 



1. De même pendant la Terreur, Joseph Lévi avait dénoncé Martin au Comité de 
surveillance et de sûreté générale de Strasbourg-, pour avoir arrêté de son chef 
42 Juifs et leur avoir extorqué de l'argent. Cf. Recueil de pièces authentiques servant 
à l'histoire de la Révolution à Strasbourg, I, Copie figurée dn comité de sur- 
veillance, p. 69. 



NOTES ET MÉLANGES 



UN PASSAGE INEXPLIQUÉ DE L\ PESIKTA 

Les mots îi:itt&« rp'-ip d'Isaïe, i, 21, sont expliqués dans la 
Pesikta (éd. Buber, 121 b) par une glose qui a l'air d'une double 
traduction araméenne : Krinanm amp smn amp. Le dernier mot est 
écrit Knm-TE dans le YalkoutSchimeoni [ad Inc., §257), tandis que 
le Yalkout Machiri (éd. Spiro, Berlin, 1894, p. 15) porte Nrmn Nrmp 
Nnaaiti 'p. Buber nous apprend que le ms. de la Pesikta d'Oxford 
lit Nroanft. Il avoue ne pas pouvoir expliquer ce mot, ni le passage 
tout entier. 

Tout récemment, M. J. Wellesz K a émis l'hypothèse que cette 
double explication de rrttti« reposait sur l'interprétation de ce 
mot par deux vocables grecs qui ont le même son : véoç (nou- 
veau) et ôaôvota (concorde). La leçon Nmaitt serait ainsi primitive 
et le sens serait « uniforme ». Il nest pas besoin de prouver que 
cette acception du mot anas-rt: n'est pas confirmée par l'usage de 
la langue : n-oin signifie « greffer» ; l'araméen sdik traduit min 
(Lév., xix, 19) ; une signification telle que celle de nan (dans l'expli- 
cation de M. Wellesz, on pourrait penser à Ps., cxxn, 3: rromz) ws 
nb) n'est pas attestée et est inadmissible môme à titre d'hypothèse. 

Pour lever la principale difficulté qu'offre ce passage, il faut 
partir d'un des sens du mot nattM. Il est clair que celui qui a rendu 
ce mot par «naan» (ou autrement, suivant qu'on admet cette leçon 
ou une autre) laissait de côté la signification ordinaire, qui y voit 
un féminin de \txxî (le Targoum a «nwrrro), pour en adopter une 
autre. Il ne lui en restait qu'une, celle que fournit le verbe jen, qui 
signifie au qal « élever, éduquer ». Il a vu dans naEaw le participe 

j . Magyar-Zsidô Szemle, XXVII, 357. 



NOTES ET MÉLANGES 128 

nifal de ce verbe, ce qu'il a rendu par sa traduction araméenne. 
Il a fait comme les largoums, qui, partout, traduisent ainsi ce verbe 
et sos dérivés. Le participe passif du qal D"»aua»n (Lam., iv, 5) est 
rendu dans le Targoum par lapanran. Le participe actif du qal paâ, 
employé substantivement, est traduit par le substantif rsyoTin, 
dérive de la même racine KCi (voirie Targoum sur Nombres, xi, 12; 
Il Rois, x, 1,5; Is., xlix, 23 ; féminin : II Samuel, iv,4; Rutb, iv, 
1(3). Il est évident que l'explication de hïtt^a, donnée sous forme de 
targoum, était primitivement arnsn». d'où kpm-i», puis «narrra ou 

Notre agadiste anonyme comprenait donc naww ïTHp dans le 
sens de « ville élevée, éduquée ». Ce qu'il entendait par là, il nous 
l'apprend dans l'enseignement traditionnel de R. Pinhas au nom 
de R. Hoscbaya, enseignement qui suit dans la Pesikta et d'après 
lequel il y avait à Jérusalem, immédiatement avant la destruction 
de la ville par les Romains, quatre cent quatre-vingts synagogues, 
dont chacune avait pour annexes une école élémentaire et une 
école supérieure '. Comme preuve scripturaire de cette indication, 
on indique le mot viab», qui suit immédiatement ïidekd ïTnp, et 
dont les lettres ont la valeur numérique de 480. Jérusalem était 
ainsi une ville riche en écoles pour la jeunesse ; c'était dans la 
pleine acception du terme, une « ville éduquée ». Il est extrême- 
ment vraisemblable que cette interprétation du mot rraao était 
connexe dans le principe avec celle de *n«ba. Car, à vrai dire, c'est 
seulement cette interprétation de FpÉMD, équivalant à «mn-rca, qui 
autorise à voir dans viNb» une allusion aux nombreuses écoles 
dont la ville était « pleine ». 

Mais comment faut-il comprendre alors la première partie de 
notre texte : smn «mp? Cette expression araméenne ne peut être 
traduite que par «ville neuve ». Pour comprendre cette explication 
du mot rtSaee, il ne reste qu'à recourir au grec, qui nous offre seul 
un mot exprimant la notion du « neuf» et consonnant avec le mot 
hébreu. Mais nous ne pouvons nous en tenir à l'adjectif vsoç ; ce 
serait ne pas tenir compte de la seconde moitié du mot hébreu. Il 
n'est pas trop hardi de songer au verbe ve&u, « renouveler », qui 
est employé par Eschyle, et d'en former le participe passif vcovpfa), 
qui a le même nombre de syllabes, le même ordre des consonnes 
et, dans la première syllabe, la même voyelle que l'hébreu 

I . Voir Die Agada (1er paldstinensischen Amoràer, I, 97, u. 1 ; outre les teites 
qui y sont cités, od pourra voir ici: Pesikta, 1216; Echu r., lntrod., §12; j. 
Ketoub., 3j c. 



iâ6 ftEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ne'emânâ. L'auteur de notre interprétation faisait consonner le 
vocable hébreu avec le vocable grec, de môme que l'agadisfe 
R. Ruben entendait dans l'hébreu obn (Ps., lxxvii, 9) l'impératif 
grec àbs; [Peàikta, 130 a), dans riamtt (Soph., ni, 1) le substantif 
grec [xwpîa (Echa r., lntrod., §31). Pour lui, îtonu rrnp signifie donc 
la « ville renouvelée » ; peut-être l'entendait-il ainsi: la ville de 
Jérusalem, dont la jeunesse était abondamment pourvue de centres 
d'instruction et d'éducation (d'après la seconde explication de 
rrctttw), voyait ses forces spirituelles se renouveler constamment, 
était donc constamment neuve et fraîche. La notion de « ville 
renouvelée » peut avoir été suggérée par un autre passage d'ïsaïe : 
mn -n* iiinm (lxi, 4), où le Targoum traduit en effet jqrrçnn On 
peut même supposer que l'auteur de notre interprétation a dit amp 
KFrçrrç (participe passif du paël), qui, d'une part, est l'équivalent 
exact de veoujxévT) et, d'autre part, correspond parfaitement à l'ex- 
pression parallèle amant) amp. 

Budapest. 

W. Bâcher. 



UN FRAGMENT ARAMÉEN DU TOLDOT YÉSCHOU 

Le texte que je publie ici provient de la Gueniza du Caire et 
m'appartient, aussi bien que celui qu'a édité M. Samuel Krauss 
dans son ouvrage Leben Jesa (p. 37 et 144). Comme ce dernier, 
c'est un fragment du Toldot Yéschon, mais double en étendue. Il 
représente une forme de la légende qui semble la première en date. 
On y trouvera, entre autres, un détail qui ne manque pas d'intérêt. 
M. Bûchler a fait paraître dans cette Revue (t. XLVI, p. 74) un 
article sur l'enterrement des criminels d'après le Talmud et le 
Midrasch. Dans le cours de son travail, l'auteur fait une digression 
à propos de l'inhumation de Jésus. Il fait remarquer qu'en admet- 
tant que le procédé décrit dans la Mischna ait été observé pour 
Jésus, la fosse devait être creusée dans la terre et que précisément 
Jean, xix, 41, raconte que le sépulcre se trouvait au lieu même de 
l'exécution, dans un jardin, circonstances qui ne sont pas faites 
pour indiquer un tombeau taillé dans le roc. Il ajoute qu'au dire 
de Josèphe, l'inhumation des suppliciés se faisait pendant la nuit, 
et que l'historien juif ne connaît pas le double enterrement tel qu'il 
est décrit dans les sources talmudiques. 



NOTES ET MÉLANGE? Ail 

D'après M. Bûchler, il semble qu'il y avait une coutume établie 
an temps de la Miselma que les criminels mis à mort étaient pro- 
visoirement enterres la nuit de l'exécution et ensuite dans la tombe 
de famille. Il cite un passage de Kohelet Rabba, qui parle d'un 
brigand dont le corps fut traîné avec des cordes au tombeau. Le 
verbe *tù « traîner » usité en pareil cas est employé aussi dans 
notre fragment ; comme le montrentles textes cités par M. Bûchler, 
cette pratique était propre à l'enterrement des criminels, lesquels 
n'étaient pas portés sur une civière. La même expression est 
employée par une baraïta à propos d'Acbaz et de Joyacliin, agada 
connue de saint Jérôme qui dit: « cadaver ejus unco et funibus 
traxit ». L'bypolhèse de M. Krauss (iô., p. 196) que ce détail est dû 
à une influence musulmane est donc controuvée. 

icfbat b* ^s abi n-n ïiptdib» Mb Mb ^n \ 

iabsi 'Tn *p7^n?a «bi araia *i N^p^b «aa np-bo 2 

N3-»bis hy n*>7ai N^anea rrm imm ti na mm 3 

'©in* 1 'n iinb 'em Na-<b£ ya mm NnriNb patin «bi 4 

. . . Nrvm&n fcw«"»p "«ba NanaN ' 5 

...'-1 '73« .. . Na^baz ba> 6 

Marna wiapi Na*>bi: yn ...... . 7 

*pn NPtn jtoï «a* ïmm 'm arma 8 

Na^bat b^ rrrr irais-» «b finm -^ca&n . . 9 

N:aunp *pnb "J-173N . . . losm iiwn 10 

dm vp^o* aip^isa lanïT aa-na nsv 12b 'en h 

bfN p->nb ïmas lîw la^bar aaibac b? 12 

amn oiabD m-npi p^bo araisb .... 13 

ïrnas «Pa^at*! anaa rrb '»«i n;d^ rriimb 14 

fiuntzn us** i-ib mm^ 'n dtio mb ma* rra 15 

TOïrçib "pnm vpsi nia nb' «a roi* ■«* 16 

">m finnaiBN »bi iirrriN dn jinb 'eni yo^s 17 

laat s» Nncrn np^bo araisb aa^bn hy 18 

mas n" "nmao mm ^n^ ndn é»i» 19 

bTNi Min n^id-i iis^n jwn iittrri finb 20 

«ban «Tarn rnnap p mpo&o »aa:i mirt- 'n 21 

îrnDNi ïmaa ^piia baa w "toi manaa 22 

-1-1721 Èwsn armas na lis"» "p-in vnb* 23 

Pmbaitn] b araïai «ai «nbNa 24 

-ipi Naiwan oiabo mb 25 

fat . . . . ira^n «bi rim ■wrçprn -nm yirar 26 

1. Sans cloute faute pour mm. 

z. c'est-à-dire: yyn b* inbaa "pbp «b KP-maa a"»rû% 



128 fiEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n::^ rmrrb '73*0 KMtearj orj':s 27 

bpph »ncm w^yx mn rw Nmnpn 28 

rmm bw Kwn ••• T" 13 ?" 1 nipnd rm*» nnpi 29 

n^taittarti ne -m trtn ùnrnaa *ro* -mpi «:3a 30 

Nn-pb kbvi no^a-iN n^ïïi natan w* ma 31 

nnpb riw n^h p NpEN nui p^n 32 

■p-iizjj en rma:3*i "p'iisa rrw -ui 33 

wa ewn nzijH io^3T «rrra nm 34 

v»3>a rrnwnBi «n Y^yh] Nin «mm 35 

pVm inbno païai fa bai rrw ^éwd oy 36 

Njnizn wh matab t«oi nbsi ... 37 

Traduction. 

(1) « Si vous ne me trouvez pas, ni mon corps, sur la croix, (2) c'est 
que je serai monté au firmament du ciel. Mais ils ne le crurent pas et le 
crucifièrent (3) pendant qu'il était encore en vie et le lapidèrent ; il mou- 
rut sur la croix (4) et ils ne voulurent pas l'en faire descendre. R. Josué 
leur dit... (5) nous violerions le commandement de la loi [qui défend 
de laisser passer la nuit au cadavre] (6) sur la potence... » R. dit: 
« ... (7) de la croix et on l'enterra en hâte (8) dans le jardin de R. Juda 
le jardinier. Lorsque vinrent ceux qu'il avait séduits (9), ils ne le trou- 
vèrent pas sur la croix ; (10) ils s'en retournèrent et saisirent.. . en leur 
disant : (11) Jésus, notre maître, nous avait dit vrai, mais les Juifs ont 
agi avec tromperie. (12) S'ils l'ont crucifié sur la potence, où est allé le 
corps...? (13) Il est monté au ciel. Pilate le gouverneur (14) appela 
Juda le jardinier et lui dit: Qu'as-tu fait du corps de l'homme que tu as 
crucifié ? (15) Seigneur, répondit-il, l'impie Jésus (16) [a été descendu de 
la croix], suivant qu'il est écrit dans la Tora : «Tu ne laisseras pas son 
cadavre passer la nuit sur la potence 1 . » Mais il a trompé ces gens (17) en 
leur disant: Si vous ne me trouvez pas (18) sur la croix, c'est que je 
serai monté au ciel. Maintenant, si mon maître le désire, (19) je leur 
apporterai et montrerai son corps, (20) pour qu'ils reconnaissent que c'est 
Jésus l'impie ». Alors R. Juda le jardinier alla (21) et le retira du tombeau ; 
il lui attacha une corde (22) à un pied et le traîna dans toutes les rues 
de Tibériade, et l'on cria (23) devant lui : « Voilà Jésus fils de Pandèra 
l'impie qui s'est révolté (24) contre le grand Dieu du ciel. . . » . . .(25) devant 
Pilate le gouverneur... (26) il y en avait qui croyaient et d'autres qui 
restaient incrédules.. . (27) Pilate le gouverneur dit à Juda le jardinier : 

(28) C'est toi qui l'as enterré dans un terrain arrosé ; maintenant hâte-toi 

(29) de l'inhumer à l'endroit où l'on enterre les morts. (30) Juda le 
jardinier alla et l'enterra près d'une citerne. Le jour de la crucifixion 

(30) de Jésus le Nazaréen, l'impie, fut le 14 du mois (32) de Nissan, et le 
jour où on le retira du canal pour l'enterrer (33) et qu'on le traîna dans 

1. Deut., xxi, 23.- 



NOTES ET MÉLANGES f29 

les rues de Tibériade l'ut le 34 21 Nissan. Celui qui a puni Jésus 35) 
ri m pie punira... (36) el les ennemis de son peuple, et quiconque 

abandonne le culte . . . (37) et adore le nom de l'impie .lésns. . . 

Comme les quatre autres fragments publiés par M. Krauss ', noire 
texte est évidemment le reste de l'opuscule que l'apostat Abner 
Alt'onso désignait par ces mots ra*^ tnaia»3 ^bun-p "jraba "narra nsa 
KTHae "ia «livre qui a été composé en langue palestinienne sur 
l'histoire de Jésus fils de Pandèra. » Le fragment 5 est une variante 
des lignes 18-24 du nôtre el le fragment 6 des lignes 31-37. Seulement 
la dernière ligne du fragment 6 vient à la suite de la fin du nôtre. 
Peut-être notre Juda le jardinier &waa est-il le môme que Juda 
Iscariote. On aura lu Maa, au lieu de aaDa. « brigand », qualificatif qui 
lui est appliqué aussi bien par les chrétiens que par les Juifs ; on 
trouve, en efl'et, «ara, aarw, mmtto, «0*% Xt^t-^ç. Jean, xn, 6, dit : 
« non qu'il se souciât des pauvres, mais parce qu'il était larron ». 
Le R. Josué est probablement Josué b. Perachia qui est dit avoir 
été le maître de Jésus et avoir été cause, par sa sévérité, de l'apos- 
tasie de son disciple (cf. Aboda Zara, 16-17.) 

Nouveau, à ma connaissance, est le détail rapporté par notre 
texte que la crucifixion aurait été suivie de la lapidation. On 
aurait plutôt attendu le contraire, suivant la règle classique ^a 
ey»bn: û^bpo;rî 2 . 

Je profite de l'occasion pour publier ici un extrait d'un autre 
fragment de la Gueniza du Caire de ma collection (parchemin, 4 p. 
in-4° en caractères carrés anciens) qui se rapporte également à 
Jésus. C'est un Midrasch alphabétique qui embrasse les lettres a à n. 
Peut-être est-ce un des six modes d'alphabets du ms. ancien décrit 
par Azoulaï dans son Pétak Enayim. Il appartient à la catégorie 
des t=p-rr>b msm et rappelle les traditionnelles « disputes avec 
les docteurs ». 

Dans les Otiot de R. Akiba, la lettre £ (lue çadik) et désignant 
le Juste, est l'apportée àMoïse. Or, dans notre fragment elle désigne 
Jésus ! Serait-ce une réminiscence d'un midrasch chrétien? 
Voici ce texte : 

inai b«-ra^ ïïni "ins aratn "»3ttJ oarra ^"i^:n ra^ ann 'aria ^:d?j 

rôy rray -p bania^ narra irai rrvnan ra n:>^» mm "jbm ûviab 

Và> ' :1 P V m T ,r, " , °' 1 ^ D mm r ' 12 sibazn ba» imabari imODm 

'iai maa n?3 ^:d7j p taras p^rx rpaa p^is 

i. Tous ces quatre fragments faisaient partie du même feuillet. 
2. Cf. Sifré Dent., 221 ; Sanhed., 466; Btichler, Monatsschrift, 1907. 
T. LXI, n° 121. 9 



130 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Pourquoi le £ a-t-il deux têtes ? Parce que çadè est Jésus le Nazaréen 
qui a saisi deux tètes, celle d'Israël et celle d'Edom. Il a séduit les 
hommes ; ce que voyant, les Israélites le saisirent et le pendirent sur la 
croix. Sur quel texte s'appuyèrent-ils? Sur Dent., xm, 7. yx. Il y a 
deux sortes de çadè, l'un qui est courbé et l'autre droit: c'est que le juste 
est courbé et droit. . . 

Ë.-N. Adler. 



LE COMMENTAIRE DE IL NISSIM 
SUR BÈÇA, TAAN1T ET MEG11LLA 

M. J.-N. Epstein demandait récemment dans cette Revue * que le 
manuscrit du Commentaire sur Alfassi d'après lequel la partie 
se rapportant au traité de Meguilla a été imprimée à Jérusalem, 
en 1884, sous le nom de R. Nissim fût l'objet d'un examen attentif. 
Ce désir est plus facile à réaliser que ne le suppose M. Epstein. 
Dans une collection de plus de 160 manuscrits, pour la plupart fort 
précieux, rapportés d'Orient Tannée dernière par E. Deinard et 
achetés par M. Sulzberger pour le Séminaire rabbinique de 
New-York, se trouve aussi cet ouvrage. Il se compose de 57 feuil- 
lets de papier écrits dans récriture rabbinique espagnole; une 
main moderne a ajouté, pour les traités de Béça et de Meguilla, 
les pages correspondantes du Talmud. En voici le commence- 
ment : b"T û">D3 "îrmw ana û*p naott. Le commentaire de Béça finit 
au f° 3$ a et est suivi de celui de Taanii f, avec ce titre : 

n"P3« niasse "WDia ttoi mw m ù^-ifitt ^2 nnp 

mwn iiD: awr bai ■jn rbyn rmna *jn ssttm 

Au fo 45 b on lit: wnv lasn «nben «rtf^oa .«roofc apboi apis crçnbo 
p naa n"na ûbïj>n îurmb '=n r m 'n '- nstë 'pa^biua "jasa . «p-uai 
(?) 13^73. Puis vient Meguilla avec les vers introductifs et la note 
finale reproduits par l'édition ; le litre est nba» roo» '■•s (non 
nba» ^uîY-pn) et le chapitre TJfi ^3 a est le troisième dans le ras., 
comme dans Alfassi, et non le quatrième. 

Comme le traité de Meguilla, les deux autres ont été commentés 
(et ici encore c'est à un commentaire sur Alfassi que nous avons 

1. Revue des Études juives, LX, 260 et suiv. 



NOTES ET MELANGES 131 

affaire] par un disciple de Nahmanide du vivant, de celui-ci. Dans 
Béça ms., ib on lit : ima dm '3 a'^a rrvnp -»bDi -fatia la^an aro 
jrosbnia mo 'a ^' s 3 nTiap ^bzn b"an «b in -p*3 omab p^innb 
. . .an wnb, ce qui concorde textuellement avec la consultation de 
Nahmanide citée par Joseph Garo, Bêt Yossef, sur Orah Hayyim, 
§ ;>2o\ La citation de 30 b : 'tj «in jn-m "nba aro Y'sia "rçwi 
. . .«^ytoirr se rapporte à Nahmanide, Milhamot, sur Béça, v, /. /". 
De même on trouve dans Taanit (38 ô-40 ô) une citation com- 
mençant par rrona Y'a Dnb r nai lapais riTa Y'skj "irai aro, qui 
esl empruntée aux fa73-irï "aip^b (Salonique, 1791) , 4t-5c. 
M. Epstein a fait la môme preuve pour Meguilla. La paternité de 
Et. Nissim 1). Ruben doit donc être écartée pour toutes les parties 
du manuscrit. 

Mais, comme le nom de Nissim est formellement mentionné pour 
deux traités et surtout qu'il y est fait allusion dans les vers ijilro- 
ductifs de Meguilla (epoa tnpi, il parait risqué de le rejeter entiè- 
rement. Feu Halberstam, qui avait déjà noté sur le feuillet de 
garde de son exemplaire du commentaire de Meguilla qu'en trois 
passages M. Epstein en a quatre) les mots Y'sia i^zn introduisent 
des citations des Milhamot de Nahmanide, conjecturait que l'au- 
teur est un autre Nissim, cité en ces termes par Zaccouto: nass pi 
E|"i n c-pdc yn ht "pan .i"z roc V' 3 '-"'" ^Ebn mtwn 'ara d^o: ism 
»"ap:in tmp ht td 1 . C'est par pure inadvertance, comme l'a 
remarqué Halberstam, que ce Nissim esl désigné ici comme 
l'auteur des Deraschot, puisque celles-ci sont, quelques pages 
plus loin 2 , attribuées avec raison à Nissim bar Ruben. Il ne faut 
pas attacher trop d'importance à l'indication d'après laquelle ce 
Nissim n'est pas le commentateur d'Alfassi, car notre commen- 
taire ne doit guère avoir été connu. Michael nie l'existence de ce 
R. Nissim 3 , mais il semble que ce soit sans raison suffisante. Je 
crois donc (pie l'hypothèse d'Halberstam mérite d'être prise en 
considération, sans cependant écarter comme inadmissible l'hypo- 
thèse de M. Epstein, qui voit dans l'auteur R. Nathan b. Joseph. 

Nathan bar Joseph, le commentateur des Hilchot Nedarim de 
Nahmanide 4 , est appelé l'élève de ce dernier, non seulement dans 

i- ûbffin pnv. 222a. G'esl ce texte qui est la source d'Azoulaï, cherchée par 
Zomber, Introduction à la Schitta Mekoubbécet sui Sedarim. 

2. 1/juL, 22 

3. Or ha-Chajim, p. 559-560. 

V. Epstein a montré que ÛlblSnn b~a, <l;ius les Tossafot attribuées .. Lsaac l'An-, 
cieo, se rapporte aux Hilchot Nedarim <!<• Nahmanide {Revue., LX, 262, u. 2); Lubetzki 
Bidké Bathim Paris, L896), p. wiii, l'avait déjà remarqué. 



•132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le texte cité par Zomber d'après une communication de Zunz 1 , 
mais encore dans les Likkoutê ha-Gueonim publiés dans le Yaguel 
Yacob 2 . Peut-être est-il l'auteur d'un commentaire de Pesahim, 
qui est cité sous le litre de fns 'n mr; ra^ia dans la compilation d'un 
disciple de H. Yom Toh h. Abraham de Séville sur Pesahim 9 . 
Halberstam a suppose qu'il pourrait être l'auteur du commentaire 
anonyme de Kiddouschin imprimé à Gonstantinople en 1751 l . 

En parcourant superficiellement notre manuscrit, dont l'écriture 
n'est pas très lisible, je n'ai noté qu'un petit nombre de cita- 
lions intéressantes. Les auteurs mentionnés sur Me guilla le sont 
également ici ; y figurent, en outre : R. Ascber, sans doute celui de 
Lunel {lb)°, R. Moïse b. Juda (5a), V't K":m n-n à propos d'une 
leçon du texte (19 a), une consultation de R. Isaac oaNbviw où 
l'auteur explique l'interprétation donnée par Maïmonide d'un pas- 
sage du Taanit, 14, et qui est différente de celle d'Alfassi et de 
ttaschi (350), Haï Gaon (32a, 38a, 44a), Isaac ibn Giat (44b). Quel- 
quefois l'auteur introduit son opinion personnelle par les mots ■«ski 
amai; une de ses remarques est fort singulière, c'esl celle où il 
mentionne de vieux manuscrits venus d Espagne [H b : aman ^381 
Tjbde thaan trattn nnooa TwN^tt). 

La partie de notre commentaire qui porte sur le traité de 
Meguilla paraît se trouver en manuscrit au Brilisb Muséum' 1 . 

Le reste du manuscrit contient le commentaire si souvent imprimé 
de R. Nissim sur All'assi ; les références de l'auteur à ses Hiddou- 
schim auraient dû suffire à le montrer. Les roofc b* V'" 1 ^ "Win 
rai» (Varsovie, 1862), utilisés à titre de comparaison par M. Margo- 
lioutb, n'appartiennent pas, on le sait, à R. Nissim, dont le com- 
mentaire authentique a été imprimé à plusieurs reprises depuis 1806 

1. Appendice au yibnn, IX, 2, p. 16 : Zomber, b?:n^~, IU, 1863, p. 294, n. 1. 

2. np:^ rP"P, Livourne, 1800, iiSa : b© '^DS b"T "pEin "PEbri ">"33nn 

b"T mn bo D"m: marn. 

3. ÛTIOD '073 bv «"aB'nrra traiTTî, Varsovie, 1864, 16, 

4. Voir Z. f. H. £., IX, 62. — Juda Nagar, 'n "«Han», Livourne, 1808, f°386-39a, 
fait remarquer que R. Beçalel Àschkenazi, sur Ketoubot, 46/;, cite à plusieurs reprises 
ce commentaire textuellement comme étant d'un disciple de Raschba et en désigne 
l'auteur, dans ses Consultations lu" 1], comme contemporain d'ibn Adret (mais on lit 
dans ce commentaire, 29 6, ?"t £*"2C"in). Contre l'hypothèse de David Pardo, acceptée 
par Brûll, Nagar fait valoir en partie les mêmes raisons que Halberstam, dans maN 
mpa, sur le ïînsnrï DltMlp de Jellinek. 

•'». ntî k-pon nx^a '^:na wp rrb'ONb nwua n'pm "^s b"? ©"Rim 
ûTi-nsa brra K^atinb "p 2 a^a biab m»iw nbiasnna baa rmio nEB 
ntï r-i^a a-po&n )nm a-ib nnn mb nnn ïibrsKb orsFa b^anb *pa 

6. Voir Catalogue Margoliouth, II, p. 72 (n° 436 s ). 



NoTK.s ET MÉLANGES 133 

sons le titre donna b* «"sai^n nimn el se trouve en manuscrit 
à Vienne ', à Saint-Pétersbourg et ailleurs 8 . 

SalomoD Dubno, qui possédait du Commentaire de R. INissim sur 
Meguilla el Kiddouschin un manuscrit de Tau 1467, avait projeté 
d'éditer le premier Lraité el publia en 1789 un appel aux souscrip- 
teurs 3 , qui parai! n'avoir pas obtenu de succès. 

A. Marx, 



LE POÈME FINAL DU COMMENTAIRE DE « MNNIM » 

D'ABRAHAM B. DAVID 

Ce n'est pas précisément comme poète que R. Abraham J). David 
de Posquières est célèbre. Au poème introductif de son commen- 
taire de kiim'un, la grande édition de la Mischna parue récemment 
à Wilna, dans laquelle ce commentaire est imprimé d'après l'ou- 
vrage manuscrit de Salomon Adeni, nwo pDKbtt, vient ajouter 
quelques vers au début des chapitres deuxième et troisième. On ne 
connaissait que le commencement d'un poème final de trente-trois 
vers. Cette pièce de vers, qui ne manque pas d'intérêt, se trouve en 
entier dans un manuscrit Taisant partie de la dernière collection 
offerte par M. Sulzberger au Séminaire de New-York ; c'est d'après 
ce manuscrit que nous la publions. Elle y est suivie du poème du 
beau-père de l'auteur, R. Abraham b. Isaac deNarbonne, qui figure 
aussi dans les éditions ("mai ^bo bab Tibnn). Puis vient, comme 
addition au commentaire, une explication très détaillée d'un rabbin 
du nord de la France, sur deux mischna de Kinnim citées dans 
b. Zebahim, 67 6-68 a (roDEtt rpy- r$'ûv. bœ insnss '^n rrobïi in» 
DTQT) avec une réfutation courte, mais vive, de R. Abraham b. 
David. Dans le titre marginal Rasclii est nommé comme étanl 
l'auteur de l'explication, mais celle-ci ne concorde nullement dans 
les termes avec le commentaire lalmudique de Rascbi et est beau- 
coup plus prolixe. Viennent ensuite dans le manuscrit la critique de 
lî. Zerahya elle commentaire de R. Ascher b. Yebiel sur Kinnim, 

\. Gatalogue Goldenthal, p. 11-21. 

l. V. Steinschneider, dans le Jahrbuch de Wertheimer, 1865, p. 109-110: Halber- 
Btam, [ntroductioD aux ÏT73 br N"3D"Hn "Win (Vienne, 1866) ; Wiener, rôrip 
moa, i>" 3760 el 3800; Perle, dans ïTPSXn, 1892, n° 106; cf. 124 et 1-30. 

3. Réimprimé dans pDabn 1133, X, n" 2, p. 11-44. 



\:\ 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



ainsi que ses Tossai'ot («"finfi msoïn) sur Sota, 8-9, et Horayot. 

L'écriture du manuscrit, qui a souffert par endroits de L'humidité, 

t^st l'écriture rabbinique espagnole '. 

A. Marx. 



ta^nni "mas bab ■j-na «nm 

ta^-rmb D^biS7a ar p^&ri723 

aar-iptr: lana rtbrp -iizjn 

who mnbata *Din abi 

aamnan na^n b« "nma 

aa^mnn ^,nnn naaita ma» 

tona^rs p7j3?a wn b&n 

fca'mpttrï ^nnsn ^ma 'pan 

D^napb bm-^ ^pas n>'3 

ts-niBaa "pnwa arar? b«b 

aa-npar-; *srpb ^pm 

tmeya "piaa m;"' pa>a 

tavnœaa an ^as s snym 

t3mBa>n ^awia -smn 



minaia b« b« ïtoim nnaus 

î-rïaam !"pidipi na> ib nia» 

tampa dm 'ipitta* nbia anm 

Himan aaïaa ^b* m;vTna 

r^PNbsa rma>p n- ûbwi 

Eam*! b*b mbna «b bax 

tw^vi ba ^btf aa?:"iN "ni 

m^ pk i^ran pbi 

■nan b« rmiap ^ata ^;n 

^p^dt b« mb^D7j *pb n:n 

ta^m abna» pit:* 1 an ^P-'ap 

"p-nra an ^a&na in mb 

ta^iTc^yn nnana Tnapi 

•"aattb Mb ^jp rwin "n» 

inab aai innb ùbi* ai^aa 

"paya ^nusa baar »bi 



1. Je profite de l'occasion pour ajouter quelques notes à mon article de la Revue, 
LIX, 200 et s. Dans l'édition de Wilna susmentionnée, le commentaire de R. Zerahya 
est désigné formellement par le titre de mpbn[72]rî 3>bo ; nous avons donc enfin la 
confirmation par un manuscrit de cette identification. La note finale est ainsi conçue : 

rpmT -,"nb a^rp P3372 sjtpb pvai (lire mpbrmïr) pipibnn j»ba p-»ba 

i"lbn pni: n 'n aann maa p "lbn. — P- 204, n. 6. Ce passage se trouve dans 
la Schitta Mékoubbeçel sur Baba Meçia, 101 a (éd. Amsterdam, 200 d) comme dans 
notre ms. — Un peu plus tard que II. Abraham h. David, R. Isaie b. Abraham de 
Dampicrre écrivait sur les préceptes en usage de nos jours en Palestine; cf. la lettre 
de Nahmanide, dans Monatsschrift, l\, 190 : na pn^" 1 '"^3") P3Ti3P3 TPWll 

b»T«a^ y-isa Tïjaa» piarnars ptactta b"T ^pb-iiz orna». Ce passage manque 

chez (iross. Gallia Judaica, p. 169. — P. 206, n. 1. Ajouter aux citations de R. Josef 
ibu Plat le commentaire anonyme de Kiddouschin Constanlinople, 1751), 23 tf, le Séfer 
ha-Minhagot de 11. Ascher h. Saûl, ms. Cambridge (Schechter, J.Q.R., VI, 22, n. ;> ; 
cf. Lubetzki, introduction au Se'/ter ha-Haschlama, p. xi), le Séfer ha- Meorot de II. 
Méir b. Simon de Narbonnc, ms. Gunzburg (Lubetzki, /. c, xiv et xix, n. 22), qui a 

copié son psnatt i^wX ~t\n ban "panaa mw ba> pnaiTan Plana ^bba Dnaaip, 
e Séfer Baale Asufoi de II. Juda b. Jacob Lattes, ms. Gunzburg (Lubetzki, /. c, xi.\, 
ii. 22), où la polémique de II. Abraham b. David avec 11. Josef ibn Plat est mentionnée, 
et le Séfer harHaschlama. — P. 223. Meïri, dans son commentaire de Béça [Berlin, 
1859' cite un parent du mon de Meoahem b. Isaac [58 6: an;7a '") "^aiip pimm 
p^^■ , H ■ , :*7N l"n33), qui est sans doute un descendant du rabbin de même nom 
cité dans le Maguen Aboi. 



bpwi Y- : - ' ,: '■ |7::!, ' " l -" ,=) " ,rp 

ta*n • • • 5 nbnan rraîim 

fnan ûa» a"»saa nattai 

ta^mei D"*abn p-ip -ma 

aam-n tD«n rmap ncapT^ 173a 

ta*ha^] ■nvri a^nn abi 

Ip^-nnsb maa rrnri »bi 

p"nrr«n D^nb» -naym 

CF-rota mbbian jais 173a 

ta^-iTaya apbb wari 

tanatm niraTûn ima^ dïti 

ta^DO maim p^s: m«a» 

ta"nXfiW prraa Y 5 -rçam 

p'maDïi ^srsra rwbpai 

.ca^-pw: a^aaiai yipia 



NOTES ET MÉLANGES 135 

rmnb ^ab *>pïn pb-i 
gainais irrura ruram 

hWnb n73N-i nnsuj «nn 

rnu' 1 b«b nvn ^b ait: Nb- 

■pam *pbn b«b ^npm 

wn ■ptaa irréel 

Sn«iDtt nanttb wrn »bi 

sswia ^ban ûTrrrb rrrrrii 

irasb *p ip'rçrH ^a q^T 

SfcniS'n ibafir am '*3pnjo 

"pi-rai ^mxp nnsrp dni 

ta^nm mba^rna mann a en 

^a nab nrû -pe* niaN ^laca i&n 

■naai ^did -e*£73n an niaa 

Sana mimai a^nttan 

nrma n^ntm -^atam 



LE FAUX MESSIE ASCHER LAEMMLEÏN 

Nos sources savent fort peu de chose du faux Messie Ascher 
Laemmlein, qui parut dans le nord de l'Italie en 1502; Graetz a 
réuni les quelques renseignements qui en restent 1 . Il est regret- 
table que le Juif baptisé Johannes Isak, professeur à Cologne, n'ait 
pas mis à exécution son plan de publier une relation étendue sur 
Laemmlein et David Reubéni. Il l'avait promise, dans une note à la 
fin de son édition de la Lettre de Maïmonide à Marseille. Cette note, 
qui a passé inaperçue jusqu'ici, est ainsi conçue : nra ™*a ne*Ta 
vh« ba ïTïiKb ipn ïf*t* -ine* na*a ^bien : fb^b nTatoi» nne* ■'■nsma p*M 
gpaa vme*ba disse aa waia *m 'i ^aa» a* ïroatett, ou, dans le latin 
plus coulant de l'auteur : Si/iille quiddam faction est anno mille- 
simo quingentesimo a Judaeo quodam, eut nomen erat Lemlen. 
(hiam ego historiam forte alias Deo uolente, totam euulgabo, 
una en m rébus gestis Rabbi Davidis, qui etiam m ru teirvpore vixit, 
et ob prodigia sua igni crematus est. Il est à noter que cet écrivain 
place l'apparition de Laemmlein en 1500, non en 1502; et, ce 
qui est plus remarquable encore, il assure que David Rubéni fut 



1. Geschichte, IX*, 526-7; cf. Kaufmann, Jacob Mantino, p. 33 et s. 



136 REVUE DES ETUDES JUIVES 

brûlé; indication qui es! contredite par les autres sources, mais 
qui, émanant d'un contemporain, ne doit pas être rejetée sans 
examen '. 

Comme nous ne savons rien des idées de Laemmlein, il ne sera 
peut-être pas sans intérêt de faire connaître quelques remarques 
à ce sujet, que j'ai trouvées dans une copie provenant de la biblio- 
thèque de Halberstam. Un certain Moïse Héfeç, autrement inconnu 
à ce qu'il semble, avait adressé trois questions, sur la métempsy- 
cose, la rémunération et la résurrection, au faux Messie, qui y 
répondit. Le cabbaliste espagnol Joseph ibn «anc écrivit une critique 
sévère de ces réponses; elle occupe cinq feuillets dans la copie 
moderne que j'ai sous les yeux et qui pourrait être de la main de 
Halberstam. Elle se trouve aussi dans le manuscrit d'Oxford 
1663 4 - et peut-être dans celui de Turin 101 3 ; le manuscrit sur 
lequel notre copie a été faite n'est pas indiqué. Joseph ibn dkhb 
vivait sans doute alors à Girgenti, où il avait émigré d'Espagne 
avant l'expulsion de 1492 '. Il n'est pas question des prétentions 
messianiques de Laemmlein, si ce n'est dans le litre, où il est 
appelé ananttn. Son adversaire le qualifie de li'yn D^nn et, tout en 
rejetant résolument ses opinions, il met hors de cause sa personne. 
Il a écrit de son propre mouvement cet écrit polémique, où il prouve, 
a l'aide du Bahir, du Zohar, etc., que les réponses d'Ascher sont 
fausses. Il donne un extrait des questions de Moïse Héfeç, qui 
paraissent avoir été assez prolixes, et des réponses d'Ascher à la 
première question et à la troisième ; sur la seconde, il donne tout 
de suite son opinion personnelle. 

Nous apprenons ainsi qu'Ascher croyait à la métempsycose, mais 
qu'il la réduisait à trois fois. D'après lui, David avait l'âme d'Adam, 
laquelle devait passer plus tard dans le Messie. On peut échapper 
à la migration de l'âme par des conjurations. Seuls les pécheurs 
repentis participeront à la résurrection, à l'exclusion des justes. 
Les indications très sommaires de Joseph ne permettent pas de se 
faire une idée des conceptions d'Ascher Laemmlein, mais elles 
montrent qu'il avait son système à lui et qu'il avait d'ailleurs subi 
l'influence des doctrines cabbalistiques, comme on pouvait s'y 
attendre. 

1. V. ibid., 255, n. 1. Cf. H. E. ./., XXX, 304. 

2. Ibid., 527. 

.'!. .1. Perles, Beitràqe zur Gesckickte der hebr. und aram. Studien, p. 42, 
ii. 1. 

\. V. Luzzato, dans //. />'., V. 2-2; Steinschneider, Catal. Bodl., 1531-2; Polerni- 
sche und apôlogètiscke Literatur, j». 381, n. 66, 



NOTES ET MÉLANGES 137 

Je publie ici le titre, lin troduclion et la fin de l'opuscule, ainsi que 
des extraits des questions de Héfeç et des réponses de Laenunleiu. 

A. Marx. 



Bpban mnan nmï b-nan mfiflan niay -iOK (!) naiori an nba 
banpwn mes MHtf 'a« fpv -i*nm7aa «aam nîi» nbyan 
aaanfcn ba Y'ar J*£n ÏT^Û n"n btto tsn mb«on by n"nbî 
nn pina la^ors »b 'T3n non 'isi j'TDl^ nmattn l£'N '73a 
nb« an n©« nai b? a^n 'tdh ê]DW -""173a bbian aann 
.aa*m D^nb» mai aba 

y s n in o 73 aann bito no« fnbwo çiobon nx "«n^n uni 
d^so» imam "pao wm nouai Vac j^ÇI 1 ? 1ÏPN n"i73 aann n«73 
'ib rnoyb r\y aiOTa "m*&n na- nbny nainN mn mbKon bt* 
e^bsnTaa '«a vbw "ôo iss-wo ainna ■»733£y o^aanb a"y "manjjpï 
Esoms» Npi3 ^niutTao maya »b dm ^a na«m mpnn ba tjtsts 
îsnTD p*nn« a^^aya a; noia» "«aso 173a "rosy yai?ai pmo TP^n 
natnnn itnx.in ht b"î "««n an ï-ixan m:a *3:73"ip nos am« nanb 
v- aa^n T»n dni "pna nna nbam aa^aa nns -.bano m3wN mn 
man nON 'pfiua b"n npai 'n tpoaa *.m nbo ^73 ^a "ma ta^a^n 
tshno'n ^anb amias ara opan Sn?3 ana "ps* a^n 'nba nan 

.naH ">N3fl73b 

enn 'Tan van ne 73 '73a aann b«o noa mioenn nbso rmn 
yen ib :n pms "payn nTa ynnb snasno 'alite biaban p;y "-ay 
r^rn n:iaD 'im 1 ">a nams la nop73 nam ib ?n ytàm ib antai 
-a t-oinn "paann Epan maya p*ns «ino ^ran Epan m 5>nmo 
,nsï fcrn n:ian ^nsa arn dki .nnsan n73a ia*oo n73 
mn a~7i< nTaiN n"n '"»si a'n'a* b":n "n o n 'n aann a^an ntbi 
n:-va 'y ib "jn 2 ^a-sbi m qi^a «ab n^pyb nwNn anN'a 173n: rpwn 
n:o n\ay ^a^ab n v ^73 t\m »w Nin iwo ïifin mm .T^maœn 
aaiwsn qnaa b"n\a Ejiaaa m73*a:n ba iba^a n:- b"T«a 'i^ni .aa^bnn 
D" , 73ya «bwS 3m: 'maban 'ptxa b"m D*isb ^-a^b-a ^inu: rrsïTan Nin-a 

— mnv «bi ©bci. 
biabaa «ab »b«3 mya\ona moyb bia^ ai.x ba ■'a n73«e n73 D3T 



....m?a nmnn ^a nn^no fcrrra nvaitt njaia a^r-^^ -^in 
na*a -a^ m73n in»ffl tTi^a© baira enn n-^wN rpawn nbM«n nom 
naa-a biabab m .D^ m û^ mab a"N ovonb a:*n^i a^ni:b py ja ©anyï 

— ta3*a:y in aiaia ibap 
binon nana ^ab pin xn io« mo^bon nbiion "pa* n»as mnyï 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Kbi a^prrstb «in ta^nra;-: r-rnrna «in nro-nn ^an r\WDor:v nns* 
ïTïin bB min bw ib œ^sJ **a *pbo m-iia ba "»a ia"?aa ta^tanb 

ton p« -nnfco .wma min ba "pa* trnn 'an* ib •peu» ">»i imnn 
— naruD -ib 1-n -i\ï3n iaa"ia>a a^n- -mata Dmujca rn-rns D^p-narm 
^nanïji Nb nujN narbari nba??an a^a n^N ^aar; a^œn *pa 

rtnia rima» &omE b"jw r-naDia nmawn b^ tpaa oaab aab nb-tt 
'7aa aann nbww nais nps iht ,wna na^N a"rïa>n rima» ^nan 

•n"af yen n^w 
mnnia n»nb aiari »a trbsaa D*nan on |^m b 'n nra a^ionu) n»i 
, ï-nnn at"N pat* n^-tsn baa û^iat lai^ïï D'Wib ton tDTi»fi 
. ...rrba rrnnn ba nmno irma "pa*»»»»! -p^iia ^p» nnb -ib -na 
■n «■'a a a-nain a^rnïib "paa*n ht inSnnnro Tara nmîitt b"j*ni 
■^ Dan -ispb TOhanm trabn ^b* nsap ^a ">bib arm "p-iN nnv 
paa nra mm atn ibNUî »bb ■rran'w *o on bara ba>a bab *i ht 
i-rcmpn na-rimn m nnsp sb dtB-tp un ûtn mu:b i-rbwa in 
naîan iïïn n aann a* namnb nny ^nsa tô ^a m»Nm ...a^nb 
•nan :au;p ymrïb aa ^a TiNa Nb ^a .a^aaa û"»aa "nN-i mn rit ^a 
td*' ^a b^àœ» ba pa-n y-pra "Ha 'Tan i©n 'n» mbNtari ùnsn r»N 
anaa dm ïtb ba ne» Ébiaa anEiab natmio ■*» bai bame^a r-mn 

.pN inmn» mabea -ont 1 'm '^aan <35fi 



BIBLIOGRAPHIE 



I) iiimiaudt (Oskar), Natursagen. Eine Sammlung naturdeutender Sagen, Maer- 
chen, Fabeln und Legenden. Band II. Sagen zum Neuen Testament. 
Leip/.ig-Herlin, B.-G. Teubner, 1909 ; in-8" de xiv + 316 p. ». 

C'est avec une persévérance infatigable que M. Dahnhardt continue sa 
vaste tache. M. Dahnhardt al)ordeavec un vif enthousiasme les Évangiles, 
mais il les exploite peu. Le Nouveau Testament entre à peine dans le 
cadre des Natursagen, des légendes écologiques: il n'est guère propre à 
répondre aux « pourquoi » et aux « comment » des choses de la nature. 
C'est aux traditions apocryphes que M. Dahnhardt doit recourir. En 
somme, ce deuxième volume ne contribue guère plus à expliquer 
l'Évangile que l'aggada On n'y peut voir réalisé un désir exprimé par 
M. Théodore Reinach : « L'idée de la transposition des miracles juifs au 
compte du Christ mériterait d'être creusée et rapprochée de ce qui s'est 
passé pour Socrate, Diogène, Mahomet, etc. ; on ne prête qu'aux riches. » 
Revue, XL VII, 178, n. 2.) La plupart des légendes traitées — c'est juste- 
ment un des principaux résultats de l'œuvre de M. Dahnhardt — ne se 
sont pas formées autour de Jésus, ni des récits évangéliques; elles ont 
pour héros David, Zacharie, Nahoum de Guimzo, Mahomet, Houssein, 
Bouddha, Brahma, Jupiter, Mercure, Eos, Wodan, Donar, de même que 
Marie s'est substituée à Holda ou à Freia. 

Le volume, qui intéresse souvent la littérature juive et par conséquent 
notre Revue, nous montre : t i) la Bible (A. T.) suscitant la légende 
chrétienne; 2° l'aggada introduite dans cette légende : 3° des données 
remarquables sur lesToldot Ieschou ; 4" les idées populaires sur les Juifs. 

Mais avant d'envisager l'œuvre de M. Dahnhardt de ces quatre côtes, 
voyons son plan gênerai. L'annonciation la visite de Marie chez Elisabeth, 
la naissance de Jésus, la fuite en Egypte, l'enfance de Jésus, la vie de 
Jésus, le passage du fleuve, Jésus punissant l'insolence, la paresse, 
l'inhospitalité, Jésus créateur (par sa salive), rajeunissant les vieillards, 

1. Y. le compte rendu du I er volume, Revue, LIX (1910 , 3II-:JI8. 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Pierre, jongleur, pêcheur, créateur, légendes de Pierre 1 , Paul et Jean, la 
Passion, Judas Ischarioté, Marie, Joseph. 

Plusieurs chapitres devraient être retranchés de ce volume et seraient 
mieux à leur place dans le premier. Telle la légende de la toile d'arai- 
gnée qui dépiste les persécuteurs. Autant que nous pouvons la faire 
remonter dans le passé, elle se rattache d'abord à David; elle se trouve 
appliquée postérieurement a Jésus, à Nahoum de Guimzo, à Mahomet, à 
Djinguiz Khàn (H. Basset, La Bordait du Cheikh el Bousiri, Paris, 1897, 
p. 81-80). Dans la légende de Jésus la toile servait a déroher la crèche de 
l'enfant aux veux de Hérode (Dahnhardt, 11, 17), ou hien elle fermait un 
antre devant les persécuteurs (II, 60-08). Le chapitre sur Philémon et 
Baucis (133-153) se lie plus immédiatement et plus étroitement à la 
légende de Sodome et de Lot qu'à celle du Christ. Les habitants inhospi- 
taliers d'une contrée bénie sont punis : leur patrie est inondée par un 
déluge et devient mer ou lac. C'est la légende de la mer Morte. Il est 
vrai, la Genèse ne relève pas nettement l'inhospitalité des Sodomites; 
mais, sans parler de Taggada, qui en est instruite, déjà le prophète 
Ezéchiel (xvi, 49), en blâmant Jérusalem, nous t'ait entrevoir ce vice : 
le péché de Sodome, sœur de Jérusalem, c'est de s'enorgueillir de 
son abondance, de son bonheur tranquille et de ne pas se soucier du 
pauvre, du nécessiteux. Ce qui est concluant pour l'origine de ce type de 
légendes, c'est qu'il présente quelques variantes (136-137-139) où la 
femme à sauver regarde en arrière et est pétrifiée 1 . Les traditions popu- 
laires sur les châteaux, montagnes, villes et. villages engloutis (152- 
153) appartiennent à la famille des légendes de Sodome. — C'est encore 
plus décidément au premier volume que ressortit le chapitre sur le bâton 
reverdissant (265-268). La tradition apocryphe raconte que Marie, assiégée 
par un grand nombre de jeunes gens qui désiraient l'épouser, déclare 
qu'elle sera la femme de celui-là seul dont le bâton reverdira. Un miracle 
lui désigne Joseph pour mari. M. Dahnhardt renvoie au bâton d'Aaron, 
c'est aussi justement le point de départ pour la création de ces légendes 2 . 
Signalons ici encore une tradition bizarre et sporadique concernant le pro- 
phète Élie. Les cerfs-volants (scarabées) ont leurs tenailles par châtiment; 
ils furent punis pour avoir refusé leur secours a Élie quand il construisit 
son char de fer (Dahnhardt, II, 123). La légende sur la mort du prophète 
Isaïe touche déjà au domaine de Taggada. 

Voyons comment la Bible (A. T.) a contribué a former les légendes 
auxquelles le second volume est consacré. Nous ne parlons pas ici des 

1. M. Dahnhardt no fait pas 1110111»' mention (\o la femme (h' Lot. Le type Tient d-'être 
relié à la légende do Sodome et de Lot par M. H. Gunter, Die cJwistliche Légende des 
Abendlandes, Heidelberg, Winter, 1910, p. 103. 

2. Sur ce thème v. aussi Alex. Wesseloisky dans Archiv fur slavische Philologie, 
1910, XIII, 152. G. Paris, Légendes du moyen âge, Paris, 1904 2 : La légende du Tann- 
hauser, p. 137, trouve la trace de cette idée déjà dans l'Iliade, I, 234-239, où le ser- 
ment d'Achille veut dire qu'il ne changera pas plus de résolution que le bâton dans sa 
main ne reverdira. 



BIBLIOGRAPHE 141 

Evangiles canoniques, puisque M. Dahnhardt lui-même n'en parle guère. 
Cependant on peu! dire que, s'il n'\ avait pas la persécution des enfants 
par Pharaon, il n'y an rail pas une fuite en Egypte; s'il n'y avait pas le 
roi de Sion humblement assis sur l'àne (Zach., ix, 9), il n'y aurait pas 
une entrée à Jérusalem 1 ; s'il n'y avait pas le lui* chapitre du livre 
dlsaïe el le 22 e Psaume (avec les malentendus de la Septante), il n'y 
aurait pas de Passion. — Dans les traditions apocryphes et populaires 
réunies par M. Dahnhardt, la I > i l > 1 c est pour fort peu de chose, mais pour 
quelque chose néanmoins. 

Nous sommes habitués à admirer la peinture naïve de l'enfant 
Jésus dans la crèche entouré d'un bœuf et d'un âne. Le prophète Isaïe 
(i, 3) a déjà noté l'attachement reconnaissant de ces deux animaux. Mais 
le vrai point de départ de cette idée si féconde pour l'art et la légende est 
dans Habacuc, m, 2, ?"mn û , :ïï aipn traduit par la Septante : èv \i.éay 
Sua w(.xov yvio36<T7), comme s'il était écrit : "'T 1 *? Û?1V? 3*}P3, « tu seras 
reconnu au milieu de deux êtres vivants ». 

Les bœufs ont un traitement de faveur dans la légende populaire 
chrétienne. Le cheval n'est pas apte à transporter les cloches, parce qu'il 
n'en est pas digne. Des cloches que vingt-quatre chevaux ne peuvent 
met Ire en mouvement sont aisément expédiées par deux vaches. Les 
vaches \ sont prédestinées, puisque ce sont elles qui ont déjà amené 
l'arche d'alliance au pays des Philistins 2 . Nous devons des renseigne- 
ments utiles sur ce point à l'œuvre récemment parue de M. H. Gunter': 
« On ne peut énumérer les cas où les corps des saints qu'on se disputait 
furent confiés à une paire de bœufs qui devront décider où il faudrait 
les enterrer. Le modèle de ces légendes se trouve dans I Rois, vi, 7, 
(c'est-à-dire I Sam., vi, 7), où l'arche d'alliance est confiée à deux 
vaches. » 

Lne tradition populaire de Malte nous apprend que pendant la fuite 
Marie n'avait pas de sucre à donner à l'enfant Jésus ; elle trouva du miel 
dans la gueule d'un lion mort. Par reconnaissance, Marie créa une fleur 
de miel ressemblant a la gueule d'un lion (Nalurscu/en, II, 69). N'est-ce 
pas le développement de la légende de Samson qui trouve un essaim 
d'abeilles dans le cadavre du lion qu'il a tué? 

Quant à Taggada, il est facile de comprendre que pour le deuxième 
volume M. Dahnhardt ne l'a pas mise ausi richement à profit que pour 
le premier. Il y jette pourtant quelque lumière. 11 y a peu de rapports 
folklo ris tiques plus frappants que ceux que M. Dahnhardt (p. 224) établit 
entre une tradition populaire suédoise et un trait aggadique. Pendant la 
Passion — ainsi raconte la légende chrétienne — la tourterelle était 

1. Je lit.- comprends pas la référence (p. 197) qui renvoie à « Buch der Ricliter v. 10 » 
pour l'àne blanc du Messie. 

2. Natursagen, II, Introduction, p. ix, x ; la prédilection pour l'àne est aussi expli- 
quée parce que Jésus l'ait son entrée en Jérusalem sur un Ane '[>. x), suivant Zacharie, 
ix, 9. 

Die chriêUiche Légende des Abendlandes, Heidelberg, 1910, p. «SI. 



142 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

assise sur un arbre et gémissait : « Kurrie, Kurrie! » ce qui voulait dire 
xûpte. Depuis lors, elle ne s'est pas encore égayée el ne cesse de crier 
Kurrie. — Kapproehons-en ce que Rab Kahana nous rapporte : il avait vu 
seize rangs de tourterelles d'Hérode qui criaient ^n^p ^-pp xûpie, xûpie 
(c'est-à-dire qu'elles rendaient hommage à Hérode) ; une seule criait : 
" |à 1"»3 *T*p xopie //ipte c'est-à-dire que le maître, Hérode, n'était qu'un 
esclave) ; celle-ci fut mise à mort par les serviteurs d'Hérode (Houllin, 
139 b). 

La légende arabe se plaît à raconter avec force détails comment Marie, 
ayant mis au monde Jésus, se réconfortait avec des dattes et une source 
produites par un miracle. M. Dàhnhardt II, 12) renvoie aux éléments 
pareils contenus dans la parabole par laquelle R. Isaac remercia de son 
hospitalité K. Xahman, parabole du voyageur du désert qui souhaite a 
l'arbre que ses rejetons lui ressemblent. M. Dàhnhardt renvoie à 
Heimann Hurwitz, Sagen der Hebrâer . Il faudrait alléguer : Ta'anit S 6, 
6 a '. D'ailleurs le motif des fruits mûrissants, de la source jaillissante 
est très familier à la légende soit mahométane soit juive 2 . Les Sept Dor- 
mants sont nourris de dattes, Simon barYohaï et son fils Eléazar (Sabbat, 
33 6) par un caroubier, le tils de Uabina par une source (Berachot, 54 a). 

Mainte légende discutée par M. Dàhnhardt peut encore être rapprochée 
de l'aggada. Voici par exemple un rapport curieux. Lors de la fuite en 
Egypte la sainte famille fut poursuivie par des larrons. Près du Caire on 
montre aujourd'hui encore le figuier qui s'est ouvert pour protéger 
les fugitifs. Dans les Abruzzes on raconte le même fait d'un olivier. 
M. Dàhnhardt (p. 47) renvoie à la légende sur la mort du prophète 
Isaïe chez Eutychius et Suidas : poursuivi par le ici Manassé, Isaïe 
est enveloppé et caché par un cèdre qui s'ouvre, le roi fait scier le 
cèdre et avec celui-ci aussi le prophète. M Dàhnhardt démontre que la 
légende fut aussi appliquée par les Mahométans à Zacharie et à Hassan- 
Houssein. tils d'Ali, glorifié par les Chiites (pp. 47-49.) 11 a échappé à 
M. Dàhnhardt que nous sommes ici en face d'une tradition apocryphe 
(l'Ascension d'Isaïe), targoumique et aggadique. Le Talmud Sanhédrin 
103 b nous expose les motifs qui poussèrent Manassé à tuer Isaïe. Le 
Targoum indique la forme du supplice : ,ï"P3>b:ài rrniD atai-in pw nnïn 
'-pas WWH "W "nm ,fitib^ft m "noai *p na3 W* « Un caroubier ouvrit 
sa bouche et avala le prophète, le roi fit venir des charpentiers, qui 
scièrent l'arbre, et le sang d'Isaïe s'écoula. » Dans Yebamot, 49 b et 
j. Sanhédrin, 28 c, le caroubier est remplacé par le cèdre, — c'est la 
version courante de la légende. Une tradition iranienne, abondante en 
variantes, fait subir le sort d'Isaïe à Djemshîd ou Yima. 

M. Dàhnhardt (II, 274, 275) publie deux légendes populaires de l'île de 
Malte qui racontent que jadis, les hommes mouraient en éternuant. 

1. Pour les parallèles, voir Cacher, Die Ayada der palaslinensischen Amorder, 1, 
279, n. 5. 

■1. V. Revue, 1&94, XLIX, 202. 203, n. I. 



BIBLIOGRAPHIE 143 

Cette croyance persiste encore aujourd'hui comme tradition juive, elle 
est déjà citée par YArouch, s.v.c - j?, du Midr. Yelamdenou : «Jusqu'aux 
jours de Jacob, quand l'homme éternuait il mourait; c'est ce que prouve 

l'usage de dire: bonne santé! (D^mu D^n) Jacob implora la pitié 

de Dieu- » La légende maltaise recommande d'invoquer le nom du 
Seigneur ou d'un saint, l'usage juif fait prononcer les mots : j'espère en 
lou secours, Seigneur! (Genèse, xli.y, 18). 

De même on peut l'attacher la légende de Judas à celle de Haman. 
Judas est chargé par Jésus d'acheter pour 30 pièces d'argent du pain 
dans la rue des Juifs. Les Juifs jouent la somme, aux cartes et aux dés, 
mais ils lui en font grâce parce qu'il trahit Jésus. Reconnu par celui-ci 
comme traître et déclaré tel. Judas court dans la forêt et cherche un 
arbre pour s'y pendre. Le sapin n'y est pas propre, parce que son bois est 
trop tendre et le crime de Judas trop lourd ; il se pend alors à un peuplier, 
qui tremble depuis ce jour (Dàhnhardt, II, 239, 240). Plus remarquable 
encore une autre variante (300, 301). Judas apprend que Jésus sauvera les 
hommes de l'enfer. Il veut à toute force arriver à l'enfer avant Jésus. 
Mais il n'y réussit pas, parce qu'aucun arbre ne veut le souffrir. Un 
arbre près de crouler finit par l'écraser. 

Or, ces traditions rappellent la légende du gibet de Haman. L'arbre 
de cette potence était prédestiné dès la création (Houllin, 139 6, 
et parallèles). Tous les arbres passent devant Dieu, la vigne, le 
figuier, l'olivier, le dattier, l'éthrog, le myrte, le chêne, le térébinthe, 
le grenadier; tous allèguent un titre d'honneur pour refuser de prêter 
leur bois à l'usage d'un gibet. Enfin, le cèdre s'en charge. Voilà le type 
représenté par le Targoum Sché/ii (vu, 10), et suivi aussi par une ver- 
sion du Midrasch Panim Ahérim, où le pommier, le noyer, le saule, le 
roseau ajoutent aussi leur protestation et où nous apprenons le motif 
pour lequel le cèdre est condamné a supporter Haman: c'est parce que 
les Assyriens lui sont comparés (Ezéchiel, xxxi, 3). L'antre type, le plus 
répandu, ne fait pas pendre Haman an cèdre, mais à l'aubépine. Le cèdre 
se réclame de ce que les justes lui sont comparés (Ps. xen, 13); l'aubépine 
s'abandonne à cette besogne peu glorieuse, parce que Haman est inutile 
et nuisible comme l'épine. Ce type est représenté par le M. Esther 
Rabba (§ 9, 2) et suivi par une série de variantes 1 . Une de celles-ci, qui 
offre 1I3N pour yip, peut faire supposer que la transformation du type de 
cèdre en type d'aubépine s'est produite sous l'influence de la fable de 
Jotham (Juges, îx, 8-15). 

L'œuvre de M. Dàhnhardt jette aussi quelque lumière sur le 
problème du ou des Toldot Ieschou. M. Krauss, dans son livre que 
M. Dàhnhardt a consciencieusement mis à protit, a déjà posé la thèse que 
les Toldot partent des idées et traditions chrétiennes 2 . Ajoutons seule- 

1. M. Panim Ahérim, version A, éd. Buber, \).~1\ ab ; M. Abba Gorion, éd. Buber, 
j.. 2i : le midrasch publié par Buber, Cracovie, 1897, sous le titre de inOK m^N, 
p. 30 6-31 a, et p. 29 6-30 a. 

2. Samuel Krauss, Das Leben Jesu nach judischen Quel/en, Berlin, 1902, p. 153. 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ment que ce sont les idées apocryphes et les traditions populaires que 
les Toldot envisagent; la thèse ainsi rectifiée se trouve brillamment 
confirmée par les matériaux réunis dans les Natursaym. (les légendes 
puisées dans les Toldot sont souvent rapprochées des traditions populaires 
chrétiennes, quelquefois de mahoméianes, mais elles n'ont guère de 
parenté avec l'aggada. 

Fort remarquable aussi est le chapitre de M. Dàhnhardt : « Jûdische 
Kreuzcsholzsage und ihr Verhàltniss zur Edda (p. 209) ». Prévoyant qu'il 
doit être exécuté, le Jésus des Toldot abuse une dernière t'ois encore du 
nom mystérieux (ttîTîDftn tïï) : il adjure tous les arbres de ne pas sup- 
porter son corps. En effet, quand on va pendre Jésus, tous les arbres, l'un 
après l'autre, se brisent sous lui. Judas offre alors un chou gigantesque 
qu'il avait dans son jardin. Le chou n'était pas lié par le serment, Jésus 
y lut pendu. 

On serait tenté d'alléguer l'aggada du gibet d'Haman discutée plus 
haut. M. Krauss n'a pas manqué d'y faire allusion (p. 226), sans relever 
d'ailleurs le rapport des deux légendes. Ce rapport résulte des mots sui- 
vants, qu'Haman adresse aux. arbres qu'il adjure : piDft ^yi KrnErs "131 
NW3D n:i «"maoSNb (Targoum Schéni, vu, 10). « Le fils de Hamdatha, 
va monter dans la chaire de Bar Pandéra», c'est-à-dire: Haman va être 
pendu comme le fut Jésus 1 . Pourtant les analogies avec les mythes euro- 
péens et les légendes chrétiennes sont beaucoup plus concluantes. Ainsi 
Frigg, femme d'Odin et mère de Balder, prévoit que la vie de son fils 
court un grave risque. Elle adjure tout ce qui est créé de ne pas blesser 
Balder; parce qu'elle a méprisé d'adjurer le gui, Loki, ennemi de Balder 
comme Judas est ennemi de Jésus, fait lancer une flèche de gui qui tue 
Balder. L'analogie se continue encore. Le monde infernal est prêt a 
rendre Balder, s'il est pleuré par tout le monde. Tout le monde le plaint, 
excepté Loki. De même, Jésus, dans les légendes populaires, est déploré 
par tous les hommes, excepté par Judas, ou par tous les arbres, excepté 
le peuplier tremblant. 

Encore mieux que les mythes, les traditions populaires se rapprochent 
des Toldot. Une tradition grecque rapporte qu'à la veille de la mort de 
Jésus, les plantes jurèrent de ne pas donner leur bois pour la croix; 
l'yeuse seule ne se soumit pas à cette résolution; d'autres tentatives ayant 
avorté, les charpentiers réussirent à construire la croix avec l'yeuse. Deux 
traditions hongroises roulent sur ce sujet. D'après l'une, les arbres 
résistaient en se courbant ou en piquant de leurs aiguilles, seul 
le peuplier tremblant se rendit; d'après l'autre, Jésus prononça l'ana- 
thème sur tous les arbres, mais oublia le peuplier, c'est pourquoi la croix 
faite de son bois ne se brisa pas. 

Avec cette dernière variante nous sommes en plein Toldot Ieschou. 
La légende de la croix n'a donc pas ses racines dans l'aggada, mais dans 
le folklore non juif, soit mythique soit légendaire. 

1. V. Laible, Jésus Christus im Thalmud, Leipzig, 1900 2 , p. -83. 



BIBLIOGRAPHIE 145 

Kn généralisant cettQ remarque, on serait disposé à prétendre que seule 
la tendance mal\ cillante, la satire piquante des Toldot leschou est due à 
la haine des Juifs du moyen âge, tandis que le fonds est emprunté aux 
croyances populaires chrétiennes. 

Les proportions même de l'œuvre de M. Dâhnhardt sont significatives 
a L'égard de la composition des Toldot leschou. A côté de Jésus et de 
Marie, la plupart des légendes populaires chrétiennes réunies dans les 
Natursagen se rattachent à Pierre (172-195) et à Judas [scariot (235-242). 
Tous les deux sont traités avec peu de faveur, Pierre avec dédain, Judas 
avec haine. Or, les Toldot les dédommagent, s'occupant avec une bien- 
veillance prononcée de ces deux personnages évangéliques, les favorisant. 
Remarquons que le fond de la légende de Pierre s'applique beaucoup 
mieux a Paul : pour mettre fin aux querelles et aux luttes qui ne cessent 
entre Juifs et chrétiens, l'apôtre les désunit définitivement par l'abolition 
des cérémonies juives. Les Toldot (ms. Strasbourg, éd. Krauss, p. 47, 48) 
connaissent bien Paul et lui font jouer son rôle historique avec des motifs 
philojudaïques. Plus tard — c'est ainsi que nous imaginons le dévelop- 
pement — la légende paulinienne s'est dédoublée en légende de Paul et 
de Pierre et, justement comme dans la légende populaire chrétienne, 
Pierre finit par supplanter Paul l , 

I ii pareil cycle légendaire pourrait-il se taire sur les Juifs? Nous 
rencontrons à chaque pas les Juifs, les Pharisiens, même (p. 75) les 
Sadducéens. C'est à eux que convient le rôle de persécuteurs. Les 
Uomains n'y sont pour rien. Pilate est même chéri par la légende. 
Il est converti au christianisme, — de môme qu'Alexandre le Grand 
devient dans la légende persane le fils d'une princesse persane, dans 
le roman alexandrin le fils du roi Nectanebo, de même que Godefroy 
de Bouillon passe pour le fils d'Antar, de même que la légende juive fait 
descendre maint rabbin célèbre de Sisera, de Haman, de Sanhérib et 
convertit Nebousaraddon et Néron au judaïsme. Le recueil des Natursagen 
ne fait subir a Pilate qu'une seule fois un supplice : il est changé en butor 
(p. 2U8 . Aux dépens des Juifs la légende se prête à nombre d'inventions. 

La tradition populaire de l'Asie Mineure fait crier aux perdrix : « djifit, 
djifit . c'est-à-dire Juif! Juif! ce qui est la plus blessante invective 
(p. 48, 49,. — Gomment les singes sont-ils nés? Quand Marie a sauve 
L'enfant Jésus, les autres mères juives de Bethléem voulaient en faire 
autant et cachaient leurs enfants sous des sébiles. Le danger passé, elles 
lèvent les sébiles, et que voient-elles? des singes (p. 70) 2 . — Quelle est 

I . Nous avons essayé de donner quelques références sur la légende de Pierre dans la 

littérature juive [Revue, 1910, LIX. .!!7. n. 2); après coup nous voyons que ce sujet est 

presque épuisé par M. Krauss, Dos Leben Jesu, p. 48-50, 83-88, 121, 143; 176-181, 

226-230. Signalons encore une tradition des Juifs du Sahara qui rappelle quelque peu 

les Toldot : ce n'est pas sur la croix que Jésus est mort, il fut pendu sur un figuier 

Dâhnhardt, II, 208, 209J. 

_ Nous allons voir les Juifs devenus aussi des porcs. Les infidèles changés en singes 

el eu porcs se retrouvent dans la légende mahométane aussi [p. e. Bouhàri, AèchHba, 

T. LX1, >« 121. lu 



146 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'origine du hibou ? Avec Jésus, les enfants juifs aussi ont fait des oiseaux 
d'argile ; l'oiseau de ceux-ci, c'est le hibou (p. 75, 76). — L'homme dans 
la lune, c'est un Juif qui ne secourut pas le petit Jésus quand il portait un 
lourd panier (p. 78). — Pourquoi les Juifs ont-ils le teint si laid ? Une fois 
Jésus était leur hôte. On servit un coq avec de la sauce. Pour confondre 
les sceptiques, Jésus le ranima, — le coq se débattit et jeta la sauce sur le 
visage des Juifs (p. 84, n° 6). Le coq rôti d'un Juif qui doute de la résur- 
rection de Jésus se met à chanter (p. 84, n° 7) l . — Les gens de Hal-Zebug, 
à Malte, ressemblent aux Juifs ; c'est l'apôtre Paul, dont ils ont raillé la 
longue barbe, qui les a ainsi punis (p. 194). 

Les pluviers sont les âmes des Juifs condamnées à voler éternellement, 
pour avoir assisté à la Passion (p. 233). Il y a là un vague rapport avec la 
légende du Juif Errant à laquelle le recueil de M. Dàhnhardt offre aussi 
quelques allusions (p. 200, n° 1 ; p. 290, n. 1). Peut-être faut-il y compter 
aussi le trait d'une tradition ruthénienne qui prétend que le vent n'est 
autre qu'un Juif condamné par Jésus (p. 85, 86). Au moins peut-on 
l'appuyer sur l'autorité de G. Paris, qui rapporte qu'en Picardie, en Bre- 
tagne, ailleurs encore sans doute, on dit d'un coup de vent subit et 
violent : « C'est le Juif Errant qui passe ! » 2 . 

Fort curieuse est une légende des Bohémiens d'Alsace qui prétend — 
ta ce qu'il semble — motiver la supériorité des Bohémiens sur les Juifs. 
A la passion de Jésus assistaient aussi deux frères juifs : Schmoul et Rom- 
Schmoul (sans doute Hom = Avrom = Abraham, et d'autre part Rom = 
Bohémien). Schmoul sentit une joie secrète, Rom-Schmoul fut saisi de 
compassion et, pour amoindrir la souffrance de Jésus, il vola au moins un 
des clous de la passion. Il prit le baptême et devint l'ancêtre des 
Bohémiens (p. 293). 

Peu de légendes étiologiques se sont autant répandues que celle qui 
doit motiver pourquoi les Juifs ne mangent pas le porc. (p. 102-107). C'est 
<[Lie la truie est leur tante et, par conséquent, le porc est de race juive. 
Les Juifs se moquaient de Jésus, ils le mirent à l'épreuve, pour savoir s'il 
était vraiment le prophète qu'il se disait. Ils cachèrent des Juifs, ou des 
Juives, ou des enfants juifs ou un rabbin soit sous une cuve, soit dans 
un fourneau, soit dans une étable et demandèrent à Jésus : qu'est-ce 
qu'il y a là-dedans? Jésus répondit : des porcs. Les Juifs éclatèrent de 
rire, mais quand on y regarda, il y avait en effet des porcs. La légende 
la plus développée y ajoute encore que le porc a les entrailles comme 
l'homme et dans l'échiné un os qui ressemble à une fille assise dans une 

n° G, cité par Goldzilier, Vorlesungen ilbev der Islam, Heidelberg, 1910, p. 78, n° 20), 
qui remonte à l'aggada Sanhédrin, 109 a. 

1. Gunter, Die christliche Légende des Abendlandes, p. 83, réunit plusieurs légendes 
qui font revivre les rôtis, il renvoie aussi à Baba Batra, 74 b. 

2. G. Paris, Légendes du moyen âge (Paris, 1904 2 ) : Le Juif-Errant, p. 182. C'est 
justement dans une invention étiologique que G. Paris voit le germe de la légende du 
Juif-Errant. La lèpre est incurable, parce que Marc ou Maie, le lépreux guéri par Jésus, 
frappa celui-ci sur sa route vers le Golgotha (l. c, p. 153, 184. 



BIBLIOGRAPHIE {il 

cuve. M. Dahnhardt (p. 280) renvoie à une notice de Hôfler [Zeitschrifl 
<lrs Vereins fur Volkskunde 3 1895, V, 101-103). Celui-ci fait remonter ce 
type légendaire à l'anatomie populaire qui parle d'un os juif, résidence 
de l'âme humaine. Hôfer cite Kulmus (Anatomie, p. 52) et A. v. Haller 
(Onomatologia medica, II, 925) qui rapportent que les rabbins font des 
racontars sur un os qu'ils appellent louz et qui ne peut être détruit ni 
par un coup violent, ni parle feu, ni autrement. Or ce n'est autre que 
le problème discuté par II. Josué b. Hananya avec l'empereur Hadrien sur 
le louz dont l'échiné ne peut être ni moulue, ni brûlée, ni dissoute, ni 
brisée et d'où la résurrection du mort doit partir 1 . Nous devons, d'ailleurs, 
avouer qu'il est un peu difficile de faire descendre la tradition du porc- 
juif, répandue à travers l'Europe entière, de l'aggada attribuée à R. Josué 
b. Hananxa. 

Budapest, novembre 1910. 

Bernard Heller. 



Chwolson (D.). Ueber die Frage ob Jésus gelebt hat. 

Leipzig, H. Haessel, 1910 ; in-8° de 27 p. 

M. D. Chwolson a aujourd'hui quatre-vingt-onze ans et depuis longtemps 
sa vue s'est affaiblie au point qu'il doit s'interdire toute lecture. Mais ni 
l'âge ni les infirmités n'ont entamé la vivacité de son esprit et c'est avec 
la même crànerie qu'autrefois qu'il se jette dans la mêlée quand il lui 
faut défendre la cause de la vérité. 

Son sang n'a fait qu'un tour à la nouvelle de la question soulevée 
récemment par Drews : « Jésus a-t-il existé? » Un pareil doute était de 
nature à l'émouvoir, d'autant plus qu'on n'a pas craint de l'appuyer sur 
son ouvragé préféré, Die letzle Passamahl Christi und der Tag seines 
Todes. 

Une des principales raisons de ce doute est le silence gardé sur la vie 
de Jésus par les écrivains latins comme par les documents juifs. 

Ce silence serait-il attesté — et M. Chwolson ne le croit pas, car, pour 
lui, le témoignage de Josèphe est d'une authenticité indiscutable — qu'il 
ne prouverait rien, caries Romains contemporains devaient attacher trop 
peu d'importance a un événement d'intérêt local pour en parler; quant 
aux Juifs, ils traversaient alors une crise si tragique qu'ils ont perdu 
rapidement le souvenir des divers épisodes qui ont rempli ce siècle pour 
eux si douloureux. 

1. Genèse Rabba, 28, 3, Lev. R., 18, Kohel. R., 12, 5. C'est justement à ip^n ^n 
(Koli., xii, 5) que cette invention semble remonter, puisqu'on a identifié Tpw, l'amande, 
avec T")b. la noix, l'amande. D'autre part, elle est à rattacher à l'idée d'une ville nom- 
mée Louz sur laquelle la mort n'a pas de puissance, d'après Sola, 46 b et Gen. /?., 69. 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

De la littérature rabbinique de ce temps, ajoute M. Chwolson, on ne 
saurait, d'ailleurs, invoquer le silence, car au i er siècle de l'ère chré- 
tienne, il n'y a pa^ encore de littérature rabbinique. La Mischna est pos- 
térieure et même ne saurait aucunement, quoi qu'en pense Schurer, 
passer pour le miroir de la vie juive au i er siècle. Alors, c'était le 
Sadducéisme qui régnait, et ce n'est que vers 50-70 que le rabbinisme a 
fini par triompher. 

Ces assertions appellent une réserve. Il est bien vrai qu'il n'y a pas 
encore au i er siècle d'ouvrages écrits par les rabbins, mais n'y a-t-il pas 
dans la Mischna et les Midraschim halachiques des u e et me siècles des 
traditions du i r siècle? M. Chwolson sera le dernier à en disconvenir, lui 
qui se fonde sur ces traditions pour défendre l'hypothèse à laquelle est 
consacré son livre favori. Si, comme on n'en saurait douter, des souvenirs 
se sont conservés de ce temps, pourquoi dans le nombre n'y découvre- 
t-on d'autres indices de l'existence de Jésus que ceux que les Juifs 
tenaient des chrétiens? Si Jésus a provoqué le mouvement dont nous 
entretiennent les Évangiles, ce mutisme est étrange. De Theudas, 
d'Atronge et autres Messies manques, sans doute les rabbins ne savent 
plus rien, mais de ceux-ci rien ne venait rappeler l'existence, tandis que 
le christianisme, dont les Juifs n'avaient pas à se louer, était fait pour 
entretenir leur souvenirs. Supposer qu'ils auraient de propos délibéré 
gardé le silence, gênés par la vérité, c'est bon pour les apologistes naïfs 
qui prêtent aux autres l'intrépédité de leur foi. 

De la Mischna, évidemment, on ne saurait pas affirmer que, même 
dans ses parties anonymes, qui remontent vraisemblement très haut, 
elle représente fidèlement le stade de la tradition au i er siècle, mais on 
peut assurer que le fond n est pas une invention du 11 e siècle. C'est, 
d'ailleurs, un fait significatif que ce code, destiné à la vie pratique, vise 
uniquement, à quelques rares exceptions près, la vie sociale telle qu'elle 
était organisée avant, la destruction du Temple. 

A la Mischna, dont la valeur documentaire laisse à désirer, M. Chwolson 
préfère la Tosefta, qui est un meilleur guide; seulement, dit notre savanl 
auteur, Schurer et ses émules se sont privés de ce secours, pour la simple 
raison que ce recueil n'a pas encore été traduit. Personne ne contestera 
l'utilité de la Tosefta, qui ajoute parfois à la Mischna des détails instruc- 
tifs, mais nous craignons fort que M. Chwolson n'éveille des espérances 
décevantes en lançant cette pointe contre l'ignorance de certains « théolo- 
giens ». La Tosefta, comme on le sait, n'est, pas plus que la Mischna, un 
livre d'annales, et les rares souvenirs historiques qu'elle a conservés ont 
été mis à la portée du public savant. 

Bref, du i r siècle les sources juives ignorent presque tout, et de Jésus, 
ce que connaît le Talmud date du 111 e et du ive siècles. Alors justement les 
sentiments des Juifs à 1 égard de Jésus sétaisnt modifiés, et de sympa- 
thiques qu'ils avaient été a l'origine, ils étaient devenus hostiles. C'est là 
une thèse chère à notre vénérable confrère et l'on n'attend pas de nous 
que nous la discutions. 



BIBLIOGRAPHIE 149 

Noms avons hâte d'en venir a la découverte dont se glorifie M. Chwolson. 
Si pauvre qu'elle soit, la littérature rabbinique n'en a pas moins gardé la 
preuve que vers L'année 71 les rabbins connaissaient un Évangile, qui 
était vraisemblablement l'Évangile primitif aV Matthieu. 

M. Chwolson n'ayant pas pu procédera des recherches bibliographiques, 
a été victime d'une illusion ■ le texte qu'il invoque a été maintes fois 
exploité par des savants anglais et allemands, comme Laible 1 , 
Nicholson * et Herford 3 . Mais que vaut ce document, inédit ou non, c'est 
et 4 qu'il faut déterminer. Il est ainsi conçu : 

« Imma Schalom était la femme d'Eliézer et la sœur de Rabban 
Gamliel (II). Dans son voisinage demeurait un philosophe qui s'était fait 
la réputation de ne pas accepter de présents corrupteurs. Ils (le frère et 
la sœur) voulurent se moquer de lui. Après lui avoir fait remettre une 
lampe d'or, ils se présentèrent devant lui Elle lui dit : Je voudrais avoir 
droit au partage des biens de ma famille. » Il répondit : « Partagez. » — 
« Mais il est écrit dans notre Loi • Là où il y a un fils, la fille ne peut 
hériter. » — « Depuis le jour où vous avez été exilés de votre pays, la loi 
de Moïse a été abolie et l'Évangile [Avon Gilion) a été donné ; or il y est 
écrit : Le fils et la fille hériteront semblablement. » — Le lendemain, ce 
fut le frère qui revint, accompagné d'un âne libyen. Le philosophe leur 
dit : « J'ai regardé la fin de l'Évangile; or, il y est écrit : Moi, l'Évangile, 
je ne suis pas venu retrancher a la Loi de Moïse, mais je suis venu y 
ajouter, et il est écrit : La où il y a un fils, la fille n'hérite pas. » La 
femme lui dit : « Éclaire ta lanterne comme la lampe. » Rabban 
Gamliel dit : « L'àne est venu et a renversé la lampe. » 

Rabban Gamliel II et sa sœur ont vécu à la fin du i er siècle et au com- 
mencement du 11 e siècle. Ge qui a fait supposer à M. Chwolson (comme à 
Nicholson, The Gospel according to the Hebrews, p. 146, puis à Travers 
Herford, Christianity in Talmud, p. 150) que l'anecdote se réfère à 
l'année 71, c'est que Simon, père de Gamliel, est mort pendant le siège de 
Jérusalem. Comme ses enfants se disputent son héritage, ce ne peut être 
qu'après le siège. 

Tout cela est assez naïf. 

1° Il faut que Gamliel, de futur patriarche des Juifs, ait l'esprit assez 
libre, après la ruine de la nationalité juive, pour s'amuser à faire des 
niches à un chrétien ; 

2° Il faut que l'héritage soit celui du père, et non celui de la mère; 

3° Il faut que la succession soit réelle, et non une simple plaisanterie; 

4° Que ne faut- il pas encore? 

1. Jésus Christus im Thalmud (Leipzig, 1891) ; traduction anglaise avec additions 
de G. Dalman et de A. W. Streane. Jésus Christ in the Talmud, Midrasch, Zohar and 
the liturgy oftlie Synagogue (Cambridge 1893). 

2. The Gospel according to the Hebrews (manque dans la bibliographie de Strack). 

3. Christianity in Talmud and Midrasch (Londres, 1903). Il faut, joindre à ces 
• "ivraies H. L Straok, Jésus, die llaeretiker u. de Christen nach den âltesten jùdi- 
schen Angaben ^Leipzig, 1910, ouvrage dont nous rendrons compte prochainement. 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

A) En 71, il y aurait eu à Jabné, où alla s'établir Gamliel avec les 
rabbins du temps, un chrétien exerçant les fonctions de juge, au service 
de 1 autorité romaine ! 

B) En 71, en Palestine, on aurait pu dire à des Juifs habitant le pays : 
vous avez été exilés de votre pays ! 

C) En 71, en Palestine, un chrétien connaissait déjà l'Évangile (comme 
s'il n'y avait qu'un Évangile) sous un titre grec ! 

D) Bien plus, ce chrétien appelait Jésus Y Évangile ! C'est une altération, 
dit-on. Mais pourquoi? 

Ne voit-on pas que tout le récit respire le même esprit, qu'il est l'œuvre 
d'un Juif qui a vu des chrétiens dans la magistrature, qui s'imagine que 
les chrétiens jugent d'après la loi chrétienne 9 . 

Ces anecdotes ont toujours pour but de démontrer la supériorité des 
Juifs sur ceux qui les dominent ; or, ce n'est pas en 71 que les chré- 
tiens étaient confondus par les Juifs avec les Romains. 

Le récit est donc certainement une fiction — fiction antérieure au 
m" siècle, car un rabbin de ce siècle la commente. Il trahit une certaine 
connaissance de l'Évangile de Matthieu, car ainsi que l'a montré Giïde- 
mann (Rcligionsgeschichtliche Studien, Leipzig, 1875, p. 65), le trait 
d'esprit suppose la connaissance, non seulement de Matthieu, v, 17, mais 
celle des deux versets qui précèdent 1 . De quand date cette connaissance? 
Naturellement nous l'ignorons ■'. 

Dans la suite de son travail, M. Chwolson revient sur les thèses qu'il 
a maintes fois déjà défendues, à savoir que Jésus a été jugé, non d'après 
le droit juif, c'est-à-dire pharisien, mais conformément au code saddu- 
céen, que Jésus a été crucifié la veille de Pàque, qu'au fond, il n'y a 
aucune différence entre l'enseignement de Jésus et celui des Pharisiens 
et que les Pharisiens de Matthieu sont de faux Pharisiens, fustigés 
par les vrais, que les ennemis de Jésus appartiennent à un parti politique, 
et non religieux, celui des Bœthuséens, amis des Homains, parti qui 
avait peur du Caliléen parce que la Galilée était depuis Pompée un 
centre d'insurrection. 

Toutes ces assertions sont intéressantes et mériteraient une discussion 

approfondie, mais le résulat ne changerait rien à ce fait matériel : les 

relations juives ne connaissent Jésus que par le canal des chrétiens et de 

leur littérature; il n'aurait pas existé, que ces relations n'en seraient pas 

différentes. La littérature juive ne corrobore pas plus qu'elle ne contredit 

l'historicité des Évangiles. 

Israël Lévi. 

1. Le trait de l'àne qui renverse la lampe était un thème de folklore juif, une sorte 
de proverbe, qui aurait été déjà employé au temps des rois hasmonéens (TT^O ÏÎD3 
Tr^îKTî n«), voir Sifrè Nombres, 131 ; j. Yoma, 38 b ; Vayikra Rabba, 21 ; Pesikta 
de R. Cahna, 122 b. 

2. Les mots qu'on vient de lire ont été imprimés dans la Revue archéologique, 1910, 
p. 191-192, par M. Salomon Reinach, qui avait bien voulu me demander mon sentiment 
sur le passage invoqué par M. Ch. 



HIBLI0GRAPH1E 151 



B. Lewin. Prolegoniena zu einer neuen Ausgabe vom Sendschreiben 
des R. Scherira Gaon. <• Sonderabdruck aus Jahrbuch der Jildisch-Lile- 
rarischen Gesellschaft, VU » : Francfort-s.-M., 1910 ; in- 8° de 66 p. 

L'épître de Scherira, connue sous le titre de ïi^tt!"; ïiana: *iar«3 n"i>N 
ou lia» 6n*n;a an m5N, est assurément le monument historique le plus 
considérable de l'époque posttalmudique. On sait qu'elle parut d'abord 
dans le Yohassin imprimé par les soins de Samuel Sullam à Constanti- 
nople ' ; cette édition représente la recension dite espagnole, d'après 
laquelle la Mischna aurait été écrite par Rabbi. Une autre recension, 
dite française, d'après laquelle la Mischna aurait été orale, a été 
éditée d'abord par Goldberg d'après un manuscrit actuellement à 
Berlin (1845; 2e éd. 1873), puis par Wallerstein d'après un manuscrit de 
Paris (1860). Neubauer a tenu compte des deux recensions dans son 
édition (1887), pour laquelle il a utilisé, en outre, deux manuscrits 
d'Oxford, un de Parme et un autre qui appartenait alors à Halberstam 
et qui est maintenant la propriété de M. Epstein. Cependant, nous ne 
possédons pas encore d'édition critique et sûre; c'en est une que prépare 
M. Lewin. Il nous en offre provisoirement les Prolégomènes, qui se 
divisent en cinq chapitres : titres de l'épître (p. 1-4) ; son contenu (p. 5-13) ; 
à quelle occasion elle a été écrite (p. 13-19) ; éditions (p. 19-48) et 
manuscrits (p. 48-66). 

Ce qui aurait fourni, d'après M. L., l'occasion de l'Epître, c'est que les 
Juifs de Kairouan, au nom desquels Jacob b. Nissim consulta Scherira, 
étaient tourmentés par les Caraïtes, qui avaient ébranlé leur foi en 
l'autorité de la Mischna et de la Guemara. Qu'il y ait eu des Caraïtes à 
Kairouan, que leur influence se soit manifestée et qu'ils aient eu des polé- 
miques avec leurs concitoyens rabbanites, c'est ce que M.L. conclut avec 
raison d'une consultation de Haï 2 adressée à cette ville. On y lit notam- 
ment : na-in û^a-ia dw "ora ûipïï ba/a nttiNto mpsor: ïb« ba by ^a 
iMzynv riDNin ba -pcpe ■û'wnra ïran:n dïmana d^eh rsby u^ina 
'■on Tna*T2 mMnnn "noirn msnpnn n m tara ir^an a^mrna n?3a Dm 3 . 

1. Elle figure depuis dans toutes les éditions du Yohassin, sauf celle de Filipowski, 
qui l'a remplacée par une traduction hébraïque de sa composition (v. Lewin, p. 30-31). 
C'est sur le Yohassin aussi que repose l'édition de Bodek, dans D^btDlT, II (Lemberg, 
1845), p. 53-83, augmentée d'un commentaire détaillé, mais ne contenant que le com- 
mencement. V. aussi Steinschneider, Die Geschichtsliteratur der Juden, I, 24. 

2. Consultations des Gueonim, éd. Lyck, n° 1. 

3. M. L. déduit des derniers mots que la consultation de Haï sur les tekiot, citée 
ici et insérée dans Temim Déim, n° 119 (cf. mon 1&0*"Pp ^TDDN, p. 15) a été provoquée 
par des attaques caraïtes. Cette conclusion est confirmée par certaines tournures de 
cette consultation, comme le début de la réponse, sur l'importance de la tradition 

(Nin "pro nnat'p "pan rta "piaw irmain ^ra •paitr ia»iD nain *a 
D , »fi , wn mm a^ab maara nbmpwn ïipnyitt nrab-i^a ntaiT» n^T«a -irm 

'1D1 "Haa? 121 D^aSH ^Wn bantO-a), ou ce passage sur la nécessité de corn- 



^52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

On pourrait peut-être s'appuyer encore sur une consultation de Scherira « 
ainsi que sur le récit touchant la baratta de Pinhas b. Yaïr dans Hadassi, 
si ce n'est pas un faux 1 . Ajoutez que déjà Saadia, dans son Séfer haggalouy, 
avait traité de l'époque de la rédaction de la Mischna \ en quoi il visait 
sans doute la polémique caraïte. L'opinion de M. Lewin est donc fort 
spécieuse ; cependant on doit observer qu'une tendance semblable ne se 
découvre nullement dans noire Èpître*. Il n'est pas exact non plus que, 
comme l'assure M. L. (p. 14), les Caraïtes aient changé leur tactique à 
l'époque de la composition de la Lettre, c'est-à-dire dans le dernier quart 
du x» siècle, et que ce soit alors seulement qu'ils aient énergiquemenl 
combattu la Mischna 5 , car les contemporains de Saadia le faisaient aussi, 
tels Ibn Sakaweihi, Kirkisani et Salmon b. Yeroham 8 , et encore aucun de 
ceux-ci n'appartient-il à l'Afrique septentrionale. De cette contrée et de 
cette époque nous ne connaissons nommément qu'un seul caraïte, David 
b. Abraham, et c'était avant tout un lexicographe. Scherira et Haï n'ont rien 
écrit, à ma connaissance, contre les Caraïtes; bien mieux, le second était 
très indulgent envers eux 7 . Ce qui semble exact, c'est que les rabbins de 

pléter la loi écrite par la loi orale : a*n ^a TNT naTtana V?N 0^213 ia"£"im 

ana "nbn nr» m^n -ip^ ^a irba ■p^eb un rnsNïro ib» mbais 
naba nrn-in dn "o -nfcbb "pK laba ernnan rnin -nafi bie ftaTOeai 
'iai, etc. 

1. 73"*I7D ^SISU naitûn, n° 44 (= Eschkol, éd. Albek i r « livraison, p. 4). V. 
ftùchler, Revue, L, 168 ; Giuzberg, Geonica, II, 204, et mon iNTVp "^tZîSN, p. •'>. 

2. Eschkol ha- Ko fer, Alphab. 224 y, — M. L. cite encore les explications de 
passages aggadiques dans les Consultations, éd. Lyck, n"* 110-119. qui sont attribuées 
à Hananel et où sont nommés les q^T-H yiN " , J"C"1 ab "«pïbn (n° 115). Mais, 
outre que ce sont, sans doute, non des consultations, mais des extraits du Commentaire 
de Hananel sur les passages talmudiques en question, il n'est pas prouvé qu'ils soient 
tous dirigés contre les Caraïtes. Hananel puise là à des sources gaouiques, qui ont pu 
lui fournir la mention des hérétiques. — La citation de Saadia dans Juda b. Barzilaï 
ne vise pas Salmon, v. /. Q. R., X, 255. 

3. Voir mes observations, ./. Q. R., VIII, 687. 

4. Les deux textes cités par M. L. (p. 19) ne prouvent rien. Dans un passage de la 
Lettre Anan est expressément mentionné (*JS2 "E3 D^W^n ^niNa") ; cf. Revue, XLV, 
193) et Scherira, qui avait là une si belle occasion de partir en guerre contre les 
Caraïtes, n'en fait rien. 

5. M. L. croit que les Caraïtes se sont arrangé une Mischna à eux et se réfère au 
passage de Makrizi (cité par Pinsker), d'après lequel Anan aurait possédé une Mischna 
remontant à Moïse (texte arabe dans de Sacy, Chrestomathie arabel*, 100: 7ïyi2*\ 
ÛtfbabN mbr ^"\1Z ^z:bwN Cpâ \û ara ^b« &ttTD»b« ^03) ; niais d'un autre 
passage de Makrizi il résulte qu'il s'agit du Miscbné Tora, c. -à-dire du Deutéronome 

(t'A., 108 : n:ïîe 173 "pbïobb nuna "nbN N:ia?:bN yn n5dd Dn*73 N"HD»i 

n^aa '^"nbH "0173) ; toute cette histoire est donc fabuleuse. On pourrait plutôt 
invoquer le passage connu du Siddour R. Amram sur Anan (38 a: bab "iTJKtJ 

nobp ûab nwy$ ^*o Tïttb'm nwn "nai my TnnN û^iTm dwph 

^bttîW ; cf. Revue, L c, 192). 

6. Voir mon Karaite Literary Opponents of Snadiah Gaon, p. 4 et s. 

7. Voir la consultation de Maïmonide dans D"a72"in maiîîn V^P' éd - Leipzig, 
n* 163. 






HIBLKMRAPHIK 153 

Kairouan, qui sont qualifiés de ey»Vna a^oan rratDtol &np72 ■'bja 1 , 
s'inléressaieni particulièrement aux questions d'histoire et de méthodo- 
logie. De là leur consultation sur Eldad, les questions de Jacob b. Nissim 
sur 1rs titres de an, ^an et pan 2 , etc 

La partie essentielle des recherches de M. L., est celle qui forme le 
i 1 ' chapitre. Il a eollationné à nouveau les éditions de Goldberg, de Wal- 
lerstein et de Neubauer avec les manuscrits qui eu sont les bases, et il est 
arrive a ce résultat surprenant que toutes contiennent des omissions, 
de fausses leçons et d'autres erreurs. C'est surtout le cas de l'édition 
Goldberg, qui avait déjà précédemment éveillé la méfiance*. Les fautes 
constatées sont dues à différentes causes: tantôt des lignes ont été 
sautées par suite d' homoioteleuia (voir surtout p 26, 30) ; tantôt des mots 
écrits dans la marge des manuscrits ont été négligés ; tantôt, au contraire, 
des mots Surponctués comme étant superflus ont été accueillis dans le 
texte (voir p. 24), etc. Dans le grand nombre d'exemples cités nous n'en 
relèverons que quelques-uns. L'édition Goldberg a n^n" 1 'n mb — iran 
îwp? 'nb, au lieu de tfp'nT 'n*5, ce qui faisait de H. Akiba un contem- 
porain de R. Jérémie (p. 25), ^iro an au lieu de wm an (p. 27), etc. 
Les éditions de Wallerstein et de Neubauer présentent des confusions 
dans la succession des Gueonim et la durée de leurs fonctions (p. 37, 44), 
etc. Plus d'une obscurité est éclairée par la connaissance de la bonne 
leçon. Ainsi le mot énigmatique "ntfna de Goldberg, dont Neubauer fait 
na^Kro (p. 38, 1. 3) se lit dans le manuscrit "Wna, vocable qui revient 
dans les consultations des Gueonim et même chez Anan (voir p. 28-29) et 
qui paraît signifier « bourgeois » (c.-à-d. D^na "<bya ; comp. "wpn et 
^Nra). Un autre exemple est le mot "ON'PTa, diversement corrompu, 
qui figure ailleurs sous la plume des Gueonim et se rattache a a*"nw 
(p. 33), etc. 

De l'examen des manuscrits il y a lieu de retenir que le manuscrit tle 
Vienne a servi de modèle à celui de Paris. Aux manuscrits déjà connus il 
faut en ajouter un de Parme (collection Stern 32), qui ne contient d'ail- 
leurs que la première moitié de la Lettre et appartient à la recension 
espagnole, ainsi que quelques fragments de la Gueniza, qui représentent, 
pour la plupart la recension française et se rapprochent le plus des 
manuscrits de Vienne et de Paris. 

1. Dans un poème en l'honneur de Yehouda b. Yoset* de Kairouan (v. sur lui mon 
ICOn^p n TZJ3N, p. 28) que Davidsohn a extrait récemment des trésors de la Gueniza 
(./. Q H., New Séries, I, 245^ il est dit de ce personnage : *^n *PDa □IN:-' nttîK 

iii T«iaa rttrr -»U5« ,[anTJD] Nm^a ara- 1 [lire oyi] ont ■oabm mnai 

wN-pTSa Nnptt "O^a 330"' ibipi et l'éditeur pense que tfnp^j ibyn désigne les 
Caraïtes, de telle sorte que noug aurions un nouveau témoignage de l'existence de 
Caraïtes à Kairouan et d'une polémique dirigée contre eux. En réalité, le poète dit 
seulement que Yehouda est disert comme les trois derniers prophètes, qu'il écrit comme 
Ezra, qu'il médite sur les psaumes de David et que sa voix convainc de sottise en fait 
de science biblique tous ceux qui connaissent la Bible, à savoir ses compatriotes. 

2. Voir mon "[Nin^p "CjN, p. 32. 

:>. Y. YVeiss, dans Bêt Talmud, I, .'17, et Steinschneider, /. c. 174. 



154 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il est désirable que M. Lewin paisse nous présenter bientôt l'édition 
qu'il projette. 

Varsovie, le 3 novembre 1910. 

Samuel Poznanski. 

P. S. — Cette recension était achevée quand j'ai reçu la nouvelle 
édition de la lettre de Scherira avec un commentaire hébraïque par Aaron 
Hyman '. La base choisie est l'éd. pr. du Yohassin de Gonstantinople, déjà 
modifiée par celle de Cracovie, qui vient ensuite (cf. p. ex., p. 21, n. 6 ; 
p. 30, n. 46, 50 ; p. 88, n. 4 ; p. 92, n. 13 ; p. 100, n. 12 ; p. 103, n. 28, 
etc.). Même le nom d'un Gaon, Jacob b. Mordecbaï, en a disparu (v. p. 99, 
n. 1). Jusqu'à quel point l'éd. pr. est correctement reproduite ici, je ne 
puis l'établir, n'ayant pas celle-ci à ma disposition, mais l'éditeur n'a pas 
noté de nombreuses et importantes variantes de l'éd. de Cracovie, cf. p. 
ex. p. 97, 1. 5, où l'éd. Cr. a D"p et non n"l2-p, et 1. 10, où l'éd. Cr., après 
13N, ajoute "Wna mnn rmm na nam» 'en, ou p. 102, 1. 11, où l'éd. 
Cr. donne pour l'année de la mort de Saadia 3"^i (au lieu de Van). Parmi 
les autres éditions, celle qu'utilise le plus souvent H., c'est l'éd. Goldberg; 
il paraît ne connaître l'éd. Wallerstein que par celle de Neubauer. Pour 
la période des Amoraïm et des Gaonim, il s'appuie souvent sur les 
déductions d'Halévy dans tT3i îaann mm (cf. p. ex. p. 76, n. 20; 
p. 98, n. 27), sans le nommer toujours et sans se soucier de la critique. Il a 
également divisé la lettre en trois parties, et chaque partie se divise en 
chapitres. Au commencement se trouve un index alphabétique des noms 
propres. Mais cette édition ne rend pas superflue l'édition critique qu'on 
attend. S. P. 



Machkim, von R. Nathan b. Jehuda. God. hebr. Nr. 12» der K. K. Hofbibliotek 
zu Wien und Nr. 187 der Stadtbibliothek zu Hamburg. Mit Anmerkungen 
und Einleitung von J. Freimann. Cracovie, impr. J. Fischer (Rédaction de 
« Haeschkol », Loschitz en Moravie), 1909. 

M. J. Freimann, le savant éditeur du Léket Yoscher, nous offre main- 
tenant le Se fer Mahkim, rituel de Natan b. Juda, qu'on ne connaissait 
jusqu'aujourd'hui que par les citations du Orhot Hayyim et du Kolbo. 
Cet ouvrage expose avec ordre et clarté les prescriptions les plus impor- 
tantes qui se rapportent aux prières de l'année synagogale. Après une 
courte introduction, il énumère les prières et les lectures liturgiques des 
jours ouvrables, du sabbat, de la néoménie, de la Pàque, de la Pentecôte, 

z"y ùvci il 1DD13 nujtf rnsnonan nm û* ruxvûrtn .fbtt nsiua «naatûip 

iNtt^tt "pHN DN73 . . . 3PDH pi» PB Dl»» WrPDI 11^3 Û* 0*31© Y» "OrO. 
Londres, 1910, 110 pp. et 40. 



BIBLIOGRAPHIE 155 

du 9 Ab, du Jour de Tan, du Grand Pardon, de la fête des Cabanes, de 
Hanoucea, enfin de Pourim et des quatre sabbats extraordinaires qui l'en- 
cadrent. L'auteur, qui est plutôt un compilateur, puise dans la littérature 
antérieure ; il a dépouillé les traités les plus considérables, tels que le 
Mahzor Vitry et le Pardès, sans toujours indiquer ses sources; çà et là, 
il mentionne sa propre opinion (p. 7, 12, 19, 20, 36, 38) et note la pratique 
de son père et de son grand-père Azriel. 

Si nous examinons sans idée préconçue notre opuscule, les sources 
auxquelles il puise et les auteurs qui le citent plus ou moins longue- 
ment, nous sommes amenés à le placer parmi les compendiums compo- 
sés dans le sud de la France vers la seconde moitié du xm e siècle. Il 
appartient au même milieu que le Orhot Hayijim et le Kolbo, qui en 
donnent de longs extraits. Il n'y a aucune raison d'admettre que les 
auteurs de ces deux ouvrages aient été chercher leurs citations au loin. 
Le Mahkim qu'ils avaient sous les yeux était une production de leur 
temps et de leur pays; aussi l'ont-ils abondamment utilisé. Il est vrai que 
le Séder Troyes de Menahem b. Joseph Hazzan, rédigé par Juda b. Eliézer, 
contient des gloses marginales tirées du Mahkim ; mais ces gloses 
n'émanent pas de l'auteur, elles ont été ajoutées par le copiste. Le fait 
que les opinions du Mahkim sont consignées en marge d'un rituel du 
nord de la France est aussi un indice de la patrie de l'ouvrage. Quant 
à la date, il est bon de noter que Juda b. Eliézer, qui écrivit son ouvrage 
Mbihal Yehouda en 1313 et qui est identique au rédacteur du Séder 
Troyes, cite l'auteur du Mahkim avec l'eulogie b"T. Si la même eulogie 
accompagne les citations du Mahkim dans le Kolbo, cela ne prouve rien, 
car le Kolbo a été rédigé vers le milieu du xiv e siècle, d'après le Orhot 
Hayyim, composé vers 1330. 

Sur notre auteur nous savons peu de chose. Dans son introduction, 
instructive à plus d'un titre, M. Freimann nous fournit quelques ren- 
seignements sur lui, mais ses opinions ne sont pas toujours corroborées 
par des textes. D'après lui, Natan b. Juda a vécu dans la seconde moitié 
du xm e siècle et au commencement du xiv e ; il a correspondu avec Salo- 
mon ibn Adret, Ascher b. Yehiel ; il avait été l'élève de Yehiel de Paris 
et d'Isaac b. Todros, le commentateur du Mahzor, qui, disciple de Nah- 
mani et d'Isaac l'Aveugle, fut le maître d'Isaac b. Samuel d'Acco. Son 
grand-père aurait été Azriel b. Natan, le contemporain de Raschi et des 
petits-fils de celui-ci. Si nous suivons M. Freimann, nous constatons 
qu'en plus d'un endroit il oublie de nous donner la preuve de ce qu'il 
avance. Dans les consultations de Salomon b. Adret (III, 199) on trouve 
mentionné un Natan Gérundi, dont l'identité avec notre auteur repose 
uniquement sur le fait qu'Isaacb. Todros, le disciple de Nahmani, aurait 
demeuré à Girone (le passage en question porte Don Todros Isaac) 1 . Il 
reste à démontrer que celui-ci est le même que R. Isaac b. Todros nommé 

1. Salomon b. Adret, Consultations, éd. Naples, 1489, n° 415,417: "j-fl ÏWTO3 

piTN ovmu. 



1 ti6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

par Natan et que le lieu de séjour du maîlre a été le même que celui 
de l'élève. Ascheri est en correspondance avec un certain y""w fn: 'i 
(Consultations, xi, 10) et un u"o ";nD 'n (ibidem, li, 3) l , mais nous ne 
savuns si ces deux personnages sont identiques 8 . Le premier pourrait se 
confondre avec notre auteur. En effet, S. D. Luzzatto cite dans ses Lettres 
(éd, Gniber, n° cdvi, p. 1002), un manuscrit n" 63 1 qui contient, entre 
autres, les y"w n"nb D^anaw. Cet ouvrage pourrait être identique avec le 
Mahkim* et y"iD n"n serait alors à corriger en y"iD :"n. Dans la lettre 
dxxvi, Luzzatto cite des notes marginales de son manuscrit du Semak 
quelques extraits qui concordent avec le Mahkim; c'est ainsi notamment 
qiie le passage introduit par -nat-â y"v n"n n"nn -nm bTtra (p. H 81) 
se trouve dans le Mahkim, p. 29 ; encore un indice en faveur de la cor- 
rection de Y"V 3""| en y"W :"n. L'identité de notre auteur avec le corres- 
pondant d'Ascheri serait ainsi établie. 

Déjà Michael (Or ha-Chayyim, 1152) avait identifié Azriel, le grand-pèré 
de notre auteur, avec Azriel b. Natan, qui fut en correspondance avec 
Raschi et entretint des relations avec ses petits-fils Samuel b. Méir et 
R. Tarn. M Freimann s'est borné à grouper les textes qui nomment cet 
Azriel sans même se douter que le grand-père de l'auteur du Mahkim 
pourrait être un autre personnage. Azriel est nommé deux fois dans le 
Mahkim. Le premier passage est ainsi conçu (p. 11) : '"*S32 mro TPfim 
b&r-iT* "W "i^pî d^n y"3 ^dn 'i?2 4 ; il en résulte qu'Azriel n'était pas le 
grand-père, mais l'arrière-grand-père de l'auteur. Et en effet, entre Azriel, 
le contemporain de Raschi, avec lequel il correspondait avant 1105, et 
Natan b. Juda, le correspondant d'Ascheri, au commencement du xiv° 
siècle, l'intervalle est grand. Il est, en tout cas, invraisemblable qu'Ascheri 
ait correspondu, alors quil était encore en Allemagne, avec Natan 
Gérundi ; cette correspondance se place plutôt après son arrivée en 
Espagne. Mais, si l'identité d'Azriel avec Azriel b. Natan est ainsi plus 

1. D'après Michael, Or ha-Chayyim, 1133. 

2. Aux rabbins de ce nom cités par M. Freimann (Introduction n. 2) on peut en 
ajouter quelques-uns. Dans les Consultations de Hayyim Or Zaroua, n° 56, Samuel 
b. Baruch, dans une consultation adressée à Simlia b. Samuel, cite "inm JP3 '71, 
qui pourrait être identique avec le *jrû ^"ïin nommé dans les Hag. Mordechaï, 
Guittin, 470 (885). Le n° 71 du même recueil est une consultation d'Elhanan b. Isaac 
à "jni n"nn "OTItf lia question traitée est semblable à celle des Consultations 
d'Ascheri, XI, 10, non signée) Le Taschbeç mentionne une opinion de II. Natan de 
Seligeustadt (C3î3TB3bTE "jn: '"!), qui concorde jusqu'à un certain point avec le 
Mahkim. Le pmDUTNtt ]ro 'H nommé dans le même ouvrage, § 354, est une alté- 
ration pour R. Natan d'Afrique (Méir de Rothembourg, Consultations, éd. Lemberg, 
n" 193) Le R. Natan cité dans les Consultations de Méir, éd. Prague, 239, est le tos- 
satiste Natan de '"'111, NTH, des Tossafot sur Zebahim, 63a et Menahot, 97 b 
(Gross, Gallia judaica, 149). Voir enfin les Consultations du même, éd. Crémone, 
n° 8 : ff»3 Sri '"'D'û 173D. 

3. Sur le nom de O^riDTO donné au Mahkim, v. Krafft et Deutscti, Katalog, lxv, 
78 (lntrod.,p. xm). 

4. Kolbo, 12: irm HTJ^btf 'n 01D3 ^"3 3 W 173 mrO. 



tUBLIOGRAPIUE 157 

facile à admettre, elle n'est pas pour cela hors de conteste. Il n'est pas 
moins malaisé d'être fixé sur la personne d'Isaac b. Todros. Est-ce le com- 
mentateur espagnol du Mahzor, l'élève de Nahmanide et d Isaac l'Aveugle, 
le maître de Seliemtob b. Abraham? Les maigres indications du Makhim 
ne le prouvent pas, ne le font pas même supposer. Les trois passages où 
il est cité ne prouvent même pas qu'il ait été le maître de Natan b. Juda. 
1° P. 20: n"n '-r: vijm fN îms o^-tein vn ■• 3n372 cpNb -hete "i^t 

HT bbD Î3"3"H (Kolbo, 42: ^N 1PW D^"l?2"lK *pN llCn 3H373D 117377: "l^ïîl 

bba otmia n"3 pnxi "V'» vun©) l ; 2« p. 48, même règle : n"-in -m^T 
"TOETD C3"a'< (ms. Hambourg: B":r 'l 'nn '1731) ; 3" p. 30: ntttt *p *|N 
maicna a"^n (Kolbo, 43 : "inaipna ù B a*i poc *p). Les trois textes se 
ramènent à un seul et dans ce passage unique "m73 est douteux. Faut-il 
donc, sur la foi d'une règle qui se retrouve dans un compendium français 
sous une forme un peu différente, mettre toute une activité littéraire au 
compte de ce Isaac b. Todros ? Ne peut-il pas avoir été un Français? 
Gross [Gallia judaica, 580) voit dans le correspondant de Yehiel de Paris 
et de Xetanel de Chinon le maître de notre auteur. M. Freimann objecte 
que celui-ci remarque une fois mir*u on 'n *n**an D3EK, ce qui le fait 
vivre avant 1170. Un contemporain de K. Tarn ne peut-il pas lui avoir 
survécu ? N'est-ce pas ce qui résulte de la correspondance de Yehiel et de 
Netanel? Notre auteur, étant le disciple de K. Yehiel, peut comme son 
maître, avoir été en relations avec Isaac b. Todros. D'ailleurs, les mots 
sn '-) VPK") n'indiquent pas nécessairement des rapports personnels; 
ils peuvent signifier «j'ai lu ». Pourquoi M. Freimann n'a-t-il pas de ces 
scrupules chronologiques à propos d'Azriel b. Natan qui, vivant au xi e 
siècle, ne peut être le grand-père de notre auteur? 

Le Mahkim n*a rien d'espagnol. Le rite qu'il décrit est celui de la France 
et de l'Allemagne. Si nous ie comparons sur certains points avec Abou 
dirhem et le Céda la-Dérech, les divergences éclatent. Ainsi, d'après 
Aboudirhem (éd. Varsovie, p. 75), le morceau Dim tnm se récite dans 
la prière du soir, même le sabbat et les fêtes ; le Mahkim dit le contraire 
p. 3. Le psaume rmnb -hete ne se récitait pas le sabbat en France et en 
Allemagne { Mahldm, p. 19) ; le Céda la-Dérech dit le contraire (îv, I, 7). 
Les premiers mots du psaume sabbatique n^u:n Dvb "TUJ "P73T73 ne se 
récitent pas aux jours de fête qui tombent dans la semaine {Mahkim, 
p. 32; cf. Séder Troyes, p. 5); Aboudirhem dit le contraire (p 87 ; cf. 
Simon b. Cémah Duran, II, 248). A Hosch ha-Schana on ne récite pas 
l3îP«5m Mahkim, p. 37 ; cf. liokéah, n"i mabrî ; Isaac ha-Lévi ne 
faisait pas réciter cette prière à Worms) : Aboudirhem dit le contraire 
(142 6). Touchant la commémoration des âmes, M. Freimann (p. 41, 
n. 512) renvoie au Mahzor Vitry, qui dit qu'en Allemagne cette cérémonie 
n'avait lieu qu"à Kippour, le Mahkim ne la mentionne pas non plus aux 
trois fêtes. Par contre, il dit, p. 22: 1Z5S3 THS r.TOtt» Trpcn, ce qui 

1. Sur cette règle, voir Weiss, Séder Troyes, p. 15, n. 55. 



158 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

prouve que la commémoration se faisait môme aux sabbats ordinaires 1 . 

Peu de passages sont assez caractéristiques pour jeter quelque lumière 
sur la patrie et le séjour de l'auteur. Les autorités citées appartiennent 
pour la plupart à l'école tossafiste de la France septentrionale : Raschi, 
Schemaya, Samuel b. Méir, H. Tarn, Hayyim ha-Cohen, Mahzor Vilry, 
Tossafot. Yehiel. Cependant, il nomme aussi Abi ha Ezri (p. 45 : pb 
■nwi -^N mo nana) et la seule glose étrangère (p. 20: 4 yba n"^3 maa) 
pourrait être le vocable allemand vër*. L'orthographe pleine, si elle n'est 
pas le fait du copiste 3 , nous transporterait également en Allemagne. 
Ajouter le sigle y"37:nn, qui se trouve dans beaucoup de manuscrits (seul 
celui de Vienne a y"373N), tandis que la glose du Semak citée par Luzzatto 
{Lettres, p. 1179), le manuscrit de Budapest, le Sécler Troyes, le Kolbo 
portent y"ynr\m2 ou D"nr: 4 , ainsi que le nom d'Azriel, qui devient 'T*bN 
dans le Kolbo. Nos doutes sont ainsi éveillés et nous sommes amenés à 
supposer que les copistes ont mal orthographié les noms qu'ils ne com- 
prenaient pas. Nous croyons que la question Azriel ne peut pas être défi- 
nitivement tranchée ; on se laisse influencer par de fausses prémisses et 
on trouve toujours des preuves pour les appuyer. In passage caracté- 
ristique est celui qui a trait à l'attitude d'Azriel vis-à-vis de R. Tarn dans 
la question du texte du Kol Nidrê. Nous ferons remarquer à ce propos 
qu'en Allemagne on s'en tenait à l'ancienne leçon. Eléazar b. Natan l'avait 
institué ainsi (Hag. Maïm., Tua? nmattî, i. f. ; cf. Or Zaroua, II, 126, 
§ 276). Méirb. Baruch adopte la version de R. Tarn, mais Ascheri se pro- 
nonce pour l'usage ancien (Yoma, i. f. ; cf. Mordechai, Yoma, 1208; 
Isaac b. Schéschet, Consultations, 394). Quand le Mahkhn dit (p. 40) : 
y"-} nrrrpK irotn "ji7:npr; Tia ^osnn vn i7:ip7ûD y H 3r»i, il semble qu'il 
s'agisse d'un pays étranger. Et quand il ajoute bai i;;*>pT bfini3> ITWi, 
iniN a^Trra "isnT, il est difficile de voir là l'assertion d'un petit-fils ; on 
dirait plutôt qu'il invoque l'exemple d'une célèbre famille de rabbins, ce 
qui s'appliquerait fort bien à Eléazar b. Natan. Mais ce ne sont là que des 
impressions, et il faudrait des arguments. 

M. Freimann a l'incontestable mérite d'avoir mis le Mahkim à notre 
portée. Son édition est soignée, ses références excellentes à plus d'un 
égard ; il a réuni avec un zèle louable les passages parallèles. Si le texte 
du manuscrit de Vienne n'est pas correct, ce n'est pas à lui qu'il faut en 
faire un grief. Cependant un collationnement plus exact des citations eût 
été désirable ; l'édition n'aurait pu qu'y gagner. Dans l'introduction, il 
aurait fallu montrer plus de mesure. L'auteur répète souvent ce qui est 

1. De l'Or Zaroua (I, 15 a, § 10) nous apprenons qu'on la faisait aussi à Rosch 
ha-Schana. 

2. C'est vir, «homme», conservé dans Werirolf. Voir Grimm, Mythol., 1048; 
Kluge, Elym. Worterb., 3716; Andresen, Deutsche Volksetym., 283. 

3. Cf. p. 36 : "tmaia "inbap am^n "ONI ; glose singulière qui s'est glissée 
dans lo texte ; elle ne figure pas dans le ms. de Hambourg. 

4. C'est la preuve que le ms. de Vienne n'est pas très sûr précisément dans les 
passages les plus importants. 



BIBLIOGRAPHIE 159 

connu et s'étend copieusement sur ce qui est inutile. On dirait qu'il a 
voulu placer des fiches dont il ne savait que l'aire. Ainsi, comme le 
Mahkim mentionne une t'ois R. Yehiel, nous sommes gratifiés de toute 
une étude sur ce rabbin (p. xi-xv). De même pour Azriel b.Natan. P. xix, 
n. 109, M. Fr touche à la question du Kolbo 1 et ajoute les critériums 
suivants à ceux que nous connaissons. Le Kolbo se montre plus fidèle au 
Mahkim que le Orlwt Hayyim. Il cite nommément Juda b. Natan et cite 
trois fois des traditions du père de L'auteur, tandis que le Orlwt Hayyim 
n'en cite qu'une. Il ne faut pas exagérer les conclusions à tirer de ces 
faits. C'est un fait que le Orhot Hayyim a été extrait par le Kolbo et que les 
auteurs de ces deux ouvrages sont distincts. Mais on ne peut admettre 
que le Kolbo n'ait connu les ouvrages cités dans le Orhot Hayyim que 
par celui-ci. c'est ainsi qu'il peut avoir utilisé davantage le Mahkim. 
La comparaison des citations du Mahkim qu'on lit dans le Kolbo avec 
l'édition prouve que le Kolbo n'a pas eu un manuscrit meilleur que celui 
qui sert de base à l'édition. Exemples. Mahkim, 4 : ^nb« 'n -D3N ; 
Kolbo, 40, i.f., mieux: îavibfc; ibid. : "jbnpb D^iap» anan izm» 
'ndï "p-iare y"idb INDE T^BW, ordre meilleur que dans le M. ; 
ibid. : rworn "mo-îO ^nn Nran Kab -nb -i"n, d'après j. Ber., i, 5, non 
ÏT132, comme dans le M. Le Kolbo lit correctement MDm^n "om da, 
non ttttfcin comme dans le Mahkim. M., 11, 1. 3 : f-na^nm b^aïaa aai 
Nd'W Kndbm "IBNE ; K. ii, a plus exactement tfa^&n Nd"»n -ieniib ; 
iftûi.,1.4: nbnn bltbïb; mieux dans le /T. : nbnna iblTbtb. M., ibidem: 
rvren "îaan ï«nb ejki ■v^rrob tp& ««ban r-rn^^n lapnb î^n sbi ; if. : 
rrqn^a "ûpnb. 3/., iôtrf. : abaa *p ba an^n aias -»d ibïyi ; iT. : "naa 
taib©3 ; peut-être abw. M., 10 : n73n^n îmNta ï"Pd &cb N»aa*i ; 
.ST., 20 : rwnaia ïto. J/., ifrûfem : ins 'ira aa-en «d^b rp&m. M. Fr. 
corrige en ^intf ind : c'est la leçon du Kolbo. M., 19 : vn tfttra in 
n: np;Tnn *pi ŒD3 bdist "JTiKa D"m"lB, texte inintelligible; K., 35: 
»ab a*nna mai ! if., 20 : ^neron napy a^unnn ^n ; K., 37 : lapj. 
J/., ib., lacune étendue, que permet de combler le K., 37 ; avant irnS* 
mavi ajouter r-naitûfinai. M., 27 : "mnab ; K., 41 : "OViab. M., 29 : 
\m "M"* bd ; compléter d'après if., 42 : EPO^S ia u-pNtB 13»». i/., 37 : 
rwmn sb« dïwd ; K., 64 : raron btt aa^we "»Db. il/., 46 : tapD ^b 
niSTa nN 13-J3T1 n©73 "nnc* ; A"., 20 : im» riN. Il est intéressant de noter 
que des passages entiers qui se lisent dans le Mahkim sont souvent cités 
dans le Kolbo d'une manière anonyme et qu'ensuite seulement viennent 
les mots b"T "jns 'n anai ; p. ex. M., 8 et K., 6 ; M., 18 et K., 35. 

Les gloses du Mahkim dans le Séder Troyes sont également instructives. 
Exemples. M., p. 1 : mab rtbenb na^N nTU»n via b*m"i ; 5. Tr. : 
DTipi "ja^an n"m ; — ©"Hp, nriana 'a bma, comme le ms. de Ham- 
bourg. De même, la lacune du ms. de Vienne signalée p. 2, n. 22, se lit 
dans le S. Tr., p. 4. — M., 2 : 'n miDfinaai '-iMNId ; S. Tr. : "p-^tna 
n"aa. M. : «nobn p "»ot»; .S'. 7Y. : Ks^bnn -ia ->on. M., 29 : j-no rfnîai 

1. Cf. Luzzatto, Lettres, dlxii, p. 1232-1240. 



160 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

n^;7Dr za-nttitf r^Û irn372i 1315 eamb* pD^Oi»'». Le 5- 2Y., p. 7, lit 
correctement : "13*1*1 D"«7r 'T KiniB pnp n-pDN ^13 mn by iB^Onn 
nSD?ab n"n îmrnai. M., 48: rbos VDDn »b ; .S. TV., 10: vboD n"a 
(cf. Introd., p. xxii). 

Le texte de l'édition a souvent besoin d'être corrigé. Les fautes de style 
sont fréquentes. Exemples P. 1, 1. 2: P3Hb("i) JJnV, effacer "p'ttb et lire 
funb (Luzzatto, Lettres, dxxvi). P. 3 : *pb"< P 12£ ûiïJE Dirn aom n^iK 
anpa na. M. Fr., n. 34, corrige en nanpa ; mais il est probable qu'il faut 
lire an^a et que devant -snTO il faut ajouter mm ni m hein anra, cf. 
n. 33. Ib. : D^bim-pa 0» D-iK }b n? Dbny», CE est inutile. P 6 : "inaim 
i-i"apn b© inate bbaa iaT3, lire "jnauîi. P. 7 : m»n D^pioa, 1. ^pios. 
P. 12: D"°p72 au lieu de D^pnE (Kolbo). P. 15: D^id^d roott wn, 
1. r-D072a. Ibid, : pTa^T ^as imttanb, ajouter fnana (Kolbo). P. 16 : 
b-ttttn bs n':3*b"Pi, 1. by (Kolbo). 

Observations de détail sur 1 introduction. P. vu, Azriel b. Vehiel n'est 
pas le maître, mais le collègue de Hayyinti Or Zaroua ; p. vu, n. 63, v. 
Gallia judaica, 563; p. xxi, n. 113, lire pTOSTia ; p. xxu, ''nrtNpT 
D"n?3iNia D^anïïTû est bien problématique ; est-ce D^arpo ? — Quelques 
fautes d'impression. Introd., p. vu, 1. y"-j pour 3>"n ; p. xn, n. 58, n"p 
pour n"p ; p. xix, 1. pi bai et t"* pour T"c3 ; p. xxi, 1. N"" 1 p"o au lieu 
dea"po. 

Puisse l'étude assez longue que nous venons de consacrer au travail 
méritoire de M. Freimann témoigner de l'estime que nous avons pour le 
zèle scientifique qu'il a déployé en publiant un ouvrage de valeur. Nous 
croyons que les recherches sur le Mahkim ne sont pas doses, mais cette 
opinion personnelle ne diminue pas le mérite de l'éditeur. 

J. Wellesz. 



additions i:t rectifications 

T. LX, p. 157. — L'expression YT2M3 pour Y infinitif apparaît aussi dans 
la traduction (ou paraphrase) hébraïque du Commentaire de Yephet b. 
Ali sur Hosée, i, 2 (éd. Tottermann, p. 104 : *£"> ^a T-ïXH Kim "iai n?2NT 
"ia? vaa liyti iab ; dans le même passage chez Jacob b. lleuben il y a 
"nS7a Nim On peut aussi en conclure que cette traduction a vu le jour 
ii Kvzance. — Samuel Poznanski. 



Le gérant : 

Israël Lévi 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLES.SIS. 



UN ECRIT SADDUCÉEN 
ANTÉRIEUR A LA DESTRUCTION DU TEMPLE 



La Gueniza du Caire, qui nous a déjà rendu tant de monuments 
de la littérature juive que Ton croyait perdus pour toujours, réser- 
vait encore une surprise au public savant et à M. Schechter un 
titre de plus à notre reconnaissance. Qui eût espéré que jamais 
sortirait de terre un écho de la pensée de ces Sadducéens dont 
l'histoire remplit les deux ou trois siècles qui précèdent la des- 
truction du Temple ! Grâce à notre éminent confrère, nous sommes 
aujourd'hui en possession d'un écrit 4 , d'une authenticité incontes- 
table, moitié sermon, moitié recueil de lois, provenant d'une colo- 
nie sadducéenne, fixée dans la Damascène avant l'année 70, date 
de la ruine de la nationalité juive. Avons-nous besoin d'ajouter que 
l'éditeur s'est acquitté de sa tâche avec la conscience et la compé- 
tence qui ont valu à ses publications antérieures l'approbation 
générale ? 

Il serait superflu de souligner l'importance d'une telle décou- 
verte. Jusqu'ici nous ne connaissions la célèbre secte juive que 
par ses adversaires, les Pharisiens, et nous ignorions ses griefs 
contre ceux-ci. Nous voici maintenant en mesure de la juger plus 
équitablement. 

Ce n'est pas le seul point d'histoire qui s'éclaire mieux mainte- 
nant. On avait remarqué depuis longtemps l'air de parenté qui 
règne entre le Sadducéisme et le Caraïsme, et l'on en avait conclu 
à une action de l'un sur l'autre. Mais comment s'était exercée cette 

1. S. Schechter, Documents of Jewish sectaries. Volume 1. Fragments of a Zado- 
kite work, edited frum Hebrew manuscripts in the Cairo Genizah collection now in the 
possession of the University Lihrary, Cambridge, and provided with an English trans- 
lation, introduction and notes. Cambridge, University Press, 1910; gr. in-4* de lxiv 
+ 20p. + 2 fac-similés. 

T. LX1, n» 122. M 



1(52 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

influence ? Les Sadducéens semblaient avoir disparu avec la 
destruction du Temple, et le Caraïsme n'entre en scène qu'au 
vm e siècle. La transmission des principes sadducéens a donc dû 
emprunter la voie delà littérature. Mais quelle littérature? Des 
écrits des Sadducéens il ne reste plus trace; Josèphe, qui, à diffé- 
rentes reprises, traite des doctrines de la secte, n'est jamais par- 
venu aux fondateurs du Caraïsme, qui, au surplus, jamais ne le 
citent. Reste, il est vrai, le ïalinud ; mais précisément la ressem- 
blance entre le Sadducéisme et le Caraïsme porte sur des détails 
qui n'ont pas été conservés par cet ouvrage et que seul Josèphe a 
relatés. Il manque donc un chaînon. Ce chaînon, à en croire les 
Caraïtes, existerait; ce serait purement et simplement un ou plu- 
sieurs livres de Sadoc qu'ils possédaient encore et auxquels ils se 
réfèrent à l'occasion 1 . Mais cette allégation était sujette à caution ; 
elle avait tout l'air d'une explication naïve, d'une fiction commode, 
née d'une sorte d'évhémérisme qui transformait le chef de la secte 
en un écrivain. Le chaînon est maintenant retrouvé : c'est la secte 
sadducéenne résidant dans la Damascène et les écrits que lisait 
cette communauté. 

On verra que d'autres lumières se dégagent de l'opuscule si 
heureusement exhumé par M. Schechter, et qu'en particulier, 
l'histoire du christianisme naissant y est intéressée. On verra aussi 
qu'avec ces clartés nouvelles surgissent des problèmes imprévus, 
difficiles, sinon impossibles à résoudre. 

Pour permettre au lecteur de s'en assurer tout de suite, nous 
croyons bon de publier dès à présent la traduction de cet écrit. 
Notre version, comme on pourra s'en convaincre par un collation- 
nement attentif, n'est pas la simple reproduction de celle de 
notre excellent confrère. Très souvent elle s'en écarte, et sur des 
points essentiels. Nous avons, en particulier, tenu à marquer, 
quand c'était possible, la liaison des idées, que la naïveté du rédac- 
teur n'a jamais indiquée, tandis que la traduction de M. Schechter, 
strictement littérale, laisse au lecteur le soin de s'orienter lui- 
même. 

Nous donnerons ici, en guise d'introduction, un exposé som- 
maire des faits qui ressortent d'un premier et rapide examen, faci- 
lité d'ailleurs par l'étude de l'éditeur. Ce tableau ne s'accordera 
pas toujours avec celui de notre savant collègue. 

1. Voir la belle étude de M. S. Poznauski sur Anan et ses écrits, Revue, XMV, 
I». 17(1 et .suiv. 



UN ÉCRIT SADDUCEEN 163 



i. Les manuscrits, la langue. 



Notre opuscule, qui nous est parvenu en deux exemplaires, dont 
la date extrême est le xi° siècle, selon toute apparence, a eu beau- 
coup à souffrir du temps. L'un des mss., 1res incomplet, n'a que 
seize pages, dont plusieurs sont mutilées; l'autre n'est représenté 
que par un feuillet, en mauvais état également. L'écrit n'a pas eu 
moins à pâtir des copistes, dont l'incurie et la légèreté dépassent 
toutes les bornes. Tout cela n'est pas fait pour faciliter l'intelli- 
gence du texte, qui trop souvent se réfère à des événements qui 
sont pour nous un mystère. A ces difficultés vient s'ajouter la 
gaucherie du rédacteur, dont le style, d'une pauvreté manifeste, 
semble s'être proposé de déconcerter le lecteur. 

La langue est déjà par elle-même un témoin instructif d'une 
époque ancienne. C'est de l'hébreu pur, enrichi d'éléments ara- 
méens, comme c'est le cas pour l'Ecclésiastique ; en outre, et comme 
en cet ouvrage, certains termes ou locutions nouvelles qui se retrou- 
vent dans la littérature poslbiblique y ont une acception différente. 
Il est surtout digne de remarque qu'on n'y sent pas l'influence ni 
de l'hébreu de la Mischna et du Midrasch, ni de l'araméen scolas- 
lique ou populaire du Talmud. Sans doute, une renaissance de 
L'hébreu a marqué le x e , sinon le ix e siècle, mais, comme incon- 
testablement l'opuscule est pré-caraïte, c'est-à-dire antérieur au 
vin siècle, la haute antiquité n'en est donc pas douteuse. 

Il est vrai que la forme fait penser au moyen âge; l'auteur, 
comme s'il n'avait pas su voler de ses propres ailes ou pour étaler 
son érudition, procède à coups d'emprunts à la Bible et aboutit a 
une véritable mosaïque. Cette observation serait grave et ruinerait 
toutes les conclusions précédentes, si précisément l'Ecclésiastique, 
avec lequel nous avons comparé plus haut notre écrit, ne nous 
offrait pas, déjà au 11 e siècle avant l'ère chrétienne, un phénomène 
identique. La langue de Ben Sira est bourrée de centons bibliques. 
Il semble que telle était alors la mode. Au reste, la Bible ne 
fournit-elle pas de nombreux exemples de ce genre de composition? 
Qu'on relise seulement, à ce point de vue, le Psaume cvi, avec 
lequel, d'ailleurs, notre petit livre offre des analogies frappantes! 

2. Caractère de récrit et origine de la secte. 

Le but de cet écrit est des plus transparents. C'est une sorte 
de sermon destiné à prévenir les membres d'une secte contre les 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dangers de l'apostasie. Pour illustrer sa démonstration, l'auteur 
revient à satiété sur les châtiments dont la défection des Israélites 
a été la cause. Ces excursions historiques nous valent des rensei- 
gnements sur l'origine de la secte et sur ses adversaires. 

Un passage, qui, ce semble, a été mal interprété par l'éditeur, va 
tout de suite nous révéler les circonstances qui ont provoqué l'hé- 
gire des ancêtres de la communauté. Il est ainsi conçu : 

Quant a tous ceux qui ont pris l'engagement solennel de ne plus entrer 
dans le Temple en vue d'y allumer l'autel et qui fermèrent les portes, 
accomplissant ainsi la parole de Dieu : « Qui d'entre vous fermera la 
porte? N'allumez plus mon autel inutilement! » parce que la Loi n'était 
pas observée comme il convient, — engagement pris pour la période 
d'impiété —, qui ont décidé également de se séparer des fils de perdition 
et de repousser l'argent impur provenant des vœux, des interdits et du 
trésor du Temple, le vol des pauvres de son peuple, le pillage des veuves, 
l'assassinat des orphelins, de prononcer entre le pur et l'impur, le sacré et 
le profane, d'observer strictement le sabbat, les fêtes el le jour du Jeûne 
— comme doivent le faire les membres de la nouvelle alliance dans la 
Damascène — , de prélever les saintetés, dans les conditions requises, 
d'aimer chacun son frère comme soi-même, de soutenir le pauvre et l'in- 
digent, de rechercher le bien d'autrui, de ne point commettre de délit 
par des unions prohibées, de fuir la luxure, selon les termes de la loi, de 
se reprendre les uns les autres comme il a été prescrit, de ne point garder 
rancune du jour au lendemain, de s'éloigner de toutes les souillures, con- 
formément à la règle, et de ne point profaner ainsi l'esprit saint que chacun 
porte en soi, comme Dieu le leur a prescrit spécialement, tous ceux qui 
se comportent ainsi avec une sainte perfection, d'après tous les statuts de 
l'Alliance divine, ont reçu l'assurance de vivre mille générations 1 . 

Ce programme est un tableau composite où se mêlent le passé 
et le présent, mais où le passé transparaît nettement. Le Temple 
n'est aucunement un sanctuaire quelconque édifié dans la banlieue 
de Damas, mais le Temple de Jérusalem, auquel, cela va sans dire, 
se rapportent les versets de Malachie. Les membres de l'Alliance 
qui ont pris l'engagement solennel de n'y plus entrer pour y allu- 
mer l'autel sont les prêtres. Il s'agit donc des descendants d'Aron 
qui ont renoncé à leurs fonctions dans le temple de Jérusalem à 
cause des scandales dont, à leurs yeux, il était le théâtre. Nous 
tacherons plus loin de déterminer la date de cet exode ; il nous 
suffit pour l'instant de noter qu'il s'est accompli lorsque le Temple 
était encore debout. 

Ces prêtres ont été dépossédés de leurs privilèges par des gens 

I . Voir plus loin, p. 183, pour le commentai iv. 



UN ÉCRIT SADDUCÉEN 165 

qui ont usurpé leurs droits. Ils ont dû céder à cette violence parce 
que le peuple, égaré, s'est déclaré pour les hérétiques. L'auteur ne 
sait pas assez déplorer cette coupable désertion de la multitude. 
Secouant la poussière de leurs sandales sur cette Judée devenue 
infidèle, ils sont allés, sous la conduite de «l'Interprète de la Loi », 
s établir dans le pays de Damas, où ils demeureront pendant toute la 
période de l'impiété, jusqu'à l'avènement du « Maître de Justice », 
le Messie, descendant d'Aron et d'Israël, qui châtiera les traîtres. 
Leur fuite en Damascène est un événement d'une telle impor- 
tance historique qu'il a été prévu par le Prophète, parce qu'il 
entrait dans les desseins de la Providence, et qu'il devait être le 
salut d'Israël et le gage de sa perpétuité. Ce n'est rien moins qu'une 
nouvelle alliance que Dieu a conclue avec Israël. 

3. La secte est une secte sacerdotale et sadducéenne . 

Un trait distingue cette secte, c'est le rôle de premier plan 
qu'elle l'ait jouer aux prêtres dans le passé et dans l'avenir ; ils sont 
le centre de l'histoire juive. Cette histoire est d'ailleurs d'une sim- 
plicité naïve : Dieu a contracté alliance autrefois avec Israël ; mal- 
heureusement, le pacte a été rompu par les schismatiques ; de là 
la ruine du pays et la destruction du Temple. Mais Dieu, ne 
voulant pas abandonner son peuple, a fait surgir un sauveur des- 
tiné à édifier une maison plus durable que celles qu'on a vues 
jusqu'ici ; ce restaurateur de la puissance politique d'Israël, c'est 
un descendant d'Aron. Cette œuvre de restauration sera complétée 
par celle de la restauration de la Loi, due également à la nouvelle 
dynastie sacerdotale. Bien entendu, cette réfection religieuse 
n'innovera rien ; ce sera un retour à la doctrine antique. Et ce 
retour est nécessaire, car la Loi a été soustraite aux regards des 
Israélites; même David ne Ta pas connue; elle n'est réapparue 
qu'avec Sadoc. 

Pour le coup, si des doutes subsistaient sur la nature de la secte, 
ils sont levés par ce nom : ce sont des Sadducéens, se rattachant à 
un ancêtre, supposé ou réel, appelé Sadoc. 

4. Hostilité de la secte à l'égard de la race davidique 

analogue à celle de r Ecclésiastique. 

Nous avons signalé déjà quelques points de contact entre notre 
écrit et l'Ecclésiastique de Jésus, fils de Sira. Dans cet ouvrage, il 
est un chapitre intitulé Panégyrique des Patriarches, dont nous 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

disions ' : « Cette espèce d'Histoire Sainte n'en est pas une en réalité. 
L'auteur a beau déclarer qu'il veut dérouler la galerie des hommes 
célèbres d'Israël ; en fait, p'est le panégyrique des prêtres qui est le 
but principal de cette revue rapide du passé d'Israël. Les proportions 
qu'il donne aux paragraphes consacrés à Aron e| à ses successeurs 
en sont déjà une preuve éclatante. Tandis qu'Abraham, Isaac, 
Jacob, Joseph, Moïse lui-même ne sont favorisés que de quelques 
lignes, les Aronides sont le sujet de longs développements. Il est 
visible qu'ils forment la partie centrale du morceau : aussi le 
panégyrique se termine-t-il sur l'éloge d'un pontife entouré de la 
vénération de lous, Siméon, fils dOnias. Ben Sira... est un avocat 
des prêtres et il nous a transmis l'écho des théories sacerdotales. 
Hécatée d'Abdère, contemporain de Ptolémée Soter (306-283), a 
rapporté cet éloge des prêtres juifs, qu'il tenait assurément d'un 
de leurs amis : « Moïse choisit les hommes les plus affables et les 
plus capables de diriger toute la nation et les investit de fonctions 
sacerdotales. Il leur assigna le service du temple, du culte divin et 
des sacrifices. Il leur confia également le jugement des causes les 
plus importantes, la garde des lois et des mœurs. Les Juifs ne 
durent jamais avoir de roi ; le gouvernement de la nation devait 
être toujours attribué à celui des prêtres qui serait réputé le plus 
sage et le plus vertueux. On lui donne le nom de Grand-Prêtre et 
on le considère comme le messager des ordres de Dieu. C'est lui 
qui, dans les assemblées et autres réunions, transmet les comman- 
dements de Dieu, et en ce point les Juifs se montrent si dociles 
qu'aussitôt ils se prosternent à terre et adorent le Grand-Prêtre qui 
leur interprète les ordres divins. » La ressemblance de cet exposé 
avec celui de Ben Sira est frappante. C'est Aron, c'est-à-dire les 
prêtres, qui selon une règle perpétuelle, a la garde des comman- 
dements, lui qui a pouvoir sur le statut et le jugement, qui 
enseigne à son peuple les préceptes et les lois. Trois fois Dieu a 
renouvelé ce pacte conclu avec la famille sacerdotale. — Que 
devenaient, dans ce système, les promesses faites à David et à ses 
descendants ? La famille davidique s'était rendue indigne des 
faveurs divines. Salomon déjà s'était laissé corrompre. De tous les 
rois de Juda, trois seulement ont été fidèles à Dieu ; les autres 
n'ont commis que des crimes. Assurément la divinité a contracté 
une alliance avec la race de David ; mais combien ce pacte diffère 
de celui qu'il a conclu avec Aron et qui seul durera éternellement 
et passera à tous ses descendants ! » Aussi ne s'étonnera-t-on pas 

A. L'Ecclésiastique, 1, |>. xxivi et s. 



UN KO RIT SADDUCKKN 167 

«I no . dans |e cantique final, Ben Sira s'écrie : « Louez Celui qui a 
lait choix des lils de Sadoc pour la prêtrise ; sa grâce esl 
éternelle ! » 

Jésus ben Sira, ce Sadducéen avant la lettre ', a été dépassé 
par l'auteur de notre opuscule. Le contraste entre les prêtres bon 
teint, qui auraient du continuer à administrer le pays, et la 
dynastie de David est plus poussé encore. On ne saurait croire, 
cbez un Juif, à un lel mépris pour le fils de Jessé et sa descen- 
dance. On a vu que David est accusé tout bonnement d'avoir 
ignoré la Loi. Le titre de roi est même remplacé par celui de Nasi, 
prince. Bien mieux, et la chose ressemble à une gageure, le roi 
(dans Amos, 5, %%) signifie la communauté d'Israël, et la tente de 
David que Dira relèvera, ce sont les livres de la Loi ! Il faut voir 
aussi la façon expéditive dont il est parlé des rois : ils ont péri 
pour avoir violé l'alliance contractée par Dieu avec les patriarches. 

;'). La secte attend un Messie-prêtre. 

Cette glorification des prêtres sadokites, qui a pour corollaire 
la dépréciation de la race davidique, atteint à son apogée dans 
le programme des temps messianiques. Que les descendants de ces 
pontifes exercent le sacerdoce à cette époque bienheureuse, cela 
va de soi : Ezéchiel Ta déclaré formellement. Mais un autre honneur 
leur est réservé, singulièrement plus brillant : d'eux sortira le 
Messie. Le Messie ne sera aucunement un rejeton de David, un 
descendant de Juda ; ce sera un prêtre issu d'Aron et d'Israël, qui 
châtiera tous ceux qui se sont insurgés contre l'autorité du 
pontificat. 

L'existence d'une pareille conception était postulée par l'étude 
de deux Apocryphes qui sont étroitement unis à notre opuscule, 
les Jubilés et les Testaments des douze Patriarches. Dans ce dernier 
surtout, Juda et Lévi sont les deux chefs futurs d'Israël, les 
instruments de son salut. Mais la suprématie est donnée à Lévi. 
Or, une telle juxtaposition de la race de David (Juda) à celle d'Aron 

1. On a opposé à cette vue la contradiction qu'il y aurait entre la doctrine philoso- 
phique des Sadducéens sur le destin, d'après Josèphe, et celle que prêche Ben Sira 
(A. Marmorstein, Zeitschrift /'. d. alites t. Wissenschaft, 1909, p. 292). L'objection 
révèle une certaine ingénuité ; elle suppose : 1" que le Sadducéisme du temps de 
Josèphe était exactement le même, dans tous ses éléments, que celui de la secte trois 
siècles auparavant et que ces sortes d'opinions étaient si nettement arrêtées qu'elles 
p-t, lient immuables; 2" que Josèphe n'a pas voulu, eomme il le fait souvent, jeter 
,iu\ Romains de la poudre aux yeux en traçant le tableau d'écoles de philosophes 
symétriques a relies du monde gréco-latin : or il n'y a plus personne aujourd'hui pour 
se méprendre sur cette gasconnade. 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(Lévi), se comprend difficilement. Ce n'est pas par goût du 
compliqué qu'on a imaginé une telle combinaison '. On a dû y être 
contraint par l'existence simultanée de deux systèmes contradic- 
toires, qui préconisaient respectivement un Messie fils de Juda et 
un Messie fils de Lévi. Le système des Testaments n'est qu'un 
compromis, un essai de conciliation. C'est dans le même esprit 
que les Évangiles font descendre Jésus de Juda et de Lévi. Cette 
tentative d'harmonisation était nécessaire, car il ne manquait pas 
de gens, comme l'auteur des Psaumes deSalomon, pour reprocher 
aux Hasmonéens, descendants d'Aron, d'avoir usurpé le pouvoir 
politique, qui devait être réservé à la postérité de David, et pour 
opposer à ce fantôme de royauté cléricale, qui avait fait fondre sur 
la Judée la ruine et l'invasion étrangère, le Messie fils de David, 
qui ferait régner de nouveau la justice et le droit. Sans doute 
les Psaumes de Salomon sont postérieurs aux Testaments des 
Patriarches, mais les idées qui y sont développées ne sont pas 
nées dans le cerveau de leur auteur ; elles guidaient déjà les 
Pharisiens qui se séparèrent de Jean Hyrcan. 

Ce postulat est aujourd'hui corroboré par notre écrit, qui, 
quoique postérieur à ces deux Apocryphes, a conservé la théorie 
intransigeante des prêtres sadokites. L'auteur n'avait pas à capi- 
tuler devant la doctrine triomphante, car celle-ci était justement 
celle du parti adverse, dont la puissance n'avait qu'un nom : le 
règne de Belial, c'est-à-dire de Satan. 



6. Le parti adverse, les Pharisiens. 

L'exaspération de l'auteur ne se contient plus quand il lui faut 
parler des adversaires des Sadducéens ; ceux-ci, on le devine 
sans peine, sont les Pharisiens. Impossible de se tromper sur la 
description qu'il en trace. L'épithète ironique qu'il se plaît à leur 
décocher est celle de « bâtisseurs de murailles ». A ce trait, il faut 
bien reconnaître ces rabbins des premiers temps qui avaient pour 
principe : « Faites une haie autour de la Loi. » Mais, qu'on ne s'y 
trompe pas, ce reproche n'est qu'une raillerie. Ce n'est pas leur 

1. On l'a expliquée par le dessein de concilier le fait accompli, à savoir le gouver- 
nement du pays par lesprètres-rois hasmonéens, avec la croyance à un futur Messie fils 
de David. Mais est-il vraisemblable que, même dans l'intérêt de sa cause, un auteur 
aurait osé forger de toutes pièces une théorie en contradiction avec l'espérance natio- 
nale ? Combien est plus naturelle sa conduite si l'on suppose qu'au lieu d'innover, il se 
borne à reprendre à son compte le système des premiers Sadducéens, des pontifes se 
rattachant à Sadoc, dont les Hasmonéens sont les héritiers, avec l'adhésion des trans- 
fuges de l'ancien parti ralliés au nouveau régime l 



UN ÉCRIT SADDUCÊEN 169 

rigorisme qui est pris à partie; ce sont, au contraire, leurs nou- 
veautés qui ne vont à rien moins qu'à la destruction de cette Loi 
dont ils se déclarent les protecteurs. Les Pharisiens, réformateurs, 
révolutionnaires, prêchant des doctrines subversives, voilà le 
portrait que s'en fait la secte sadducéenne, et voilà le spectacle 
inattendu que nous réservait notre petit écrit. 

Ces réformes dangereuses sont de plusieurs sortes : elles sont 
revêtues d'étiquettes pour le moins sévères. 

C'est d'abord la luxure. On sait la place qu'occupe ce vice dans 
la prédication des Jubilés et des Testaments des Patriarches, 
comme dans le livre d'Hénoch. Notre auteur leur emboîte le pas, et 
du même coup nous révèle les griefs qui se cachent parfois sous 
ces accusations générales. La luxure consiste dans le fait que les 
Pharisiens permettent certaines unions que prohibent les Sad- 
ducéens ; ils autorisent un mari qui a répudié sa femme à convoler 
en secondes noces, même quand sa première épouse est encore en 
vie, et ils admettent le mariage d'un oncle avec sa nièce. L'accu- 
sation est fondée: telle est effectivement la loi pharisaïque ; les 
rabbins, peut-être par une sorte de bravade, ont été même jusqu'à 
faire un mérite et une obligation d'épouser sa nièce. 

La luxure se manifeste encore dans le relâchement des règles 
qui concernent l'impureté de la femme. Quand on se reporte à 
l'arsenal de lois qui forme le traité Nidda, consacré à ce sujet, 
on est quelque peu surpris de ce reproche. Il reflète une intran- 
sigeance qui explique une fête instituée par les Pharisiens, pour 
commémorer le jour où fut aboli le code sadducéen 4 . Josèphe, 
d'ailleurs, note la sévérité de la secte 2 , qui de son temps cependant 
n'était qu'une pâle image de celle que notre opuscule met en scène. 

La raison de cette sévérité n'est pas seulement l'outrance d'une 
logique qui ne veut pas composer avec le mal ; elle a un caractère 
sacerdotal : la violation des lois de pureté a pour conséquence la 
profanation du Temple. Telle est évidemment la cause des revers 
dont eurent à souffrir et le Temple et ses prêtres. 

Les Pharisiens commettent un autre méfait, sur lequel les Jubilés 
insistent non moins, c'est la transgression du sabbat et des fêtes. 
L'accusation, qui surprend aussi tout d'abord, n'est pas appuyée de 
détails probants ; mais il n'est pas difficile de remplir la lacune à 
l'aide des Jubilés et du Talmud. Les Pharisiens ont fait œuvre de 
révolutionnaires par la réforme du calendrier, qui a déplacé les 

1. Mef/uillat Taanit, ch. 4. 

2. Ant, XX, 9, 1 : XIII, 10, 6. 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Tôles et du même coup annihilé la vertu des solennités saintes. 

Le sabbat lui-même n'a pas trouvé grâce à leurs yeux, car ils en 
ont atténué la rigueur, entre autres par l'institution de Ycroub, qui 
permet ce jour -là des déplacements interdits par le Pentateuque. 

Le zèle pour la religion s'accompagnait d'amertume profes- 
sionnelle. Pour préconiser toutes ces innovations et pour les faire 
passer dans la pratique, il avait fallu aux Pharisiens empiéter 
sur les droits ou privilèges des prêtres. Ces rabbins sont 
des usurpateurs qui ont renversé les clôtures établies depuis 
l'antiquité. Ils ont d'abord ravi au corps sacerdotal la faculté 
d'enseigner, de décider entre le pur et l'impur, de prononcer entre 
le profane et le sacré. Est-ce donc qu'ils auraient le monopole de 
la science ? Tout au rebours, la vraie science appartient aux 
docteurs sacerdotaux, qui, d'ailleurs, ont formé des disciples parmi 
les Israélites. A l'école de la science laïcisée, qui triomphe dans la 
coulisse, l'auteur oppose celle du « Maître de justice » et de ses 
élèves, qui l'ont suivi dans la Damascène. 

Non contents de s'arroger le droit de répandre leurs mensonges, 
ces « bavards » se sont attribué par surcroît le pouvoir judiciaire. 
C'est ce qui leur permet d'acquitter les coupables et de condamner 
les innocents. 

Pour cela, il est vrai, il leur a fallu l'assentiment du peuple. 
Effectivement, la multitude a embrassé leur parti, et c'est un spec- 
tacle dont la secte ne peut se consoler. Cette adhésion de la masse 
populaire aux doctrines pharisaïques, que l'auteur a dû enregistrer 
avec peine, nous est attestée formellement par Josèpbe *. 

Après ce faisceau d'arguments de toute sorte, il ne peut, ce 
semble, subsister le moindre doute sur le nom de la communauté 
qui s'était réfugiée aux environs de Damas ; c'est, sans conteste, 
une secte sadducéenne. 

7. L'écrit, dans sa partie historicité, a été composé 
avant la destraction du Temple. 

Pour que ce résultat ait une valeur historique de bon aloi, 
encore faut-il que le document ne soit pas trop récent. Est-il un 
moyen d'en déterminer l'âge, en dehors des considérations 
énumérées plus haut? 

La réponse, pour nous, ne comporte aucune réserve : notre 
opuscule, dans sa partie sermonnaire, est antérieur à la destruction 
du Temple de Jérusalem. Encore que cette conclusion manque de 

1. /In/., XIII, 10, 5 et 6: XVIII, 1, 3. 



UN ÉCRIT SADDUCÉKN 174 

précision, elle sera appréciée, si elle est fondée, par ceux qui 
savent la rareté des renseignements authentiques que nous 
possédons sur cette période décisive des destinées du Judaïsme. 

Or, voici ce qui nous autorise à affirmer cette date extrême. 
Gomme on s'en convaincra aisément, le but principal de ce sermon 
historique, c'est d'arrêter les défections menaçantes par le tableau 
des maux provoqués par les schismes anciens. C'est à- cause de 
leur hérésie qu'autrefois Dieu s'est détourné du peuple et de son 
temple et qu'il a livré les Juifs au pouvoir de Nabuchodonosor. 
Mais les crimes des schismatiques nouveaux sont plus criants 
encore ; aussi la réprobation divine se manifeste-t-elle avec éclat, 
dans la cruauté du roi gréco-syrien, qui a ravagé le territoire et 
abandonné les coupables à l'épée vengeresse. Or, quel argument 
pour notre prédicateur que la ruine du second Temple ! Il n'a pas 
assez d'injures contre ces bâtisseurs de murailles qui ont forcé les 
membres de l'Alliance à s'enfuir et qui ont perverti la nation : 
pourquoi ne leur jette-t-il pas à la face la destruction du sanctuaire 
dont ils sont responsables; comment ne brandit-il pas devant 
ses auditeurs cet exemple fameux des châtiments qui attendent 
les déserteurs de la bonne cause ? Pour s'être privé d'un moyen 
de persuasion aussi puissant, alors qu'il n'avait pas manqué de 
relater la fin du premier Temple, il faut que le second ait encore 
été debout. 

Il y a plus. A différentes reprises, les Pharisiens sont accusés de 
souiller le Temple par leur luxure. S'agirait-il, par hasard, des 
synagogues, qui s'étaient substituées au sanctuaire disparu ? Les 
membres de la communauté de Damas devaient peu se soucier de 
la sainteté de ces oratoires dirigés par les Pharisiens et où s'accom- 
plissaient des rites qu'ils réprouvaient. Il ne peut être question 
que du Temple de Sion, dont la pureté importait à ceux qui en 
avaient toujours été les prêtres officiels. 

Enfin, ce n'est pas par hasard que l'auteur s'arrête aux persé- 
cutions dirigées contre les Juifs par un roi grec. Aussi bien qu'il 
prononce le nom de Yavan (Grèce- Syrie), il aurait pu parler 
d'Edom ou des Kittim, c'est-à-dire des Romains. Damas n'était 
pas si loin de la Judée qu'on n'y eût pas entendu l'écho de 
la terrible guerre de 66-70, qui eut, au reste, sa répercussion 
a Damas même, où, d'après Josèphe, dix mille Juifs furent 
massacrés *. 

(A suivre.) 

Israël Lévi. 

1. Bellvm .lud,, II, 20, 2; dix-huit mille d'après VU, 8, 7. 



172 REVUE DES ETUDES JUIVES 



TRADUCTION 1 

Et maintenant ('coulez, vous tous, « connaisseurs de la justice 2 », 
et comprenez les actions de Dieu 3 , car il entre en procès avec 
toute chair 5 , et il exerce sa justice contre tous ses contempteurs. 

En effet, c'est pour la faute qu'ils ont commise en l'abandonnant, 
qu'il a détourné sa face d'Israël et de son sanctuaire et qu'il les a 
livrés au glaive :i . 

Toutefois, se souvenant de l'alliance qu'il avait conclue avec les 
patriarches 6 , il laissa à Israël un reste et ne consomma pas leur 
destruction totale. 

Aussi, dans la période 7 de la colère, trois cent quatre-vingt-dix 
ans après les avoir livrés au pouvoir de Nabuchodonosor, roi de 
Babylone, il les visita, et il fit sortir d'Israël et d'Aron la racine 
d'un plant pour devenir maître du pays et faire heureusement 
prospérer sa terre 8 . Les Israélites considérèrent leur faute et 

1. Les italiques indiquent les citations de l'Écriture, les guillemets les centons 
bibliques; la lettre S. désigne M. Schechter, A. et B. les deux manuscrits. 

2. Isaïe, 51, 7. Allusion, sans doute, au nom de la secte ou à son chef. L'expression 
revient plus loin. 

3. Cf. Job, 37, 14; Jér., 25, 31. Le nom de Dieu est toujours écrit btf, même dans 
les citations de la Bible où figure le tétragramme. 

4. Cf. Osée, 4, 1. L'auteur utilise beaucoup ce prophète. La phrase veut dire que Dieu 
juge toutes ses créatures. 

5. Allusion à la fin du royaume de Juda et à la destruction du Temple. Cf. II Chr., 
7, 21-22 ; 24, 18; 34, 25 ; Deut., 29, 24; Jubilés, 1, 13. 

6. a ■» ara an rma; cf. Lévit., 26, 45. 

"• "pnn yp ne signifie pas « la fin de la colère », mais la « période », la « durée » 
de la colère. Le mot Vp a toujours ce sens dans notre écrit. C'est également le cas 
dans Sira, 43, 6. Smend renvoie, à ce propos, à Job, 6, 11, où la Septante rend rî7J 
"^p par (xou ô y.pôvoç. — L'auteur considère donc que la période de réprobation a 
continué même avec et après le retour de l'exil de Babylone, célébré pourtant dans la 
Bible comme le signe du retour de la faveur divine. Cette conception historique est 
l'indice d'un état d'esprit qui s'observe avant la destruction du second Temple ; c'est celle 
du chapitre xcm du Livre d'Hénoch, ouvrage utilisé par notre auteur. Dans la fameuse 
Apocalypse des Semaines, qui est un des plus anciens morceaux du livre, il est dit 
que le monde aura une durée de dix semaines. La sixième se terminera par la destruc- 
tion du Temple, et la septième, allant de la captivité' de Babylone jusqu'au temps 
du narrateur, sera caractérisée par la perversité des Juifs. 

8. D'après cela, il y aurait eu une nouvelle dynastie sacerdotale à cette date. Si les 
chiffres ici donnés doivent être interprétés rigoureusement, l'assertion de notre auteur 
ne serait pas d'accord avec Josèphe. En effet, ce calcul nous reporterait à l'année 
197/196 avant l'ère chrétienne, à supposer que le rédacteur aurait possédé des notions 
exactes de chronologie. Alors le grand-prètre était Simon II, dont Jésus ben Sira fait 
un élocre si pompeux et qui en même temps était pour les rabbins le premier des 



UN ÉCRIT SADDUCÉEN 1T3 

reconnurent qu'ils avaient été coupables et avaient été comme des 
aveugles et comme des gens tâtonnant dans le chemin ', vingt ans 
durant -. 

Dieu, ayant examiné leur conduite ;; et vu qu'ils le recherchaient 
avec sincérité \ leur suscita un Maître de justice* 5 , pour les diriger 
dans le chemin cher à son cœur. 

Il a donné connaissance à la postérité de ce qu'il a lait (à la der- 
nière génération) à la bande de trompeurs, qui ont délaissé le bon 
chemin . C'est là le temps que vise le verset : « Comme une vache 
rebelle, ainsi fut indocile Israël 1 ». Ceci arriva lorsque se leva 
l'homme de raillerie 8 , qui lit couler sur Israël les eaux de men- 
songe 9 et les « égara dans un chaos sans route ,0 », abaissant les 

docteurs de la Loi. Mais Simon II n'est pas le chef d'une dynastie. Faudrait-il admettre 
qu'aux yeux de l'auteur, tous ses prédécesseurs ne comptaient pour rien et que, par 
une fiction historique, la famille pontificale aurait, en quelque sorte, commencé avec 
ce grand-prêtre ? Mais reste à savoir s'il était si bien informé. Peut-être, par exemple, 
390 est-il un chiffre rond, emprunté à Ezéchiel, 4, 5 (c'est l'hypothèse suggérée d'abord 
par M. Schechter 1 ). Toutefois ce nombre, si imprécis qu'on l'admette, pourrait difficile- 
ment représenter les 70 ans de la durée traditionnelle de l'exil, et encore moins les 
52 ans de la durée effective. Aussi, d'après M. Schechter, faut-il corriger 390 en 490, 
somme égale aux 70 semaines de Daniel (9, 2, 24), que l'auteur connaissait tout au 
moins par le Testament de Lé\i (16-17). Mais comme ces 70 semaines doivent se ter- 
miner avec l'avènement de l'ère messianique, reculé dans un temps éloigné, la correc- 
tion ne rime plus à rien. — On dira encore peut-être que ces chiffres correspondent à 
la chronologie du Séder Olam, adoptée par le Talmud, et qui fait commencer la Res- 
tauration 420 ans avant la destruction du Temple, c'est-à-dire en l'an 352 avant l'ère 
chrétienne. Dans ce cas, l'événement dont il est ici parlé se placerait en l'an 32 avant 
J.-C, c'est-à-dire sous le régne éphémère d'Antigone. Mais cette époque ne cadre 
aucunement avec les événements auxquels fait allusion notre récit. — Les derniers 
mots de la phrase, qui prêtent à plusieurs interprétations, semblent signifier que ce 
prêtre est devenu le chef politique du pays. On peut les traduire d'après Is., 1, 1!» : 
i pour s'engraisser du meilleur de sa terre ». 

1. Isaie, 59, 10. 

2. Cela signifie-t-il que les Israélites mirent vingt ans à reconnaître l'autorité de la 
dynastie sacerdotale dont il vient d'être parlé ? 

3. Ps., 33, 15. 

4. I Chr., 29, 9; Jub., 1, 15. 

5. p*7£ mi?3- Cf. Osée, 10, 12. C'est vraisemblablement celui des grands-prêtres 
qui était le plus réputé par sa science. 

6. Si Dieu a fait connaître le sort réservé à ces hérétiques, c'est pour prévenir ceux 
qui seraient tentés de les imiter. Kst-il ici question d'un schisme qui aurait vu le jour 
peu après l'avènement de ce Maître? 

7. Osée, 4, 16, bfinttT "l"IO (p) rTPTlO ÏT1SO. 

8- THÇbn *J*N, cf. Isaie, 28, 14, *pasb "'ŒjN ; plus loin il sera question de "^338 
yi£,b. L'auteur appelle ainsi le chef du parti dissident, qui, cela va sans dire, est 
également juif. Mais qui est-ce? 

9. 2T=> *n*a bmwb span i»»; cf. nichée, 2, o : rrm ym^tF isan b&* 

D77Î ETE 73- C'est donc un chef de secte, coupable d'avoir propagé l'hérésie. 
11). Ps., 107, 40. Le peuple s'était donc rallié à sa doctrine. 



174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

hauteurs antiques 1 , sécartant des sentiers de la justice 1 , renver- 
sant les limites iixées par les anciens dans leur héritage-. Aussi, 
les « exécrations de son alliance 3 » s'attachèrent à eux; ils lurent 
abandonnés à « l'épée vengeresse, vengeresse de l'alliance 4 ». 
Tout cela parce qu'ils avaient recherché les dissensions, préféré 
les impostures 5 , tendu aux scissions 6 , fait montre d'entêtement 7 , 
innocenté les coupables et condamné les innocents 8 , transgressé 
l'alliance, violé la loi '' ; parce qu'ils s'étaient « ligués contre l'âme 
du juste ,0 », et avaient pris en haine ceux qui marchent dans la 
droiture, les avaient poursuivis les armes à la main H , heureux de 
fomenter des luttes fratricides l2 . 

[P. -fi] Voilà pourquoi « la colère de Dieu s'enflamma » contre leur 
faction, décimant leur multitude, et voilà pourquoi leur conduite 
fut à ses yeux un sujet de répulsion u . 

Maintenant, écoutez-moi, membres de l'Alliance ' s , je vais révéler 
à vos oreilles les voies des méchants ,:1 . 

Dieu aime la sagesse, la science et l'intelligence; il a placé 
devant lui la raison et la connaissance pour le servir. 

1. ab"iy rnrî33- M. Schêellter propose de corriger en m y 33 ; c'est inutile. Ce 
Mtiit les nouveautés qui sont ici dénoncées, nouveautés qui ont pu se manifester par 
une usurpation de pouvoirs : les anciens prêtres se seraient vu déposséder de leurs 
privilèges — les usurpateurs seraient alors les Hasmonéens — , OU spécialement de leur- 
rôle de docteurs du peuple — et ce seraient les Pharisiens qu'on viserait. 

2. Deut., 19, 14. L'usurpation est ici plus nettement dénoncée. 

3. Deut., 29, 20. 

4. Lévit., 26, 25. 

•"»• m"bnn?33 ■nm , n mpbna iia-n -iïjn ■*n3»a*ef. isaïe. 30, 10, 13b mai 
mbnns im mpbn- 

6. manob lÉOET M. S. propose de lire m:S**!E liT^D" 1 ", qui serait préférable, car 
ce n'est pas seulement l'intention, mais l'acte qui est blâmé. 

7. "ïNIXn 31Ï23, littéralement : « la beauté du cou », locution impropre, ou nou- 
velle. D'après M. S., "iNiaCïl serait peut-être à corriger eu ~myn « qui passe, 
périssable », le bien passager. C'est peu probable. naTINn 31133 ne serait pas 
meilleur. 

8. Cf. Prov., 17. 15. Entendez, sans doute, que ces gens s'étaient arroge la magis- 
trature, ce qui est vrai des Pharisiens à l'époque de Salomé Alexandra, ou des Mac- 
chabées après le triomphe de Juda. 

9. Cf. Jos., 7, 15, et Is., 24, ;i. L'alliance est ici la Loi. 
10. Ps., 94, 21. 

H. 3*"inb D1DT"m- Les .Macchabées ou les Pharisiens ;i l'époque de feur triomphe. 

12. Dy 3*nb ID^D^, pour "im^^l. 

13. T3Db rmb, cf. Ézech., 30, 17. 

14. n"H3 ^3. Les membres de l'Alliance sont le parti orthodoxe, résidant dans 
la Damascène. Cf. Jér., 34, 10. 

15. Pour les prévenir de ce qui les attend s'ils imitent leur conduite. Tel est, d'ail- 
leurs, le but de tous ces discours, qui se répètent avec une monotonie fastidieuse. 
D33TK nbaKl fait pendant a D3P3"<y nbaKI du paragraphe suivant. 



UN ECK1T SADDUCEK.N 175 

Avec lui sont la longanimité et l'abondance du pardon pour 
absoudre ceux qui se repentent de leur péché. Mais il possède aussi 
la force, la puissance et un grand courroux, avec des flammes de 
feu ', Instruments des anges de châtiment 2 , contre les sectaires et 
eeu\ qui haïssent la loi 3 , « de manière à ne point leur laisser de 
snnivants 4 ». Car Dieu ne les avait pas élus, à l'origine, connais- 
sant à l'avance leurs actions. Il a eu eu abomination leurs généra- 
tions :i et s'est détourné du pays, jusqu'à leur extinction fi . Il a fait 
connaître 7 la durée de leurs fonctions, leurs nombreuses [tribu- 
lations], le détail des événements futurs avant leur arrivée et 
l'histoire jusqu'au terme 8 . Il a toujours fait surgir des hommes 
distingués. « afin d'assurer au pays un espoir' 1 » et « de remplir 
le monde <0 » de leur postérité. Tout cela, il l'a fait connaître par 
son oint", par 1 son esprit saint '-, et c'était la vérité |: \ et pareil- 



1. Is.. GO. 15: cf. th.. 30, 30. 

2. ban ^ifctbfà, eiprëssiôh èouraute dans les Pseudcpigraphcs: voir, entre autres, 
Hénoeh, 63, 1 : 66, 1. 

3. pn "aynE, cf. Micnée, 3, 9. 

i. Ezra, 9, 14. 

•'»• D~ï73 mm, '|iH' M. S. est disposé à lire D1p?2 '"I. est probablement un lapsus 
pour Drrrvn. 

6. 173 avant Q73"in iy doit être effaré. «Jusqu'à leur extinction» signifie pro- 
bablement que Dieu continuera à détourner sa face du pays jusqu'à leur extinction. 

7. 11 faut lire probablement snw et non ypl, comme le montre la suite. 
C'est sans doute une allusion à une Apocalypse qui racontait l'histoire des prêtres 
orthodoxes et leur triomphe futur. 

*. iy n-nnan ïnabw -nn bao arr»i:p «rw nsotti myn ■w dn p-rn 

D513> ^3U3 bab BîfXpa Nia" 1 rtSSS. Cette phrase serait uue énigme, si elle ne 
revenait pas, mais plus complète, un peu plus loin. Là on lit : Û~ Tn73tfJ T25Y")D ÏIjTI 

Drrvyv wwi Dn-ronn <»3«M dïwnai naotti miiyn yv~\ prvrpirn. — 

173773 "»31D, comme 173273 yp- indique la durée du pontificat ; après "1DD73 il faut 
ajouter ûrpm""|]£ : UÎT1E n'a pas le sens d'interprétation, mais veut dire : « le 
détail »; cf. mmD dans Esther, 4, 7 ; 10, 2 ; "Hfj < J t HVÏ13 sont synonymes; le 
dernier mot se retrouve dans Sira, 42, 19; 7Î73 13>, comme le dit très bien M. S., doit 
se lire en un mot et être rapproché du syriaque N7312 — A la rigueur, ce pourrait 
être le parti hérétique qui serait indiqué ici, et au lieu de sous-entendre DrpmHlt 
« trihulations » après 1D073, il faudrait tout simplement supprimer ce mot, qui 
serait un synonyme dp "JilID, qui suit. 
9. Ez.. li, 22. 

10. Is., 27, 6. 

11. S'agit-il d'un personnage de l'Histoire Sainte chargé de révéler l'avenir, comme 
Hénoeh ? C'est peut-être Moïse, qui reçoit d'un ange les révélations qui forment le 
Livre des Jubilés. 

12. L'auteur veut probablement dire que cet écrivain apocalyptique a été inspiré 
par Dieu. 

IS. Probablement: la révélation a été confirmée par les événements, toute apoca- 
Ivps. renfermant une partie historique. 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lement rémunération de leurs noms '. Quant à ceux qu'il déteste, 
il les abandonne à l'erreur 2 . 

Maintenant, mes enfants, écoutez-moi, je vais éclairer vos yeux 
aiïn qu'ils voient et comprennent les actions de Dieu, pour que 
vous choisissiez ce qu'il aime et méprisiez ce qu'il hait, que vous 
marchiez intègres 3 dans toutes ses voies et ne vous laissiez pas 
entraîner parles pensées du mauvais penchant 4 et l'attrait de la 
luxure ' 6 . 

Nombreux sont ceux qu'ils 6 égarèrent; des héros y trébuchèrent 
depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, obéissant aux séductions de la 
passion \ Ainsi tombèrent les vigilants du ciel 8 , furent pris ceux qui 
n'observèrent pas les commandements divins et' churent 9 leurs fils, 
d'une stature de cèdres, d'une taille de montagnes ,0 . « Tous les êtres 
qui étaient sur le sec moururent H » et «furent comme s'ils n'avaient 
pas été * 2 », parce qu'ils avaient suivi leurs instincts et n'avaient pas 
été dociles aux ordres de leur Créateur. Aussi la colère de Dieu s'en- 
flamma-t-elle contre eux. [P. 3] C'est ainsi également que s'égarèrent 
les fils de Noé et leurs familles, et ce fut leur perte 13 . 

1. Biffer "I72U3, qui est une dittographie de DTP m 73 '£3 (S. y. L'Apocalypse racontait 
l'histoire des prêtres. 

2. Taut pis pour ceux qui ne comprennent pas ! 

3. Ps., 101, 6. 

>. rro^N *iar matorran -nnb m'di ; cf. Gen., 6, 5, macrra w. — w 

TTOIBN est probablement l'équivalent de y'in "îaf. 

o. m3T *Î9.' M. S. corrige en ^y, en comparant cette expression à l'interpréta- 
tion talmudique m3î ")T DS^y "HTIKI {Sifrè, Nombr., 115). La correction est inutile, 
"»32 a ici le sens de la racine rî3>> dans m3T2 H3"iy, Sira, 42, 8, et, dans l'Ecclésiaste. 
TTH msy. — La matière de ce sermon remplit le Livre des Jubilés elles Testaments 
des Douze Patriarches, que l'auteur cite nommément et dont il s'inspire fréquemment, 
comme on le verra par la suite. Ces Pseudépigraphes lui ont fourni les idées dans 
lesquelles il se meut. Eu particulier, le Test, de Ruben reproche aux adversaires des 
enfants de Lévi (= prêtres) de s'être insurgés contre eux, parce qu'ils étaient tombés 
dans le vice de fornication. 

6. Le mauvais penchant et la luxure. 

7. Jérém., 13, 10. 

8. "H^y, à lire ^vy (S). Ce mot, qui appartient au vocabulaire de Daniel, est 
caractéristique du Livre d'Hénoch. Or, tout le développement qui suit est un résumé 
des ch. vi et vu de cette apocalypse. Cf. Jubilés, 4, 15, 22 ; 7, 21 : 8, 3; 10, 5; Testam. 
de Ruben, 5, de Nephtali, 3. 

9. 1523, explication étymologique de D" , b' 1 E3 de Gen.. 6, 4. 

10. Cf. Amos, 2, 9. Dans Hénoch, leur taille est de 3,000 coudées. 

11. Gen., 7, 22. 

12. Obadia, 16. 

13. On pourrait citer le Midrasch d'après lequel Chain a désobéi à une injonction 
formelle en ayant dans l'arche des relations avec sa femme, mais, outre que ce reproche 
n'est pas adressé à ses frères et encore moins à son père, il est indubitable que l'au- 
teur n'a pas en vue cette légende. C'était probablement un développement banal de la 



UN ÉCRIT SADDUCÉEN ^7 

Mais Abraham ne suivit pas la même route, et il fut inscrit ■ 
comme « l'ami 2 » [de Dieu], pour avoir observé les prescriptions 
divines et n'y avoir pas préféré les suggestions de son esprit. Il 
transmit ces [commandements] à Isaac et à Jacob, qui s'y confor- 
mèrent, et ceux-ci furent appelés également « amis de Dieu 3 », ses 
« alliés ■ » pour toujours. 

Les (ils de Jacob furent égarés par ces [vicesj 5 , et furent punis 
pour leurs péchés*. 

Leurs descendants, en Egypte, s'abandonnèrent aux penchants 
de leur cœur, s insurgeant contre les préceptes divins, agissant 
chacun à sa guise : ils mangèrent le sang 7 . 

Leurs enfants mâles périrent dans le désert, [quand il leur fut dit] 
à Kadès : montez et prenez possession [du pays] 8 . Mais [ils endur- 
cirent] leur cœur, ils n'écoutèrent pas la voix de leur Créateur, les 
commandements de leur maître 9 , « et ils murmurèrent dans leurs 
tentes ,0 ». Alors, Dieu s'étant irrité contre leur assemblée, leurs 
fils périrent, leurs rois furent retranchés 1 ', leurs héros furent 
exterminés, leur pays fut dévasté 12 , car les premiers contractants 



tradition apocryphe qui insistait sur le péché de luxure. D'après M. S., il faudrait 
peut-être lire iyn Û"J3, au lieu de "\yr\ ÏT3« 

1. Lire 3n[lK 3n]3*n, et non 3!Tl[lÉ* 'ïîtD]y*l ; l'expression se retrouve plus 
loin : Û^ams îaTOTl et est courante dans les Juhilés : 19, 9, Abraham fut inscrit 
ami de Dieu; 30, 20, Lévi fut inscrit ami et juste. 

2. Is., 41, 8. 

3. Est-ce parce qu'il est dit i3ï"ïN D!"P.38 JHT (Is., 41, 8) ? 

4. Geu.,14, 13. 

•">. Le livre des Jubilés, que suit notre auteur, montre suffisamment que la faute 
reprochée aux fils de Jacob est la luxure. Par conséquent, dans tout ce qui précède, 
c'est ce vice qui est visé, et nullement la consommation du sang, comme le croit 
M. Schechter. Il est vrai que d'après G en. R., 84, les fils de Jacob auraient été accusés 
par leur frère Joseph de manger des morceaux de viande découpés sur la bête encore 
vivante (Tn ]72 *)3K), mais ce délit n'est pas le même, et il n'est pas prouvé que 
ce Midrasch existât déjà. 

6. Ûm3tt373 nsb, lire *55 (S.). 

7. Détail inconnu autrement, qui s'ajoute aux autres péchés, mais qui ne les 
résume pas. La tradition dit seulement des Israélites du désert qu'ils mangeaient de 
la viande étouffée. Dans Hénoch (vn, 5), les géants boivent le sang ; les Jubilés insis- 
tent sur la défense de consommer le sang, 6, 9, 12, 13 ; 7, 28, 29 ; 21, 6, 7, 17, 18. 

8. Le texte porte Dm"l PN llim iby UHp3 DÏ13. Nous lisons : OÏ"ib ["I73N31 

arm pn [iiop-n yn^n n«] "iizm iby ©np3. m. s. propose îrm nx ntfH, 
ou nrrn "pim •nm , n. 

9. DrmT pour DïTmW (par attraction avec aman? qui précède). Cette leçon 
se retrouve encore plus loin. Ce maître est Moïse. 

10. Ps., 106,25. 

11. La revue est assez sommaire. 

12. Jér., 12, H. 

T. LXI, n« 122. 12 



178 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

de l'alliance ' avaient été coupables; ils lurent livrés au glaive 
pour avoir abandonné l'alliance de Dieu et préféré leurs caprices, 
obéi à leurs instincts, agissant chacun à sa guise. 

C'est par ceux qui restaient attachés aux commandements 
divins et qui avaient subsisté que Dieu établit son alliance avec 
Israël pour toujours, leur révélant les mystères où s'était trompé tout 
Israël à savoir :] ses sabbats saints, ses fêtes glorieuses, ses statuts 
justes, ses voies véridiques et les désirs de sa volonté, « qui donnent 
la vie à qui les suit 2 ». Il leur ouvritp...] et ils creusèrent une citerne 
pour y [recueillir] beaucoup d'eau (mais il ne laisse pas vivre 
ceux qui les méprisent'). Mais eux se roulèrent dans les péchés 
humains :i et dans les voies impures, disant : « Elle est à nous 6 ». 
Heureusement Dieu, dans sa prodigieuse miséricorde 7 , pardonna 
à leur faute et fut indulgent à leur désobéissance, et il leur 
édifia une maison 8 solide en Israël, comme il n'y en a jamais eu 
depuis l'antiquité jusqu'à ce jour 9 . Ceux qui y resteront fidèles 
vivront toujours et auront tout honneur, comme Dieu le leur a 
promis par l'organe du prophète Ezéchiel ,a : « Les prêtres et les 
lévites et les fils de [P. 4] Sadoc qui ont veillé à la garde de 
mon sanctuaire, tandis que les enfants d'Israël s'égaraient loin de 
moi, eux m'offriront la graisse et le sang H . » Par « prêtres » il faut 
entendre les Israélites repentants {2 , qui sortirent du pays de Juda 

1. C'est-à-dire les membres de la première alliance. 

2. Lévit., 18, 5. L'auteur veut parler sans doute de la bonne interprétation de la Loi. 

3. Même lacune plus loin, dans une phrase parallèle. 

4. Ces mots sont une incidente amenée par la phrase précédente. Les. sous- 
entendez : lois et interprétations visées plus haut. 

5. 12313N 3>CD3; cf. Prov., 29, 6. 

6. N^n 13b. M. S. dit que c'est peut-être une allusion à Ézéch., 11, 15. et 33, 24 

iWTHab y-iNn rtana arn -nb. 

7. "WD "H H 3, faute évidente. M. S. corrige en ffitbs 3T*î3, ce qui ne résout 
pas toutes les difficultés. 

8. I Sam., 2, 35. Entendez une dynastie pontificale, celle de Sadoc. 

9. rtin *I3H peut ne rien signifier, mais peut aussi viser la famille pontificale exer- 
çant le sacerdoce à Jérusalem au temps de l'auteur. 

10. Ézéch., 44, 15. 

11. *m iwna rs^i-pn mwœtt ns 1173© nia» pris "oai B*nbm crsron 
ûti abw *b ytinan nr-rbyn banv*, an Kea de pn* -on û-nbn n^rom 
■m*n£i n?:n t?j>73 bcn^ "«m mrra ^£Tpn mwts» pn rvaiz: nia» 

D'il abn t3 a"npnb *Dl)b "H733n "WT©b "^N- Certaines de ces variantes sont 
évidemment des lapsus, mais on ne saurait en dire autant de celles qui vont servir 
d'appui à des interprétations étranges. Comme le texte massorétique. d'accord avec la 
Septante, est sans contredit le seul bon, il en résulte que l'auteur a travaillé sur un 
passage qu'il se rappelait inexactement ou qu'il a volontairement dénaturé. 

12. bN ,, ^U3' , ^310, que M. S. voudrait lire 13^3 « captivité». La conception de l'au- 
teur est celle-ci : tous les Israélites étaient pécheurs, seuls firent exception — et par 
conséquent revinrent au bien — les bons prêtres et leurs partisans. Ces Israélites sont 
naturellement le> prêtres. 



m KCK1T SÀDDUCÉEfl 179 

pour aller dans celui de Damas 'j, [par « Lévites >j, ceux qui se 
joignirent à eux 2 , et par « (ils de Sadoc », l'élite d'Israël portant 
ce nom, qui exercera le ponliiicat :{ à la lin dcsjemps ''. 

Tel est le détail de leurs noms, selon leurs générations, la durée 
de leurs fonctions :i , le récit de leurs tribulations, les années de 
leur séjour à l'étranger 8 et l'exposé de leurs actions 7 . 

[Tels sont les serviteurs?) du Dieu saint 8 , qui leur a pardonné. 
Eux jugent avec équité; pareillement tous ceux qui les suivent, se 
conduisant conformément aux prescriptions de la loi dans laquelle 
ont été instruits les ancêtres. Ainsi en doit-il être jusqu'à la con- 
sommation des années prédites. Selon le pacte conclu par Dieu 
avec les patriarches de pardonner aux péchés, Dieu pardonnera. 
Lorsqu'arrivera l'époque des années exactement prophétisées, on 
ne devra plus se rallier à la maison de Juda 1 *, mais chacun devra 
se retrancher dans sa forteresse; la « brèche sera restaurée, les 
limites seront reculées ,0 ». Mais avant l'échéance de ces années, 
Belial H sera déchaîné en Israël, comme Dieu l'avait annoncé par 
l'organe du prophète Isaïe, fils d'Amos : « Epouvante, fosse et 
piège vous menacent, habitants de la terre ,2 . » Ces trois mots 
doivent s'interpréter comme désignant les trois pièges de Belial, 
dans lesquels, comme l'a dit Lévi, fils de Jacob' 3 , a été pris 

1. A restituer d'après la suite. 

2. Interprétation de Û^lb par D^lbs. 

3. D"H733' , n peut avoir son sens ordinaire « qui se tiendront » ; mais la racine 
est employée par l'auteur avec une acceptation spéciale. 

4. A l'époque messianique. 

'■>. znnyv yp. 
6. D-mann *yz. 

1. Vraisemblablement avant ou après cette pbrase figurait une sorte d'apocalypse 
dont les Sadokites étaient les héros, mais que les copistes ont jugée sans intérêt. 

8. Texte inintelligible : D*T?3 b« "IDD 1U3N n*311ZJ S3*Tlpn. La conjecture de 
M. S. a""|72V*25 XQHp'QTl n'est pas soutenable, l'auteur n'étant pas coutumier de ces 
inversions. 

9. Certainement il n'est pas question ici des « Chefs de la Captivité » (Reseh 
Galouta), ni des Patriarches palestiniens, mais de la Judée, ou à la rigueur du Messie 
qui se donnera pour descendant de David. Comme le montre la suite, il s'agit d'une 
période où Belial régnait en maître, c'est-à-dire du temps qui a suivi le triomphe des 
Pharisiens. 

io. pnnn pm tuïi nnsn: d'après Miebée, 7, il : wmn dv "p-via m»b dv 

■pn pn-p. Le passé est mis ici pour le futur. 

11. Belial est le nom de Satan propre aux Testaments des Patriarches, Ruben, 2, 6 ; 
Simon, 5, etc., au Livre des Jubilés, 1, 20 (15, 3:5) et à l'Ascension d'isaïe, 2, 4 ; 5, 4. 
Il a disparu de la littérature talmudique. 

12. Is., 24, 17. 

13. C'est sans aucun doute le Testament de Lévi qui est ici indiqué. Justement la 
Gueniza a conservé des fragments de ce Testament en araméen, sous une forme qui n'est 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Israël. Belial leur a fait accroire que ce sont trois espèces de 
vertu ! La première, c'est la luxure, la deuxième, le lucre, la 
troisième, la profanation du Temple. Qui échappe à l'un de ces 
pièges tombe dans l'autre, et qui est sauvé de celui-ci est pris 
dans celui-là 1 . Les bâtisseurs de murailles 2 , qui poursuivent 
çaw (les lois) 3 — et çaw, c'est le bavardage à propos duquel 
il est dit : « ils ne font que bavarder '' » — ont été pris dans deux 
jde ces filets] 5 : [premièrement] la luxure, en épousant deux 
femmes, toutes les deux vivantes, [contrairement au] principe 
de la création, suivant lequel Dieu a créé un couple, mâle et 
femelle; [P. 5] d'autre part, ceux qui entrèrent dans l'arche y 
vinrent par couples 6 ; enfin, du prince 7 il est dit : « 77 ne 
prendra pas plusieurs femmes*. » Quanta David, il n'avait pas 
lu le livre de la Loi 9 , qui était enfermé dans l'arche, parce que 
celle-ci n'avait pas été ouverte depuis la mort d'Eléazar, de Josué 
et des anciens, qui avaient adoré les Aschtoret 10 . La Loi ouverte 
resta cachée 11 jusqu'à l'arrivée de Sadoc 12 . Les actions de David 

pas lu même que celle de la version grecque (voir Revue, L1V, p. 166 et s., 285 et s.). 
C'est probablement en raison de ces divergences que le discours indiqué ici ne se lit 
plus dans le texte grec. Mais Je fond se retrouve dans les Testaments de Ruben (4, 7, 
il ; 6, 3), Siméon (5, 3), Joseph (7, 4), et dans les Jubilés, 20, 3, 5, 6; 23, 14; 7, 21 ; 
25, 7; 33, 20; 50, 5. 

1. Is., 24, 18. 

2. yinn "^in. Au lieu de ^in lire V*»n, comme plus loin. L'expression est 
empruntée à Ézécbiel, 13, 10. Elle désigne sans contredit les Pharisiens, dont les 
ancêtres, les « gens de la Grande Synagogue », avaient pour principe : « Faites une 
haie à la Loi » (Abot, 1,2). 

3. Allusion transparente aux « docteurs de la Loi ». 

4. Michée, 2, 6. M. Scbecbter arrête la phrase après « qui poursuivent la Loi ». 
Notre traduction nous paraît préférable. 

5. M. Schechter croit que le mot « deux » anticipe sur les « deux femmes dont il 
sera question ensuite ». 

6. Gen., 7. 9. 

7. Il est remarquable qu'au lieu de roi, terme figurant dans le verset cité, l'auteur 
emploie le mot J8 V «Z53, qui se retrouve dans Ézéchiel. Ce changement intentionnel 
trahit une singulière irrévérence à l'égard de la dynastie de David. La suite montrera 
encore mieux ce manque de respect. 

8. Dent., 17, 17. Notre traduction du verset est sûrement celle que l'auteur avait 
adoptée ; on ne saurait mieux torturer le texte, qui veut dire : « Il ne prendra pas 
beaucoup de femmes. » 

9. Nous voilà loin des rabbins qui attribuaient à David, non seulement la connais- 
sance de la Loi, mais encore la science des docteurs. 

10. Inutile de dire que rien de semblable ne se lit dans le Talmud ni dans les 
Midrascbim. La manière dont sont traités les Juges est caractéristique. 

il. n':33 TVOZ311. M. S. propose de corriger ces mots en nb;0 k""31 *J")?3^^1, ou de 
prendre nbs3 pour une corruption de nbjTQ. Mais TîhjJl est féminin. 

12. Sadoc est le chef de la dynastie sacerdotale légitime et le restaurateur de la Loi. 
Ou c'est un personnage historique, le même que le pli: !"m!B, dont il est parlé 



UN ÉCRIT SADDUCÉEN 181 

furent cachées ' à l'exception du meurtre cTUri, et Dieu les lui par- 
donna. Deuxièmement, ils profanent le Temple' 2 en ne le mettant 
pas à l'abri : \ comme le veut la Loi. En effet, ils ont commerce 
avec les femmes pendant leurs menstrues *, et ils épousent leur 
nièce, fille de frère ou de sœur \ Or Moïse a dit : « Tu n'auras pas 
de rapports avec la sœur de ta mère, car c'est la parente de ta 
mère". » La loi sur les unions prohibées était la môme pour les 
hommes que pour les femmes 7 ; si l'on découvre la nudité de la 
lille de son frère, c'est, — pour celle-ci, — découvrir la nudité du 
frère de son père 8 , cas qui est interdit 9 . 



au commencement, et dans ce cas, c'est de ce Sadoc que vient le nom de Sadducéen, 
ou c'est un être fictif imaginé pour expliquer le nom de la secte. 

1. 13 D3T3m ïTmK Dl "iab?3 *mi ^ÎB?» "ibsm. Le mot ibjni est obscur; il doit 
signifier « furent enlevés, cachés ». Voilà pourquoi aussi M. S. propose de lire iT^b^l. 
Quelle que soit l'explication qu'on adopte, il est certain que l'auteur exprime nettement 
son hostilité à l'égard de David. La secte mettait en parallèle les mérites de la dynastie 
davidique et ceux des pontifes orthodoxes. Or, telle est justement l'attitude de Ben Sira 
(45, 25), parce que précisément c'était un partisan des Sadducéens. Sans doute, il n'y 
avait plus de représentants de la famille de David, mais l'idéal messianique avec un 
fils de David pour roi se maintenait; en outre, nombreux étaient les textes promettant 
à la postérité de David la perpétuité ; c'étaient des obstacles à écarter. Cette hostilité, 
timidement indiquée dans l'Ecclésiastique, s'accuse ici en raison même de l'évolution 
de l'idée messianique dans l'esprit de la secte : on a déjà vu, en effet, qu'elle atten- 
dait un Messie-prêtre, issu d'Aron. 

2. Comme les défauts énumérés précédemment, celui-ci est actuel ; c'est un délit 
que commettent présentement les « bâtisseurs de murailles ». Le Temple est donc 
encore debout. 

3. n-nro bnan an *pN -uaa, texte altéré. 

4. La conception de l'auteur, qui devait être celle des prêtres, est curieuse : ces 
délits commis en dehors du Temple souillent tout de même le Temple. Plus loin, 
p. 12, 1. 1, parmi les règles prescrites aux membres de la secte, ûgure celle-ci : 
« Que personne n'ait commerce avec sa femme dans la ville du Temple dans la 
crainte de souiller la ville du Temple par leur impureté. » Voir, d'ailleurs, le com- 
mentaire de ce passage. Les Psaumes de Salomon (8, 13) reprochent également aux 
prêtres sadducéens de son temps de « fréquenter l'autel du Seigneur au sortir de toutes 
les souillures et pendant le flux menstruel du sang, de profaner les victimes ». 

.). La luxure dont il est parlé si souvent dans notre opuscule est le terme générique 
et quelque peu abusif sous lequel se rangent ces deux sortes de délits. 

6. KTÏ ~73N 1NÏ3 mpn «b *pN mriN bit Le texte de Lévitique, 18, 13, 
visé ici porte : KTÎ ^?3N INC "O nbir, «b "J73N mn« mv. A supposer même 
que le verset était cité de mémoire, il est étonnant tout de même que, le prenant pour 
thème de discussion, on l'altère de la sorte. 

~t. a^Sn anDT 2"ira N1~ D"HDTb PTH3TJ ÛÛDOTT, c'est-à-dire: les lois 
concernant les unions prohibées ont été dites pour les hommes, mais elles s'appliquent 
aussi aux femmes. 

8. ma» *nN rrr* pk n&tn pd stop aso. Avant mny pn il faut sans 

doute ajouter : nbjHB NTt 

9. Cette manière de raisonner est précisément celle qui est attribuée aux Saddu- 
céens, Meguillat Taanit, 5; Baba Batra, 115 6. 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ils ont également ' souillé l'esprit saint 2 qui est en eux, en pro- 
férant des blasphèmes contre les prescriptions de l'alliance de 
Dieu, disant qu'elles ne sont pas bonnes 3 , prononçant contre elles 
des abominations. 

Tous sont des « attiseurs de l'eu », des allumeurs d'étincelles 4 »; 
leurs toiles « sont des toiles d'araignées » et « leurs œufs des œufs 
de serpents :; »; qui les approche ne reste pas indemne, bientôt 6 sa 
maison est vouée à la destruction, et il est écrasé 7 . Dès l'origine, 
Dieu avait reconnu leurs œuvres et s'était irrité contre leurs 
actions, « car ce n'est pas un peuple intelligent 8 », « c'est une nation 
dépourvue de sens », qui n'a rien appris. Ainsi, Moïse et Aron 
ayant reçu la mission que leur transmit le prince des lumières l0 , 
Belial suscita Jannes M et son frère ,2 dans sa malice, lorsqu'Israëi 
fut sauvé pour la première fois ,3 . Lors de la destruction du pays u , 
des usurpateurs ,:i se sont levés qui ont égaré Israël ; et le pays fut 
dévasté 1C , parce qu'ils avaient prêché la révolte contre les comman- 
dements divins révélés par Moïse et [P. 6] son oint saint ,7 , et pro- 
féré de fausses prophéties pour détourner Israël de Dieu. 

Mais « Dieu se souvint de l'alliance conclue avec les patriarches 18 » 



1. C'est le troisième crime des « bâtisseurs de murailles». 

2. WZ12 DrriDTp mi PN DJH. Cf. Jubiiés, 25, 14 : « après que l'esprit saint 
fut descendu en sa bouche ». 

3. Allusion à la liberté dont faisaient montre les Pharisiens à l'égard de certaines 
lois qu'ils ne prenaient pas à la lettre. 

4. Is., 50, 11, avec une variante, ipT "n^rra, au lieu de mp"»T "nTNTD. 

5. Is., 59, 5, un peu modifié. 

6. "irD, à lire peut-être 1ÎTE. 

7. ybro gn *o. 

8. Is., 27, 11. 

9. Deut., 32, 28. 

10. Q^TlNn mZ5, donnée jusquici inconnue, qui se trouvait sans doute dans l'apo- 
cryphe d'où est tirée l'histoire de Jannès et Mambrès. Ant., XV, 5, 3, fait dire à 
Hérode : « Nous avons reçu de Dieu, par le moyen défi anges, les plus belles des 
prescriptions. » 

11. HSrP. Cette forme explique bien le grec lavvyjç. Cf. Menahot, 85 a, Targoum 
palestinien sur Exode. 1, 15, et Nombres, 22, 22 ; Tanhouma, Ki Tissa. A l'excep- 
tion de Menahot, qui emploie le mot ^TW (qui peut être une correction savante), les 
autres textes supposent, une adaptation du grec, car le nom y a la forme grecque. 

12. Mamré ou Mambrès (forme grecque). 

13. rtaiiûfcnn pn! 

14. ^nttn *pin VP^ 1 " 1 ' °" lon voit bien ( I ue VP ne si ? ni ^ e P as " nn ■« Est-ce 
l'époque des persécutions d'Antiochus IV ? 

15. Les Pharisiens, qui ont empiété sur les privilèges des prêtres. 

16. Par les Syriens, sans doute. 

17. Ai on. D'ordinaire, ces mots désignent David. 

18. Lévit, 26, 45. 



UN ÉCRIT SADDUCËEN 183 

el fil lever d'Aion des docteurs et d'Israël des savants 1 , qu'il 6 
éclairés -. 

Ceux-ci creusèrent le puits, « le puits CTéUSé pur 1rs princes, 
foré pur les chefs du peuple nu moyen du Mekokek* ». Le puits, 
c'est la Tora ; ceux qui le creusent, ce sont les pénitents d'Israël 
qui ont quitté le pays de Juda pour se fixer dans celui de Damas. 
Dieu les appelle tous princes, parce qu'ils l'ont recherché, et leur 
gloire n'a pas été placée dans la bouche d'un seul 4 (?). Le Mehokek, 
c'est celui qui étudie la Loi \ à propos de qui Isaïe a dit: « Il pro- 
duit l'instrument propre à son ouvrage*. » Les chefs du peuple, 
ce sont ceux qui viennent creuser le puits à l'aide des règles posées 
par le Mehokek, et qu'on suivra pendant toute la durée de 
l'impiété — les autres n'y réussiront pas — jusqu'à l'avènement 
du Maître de justice 7 à la fin des jours. 

Pour tous ceux qui ont conclu le pacte 8 de ne pas pénétrer dans 
le Temple 9 en vue d'y « éclairer l'autel » et qui « fermèrent la 

1. Ce sont des savants n'appartenant pas au parti des Pharisiens. 

2. DS^aŒ^I, sans complément, parallèle à DrP3sb Tins, p. 3, 1. 16, également 
sans complément et dans une phrase identique. 

3. Nombr., 21, 18. Le mot Dr0^tf3733 est omis à dessein. 

4. "irtN "«sa an-lNS nattîin fiÔ*], incompréhensible. 

5. rninn ÎDIII. Telle est aussi la signification que donnent à ce mot la 
Septante, le Targoum et le Talmud. 

6. Is., 54, 16. 

7. pTlfcn ÎT1TV Le Messie attendu est un Docteur, qui remplacera par une autre 
la loi suivie jusque-là. 

8. WTpftri btf Nia Tirab m^iaa l^ai- "itiJN bai. M. S. traduit ainsi ces 
mots : « Et ceux qui ont été amenés (qu'il corrige en note en : « qui sont entrés ») dans 
l'Alliance ne doivent pas entrer dans le Temple.» C'est à notre avis une grave méprise. 
La phrase est calquée sur Jér., 34, 10, rPiaa 1fc*a "IIDN D3TT bai Û^ltOïl ba 

ny aa na? ">îibab ...iti* nN ur>N nbiab, ou i Chr., 15, 12, n-naa i^a^i 

'~ TN OWlb. U faut lire rP"l3!3, comme daus ces passages. 

9. Ce morceau, calqué sur Malachie, 1, 10, pris à la lettre, semble décisif pour 
l'histoire de la secte. 11 s'agit de prêtres (car seuls les prêtres allumaient l'autel) comme 
dans Malachie, et ces prêtres se sont entendus pour ne plus exercer leurs fonctions, à 
cause des nouveautés qui s'étaient introduites dans le Temple et pour n'avoir plus rien 
de commun avec ceux qui ont maintenant la haute main dans le Sanctuaire. Pour fuir 
un spectacle qui les scandalisait, et sans doute aussi à cause de leur éviction, ils ont 
quitté la Judée se rendant dans la Damascène, afin d'y constituer une « alliance 
nouvelle», c'est-à-dire une communauté digne de l'alliance de Dieu. Quand, d'après 
cela, s'est produite cette émigration ? Il n'est pas impossible que ce soit pendant les 
luttes entre les Tobiades et les Oniades. Mais il est plus probable que c'est devant 
l'usurpation des Hasmonéens, favorisée par les Hasidim ou Pharisiens, qu'ils ont 
pris ce parti héroïque, n'imitant pas ceux de leurs frères qui se ralliaient au régime 
nouveau. Ces « légitimistes » irréconciliables ont devancé ou suivi l'exemple de ceux 
de leurs frères qui avec Onias allèrent fonder le temple de Léontopolis en 161. — Bien 
entendu, le tableau tracé par l'auteur emprunte ses couleurs au passé et au présent. 
M. Schechter croit qu'il s'agit ici du temple nouveau, érigé en Damascène, où les fidèles 
ne pouvaient entrer qu'en se conformant à certaines règles de conduite et à divers rites. 



184 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

porte », accomplissant ainsi ce que Dieu avait dit : « Qui d'entre vous ' 
fermera la porte 2 ? N'éclairez plus mon autel inutilement », parce 
qu'on n'observait pas la loi comme il convenait 3 , [engagement pris' 
pour la durée de l'impiété, qui ont décidé] de se séparer des fils 
de perdition 4 et de fuir l'argent impur, provenant des vœux, des 
interdits et du trésor du Temples le vol des pauvres de son 
peuple, le pillage des veuves, l'assassinat des orphelins , de décla- 
rer ce qui est impur ou pur 7 , de faire connaître la différence entre 
le sacré et le profane, d'observer le sabbat strictement, ainsi que les 
fêtes et le jour du jeûne 8 — [selon le programme ft ] des membres de 
Ja nouvelle alliance dans la Damascène,— de prélever les saintetés 
[pour le culte], suivant les conditions requises 10 , d'aimer chacun son 
frère comme soi-même 11 , de soutenir le pauvre et l'indigent, de 
rechercher le bien [P. 1] de son prochain, de ne point commettre 
de délit par des unions prohibées, de fuir la luxure, suivant la loi, 
de « se reprendre les uns les autres 12 » comme il a été prescrit, de 
ne point garder rancune du jour au lendemain 13 , de s'éloigner de 
toutes les souillures, conformément à la règle, et de ne point 

i. DD3 ift, au lieu de DS3 D5 ^73. 

2. inbi -pao'v au Heu de DTirn mron 

3. rmnn Cnsa miajb "HXJttP éÔ QK. Littéralement : «à moins qu'ils ne 
prennent garde d'observer la Loi comme il convient ». M. Schechter voit en ces mots 
le commencement d'une nouvelle proposition, énumérant les défenses auxquelles étaient 
astreints les membres de la secte ; mais il reconnaît, tout le premier, que le texte est 
ainsi très obscur et laisse supposer de nombreuses lacunes. — 3>©"1H Vp ne veut 
pas dire « la fin de l'impiété », mais « Y époque de l'impiété », c'est le temps que 
durera l'interrègne de la dynastie sadokite. 

4. bianbl ainsi que les verbes qui suivent dépend, comme N13 Tlbabi qui 
précède, de n"H3a 1N3 « ceux qui ont convenu ». — riTTC" "»33 = Jubilés, 
10, 3; 15, 26, où il s'agit de ceux qui ne se soumettent pas à la circoncision. 

5. Le Testament de Lévi, 14, 5, adresse le même reproche aux prêtres (S.). 

6. Imitation d'Isaïe, 10, 2. Au lieu de lia* D^EirP, il y a "inX"P, qui provient 
de Ps., 94, 6. Ces reproches sont les mêmes que ceux dont les Psaumes de Salomon, 
oeuvre d'un Pharisien, accablent les prêtres sadducéens de son temps, 4, 13. 

7. Lév., 19, 18. C'est-à-dire, sans doute, de garder ce privilège, octroyé aux prêtres 
par le Pentateuque. 

8. Le jeûne de Kippour; cf. j. Soitcça, 54 h. Nous avons déjà dit que le grief prin- 
cipal du Livre des Jubilés contre les Pharisiens est qu'ils n'observent les solennités 
religieuses ni suivant les règles, ni à la date requise (6, 34). 

9. ...Ni£73D doit être une faute; le sens exige : I33TD73D- 

io. a"»tznpn n« û*nnb; cf. Lév., 22, 15. 

il. Lév., 19, 18. "inTIN au lieu de "iriSH. M. Schechter cite très justement une série 
de passages du Livre des Jubilés et des Testaments des Patriarches où ce comman- 
dement est également mis en vedette dans le même cadre. Il faut noter la prédilection 
de l'auteur pour le ch. 19 du Lévitique. 

12. Lév., 19, 17. 

13. Ibid., 18. 



UN ÉCRIT SADDUCÉEN J85 

ternir l'esprit saint que chacun porte en soi, comme Dieu le leur a 
prescrit spécialement, — tous ceux qui se comportent ainsi, avec 
une sainte perfection, d'après tous les statuts de l'alliance divine, 
sont assurés ' de vivre mille générations -. 

^S'ils s'établissent dans des camps 3 selon l'usage du pays \ et 
qu'ils se marient et aient des enfants, ils suivront les prescriptions 
de la Tora et les dispositions des statuts s faits dans l'esprit de la 
Tora ,; , ainsi qu'il est dit : « [Telles sont les lois que Dieu a prescrites 
à Moïse sur les rapports entre l'homme et sa femme et entre le 
pi're et son fils 1 . ») 

Manuscrit B. 

sont assurés de vivre des milliers de générations, ainsi qu'il est 
écrit : « Qui garde l'alliance et la bienveillance à ceux qui 
l'aiment et observent ses commandements jusqu'à la millième 
génération*. » 

(S'ils s'établissent dans des camps, selon les lois du pays exis- 
tant depuis l'antiquité et qu'ils se marient selon le mode de la 
Tora et aient des enfants, ils suivront les prescriptions de la Tora 

1. Ps., 89, 29, imité ici, porte : « mon alliance lui était assurée ». Il faudrait tra- 
duire : « l'alliance de Dieu leur est assurée, à savoir qu'ils vivront mille générations ». 
C'est précisément la leçon qui reparait p. 14, 1. 2, avec le même contexte : bsi 
...DV^BSnb Dïlb 11137383 ?K m~Q D^Dbnn^n. H est à noter qu'un Pharisien 
ou un talmudiste n'aurait pas manqué de dire : « Ils seront heureux dans ce monde 
et dans l'autre. » Nouvelle preuve de Sadducéisme. 

2. Voir B. 

3. Encore aujourd'hui le quartier juif en Perse porte le nom de « camp », voir 
Elkan Adler, 0~1D ""TS'a, p. 3. 

4. ^"INn "f-|OD, racine ararnéenne. Le mot est expliqué en B: f-|Nr: "»pirC- 
B. ajoute : en vigueur depuis longtemps. 

5. D'mDTl. Ce sont les statuts de la communauté dont il a été parlé plus haut. 

6. mirin *10D. Nous traduisons ainsi dans l'hypothèse où ces mots ne seraient 
pas une répétition oiseuse. 

7. Nombres, 30, 17, mais là il y a : « entre le père et sa fille ». Le chapitre traite, 
en effet, des vœux prononcés par la femme en puissance de mari et la fille domi- 
ciliée encore chez son père. Il faut noter cette façon étrange d'appuyer une loi 
sur un texte biblique consacré à un tout autre objet. C'est sans doute parce l'auteur, 
procédant avec légèreté et se fiant à sa mémoire, avait donné ce sens abusif au 
verset, qu'il a tout naturellement altéré les derniers mots. La même altération se 
remarque en B; elle n'est donc pas imputable aux copistes de nos deux manuscrits. — 
D'après M. Schechter, ce paragraphe serait le commencement d'un développement qui 
serait arrêté net ici, et qui reprendrait à la fin de notre manuscrit, où ce chapitre des 
N'ombres est interprété suivant son sens réel. Nous ne le croyons pas. Pour nous, ces 
quelques lignes ne sont pas ici à leur place. Le paragraphe qui suit se rattache très 
bien au précédent, dont il est la contre-partie. 

S. Deut.. 7. 9. 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Quant à ceux qui méprisent ces lois et commandements M, ils 
amèneront sur eux la punition réservée aux méchants lorsque Dieu 
sévira contre le pays 2 , lors de l'accomplissement de la prophétie 
d'Isaïe, fils d'Amos : « Il suscitera contre toi, contre son peuple 
et la maison de ton frère des jours tels qu'il n'y en a pas eu 
depuis qu'Ephraîm s'est séparé de Juda 9 », c'est-à-dire lorsque 
se séparèrent les deux maisons d'Israël, le prince d'Ephraïm de 
Juda*. [Or] tous les schismatiques furent [alors' livrés au glaive 5 , 
tandis que ceux qui restèrent attachés [à la bonne doctrine] se 
réfugièrent dans le pays du Nord, ainsi qu'il a été dit fi : « fe.ri- 

Manuscrit B. 

et les dispositions des statuts faits dans l'esprit de la Tora, ainsi 
qu'il est dit : « \ Telles sont les lois que Dieu a prescrites à Moïse 
sur les rapports entre l'homme et sa femme et entre le père et 
son fils » . ) 

Quant à tous ceux qui méprisent les lois et les commande- 
ments, ils amèneront sur eux la punition réservée aux méchants 
lorsque Dieu sévira contre le pays, lors de l'accomplissement de la 
prophétie de Zacharie : « Epée, réveille-toi contre mon pasteur, 
contre l'homme dont f ai fait mon compagnon, dit Dieu ; frappe 
le pasteur pour que les brebis se dispersent, mais je tournerai ma 
main vers les petits "' ' . » « Les pauvres du troupeau 8 » sont ceux qui 
les observent. Ceux-là échapperont lors du châtiment, tandis que 
les autres seront livrés au glaive à l'avènement du Messie [descen- 
dant 1 d'Àron et d'Israël. Ainsi en fut-il à l'époque de la première 



i. Les mots entre [ ] manquent en A. 

2. Notre traduction suit B. Peut-être en A manque-t-il encore le mot : « ils seront 
punis » ; le restant irait bien ainsi : « Ils seront punis, lorsque Dieu sévira sur la 
terre en amenant sur eux le châtiment réservé aux méchants, lors de l'accomplis- 
sement, etc. ». 

3. Isaïe. 7, 17. Nombreuses altérations : au lieu de 'n SOS" 1 , il y a N12" 1 : fc*b 
manque avant 1N3, et DTW est simplifié en OVE- 

4. La glose paraît superflue. Peut-être l'auteur veut- il écarter l'idée, suggérée par 
le texte, que ce fut le schisme de deux peuples ; pour lui, ce fut en réalité uniquement 
celui des deux maisons d'Israël, et particulièrement la faute rie celui qui devint le 
chef d'Ephraïm. (Il ne faut pas corriger "iU3 en -)0 comme le veut M. Schechter.) En 
parlant ainsi, l'auteur penserait au schisme qui a provoqué le départ de Jérusalem de 
la dynastie pontificale légitime. 

5. D'après B., qui cite un tout autre verset, il faudrait le futur, qui est préférable. 

6. Amos, 5, 26-27. 

7. CHlO^n ce sont les statuts de la secte. 

s. Autre expression de Zacharie, 11, 7, synonyme de « brebis». 



UN ÉCRIT SADDUCÉEN 187 

levai* votre roi et Kiyijoun votre idole des tentes de Damas 
(sic)*. » La tente 3 de votre roi, ce sont les livres de la Loi, 
comme il est dit '' : « Je relèverai s la tente de David qui sera 
tombée*. » Le roi, c'est la communauté 7 . Le Kiyyoun des 
idoles, ce sont les livres des prophètes qu'a méprisés Israël 8 . 
U étoile, c'est l'interprète de la loi qui est venu à Damas 1 '. C'est 
là ce que dit le verset: « Une étoile a quitté Jacob** et un 

Manuscrit B. 

punition, ainsi que le dit Dieu H par l'organe d'Ezéchiel : «On 
tracera un signe sur les fronts des hommes qui soupirent et 
gémissent* 2 . » Quant aux autres, ils furent livrés au glaive vengeur, 
vengeur de l'alliance ,3 . Tel sera le sort de tous les membres de 
l'alliance qui ne persévéreront pas dans ces lois: ils seront voués 
à la destruction par la main de Belial 1 '*. C'est là le jour où se véri- 

1. T^banii au lieu de QDNUJjT. Cette variante provient du verset 21, où il est 

ait Dana ■•rvbam. 

2. Lapsus. Le texte porte D35 DmiDy IIZÎN DD'WK 3D*D DDMP38... 
ptt373*lb HfiÔrîTJ DDTN ^fPbàïtl « ...votre idole, l'étoile de votre Dieu que vous 
vous êtes confectionnée, et je vous exilerai au delà de Damas ». Que le lapsus soit 
imputable au copiste, c'est ce que prouve la suite, où est repris ÛDTÎ^N DD1D, qui 
a été passé. 

3. L'auteur lit donc nSIO, comme la Septante. 

4. Amos, 9, 11. 

5. iirrcrpm, au lieu de trpj*. 

6. Étrange exégèse qui s'explique surtout par le dessein de l'auteur d'écarter la 
dynastie de David du drame messianique. Le chapitre d'Amos décrit l'avenir, suivant 
la conception historique de notre épître. La maison de Jacob ne sera pas détruite com- 
plètement, elle sera sauvée par ceux qui seront réfugiés chez les nations, tandis 
que les pécheurs seront livrés au glaive. L'élite qui sauve la maison de Jacob est natu- 
rellement la communauté réfugiée en Damascène. Or, c'est à la suite de ce tableau 
qu'Amos parle de la tente de David qui sera relevée. Comme une pareille prophétie ne 
cadre pas avec les idées de l'auteur, il faut que le verset ait un autre sens, d'où cette 
interprétation désespérée. 

7. Suite de la même conception. 

8. Sans doute qu'Israël a traités comme des idoles. Inutile de chercher un lien 
entre "p^D et « livre des Prophètes » ; ce doit être les Prophètes, puisque Souccat 
désigne les « livres de la Loi ». 

9. 11 s'agit probablement du prêtre, chef de l'école sadokite, qui avait quitté Jéru- 
salem pour se rendre à Damas. 

10. Nombr., 24, 17. Nous traduisons ainsi en supposant que l'auteur joue sur la pré- 
position 73 ; Jacob désignerait ici le pays d'Israël. 
H. b«pTTT\ lapsus pour b« "W3*. 

12. d^p:m:t dtdbo mnxw by «pnn mnïtb, au lieu de by -pn mnm 
D-paawm D^ns&wn D*TO3Krt mnat», 9, 4. 

13. Cf. plus haut, p. 174. 

14. C'est le refrain. Reliai est l'instrument de Dieu. 



188 BEVUE DES ETUDES JUIVES 

sceptre est sorti d'Israël. » Pour le sceptre, cest le chef de toute la 
communauté', qui, lorsqu'il se lèvera, « renversera tous les fils 
de Setli -'. » 

Ceux-là ont été sauvés à l'époque de la première punition, P. «S 
tandis que les schismatiques ont été livrés au glaive. 

Tel sera le sort de tous les membres de l'Alliance qui ne persis- 
teront pas dans ces [commandements!; ils seront voués à la des- 
truction par la main de Belial. C'est là le jour où sera vérifiée 3 la 
parole divine 4 : « Les princes de Juda ont été \de ceux qui reculent 
les bornes], sur qui se répandra la colère 5 . » Ils espèrent [en 



Manuscrit P>. 

fiera la parole divine : « Les princes de Juda ont été de ceux qui 
reculent les bornes ; sur eux je répandrai la colère comme de 
l'eau 6 . » Car, s'ils ont été membres de l'Alliance, ils se sont ravi- 
sés 7 , ils ne se sont pas détournés de la voie des trompeurs, ils se 
sont précipités 8 dans les chemins de la luxure et dans le lucre, la 
vengeance, la rancune, la haine, ils ont contracté des mariages 
prohibés, ont eu avec leurs femmes des rapports interdits, ont fait 
les forts 9 dans les affaires de lucre et d'intérêts, ont agi chacun 
suivant son caprice, réservant leur préférence à leurs passions; ils 
ne se sont pas séparés de la foule et de ses forfaits, mais ont 



1. Ce chef n'est pas la même personne que l'Interprète de la Loi; c'est le Messie 
futur. Ainsi se comprendrait la suite. 

2. Nombres, 24, 17. 

3. ipD^ doit peut-être se lire ipD « que Dieu a fixé •>, ou se traduire : « où Dieu 
punira ». Il faut ajouter "Q"J TtlîfcO « comme il a dit », leçon de B. 

4. Osée, 5, 10. 

ci. Nous lisons lacn pour la commodité de la traduction. En réalité, le texte est 
altéré, mais il est mieux conservé en B. 

6. Quoique plus fidèle au texte que A, notre ms. ne laisse pas cependant de l'altérer 
en mettant ma* pour THa*. 

7. nmïïn m~iaa "183 "O- Les fondateurs de la secte étant considérés comme 
les « repentants d'Israël », la secte s'appelle l'a alliance de repentir». Mais peut-être 
fmiZÎP doit-il être corrigé en "ia £"), leçon qui se lit plus loin en un passage iden- 
tique. 11 faudrait alors traduire : c Car s'ils ont été membres de l'Alliance, ils se sont 
ravisés ». 

8. "ibbjTPI, pour lb?arm. Il faut d'ailleurs noter que ces deux verbes permutent 
facilement. Ainsi le Targoum Onkelos rend, Gen., 43, 18, bs:Pnbl 'O m Ô9 bbamb 
"l^by, par NSb? NDprSNbl fioby K3"Q""iPttb, or, comme le remarque judicieu- 
sement Raschi, NDpPOnb correspond à bbl^Pnb, car ^im PD^b*, par exemple, 
est traduit *pbE ""QïpOP. 

9. vvaarm. 



UN ÉCRIT SADDUCÉEN 189 

vain] la guérison \ car [Dieu; se vengera 2 de tous les rebelles, 
parce qu'ils ne se sont pas écartés de la voie des trompeurs, qu'ils 
se sont roulés dans les chemins de la luxure et dans le lucre 
impie, la vengeance et la rancune envers le prochain, la haine, 
parce qu'ils ont contracté des mariages prohibés 3 , eurent des 
commerces interdits, parce qu'ils se sont vendus ' au lucre et à la 
cupidité, agissant chacun à son gré, donnant la préférence à leurs 
instincts, parce qu'ils ne se sont pas écartés du peuple 3 et ont 
effrontément lâché la bride pour suivre la voie des méchants 6 , 
dont Dieu avait dit 7 : «Leur vin est un venin de serpents, et un 
poison d'aspics cruel»; les serpents sont les rois des gentils, et 
leur vin leur conduite ; le poison 8 des aspics, c'est le poison 
des rois de Grèce, qui exercera sur eux la vengeance 9 . 

Manuscrit B. 

effrontément désobéi en suivant les sentiers des méchants, dont 
Dieu avait dit : « Leur vin est un venin de serpents, et un poison 
d'aspics cruel: les serpe?its sont les rois des gentils, et leur vin, 
leur conduite ; le poison des aspics, c'est le poison des rois de 
Grèce, qui exercera sur eux la vengeance. 

Mais tout cela n'a pas été compris des « bâtisseurs de murailles 
et crépisseurs de badigeon, car « l'esprit va », pesant le vent, 
« entraînant l'homme au mensonge 10 ». Voilà pourquoi la colère 
de Dieu s'est enflammée contre leur faction. 

1- ND^lttb ibm "O doit sans doute se corriger ainsi iys?\] «DTûb lbn" n T ; 
cf. Osée, 5, 13. 

2. DTOpTI; nous lisons ...72 Dpri, ou ...73 Dip"n. DIÎOTn proposé par 
M. Schechter ne cadrerait pas avec le contexte. 

3. [TT1D3 ")»©3l 172?yrm est le résultat d'une confusion entre b?72 et *p!2a731 
as^nn fcO d'Isaïe, 58, 7. Il s'agit ici des mariages prohibés. 

4. ■na:rm pour v-D73rm (S.), ou -nasn-n (B.). 

5. La multitude n'était donc pas pour les Sadokites. C'est ce que nous apprend 
aussi Josèphe. 

6. Ces méchants, comme on va voir, sont les Syriens-Grecs. 

7. Deut , 32, 33. 

8. Il se peut que l'auteur traduise Œttn par « tète », ainsi qu'Onkelos. 11 va de s..i 
qu'il n'est pas parlé ici d'Alexandre, qui n'a exercé aucun ravage en Judée. Le roi visé 
«*st Antiochus IV ou tel autre de ses successeurs qui a versé le sang des Juifs. La 
mention de la Grèce = Syrie est caractéristique pour la date de notre écrit. Apres 
Hérode, nous ne disons pas Pompée ni la destruction du Temple par les Romains, 
ces mots n'auraient plus eu le moindre sens. 

9. Divine, s'entend. 

io. an>b met q^a^i mono bpiDi min Vnn "«a, imitation de Michée, 2, 11, 
TtTn a*n Epia» rrm ... aia npun m-i pn «■*» nb. 



ItO REVUE DES ETUDES JUIVES 

Mais toul cela n'a pas été compris des « bâtisseurs de murailles ] 
et crépisseurs de badigeon », parce qu'ils ont un esprit stupide, qui 
leur invente des inventions mensongères, attirant la colère divine 
contre leur bande. Ce qu'a dit Moïse: « Ce n'est pas à cause de 
ton mérite et de la droiture de ion cœur que tu vas f emparer de 
ces nations 1 , mais à cause de son amour pour tes ancêtres 3 et de 
sa fidélité à son serment '* », fait allusion au sort des Israélites 
repentants qui, eux, se sont détournés de la voie du peuple: à 
cause de Vamour de Dieu pour les ancêtres, qui avaient appelé au 
culte de Dieu, il aima ceux qui les suivirent et qui gardaient 
l'alliance conclue avec les patriarches. Contre les bâtisseurs de 
murailles, en revanche, sa colère s'est enflammée. Il en sera ainsi 
de tous ceux qui mépriseront les commandements de Dieu et qui 
les abandonneront et qui suivront les inclinations de leur cœur. 
C'est là ce qu'a dit Jérémie à Barucb, fils de Néria, et Elisée a 
Géhazi, son disciple ;; . 

Tous ceux qui sont entrés dans la nouvelle alliance en Damas- 
cène... (i . 

Manuscrit B. 

Ce que Moïse a dit à Israël : « Ce n'est pas à cause de ton mérite 
et de ta droiture de ton cœur que tu vas f emparer de ces nations, 
mais à cause de son amour pour tes ancêtres et de sa fidélité à 
son serment », fait allusion au sort des Israélites repentants qui se 
sont détournés de la voie du peuple : à cause de Vamour de Dieu 
pour les ancêtres, qui avaient adjuré le peuple de suivre Dieu, il 
aima leurs successeurs, qui gardaient l'alliance conclue avec les 
patriarches. Mais il hait et a en abomination les « bâtisseurs de 
murailles », et sa colère s'est enflammée contre eux et leurs secta- 
teurs. Ainsi en sera t-il de quiconque méprisera et abandonnera 
les commandements de Dieu et suivra les inclinations de son cœur. 

Ainsi, tous ceux qui sont entrés dans la nouvelle alliance en 
Damascène, mais qui se sont ravisés, ont trahi et se sont écartés de 

1. Ezéeh., 13, 10. Dans Ezéchiel, le bâtisseur est Dieu. Peut-être l'auteur la-t-il 
oublié, eu raillant le parti pharisien, mais peut-être aussi a-t-il voulu corser l'inmie: 
« ces bâtisseurs de murailles, qui s'arrogent le métier de Dieu ». 

2. Deut., 9, :j. Il y a : leur pays, et non ces nations. 

3. 76., 7. 8. Le verset porte : « à cause de l'amour de Dieu pour vous ». 

4. Cette citation s'explique par la suite. Les Pharisiens ont délaissé l'alliance 
conclue avec les patriarches en introduisant des nouveautés dans la Loi. 

.'». Allusion à des Apocryphes qui se sont perdus. 
♦i. A partir <Tici manquent plusieurs feuillets. 



UN KCKIT SADDUCKEN \'H 



MANUSCRIT H. 



la « citerne d'eaux vives », ceux-là ne seront plus comptés dans la 
congrégation et ne seront plus inscrits dans son livre • — depuis 
la mort [▼■ du Docteur unique jusqu'à l'avènement du Messie issu 
d'Aron et d'Israël -. Tel sera également le sort de tout membre de 
la communauté des gens de la perfection sainte :t qui se lassera 
d'accomplir les commandements jusles : celui-là sera fondu dans le 
creuset. Lorsque seront dévoilés ses actes '', il sera renvoyé de la 
communauté, comme si son lot n'avait pas été 3 d'appartenir à ceux 
qui sont instruits par Dieu. En raison de son forfait, que [seuls], 
s'intéressent à lui les pervers 6 , jusqu'au jour où il reviendra prendre 
sa place dans l'assemblée des gens de perfection sainte. 

Quand seront dévoilés ses actes, conformément aux prescrip- 
tions de la Loi 7 que suivent les gens de la perfection sainte, que 
personne ne l'aide pécuniairement ou par tout autre service, car il 
est l'objet de la malédiction de tous les saints du Très-Haut 8 . 

Tel 9 sera aussi le sort de ceux qui méprisent les premiers et les 
derniers " , , qui ont placé des idoles sur leur cœur li et « ont obéi 
à leurs passions » : ils n'auront pas leur place dans la maison de la 
Tora ,2 . Mais ils seront traités comme leurs compagnons, qui ont 
été à la remorque des gens de raillerie 13 , parce qu'ils ont articulé 
des hérésies contre les lois véridiques et méprisé l'alliance et le 



1 . Sans doute le livre de Dieu, allusion au passage de Malachie qui va être cité un 
peu plus loin. 

2. L'auteur veut dire probablement que pareil sort est réservé à ceux qui ont 
trahi la bonne cause depuis la mort du Docteur unique et à ceux qui la trahiront par 
la suite jusqu'à l'arrivée du Messie. — Ce Docteur unique semble ne faire qu'un avec 
le Docteur de justice, dont il est parlé au commencement de l'opuscule. D'après 
Seharistani, cité par M. Schechter, l'épithètc « l'Unique » était celle de Dostan = 
Dosithée, appelé aussi l'Étoile. C'est en partie pour cette raison que M. Schechter 
identifie la secte avec celle des Dosithéens. 

3. C'était peut-être une classe sunérieure de la secte, 
i. VEJJ73 2S1H3 ; inutile de corriger en mn3. 

5. 2D2 &ÔC 173D, seul exemple de l'emploi du schin relatif. 
H. Le texte est obscur: m^73 ^1038 imT^P ib?» "'S©. 

7. rmnn OTTO " , ED- Ici ©Tia, comme Œ1"")D, n'a pas le sens d'interprétation. 

8. Cf. Hénoch, 5, 6. 

9. Reprise du refrain. 

10. Ceux qui ont conclu la première et la deuxième alliances. 

11 Termes à ne pas prendre au propre, sans doute; cf. Ezéch., 14, 3. 

12. Était-ce le temple de la secte ? 

13. Cf. plus haut, p. 173. 11 y avait donc des apostats qui s'étaient laissé gagner 
■i la doctrine des Pharisiens. 



192 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pacte conclus dans la Damascène, qui constituent la nouvelle 
alliance. Ni eux ni leurs familles n'auront de part à la maison de 
la Tora. 

Or depuis la mort du Docteur unique jusqu à la disparition de 
tous les combattants qui ont suivi l'homme de mensonge, il y a eu 
environ quarante ans 1 . Pendant cette période la colère de Dieu 
s'est enflammée contre Israël de la façon prédite : « Point de roi 
ni de prince' 1 », «point de juge ni personne réprimandant avec 
équité 3 ». Mais ceux qui ont renoncé au péché... et qui ont gardé 
l'alliance de Dieu, de ceux-là il est dit :] « Alors [les fidèles de 
Dieu] se dirent l'un à l'autre' 4 » de se fortifier l'un l'autre 3 , et 
Dieu] affermira leurs pas dans le chemin de Dieu. « Dieu consi- 
déra leurs paroles et entendit et il fut écrit un livre de souvenir 
[devant lui] pour les adorateurs de Dieu et ceux qui révèrent son 
nom 6 , » jusqu'à ce que soit révélé 7 le salut et la victoire pour 
ceux qui craignent Dieu : « Et alors vous verrez de nouveau la 
différence entre le juste et le méchant, entre celui qui sert Dieu et 
celui qui ne le sert pas 8 . » « Car Dieu accorde grâce [et miséri- 
corde] à ceux qui l'aiment et observent [ses commandements 
jusqu'à la millième génération* . » [...] de la maison de la sépara- 
tion 10 , [parce] qu'ils étaient sortis de la Ville sainte, en se fiant à 
Dieu, à l'époque de la rébellion d'Israël et de la profanation du 
Temple H , et étaient revenus à Dieu l2 ... peuple par... 

Tous seront jugés, chacun selon son esprit, par la sagesse 
divine. Mais tous ceux qui auront renversé la limite de la Tora, 
parmi les membres de l'Alliance, lorsqu'apparaîtra à Israël la gloire 
de Dieu 13 seront retranchés du milieu du camp, et avec eux tous 

1. 11 n'est pas impossible que cette époque soit celle des luttes des Macchabées 
jusqu'à l'établissement du principat de Simon. 

2. Osée, 3, 4. 

3. •piZ.n rrO")?a "pan l3D11D VNI, réminiscence d'Isaïe, 11, 4, û^bl pl^a l3D£1 
rroim. 

4. Lire irï3H 2N tfî^N 3>N "WP 11 3*13 Tfct citation presque exacte de Mala- 
chie, 3, 16. 

5. Au lieu de "J b, transcription rie M. Schechter, il faut lire izjitf p^Tnïlb, 

mots qui se voient encore assez nettement. 

6. A peu près Mal., 3, 18. 

7. Il n'y a pas nW, mais TÔy*. 

8. Ib. Même Û^nbN est remplacé par bfr*. 

9. Mélange d'Ex., 20, 6, et de Deut., 7, 9. 

10. C'était peut-être un autre titre de la secte. 

11. Peut-être par l'armée d'Antiochus IV. 

12. M. Schechter lit après ce mot "PDS, que nous ne voyons pas. La suite est 
inintelligible. 

13. A l'époque messianique* 



UN ECRIT SADDUCÉEN 103 

roux qui onl entraîné au mal la Judée au temps de ses épreuves. 
Quant a tous ceux qui persévéreront dans ces commandements pour 
se conduire d'après la Tora, qui écouteront la voix du « Maître' », 
qui se confesseront devant Dieu en disant] : «Nous avons péché et 
failli, nous et nos ancêtres -', en nous révoltant contre les lois de 
l'Alliance, et tu as agi avec équité contre nous », qui ne brandiront 
pas la main contre ses statuts saints, son jugement droit, ses 
ordonnances véridiques, qui auront compris le sens des épreuves 
auxquelles ont été soumis les gens de l'Unique 3 , qui prêteront 
l'oreille à la voix du « Docteur de justice » et ne répliqueront pas 
aux lois justes en les entendant, ceux-là se réjouiront et seront 
heureux; leur cœur se fortifiera et ils deviendront plus puissants 
que tous les habitants du monde; Dieu leur pardonnera, et ils 
verront le secours qu'il leur enverra, parce qu'ils auront mis leur 
confiance dans son saint nom 4 . 

#** 

[P. 9.} 5 Tout homme qui mettra en interdit son prochain selon la 
justice des païens sera passible de mort 6 . Quant à ce que dit le ver- 
set : « Tu ne te vengeras pas ni ne garderas rancune aux enfants 
de ton peuple 1 », cela signifie que tout membre de l'Alliance qui 
accusera son prochain d'un délit pour lequel il ne l'aura pas répri- 
mandé devant témoin 8 , et qui fera cette dénonciation dans l'ardeur 
de sa colère, ou qui aura raconté la chose aux anciens pour le 
déshonorer, celui-là se sera vengé et aura gardé rancune. Or, il 

1. Est-ce le Maître de justice dont il est parlé au début, ou Moïse ? 

2. Cf. Jub., 1, 22. 

3. -rrrrr -vzisK -on iBSTDa t^n Q^n\8«nM û">acu:w2 tioviïti. Ou: « qui 

se seront instruits dans les lois imposées aux gens de 1' « Unique ». Au lieu de "<3D. 
lire Dm. 

4. Ici s'arrête le ms. B. 
o. Le ms. A reprend ici. 

6. D'après M. S., ce serait la défense de dénoncer ses frères aux autorités païennes, 
défense, disons-le en passant, que saint Paul édicté aussi (I Corinth., 6, 1-1 lï. Mais 
rien n'oblige à adopter un pareil sens. Il s'agit plutôt de la défense de se venger soi- 
même. — M. S. croit aussi que le mot rP73r»b se rapporte à ce qui précède, et que 
Nin se rattaclie à ce qui suit — après élimination de la copule. Il faudrait donc 

lire : t:;k("i) &rH ,rrwib D*n:iri ->p"im (oiara) dtn û"nm -uzjn d-in bs 

•••Dïpn tfb l'ûtl. Mais la suite prouve qu'il n'en est rien : &n!H rPttflb signifie : 
« il mérite la mort », et il n'est pas nécessaire de biffer la conjonction de "iftNI. qui 
veut dire sans doute quant à ce que dit . . . 

7. Lè>., 19, 18. 

x . D"Hy "<3Sb nDTTÎD &<b "TGN- Ces mots, avec ce sens, sont commentés plus 
loin. M. S. traduit, à tort selon nous : « qui n'a pas été reconnu par des témoins ». 
T. LXI. no 122. 13 



194 REVUE DES ETUDES JUIVES 

est dit seulement : « [Dicta se venge de ses ennemis cl garée 
ca/uune à ses adeersaires '. » 

Si l'on a gardé le silence du jour au lendemain - et qu'ensuite on 
fasse la dénonciation sous l'empire de la colère, on aura témoigné 
contre soi et l'on se sera rendu passible de mort 5 , parce qu'on 
n'aura pas obéi a la loi de Dieu, qui dit : « Tu reprendras ton pro- 
chain et ne sa pporteras pas de péché à cause de /ai '. » 

Du serment -\ a propos duquel il est dit : « Ta main ne t'aura 
pas sauce {) . » 1/ homme qui imposera serinent dans la campagne, 
et non devant les juges ou sur leur ordre, celui-là se sera fait 
justice lui-même 

Si un objet a été perdu et qu'on ne sache pas qui l'a volé dans le 
camp 7 ou il a été volé, le propriétaire prononcera 8 un serment 
d'exécration \ et l'auditeur qui saura la vérité et ne l'aura pas 
révélée sera coupable ,0 . 

Tout objet de délit que l'on M veut restituer, en l'absence du pro- 
priétaire, après aveu au prêtre de celui qui restitue, appartiendra 
au prêtre, sans compter le bélier expiatoire ,2 . 

1. Nahum, 1, 2. C'est-à-dire que Dieu seul a le droit de se venger. Eu supposant 
que l'auteur, comme il lui arrive fréquemment, n'aurait pas tenu compte du contexte 
et aurait pris pour sujet, non Dieu, mais l'homme, cela signifierait que la vengeance 
n'est permise qu'envers ceux qui n'appartiennent pas à la secte. 

2. Dans Nombr., 30, 1.'), d'où est prise cette phrase, il est question d'un vœu pro- 
noncé par une femme et que n'a pas désavoué le mari. Démarquez que plus haut 
aussi (p. 185) ce chapitre des Nombres avait été détourné de sou véritable sens. 

3. C'est ainsi que nous traduisons : 13 713"* 71172 ^13*73. M. Schecbter rapporte 
71173 1313 à ce qui précède et lit ensuite 13 i:ir. -Mais pourquoi la dénonciation ne 
serait-elle répréhensible que daus les cas entraînant la mort pour l'inculpé? 

4. Lév., 19, 17. ^"^-l, au lieu de ta |n" , ?33». 

5. C'est un titre de chapitre. 

G. C'est-à-dire : tu ne te seras pas venge toi-même. En réalité, ce verset n'est pas 
un commandement : c'est Abigaïl qui dit : « Dieu t'a préservé de verser le sang et de 
te venger toi-même » "p ^j-p yHJim (I Sam., 25, 26). 

7. Au cas où "JN7272 serait corrigé eu ta pn73 ; mais 1W2, comme on le voit par la 
suite, peut signifier « les biens ». La correction de M. Schechter "J3H73 ?.7Mt23 n'est 
pas heureuse. 

S. Inutile de corriger y^2"Q^ en 3 # " , 721D' 1 ; il n'y aurait plus de lien entre le fait et 
l'en-tète : du .serment. 

a. Nombres, 3, 21. 
11). Cf. Lévit, o, 1. 

11. L'auteur du larcin. 

12. C'est presque textuellement Nombr., o, S. Le texte porte 5"WE fab 15 7P7I1 
337! Z'^iSTî. M- S. fait de 537» le sujet de 7P7Î1, ce qui serait incorrect; en outre, 
pourquoi 5371 « le tout »? Il y a là plutôt un lapsus, et il faut lire, au lieu de DtfJNTt 
5371, D^llDDn, comme dans le verset utilisé. 537» est le restant de û^")lD2>7I, et 
D'ûtfT! a ete amené par la présence du même mot au commencement de la phra*e 
et par une réminiscence de D\DK7I b^N- 



UN ECRIT SADDUCEEN l%5 

Pareillement, tout objet perdu qui sera trouvé, si l'on n'en 
découvre pas le propriétaire, ira aux prêtres. L'auteur de la trou- 
vaille ne sachant pas à quoi s'en tenir, le propriétaire restant 
inconnu, ce sont eux (les prêtres) qui en seront gardiens. 

Que si quelqu'un a violé une loi et qu'il a été vu par une seule 
personne, si le délit entraine la mort, le témoin, en présence du 
coupable, en avisera le censeur', accomplissant ainsi le devoir de 
reprendre 2 son prochain. Le censeur en prendra note de sa main. 
Si ensuite l'accusé commet le même délit devant un autre témoin, 
qui en informe, lui aussi, le censeur, et qu'une troisième fois il soit 
surpris, son affaire sera complète 3 . Mais si les témoins ne sont que 
deux et qu'ils déposent chacun sur un fait différent ', l'homme sera 
mis [seulement I à l'écart de la « pureté :; » et à la condition que les 
témoins soient dignes de foi. Il faut aussi que le délit soit dénoncé 
le jour même au censeur. Suivant la règle, on (accueillera la 
déposition de deux témoins dignes de foi, mais un seul 7 pourra 
faire mettre à l'écart de la « pureté ». 

[P. 10' Les juges ne devront pas recevoir, dans un cas entraînant 
la peine de mort, la déposition d'un témoin 8 n'ayant pas atteint 
l'âge « d'être compris dans le dénombrement 9 », et qui ne craigne 
pas Dieu. 

On n'ajoutera pas foi à un témoin qui viole ouvertement 10 une 
prescription de la loi, à moins qu'il ne se soit repenti H . 

Voici la règle applicable aux juges de la communauté. On ira 
jusqu'à dix personnes choisies parmi la communauté, selon les 

1 • "1p373- Ce terme répond à Vini\i.ûwr^ des eonventicules esséniens, a V STCtaxoiroç 
des premières communautés chrétiennes et au censor des Romains. 

t« 1p372 : 5 msim T»3^3>b irr^TP"!. M. S. traduit rPDim par « avec preuves 
à l'appui ». 

3. Ces trois témoignages en formeront un, quoique portant sur trois actes diffé- 
rents, vus chaque fuis par un témoin unique. C'est probablement l'interprétation de 
Deut.. 17, 6 et 19, 13, qui parle de deux et trois témoins : deux, quand les déposi- 
tions portent sur le même t'ait, trois, quand elles visent des faits différents. 

i. M. S. croit que HT1N 121 hy signifie : sur une affaire autre qu'un délit entraî- 
nant la peine de mort. C'est cette méprise qui lui fait trouver peu claire cette loi. 

'6. Sans doute l'emplacement de la communauté. 

6. ibs... =ibaprr (S.). 

~i. "inx bï pour inN "I3>- H n'y a pas contradiction entre cette loi et la pré- 
cédente, comme le croit M. S. ; deux témoins ne déposant pas sur le même fait sont 
c ...iiîidérés comme un seul témoin, et, comme un seul témoiu, ne peuvent que faire 
prononcer l'exclusion. 

8. ~n? pour -p? = ny (S.). 

9. Exode, 30, 13. 

10. nm "P3, Hombr., 15, 30. 
il. ai»b iDT iy. 



196 REVUE DES ETUDES JUIVES 

circonstances', dont quatre de la tribu de Lévi et d'Aron, et six 
Israélites. 

Ils devront être instruits dans le Livre du Hégou 2 et dans les 
statuts de l'Alliance 3 , et âgés de vingt-cinq à soixante ans 5 . A 
partir de soixante ans, on ne pourra plus être magistrat de la 
communauté, car à cause du pécbé de l'homme, ses jours ont été 
diminués, et dans son courroux contre les habitants de la terre, 
Dieu les a condamnés à perdre leur raison avant d'avoir achevé 
leur vie a . 

De la manière de se purifier dans l'eau 6 . 

On ne doit pas se laver dans de l'eau sale ou en trop petite quan- 
tité (?) 7 . Il est interdit aussi de se purifier dans l'eau d'un vase 8 , 
et tout creux de rocher ne contenant pas la quantité suffisante d'eau 
qui aura été touché par un homme impur, ses eaux seront impures 
comme celles d'un vase 9 . 



Du sabbat et de la manière de l'observer comme il faut. 

On ne fera aucun travail le vendredi depuis le moment où le 
disque du soleil est le plus éloigné de la porte de son plein 10 . C'est 

1. pyn ">B5 nirn ^12 E^-nla D^jN miïî* T*. M. S. pense que ->y est 
une dittographic de ÏTÏ3T7, qui précède. Mais la même expression se rencontre plus 
loin, p. 13. 1. 1, où il n'y a pas de dittograpliie possible. C'est donc un terme tech- 
nique consacré, nyn 153b peut signifier « temporairement », ou « suivant les cas », 
le nombre de dix n'étant pas toujours requis. D'après M. S., ces mots voudraient 
dire : ayant l'âge voulu. 

2. "îaïin 1DD3- C'était probablement un traité commençant par le mot l^r; 
« méditez ». 

3. C'est-à-dire, la constitution de la communauté. 

4. A vingt-cinq ans, les Lévites commençaient à remplir leurs fonctions (Nombr., 
S. 24), et à soixante, la valeur de l'individu diminuait (Lévit., 27, 7). 

5. Cf. Jubilés, 23, 10-11 : « Vois, il n'acheva pas 4 jubilés jusqu'à ce qu'il devint 
vieux à cause de la méchanceté, et toutes les générations qui naîtront désormais jus- 
qu'au jour du grand jugement vieilliront vite avant d'avoir achevé 2 jubilés. » — Le 
paragraphe tourne court ici et reprend plus loin. Il y a eu sans doute un déplacement 
de feuillets. 

(i. A partir d'ici on voit un assez grand nombre de semblables tètes de chapitres, 
indiqués par la préposition 52. 

7. b^yi'û ^"173 D^U1273. Ou ne sait pas le sens de 3^173, qui revient à la ligne 
suivante. M. S. corrige en b^DLjrîb?^ « pour s'y tremper » 

8. ->bD H733, lire ->bD ">733 (S.). 

9. ">?r>723, lire W73D (S.). 

10. TKlbnta] 1*1071 *|73 pim. Se rappeler que. d'après le Livre d'Hénoch, 
cli. 72, le soleil passe successivement par différentes portes. 



UN ÉCRIT SADDUCÉKN 107 

là ce qui est dit : « Guettez ' le jour du sabbat pour le sanctifier. » 

Le jour du sabbat, on ne parlera pas de choses vaines et vides 2 . 
On n'exigera pas de son prochain le remboursement de sa dette 3 . 
On ne disputera 4 pas sur des choses d'intérêt. Ou m* s'entretiendra 
pas des travaux on labours à faire le lendemain \ 

On ne doil pas se promener dans les champs pour faire un travail 
nécessaire au sabbat' 1 . Défense aussi de se promener hors de la 
ville au delà de mille coudées 7 . 

Le jour du sabbat, on ne doit manger ni boire que ce qui a été 
préparé fia veille 8 ! ou qui se gâterait dans [les champs]. 

On ne doit manger qu'à l'intérieur du camp 9 . 

[P. 41" Que si l'on se trouve en route ,0 et qu'on descende r à une 
fontaine] pour s'y laver, on devra boire avec ses seules ressources H 
et l'on ne puisera pas à l'aide d'un vase 12 . 

11 est interdit de charger un païen d'exécuter un ordre le jour du 
sabbat. 

On ne doit pas revêtir l3 d'habits sales ou apportés par un païen 1 '', 
à moins qu'ils n'aient été lavés dans l'eau ou trempés dans de 
l'encens. 

Il est défendu de s'affamer volontairement le sabbat' \ 



1. Tel me parait le sens donné à -n 73 125 (Deut., 5, 12). 

2. pm 233. M. S. a lu pat - erreur pni et a rapporté ce mot à la suite. Cf. pour 
le fond Schabbat, 150« (S.). 

3. ?D ÎW13 !T2^ bu. Cette prescription ne semble pas ici à sa place. Il se peut 
que ^ÎC , doive se lire rPUJ" 1 : « on ne doit pas du tout parler du prochain ». Cette 
défense l'encadrerait mieux dans le contexte. 

4. l^D'^" 1 T>N. M. S. croit qu'il s'agit de « jugement », et il renvoie, à cause de 
cela, à Mischna Iieça, 5. 2. C'est ne pas saisir l'enchaînement des idées. Tout le para- 
graphe traite des délits de parole. 

5. Cf. Biccourim, 3, 2. pour l'expression Q'O'J^b (S.)- Mais '' faut noter que eé 
terme a, dans ce passage de la Mischna relatant un usage ancien, un air franchement 
archaïque. 

6. nTcn "^sn rma* px moyb. m. s. litircsn ou i^on, en supposant qu'il 

s'agit de travaux à exécuter le lendemain. Le sens de VDJ1 est assuré par la suite. 

T. H73N3 E|bN by 1H . Peut-être mille est-il un lapsus pour deux mille, voir 
plus loin (S.). 

8. Jubilés, 50, 9, et 2, 29. 

9. n:n733 rPH DN "O. M S. traduit : «que de ce qui est dans le camp ». Notre 
version s'accorde mieux avec la suite. 

10. Sous entendu avant *p!3 : Tî^TÏ CN- 
IL "fl731- by, expression obscure. M. S. dit : « à l'endroit même ». Notre traduc- 
tion s'inspire du contexte : on doit boire sans se servir de récipient. 

12. Défense formelle dans Juh., 50, 8. et 2. 2 Q . 

13. Est-ce seulement le jour du sabbat? 

14. -«a = irb s. . 

l"i. 31 y m pour 33Hï"P« Défense formelle aussi dans Juh., 50, 12, 



198 REVUR DES ÉTUDES JUIVES 

Ou n'accompagnera pas sa bête pour la faire paître hors de la ville, 
au delà de <1»mi\ mille coudées. Il est défendu de lever la main pour 
la frapper du poing. Que si elle est indocile, qu'on ne la fasse pas 
sortir de la maison '. 

Qu'on ne transporte rien de la maison au dehors, ou de l'extérieur 
à l'intéreur 2 . Si Ton se tient dans la cour intérieure 3 , on n'en 
sortira rien, ni l'on n'y fera rien entrer. 

On ne doit pas, le sabbat, ouvrir un vase couvert d'un enduit '. 

Défense de prendre sur soi des parfums pour aller et venir le 
sabbat 3 . 

Défense de soulever dans une maison d'habitation 6 des pierres 
ou de la terre. 

Le père nourricier ne doit pas aller et venir, le sabbat, avec son 
nourrisson 7 . 

Il est interdit de donner un ordre, le sabbat, à son serviteur, à sa 
servante ou à son journalier. 

Défense d'aider une bête à mettre bas le jour du sabbat 8 . 

Si une bête tombe dans un puits ou un fossé, on ne devra pas l'en 
tirer le sabbat 9 . 

On ne doit pas chômer le sabbat en un endroit proche des 
païens ,0 . 

Il est défendu de profaner le sabbat pour des affaires d'in- 
térêt". 

Si une créature humaine tombe dans un amas d'eau V2 ou de.. J 3 , 
il est défendu de l'en faire remonter à l'aide d'une échelle, d'une 
corde ou d'un instrument H . 



1. Jub.,2, 29. 

2. Ibid., et 50, 8. 

•>• J-nV/2 2, se rapportant à n^^. 

i. ma w. 

5. Mischna Schabbat, 6, 6. 

6. PDO"l72 mm. M. S. corrige en rOttîîl Û"PD « le jour du sabbat». Cf. Jub., 
,'i0, 8, qui, il est vrai, édicté une défense générale. 

1. Mischna Schabbat, 18, 2. 

S. La Mischna, Schab., 18, 3, le défend les jours de fête. 

9-. Cf. Schab., 129 a, qui est moins sévère (S.). 

10. n^Jw 1 , ;< lire mmiT. M. S. renvoie à une pareille défense en vigueur chez les 
Samaritains et les Caraïtes. — Cette prescription ne parait pas à sa place ici. 

11. Cf. .lui)., 50, 8. Peut-être cette défense est-elle une sorte d'explication de celle 
qui a trait à la bête en danger. 

12. D"^ Û"ip73 n'a pas besoin d'être corrigé en mpft. 

13. Manque un mot. 

14. Les Pharisiens étaient plus humains et permettaient la violation du sabbat, 
quand il y avait danger de mort. Cf. Yoma, 84 b (S.). 



UN ÉCRIT BADDUCfiEN 199 

Ou ut 1 doit offrir 1 sur I autel 2 , le sabbat, que L'holocauste du 
sabbat, car il es! écrit; « Excepté vos sabèats 3 * » 

On ne doit pas faire parvenir à l'autel '• l'holocauste, Toblatioii, 
l'encens ou le bois par L'intermédiaire d'un bomnie impur, d'une 
dès impuretés, pour lui permettre ainsi 5 de souiller l'autel, car il 
est écrit : « Le sacrifice des méchants est une abomination^ et la 
prière des justes est comme une offrande agréable*. » 

Quiconque entre dans la maison de prosternation ne doit pas y 
entrer impur « blanchi 7 ». 

G'esl d'après la sonnerie des trompettes que la communauté 
viendra tôt ou tard, mais on ne fera pas chômer complètement le 
service : c'est un sabbat [P. 12] saint 8 . 

1- bjH bfc*. M. S. suppose que ces mots sont une altération de Uî^" 1 5N et qu'il 
était dit que, le jour du sabbat, la combustion des sacrifices et de l'encens (Hait per- 
mise, comme le porte Jub., '60, 10. Nous croyons au contraire, que bi^ est la bonne 
levon et que cette défense vient ici a cause de la présence du même mot à la phrase 
précédente —bj" 1 . On a dû remarquer, en effet, que ces diverses interdictions sont 
reliées entre elles par l'analogie des mots autant que par celle des matières. 

2. Est-ce la preuve que la communauté offrait des sacrifices, ou est-ce la reproduc- 
tion de lois emportées par les fondateurs de la secte, comme les lois analogues enre- 
gistrées dans la Miscbna sont, pour le fond primitif, le legs de l'époque où elles étaient 
en vigueur ? C'est cette dernière hypothèse qui nous paraît la plus plausible. 

3. Ces mots ne se trouvent pas dans la Bible. Comme le dit M. S., l'auteur a pensé à 
Lévit., 29 j 38 : '— mr:C "n?'2- Seulement cette proposition y a un tout autre sens : 
elle signifie que les jours de tètes sont offerts des sacrifices et oblations de toute sorte, 
indépendamment des sabbats de Dieu, c'est-à-dire du sacrifice propre au sabbat. 
Ici encore on a donc détaché de son contexte la phrase qu'on voulait exploiter. D'autre 
part, on a donné à *73?73 le sens d'excepté, comme le font la Septante et la Vulgate. 

4. C'est ce mot qui a fait insérer ici cette défense, qui n'a aucun lien avec le sabbat, 

3. ■in ,, uz;"ir;b, cf. sira, :j, 21, rnizmfl. 

«'>. "pitn nrt:E3 n^ix. nbam mjnn D\y\m nnr, au lieu de .• crsnttn rnr 
■mifcl &"n«F nbsm 'n naann, Prov., i;;, s. 

~. DT3D K72U S*3^ b« mnnïïn ma ?K N3H 551. Ce texte est inintelligible, 
le mot 0132> a blanGhi » étant déconcertant. En outre, qu'est-ce que cette maison de 
prosternation ? Oh est tente tout d'abord d'y voir la traduction hébraïque de l'âraihéen 
Nmnû mn, par lequel Onkelos rend nTU dans Nombr., :il, II). Mais comme le 
remarque justement M. S., cette expression araméenne n'est employée par les deux 
Targoum que pour des temples païens. Ici, comme le prouve tout le contexte, il ne 
peut être question que du Temple de Jérusalem. M. S. Croit à une influence du terme 
fmlûseha mesf/eed. qui o'esï que l'arabe mosquée. Étrange rapprochement ! Pourquoi 
h.' pas parler plutôt de L'arabe, d'où certainement les Kalasclms ont pris ce nom ? 
N'est-ce pas parce qu'une action de l'Islam ne peut pas être admise nu instant ? Que si 
I.- mol mosquée existait bien avant Mahomet, ce qui est vraisemblable, on Lié saurait 
lien déduire de la rencontre pour la date de l'emprunt du mot. Il est viàible que notre 
taite est très corrompu : on ne peut donc en faire état, même puni admettre que 
li' terme -uspect serait un rajeunissement dû à un copiste. 11 se peut, au surplus, qu'il 
faille lire mnn©nb b& rna 2N « dans la maison de Dieu pour se prosterner ». 

8. Autre rèïle incompréhensible. Cela siiinilie-t-il que le lërtficé Qe doit pas être 
subordonné à la purification des gens impurs ? 



200 BEVUE DES ETUDES JUIVES 

On n'aura pas commerce avec sa femme dans la ville du 
Temple, dans la crainte de profaner la ville du Temple par son 
impureté '. 

Tout homme sur lequel domineront les esprits de Belial 2 el qui 
proférera des « paroles de rébellion' 5 » sera jugé selon la loi qui a 
trait au sorcier et au magicien. Quiconque, par erreur \ profanera 
le sabbat et les fêtes ne sera pas mis à mort, mais il sera mis en 
observation :i ; s'il guérit, on le gardera encore sept ans et ensuite 
il reprendra rang dans la communauté. 

Que personne n'étende la main pour verser le sang d'un païen 
pour une raison d'intérêt. Pareillement, que personne ne leur 
prenne rien, pour qu'ils ne blasphèment pas, sauf à l'instigation du 
Conseil d'Israël (i . 

Il est interdit de vendre aux païens des quadrupèdes et oiseaux 
purs, afin qu'ils ne les sacrifient pas 7 . On ne doit pas leur vendre 
du contenu de sa grange et de sa cuve, dans tous ses biens 8 . Que 
personne non plus ne leur vende des esclaves qui sont entrés avec 
lui dans l'alliance d'Abraham 9 . 

On ne se souillera pas 10 par le fait de toute bète sauvage ou 
reptile, en consommant aussi bien des ruches d'abeilles H que des 

1. iDlpfan "P22 « dans Ja ville du Temples est peut être un lapsus pour DV3 
PD'UTÎ « le jour du sabbat » ; telle est justement la défense édictée dans Jub., 50, S, 
passage, comme on l'a déjà vu, qui est étroitement apparenté à notre texte. Dans ce 
cas, il faudrait corriger le môme mot dans la pbrase suivante. Nous avons vu (p. 5, 
1. 6) reprocher au parti adverse de souiller le Temple par des rapports avec des femmes 
ayant leurs règles, ce qui semble plaider en faveur du maintien des mots riN 5*72^2 
arn;3 dp?:: - ; "IV. On, donc, cette prescription est insérée ici parce qu'elle est 
relative au Temple, dont il vient d'être question ; en ce cas, il faut ajouter un correctif 
;i la défense, qui serait absolue. Ou elle doit sa place en cet endroit à la circonstance 
qu'elle traite du sabbat; alors il faut corriger dans les deux membres de pbrase les mots 
wlp7jri "IV par rn'Ort DT < a t traduire : « On n'aura pas commerce avec sa femme 
le jour du sabbat, dans la crainte de profaner le jour du sabbat par son impureté. » 

2. Expression et idée propres au Livre des Jubilés, voir 1, 20; 10, 3. L'hérétique 
est un possédé de Belial. 

3. Dent., 13, G. 

4. On peut aussi traduire : « Celui qu'il aura trompé. » 

•"i. "n?2tfJ7û DTN *32 by 131. Inutile de corriger THEOT on <nn©b. 

6. bôHlD" 1 Tnn. Cf. d^TlïTn "Dn sur les monnaies des Hasmonéens et l'ex- 
pression archaïque HV *13n. 

7. Même défense dans la Mischna, Aboda Zara, 1, 5 et 6. 

5. TINTj ?m. 

9. Guittin, i, 6, cité par M. S., n'a rien à faire ici. Il est évident qu'on assimile 
l'esclave devenu Juif à un Juif, et que, comme tel, il ne peut plus être vendu à un 
païen, d'après la prescription d'Ex., 21, 8, généralisée. 

10. Lév., 11, 43. 

11. D'maiH "ÔAJÎO DH73 5383. DH72 n'est pas une dittographie, mais l'indi- 
cation que ce produit provient de ces animaux non comestibles. 



UN ÉCRIT SADDUCÉEN 201 

animaux ' qui rampent dans l'eau. Quant aux poissons, pour être 
mangés, ils devront avoir été éveutrés vivants 2 e! il faudra en avoir 
répandu le sang 3 . 

Toutes les espères de sauterelles permises seront jetées vivantes 
dans le feu ou dans l'eau car telle est la manière dont elles ont été 
créées \ 

Les bois, pierres et poussières qui auront été contaminés par 
l'impureté de l'homme contracteront la même impureté' 1 et la 
communiqueront à quiconque les touchera 6 . 

Tout objet, clou ou pieu fixé dans le mur qui se trouvera dans 
une maison en même temps qu'un mort contractera la même impu- 
reté que les instruments 7 . 

[Telle est la loi constitutive des villes d'Israël. C'est d'après ces 
règles qu'on « séparera l'impur du pur 8 » et qu'on « prononcera 
entre le sacré et le profane 9 ». Tels sont les statuts à méditer pour 
que le peuple tout entier les suive ,0 ... C'est de cette façon que la 
postérité d'Israël devra se comporter pour ne pas être maudite. 

Et voici la loi constitutive [suivant laquelle ils devront se com- 
porter H ] pendant la période de l'impiété jusqu'à l'avènement du 
Messie [issu] d'Aron [P. 13] et d'Israël 42 . Les groupes se compo- 
seront au minimum de dix personnes, mille, cent, cinquante, ou 
dix ,3 . Quand il y en aura dix, il ne manquera pas d'y avoir un 
sieur 14 prêtre instruit dans le livre du Hégou. C'est sur ses déci- 
sions que tous se régleront 1 *'. S'il n'est pas expert en ces matières 
et qu'un des Lévites le soit, celui-ci sera désigné 16 pour diriger 
tous les membres du camp. 

1. Il faut entendre par là sans doute les coquillages et antres animaux de petite 
taille ou n'ayant pas la tonne d'être vivants. 

2. Les anciens Caraïtes comme les Samaritains défendaient la consommation des 
poissons morts dans l'eau. (S.). 

3. Rien de semblable dans la loi rabbinique, qui permet même expressément l'usage 
du sang. Il est curieux cependant que le Pirkè R. Eliézei\ cb. 9, exige l'effusion du 
sang des poissons. 

4. D'après le même Pirkè R. Eliézer \ib.), les sauterelles sont nées de l'eau. 

5. arîD 17212: "«blÉttb, que M. S. corrige en dm 733 "ibîlW. 

6. Toute différente est la loi rabbinique, Mischna Kélim, 12, 3. 

"I. Même observation. Ici encore le texte est altéré : îTtlWa T3D *"iriN DN73Û33. 

s. Lév., 11. 47. 

9. Lév., 10, 10 ; Nombr., 35, 24. 

10. Lacune, que le contexte ne permet pas de remplir. 

11. . . .bnn. . n'est pas le reste de ?7rp mal écrit, mais de "ObrirP. 

12. Voir plus haut, p. 186 et 191. 

13. Texte difficile. 

14. Se rappeler l'expression bl*75 jTO ^ttTRj Mischna, Yoma, 1. 

15. Db"ID ipTZÎ"» "lï"PS br, cf. Gen., 41, 40. 

16. blisn N1P1 "e veut pas dire que lé sort le désignera, mais qu'il aura pour lot. 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Que si un homme tombe sous le coup de la loi des plaies, le 
prêtre viendra et se tiendra dans le camp. Le censeur l'instruira de 
la teneur de la loi. Même si ce prêtre] est un sot, c'est lui qui fera 
interner [le patient], car ce sont eux [les prêtres' qui ont ce 
droil '. 

Voici la règle concernant le censeur du camp. 11 devra enseigner 
au public les actions de Dieu, leur faire connaître les merveilles de 
sa puissance 2 , leur raconter l'histoire ancienne, en détail 3 . Il les 
traitera avec bonté « comme un père ses enfants » ; il « porlera » 

tous les « comme fait un berger à son troupeau*»; il 

« dénouera tous les nœuds de leurs chaînes B », en soutenant de la 
main les opprimés et les écrasés de sa communauté ••. 

Tous ceux qui viendront s'agréger à sa communauté, le [cen- 
seur] les examinera au point de vue de leurs actions, de leur savoir, 
de leur force, de leur puissance et de leur fortune, et il les inscrira 
à l'endroit voulu, en leur assignant, selon leur état 7 , une place 
dans le campi. 

Que personne des membres du camp ne se permette d'amener 
quelqu'un à la communauté avant d'avoir consulté le censeur du 
camp 8 . 

Aucun des membres de l'alliance ne devra faire de transactions 
avec les fils de l'aurore (?) ! \ si ce n'est de la main à la main 10 , et 
l'on ne fera d'opérations commerciales qu'après en avoir avisé le 
censeur du camp 11 . . . ,2 . 

Ceci est la constitution des camps... ils ne réussiront pas à 
demeurer dans le pays 13 ... 

1. Osée, 5, 1. Geiger [Jud. Zeilschr., II, 42 et s.) a montré (Jlië jtijtèrttent les 
Pharisiens ont cherché à enlever ce privilège aux prêtres pour le confier aux savants. 

2. *6tf3!3 rvmaa, *®b£ = 1ÎÔD (S.). 

3. rpriHD:3 ne doit pas être corrigé en ï~p P1TD3- "i en !Tr2"ID3, mais en 

4. "m y ÎTSn-D DaiITTE bob . ..tt)H La hn permet de lire M^^n comme dans 
Is., 40, 11, où on lit N£P ip^nil... 1")"IJ TiyiD- Fant-il lire arT'TîTJ au lieu de 
DDin-pJ '? M. S. propose : ûm"H?3 b^b NU}"n « il supportera toutes leurs révoltes ». 
Si tel devait être le sens, mieux vaudrait lire Û2"in. 

5. zn^vp mmr,n bs hy nn^ rappelle . ..-inr: rcn mn^nn nns 

d'Isâïe, oiî, 6. Remarquer qu'ensuite vient D^lSn, qui se trouve dans le même verset. 

6. D"H- • • • 73 • b est lu par M. S. : D~T*3 "pEnb. Le pluriel ai"r est choquant. 
~. imrP ^DD, à lire imTî. A la fin suppléer r>Zfmrt. 

8. Même privilège pour le censeur des Esséniens. 

!». .M. S. corrige -îmsn *in en "Dan ^23 « les païen* ». 

10. rpb Ep, donnant donnant. 

1 l. Texte conjectural, très peu de traits étant encore visibles. 

12. Viennent cinq lignes presque entièrement perdues. 

13. C'est tout ce qui reste de trois lignes. 



UN KCRIT SAD'DUCÈKN 203 

P. 14i « [des jouts] <j<ti ne sont pas firrivrs drpt/is le jour où 
Ephraïm s'est séparé de J?u/a x . »• Et tous ceux qui marcheront 
dans ces voies, Dieu leur donne l'assurance 2 qu'il les sauvera de 
tous les pièges de la mort, car soudain, ils :i ... 

Voici le statut constitutif de tous les camps. Tous seront recen- 
sés nominativement, en premier lieu les prêtres, puis les Lévites, 
en troisième les Israélites, enfin les prosélytes. Ils seront inscrits 
nominativement aussi dans le même ordre. C'est ainsi également 
qu'ils siégeront et seront consultés 5 . Le prêtre chargé du dénom- 
brement" général devra être âgé de trente à soixante ans 91 
instruit dans le livre du Hégou et] dans toutes les règles de la 
ïora pour les diriger comme il faut. 

Quant au censeur de tous les camps f, y il devra avoir de trente à 
cinquante ans, être éprouvé 7 en tous les conseils humains 8 et en 
toute langue 9 ... C'est d'après ses ordres que tous les membres de 
la communauté prendront leur place respective. Toutes les fois 
qu'on aura à entretenir le censeur, on le fera, dans tous les cas de 
procès et de contestation 10 . 

Telle est la constitution de la communauté, pour la pourvoyance 
des besoins généraux"... chaque mois. On versera [les contribu- 
tions' au censeur, et une partie de la recette sera distribuée par les 
juges du peuple. Ce fonds servira aussi à soutenir ,2 les pauvres et 
les indigents. Quant aux vieillards qui n'ont pas [d'enfants?], aux 
voyageurs, à ceux qui auront été faits prisonniers par un peuple 



1. Isaïe, 7, 17. Cf. plus haut, p. 186. 

2. Reprise de la phrase de p. 7, 1. 5 et de R. (p. 185Ï. Ici encore il y a m3736M, 
au lieu de nD73K: de Ps., 89, 29. 

3. Il paraît (prou ne peut pas lire "1*231 « ils seront exaucés ». Seules sont visibles 
les premières lettres . . .$j*|. 

4. Il s'agit probablement des assemblées. Le mot 53b après "ibNTD^ n'est pas très 
clair. Cela signifie-t-il : en toute circonstance, pour toute chose ? 

5. Il n'est pas sûr que ips^ signifié ici : « qui dénombrera », comme semble l'in- 
diquer la succession des idées ; la fin de la proposition ferait pencher pour l'autre 
acception du verbe, « diriger, commander ». 

6. Il y avait donc un Censeur général et un Censeur pour chaque camp. 

7. Le texte porte b"13>3, que M. S. traduit par « marié », tout en proposant diverses 
corrections. Il faut probablement "pria comme plus haut, à plusieurs reprises. 

8. D v «25-N "713 333. Cela veut dire sans doute : connaissant la psychologie. 

9. Ici deux mots tronqués . . .^ns . 73"). 

10. La phrase est gauchement construite ; 131b D1N ?35 ïl^TV^ HUÎN "121 bdbl 
Ûtflftbl am 53b "I3T hpanV. C'est une imitation de II Sam., 15, 4. 

11. Ici deux mots qui peuvent se lire, dit M. S. fnTSTin "1313 (la finale 1 serait 
insolite ou 3173^ ">2U3 '■ 

12. Au lieu de j-ja lire -pa. cf. Èz., 16, 49. 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

étranger, aux vierges "qui n'ont pas de dot ... a ceux qui n'ont 
personne pour s'occuper d'eux'... 

Telle est la teneur de la constitution... 2 , et telle est la teneur des 
règles... :| d'Aron et d'Israël, qui pardonnera nos fautes 5 ... :; . 

[P. 15 ... et pareillement par aie/' et lamed et par alef et dalet ,; , 
mais uniquement par le serment 7 , parmi les serments de l'al- 
liance, et il ne mentionnera pas la Loi de Moïse... S'il a juré et a 
violé [son serment], il aura profané le nom divin . Si c'est par 
les serments de l'alliance... les juges. S'il a transgressé, il est 
coupable. Dans ce cas, il fera confession et rendra [l'objet dérobé? 
et ne sera pas passible de mort 8 . 

Celui qui entrera dans l'Alliance — c'est une loi éternelle pour 
tout Israël 9 — avec ses enfants en âge d'être compris dans le 
dénombrement, sera admis après prestation du serment de l'alliance. 
Telle sera la règle pendant toute la période de l'impiété pour qui- 
conque renoncera à sa mauvaise voie i0 . Le jour où il parlera au 
censeur général, on lui imposera le serment de l'alliance conclue 
par Moïse avec Israël, et l'engagement de revenir à la loi de Moïse 
« de tout cœur et de toute âme »... Personne ne devra lui donner 
connaissance des règles avant qu'il se soit présenté devant le cen 
seur n . Qu'il ne se laisse pas tromper 12 par lui en l'interrogeant ! 
Lorsque le [candidat] aura pris l'engagement de revenir à la loi de 

1. Une ligne tronquée. 

2. Encore une ligne mutilée. Cette constitution est à peu près celle des Esséniens. 

3. Il y avait sans doute ici : « d'après lesquelles devront se comporter les membres 
de l'alliance jusqu'à l'avènement du Messie issu d'Aron. . . » 

i. "ISjiy "IDD^T. Si vraiment il fallait suppléer Messie et faire de ce nom le sujet 
du verbe, il en résulterait que le Messie attendu par la secle aurait le pouvoir de 
pardonner aux fautes ou de les expier. La donnée sera't extrêmement curieuse et 
importante pour l'histoire des idées messianiques. Mais si Dieu figurait dans la phrase 
qu'un accident a malheureusement amputée, toutes ces inductions seraient vaines. 
11 y a beaucoup de chances cependant pour que le nom de Dieu n'ait pas été prononcé 
ici, non plus que dans tout l'exposé qui précède. 

5. Des trois lignes qui suivent et terminent le feuillet on ne lit que ces mots : 
. . .de l'argent et il sait. . . puni six jours et celui qui parlera. . . 

6. Il s'agit des serments ; il est défendu de jurer par le nom de Dieu commençant 
par 38, à savoir D^nbs*, et par "j{*, à savoir "^-JX. Même défense dans la Mischna. 
Schebouut, 4 13. Là le tétragramine est désigné par les lettres yod hè. 

i. rman mbio ...in nsiatt ns *o. m. s. lit rrnan n^nn^; que feraient 

alors les deux mots suivants? Mieux vaut lire nmron. 

8. Le texte est trop incertain pour qu'on en tente l'explication. 

9. Traduction sujette à caution ; le texte porte p-in? b&nC 3?3 SW35 N3Tn 
...DrTD2 PN Dbl*'. Il vif-e sans doute l'Israélite qui vient s'aflilier à la secte. 

10. Les Israélites non affiliés. 

il. Ces règles offrent une analogie frappante avec celle des Ksséniens. 

12. ^PEn■ , est, parait-il, douteux. 



UN ÉCRIT SADDUCEEN 205 

Moïse « de tout cœur et de toute âme 1 o... P. 16]... une alliance 
avec vous et avec tout Israël. C'est pourquoi l'homme prendra l'en- 
gagement de revenir à la loi de Moïse, où tout est dit avec préci- 
sion. Et renoncé des temps, pour qu'Israël s'en souvienne 2 , a été 
l'ait avec précision dans le livre des divisions des temps en jubilés 
et septaines d'années] 3 . Le jour où l'homme aura pris la résolution 
de revenir à la loi de Moïse, l'ange Mastéma ' le quittera s'il tient sa 
promesse. C'est pourquoi Abraham fut circoncis le jour où il le sut \ 

Quant au verset : « Tu observeras ce qui sort de tes lèvres* >\ il 
signifie qu'il faut accomplir tout serment d'interdiction qu'on a résolu 
de s'imposer, s'il s'agit d'une chose prescrite par laTora; même 
au péril de sa vie, on ne doit pas l'annuler 7 . Tout ce qu'on se sera 
imposé 8 ... (au péril même de sa vie 9 ), on ne doit pas le maintenir. 

Du serment de la femme, à propos de quoi Moïse a dit qu'on 
peut désavouer son serment 10 . Que le mari ne désavoue pas le 
serment qu'il ne connaît pas..., il doit le maintenir. S'il s'agit du 
serment de violer l'alliance, il doit le désavouer et non le laisser 
subsister. Telle est aussi la règle pour le père. 

De la rèf/le des vœux. Que personne ne voue à l'autel rien de 
volé". Pareillement les prêtres ne devront pas accepter des 
Israélites... qui aura consacré un aliment..., c'est là ce qui est dit : 
« Ils $e prennent Viin Vautre au piège Jî »... ,3 . 

1. A partir d'ici il n'y a plus rien à tirer des tronçons de phrases qui restent de 
huit ligues. 

2. birwa yrors au lieu de banur? ynit? (s.). 

3. C'est le titre du livre des Jubilés, que suppose l'éthiopien Cou f aie. Ici encore il 
semble qu'il y ait pour tout lien entre cette phrase et la précédente la présence de la 
même expression. p"TpTT53. 

4. Mastéma est le nom de Satan particulier au livre des Jubilés, 10, 7 : 11, 5, 11 : 
17, 16 ; 18, 12 ; 48, 2. 9, 12, 15 ; 49, 2. Mais dans cet ouvrage il est qualifié de « prince » 
et non d' « auge » . 

.'». M. S. renvoie à Juh., 15, où l'institution de la circoncision est dite avoir pour 
effet de soustraire le fidèle à l'empire des mauvais esprits. 

6. Deut., 23, 24. 

7. Lire "tmD" 1 au lieu de imD\ ni7û TTTû iy est une expression nouvelle, qui 
a peut-être provoqué la leçon "imD" 1 . 

5. Suppléer : et qui est contraire à la Loi. 

9. Ces mots sont une diltographie de la ligne précédente (S.). 

10. Nombr., 36, 5. Se rappeler que plus haut p. 185) ce texte avait été pris a 
cuntre-seus. Même ici, vœu e-l remplacé par serment. 
U. 0"Ofct, sens du mot eu araméen. 

12. DIT! [TIW] [nâ]J nN ©"•**, Miellée, 7, 2, où il y a irpnN au lieu de 
1*199 (S. . U est probable que l'auteur prend le mot Û"in dans le sens d'interdit. 

13. Kusuite cinq lignes presque entièrement disparues Les mots qui restent 
montrent qu'il y était traité des consécrations et vœux. 



LES JARDINS D'ADONIS 

LES KAPPABOT ET BOSCH HASCHANA 



A propos du mot kd^d-id (Schabbat, 81 b), Rascbi rapporte 
l'usage suivant, qu'il emprunte à une Consultation des Gaonim. 
On prenait des paniers, faits de feuilles de palmiers, qu'on remplissait 
de terre et de fumier ; puis, vingt-deux ou quinze jours avant 
Rosch Haschana (Nouvel An;, on y semait des fèves ou des pois. 
Il y avait un panier par fils ou fille. Les plantes ayant levé chacun 
des intéressés faisait tourner son panier sept fois autour de sa 
tète, en disant : « Ceci est à la place de cela ; ceci est mon 
remplaçant, ceci est mon substitut. » Puis on jetait le panier dans 
un cours d'eau. Ce récipient, avec son contenu, portait le nom de 

Jacob Levy a trouvé cet extrait si curieux qu'il l'a traduit in 
extenso dans son Dictionnaire talmudique -. 11 ajoute que l'usage 
est vraisemblablement celui qui a donné naissance au rite des 
Kapparot, qui apparaît pour la première fois à l'époque des 
Gaonim, c'est-à-dire entre le vm e et le xi e siècle, et dans la même 
région, à savoir en Babylonie. 

On connaît suffisamment cette coutume. La veille du jour de 
Kippour, on fait tourner trois fois autour de la tête du fidèle un 
coq ou une poule, suivant que le sujet est du sexe masculin ou 
féminin 3 , en récitant les mois consacrés qu'on vient de, lire. 

1. Aucune des étymoloyies de ce mut données jusqu'ici ne parait s'imposer. 

2 Neukebràisches u. Chald. Wœrterbuch, IV. 131. 

o. Ce détail se lit déjà dans le Mahzur Vitry. Cet ouvrage se réfère a une Hestkla. 
Mais il n'y a rien, de tel ni dans la Pesikta de liab Câlina-, ni da+is la Pestkla Habbati; 
où, d'ailleurs, la description de la cérémonie ne sciait pas à sa place. Tous les autres 
traités rabbiuiques se réfèrent a une Consultation des Gaonim,. qui se lit dans le 
Schaarè Teschouba, 299, où elle est attribuée au Caon Scbésehna. Cf. Zun?, Hi/tts, 
et Mûller, Maftéah, 22, note. 



LES JARDINS D'ADONIS 207 

Ensuite, on jette la volaille ou Ton en l'ait cadeau aux pauvres K 
L'opinion de Jacob Levy 2 est généralement admise ; c'est, par 
exemple, celle de Kaufmann kohler, l'auteur de l'article Kappavali 
de la Jeirish Eut i/t lopedia, cl celle de S. Hurvvitz, l'éditeur du 
Mahzor Vitry*. 

M. Kohler a eu le mérite de signaler la ressemblance singulière 
de rasage décrit par Rascbi avec celui des Jardins d'Adonis, que, 
depuis Ewald \ on s'accorde à retrouver dans Isaïe, xvu, 10. 

Nous voudrions procéder ici à la comparaison de la cérémonie 
des Jardins d'Adonis avec celles de la parpisa et de la kappara. 
Cette rapide esquisse servira tout au moins à compléter l'étude 
magistrale consacrée par M. Frazer 5 , après Mannhardt 6 , aux 
Adonies. 

On sait ce qu'étaient ces Jardins d'Adonis, qui étaient passés en 
proverbe chez les Grecs, déjà au temps de Platon iPhèdre;. « On 
semait dans des pots de terre, dans des fonds de tasse, dans des 
paniers, toute sorte de plantes qui germent et croissent rapide- 
ment, telles que le fenouil, l'orge, le blé et surtout la laitue. Ces 
plantes levaient en quelques jours — en huit, d'après Platon — 
puis se flétrissaient aussitôt, parce qu'elles n'avaient pas de 
racines. C'était, disait-on, l'image de l'existence éphémère 
d'Adonis. Ces petits jardins étaient exposés avec l'image du dieu 
dans la pompe d'Adonis, puis on les jetait dans la mer ou dans les 
fontaines 7 . » 

Ce rite, qui était célébré principalement à Byblos, dans le pays 
du Liban et surtout à Cypre, se répandit de bonne heure jusqu'en 
Grèce, où il était pratiqué au mois de juin, période de l'année qui 
convenait le mieux à la germination rapide des plantes. La 
date variait, naturellement, avec les régions où ce culte était 
observé. 

1. Le» anciens textes, comme le Mahzor Vitry (p. 373 et le Schibbolé Haléket 
(p. 266 1, ajoutent une phrase très instructive : « Que celui-ci sorte vers la mort et que 
celui-là entre dans la vie ! » 

2. Reproduite comme un s'y attend, par Kohut dans son Aruch completum. 

3. Loc. cit. 

4. M. Lagran^c [Études sur les re tir/ ions sémitiques, p. 173) a donc tort de faire 
honneur à M. Cleimout-Gauneau de la priorité de ce rapprochement. 

.'j. Adonis, Attis, Osiris. Studies in the history of oriental religion, 1907. 

6. Antike Wald- und Feldkutte, p. 2SS et s. 

7. Sa^lio, Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, s. v. Adonis. Voir 
encore et surtout ROehet(e, dans la Revue archéolo'jique, 1851, et Uuudissin. art. 
Tammuz de la liealencyclopœdie de Hcrzog-Hauck. 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mannbardt a eu certainement raison de voir dans les Jardins 
d'Adonis un rite agraire, et M. Frazer a montré que cet usage se 
retrouve sous les latitudes les plus variées, avec cette signification. 
« Toutes ces cérémonies, dit-il, étaient, à l'origine, destinées à 
servir de charmes pour favoriser la croissance ou la renaissance 
de la végétation, et le principe d'après lequel elles étaient 
supposées produire cet effet était l'homéopathie ou la magie 
imitative. On supposait qu'en imitant l'action qu'on désirait, on 
l'aidait à se produire. Ainsi, en arrosant, on faisait pleuvoir. 
Pareillement, en imitant la croissance des céréales, on espérait 
s'assurer une bonne moisson. La croissance rapide du blé et de 
l'orge dans les Jardins d'Adonis devait faire pousser le grain, et 
le lancement des jardins et des images dans l'eau était un charme 
pour procurer la provision nécessaire de pluie fertilisante , . » 

Comme il a été dit plus haut, les commentateurs modernes ont 
cru découvrir une allusion aux Jardins d'Adonis dans ces mots 
dlsaïe (xvii, 10) : « Tu te plantes tFMa*a %5 S et tu ensemences des 
sarments étrangers. Le jour où tu les plantas, tu les vis croître, 
et, dès le matin, ta semence a produit des pousses, mais la 
moisson s'en est allée. » "jaw-, Naaman, serait un autre nom 
d'Adonis, qui s'est conservé dans celui d'une ville de Palestine, 
Nmana, citée sur la liste du roi Dhulmes III, dans celui de 
Naaman, général syrien, et dans les composés comme D*rrt 3 . 
Naaman partageait le sort d'Adonis, qui n'est qu'une épitbète du 
dieu Tammouz 4 . On a déjà fait valoir que le nom de X anémone 
tire son origine de Naaman ; les Arabes appellent cette fleur 
« blessure de Naaman », comme, d'après Ovide, Metam., x, 735, 
l'anémone ronge était dite avoir jailli du sang d'Adonis :i . 

Nous pouvons corroborer cette conjecture par un texte hébreu, 
qu'on ne s'attendrait pas à voir en l'occurence, le Pirkè Rabbi 

1. P. 194-193. 

2. Marti, Bas Buch .lesitja, p. 144, traduit même ces mots par « Jardins d'Adonis ». 
M. Frazer est beaucoup moins afflrmatif. Le pluriel naamanim est difficile à justifier 
dans le cas où le mot désignerait Adonis. La version grecque suppose la lecture 
■pûfiW "M ''Z2Z « un plant infidèle ». En résulte-t-il qu'il y avait "psya? 

3. Voir Marti, loc. cit. 

4. Les Babyloniens appliquaient parfois à Tammouz l'épitbete « maître », que 
Zimmern a comparée à Adonis [Ber babylonische Gott Tamuz, 1909). Mais ils la 
décernaient aussi à d'autres dieux, et se servaient de nombre d'autres qualificatifs pour 
Tammouz. Zimmern n'en a pas relevé moins dune vingtaine. Le problème reste donc 
entier. 

5. Lagarde, Semiiiça, I, 1878, p. 31 ; \V. Ilobertson Smith, Ctesias and the 
Semiramis legend, dans English historical Revie>i\ 1887, p. 307, cité par Frazer. 
p. 185, note 1. 



LES JARDINS D'ADONIS 209 

Eliézer ch. vi . Cet ouvrage décrit ainsi la marche du soleil : 
« Dans la tekoufa de Nissan, le soleil commence par la fenêtre 
de Taalouma, par laquelle sort la lumière, en se dirigeant vers lé 
nord, passant par les différentes fenêtres, jusqu'à ce qu il arrive 
à celle de Naaman. Dans la tekoufa de Tammouz, il commence 
par la fenêtre de Naaman*... » La fenêtre de Naaman es idonc 
celle qui correspond à Tammouz-Adonis. Ce nom, qui ne ligure 
dans aucun autre texte antérieurement au Pirkè R. Eliézer, a 
fait le désespoir des commentateurs de cet ouvrage. Le rappro- 
chement de cette donnée avec celles que nous avons énumérées 
ne laissera pas de doute sur l'origine de ce personnage mythique. 
David Lourié, le savant commentateur du Pirkè, a d'ailleurs été 
sur la voie de la bonne explication, car il rapproche ce nom de 
Naaman des Nité Naamanim d'Isaïe, sans penser aux Jardins 
d'Adonis, dont il n'avait pas la moindre notion. 

Mettons maintenant en parallèle le rite de parpisa avec celui 
des Jardins d'Adonis. Il n'est pas douteux qu'il le recouvre 
exactement. La coïncidence sert même à corroborer une hypothèse 
de Rochette. Celui-ci, interprétant un texte des Césars de Julien 
qui mentionne les Jardins d'Adonis, explique l'expression yr\ 
Axyxvix « terre à légumes », employée à cette occasion par cet 
auteur, en supposant qu'il s'agit probablement de terreau où l'on 
mêlait beaucoup de fumier 2 . 

La ressemblance est plus grande avec l'usage syrien qu'elle ne 
l'est avec aucun des autres qui appartiennent à la même famille 
sans en être issus. 

Où l'accord cesse, c'est à propos de la date de la cérémonie et 
surtout de par le fait de l'entrée en scène d'un nouveau rite à carac- 
tère d'expiation. 

Pour la date, tandis qu'en Grèce et à Alexandrie, elle coïncidait 
avec le mois de juin, la cérémonie dont parlent les Gaonim avait 
lieu en septembre-octobre. Quelle que soit la différence de lati- 
tude entre la Babylonie et ces contrées, elle n'est pas telle que 
le fort de l'été soit reculé à ce point. 

Dans les Indes, il est vrai, c'est au milieu de septembre qu'on 
célèbre un rite analogue 3 . Mais c'est sans doute parce que le climat 
s'y prête. 

1. Dans le Livre d'Heuoch (ch. lxxii et s.), les portes du ciel remplissent un emploi 
analogue. 

2. P. 116. 

3. Frazer, p. 201 : à Sargal, dans la province centrale; près de Phandharpur, dans la 
présidence de Bombay. 

T. LXI, no 122. H 



210 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il y a donc ç,g déplacement, ej ce déplacement se trahit même 
avec assez de précision. Tandis, en effet, que la plantation des Jardins 
d'Adonis se faisait ailleurs huit jours seulement avant la fête du 
dieu, les Juifs de Babylone procédaient à l'ensemencement vingt- 
deur ou quinze jours avant la cérémonie. C'est donc que, la saison 
estivale étant passée, il fallait un plus long laps de temps pour la 
croissance des graines. 

Ce déplacement répondait certainement au désir de faire coïnci- 
der cette pratique avec la fête du Nouvel An. 

Est-ce donc que cette solennité serait apparentée à ce rite agraire l 
A première vue on serait tenté de le supposer. On connaît ce passage 
de la Mischna de Rosch Haschana (i, %) : « Il y a quatre moments 
dans Tannée où le monde est jugé (c'est-à-dire : où Dieu décide de 
son sort) : à Pâque, pour le sort de la moisson; à la Pentecôte, 
pour celui des fruits; au Nouvel An, toutes les créatures humaines 
défilent devant lui...; à Souccot, pour l'eau. » La Tossefta (i, fc2), 
cité dans Rosch Haschana, 10 a, ajoute a cette Mischna : « Akiha 
dit : pourquoi la ïora prescrit-elle d'apporter une mesure d'orge 
nouvelle à Pàque? Parce que Pàque est le moment des céréales. 
Dieu dit, en conséquence : Apportez devant moi un orner à Pâque, 
afin que soient Dénies à votre profit les céréales des champs. Pour- 
quoi les deux pains de proposition à la Pentecôte? Parce que c'est la 
saison décisive pour les fruits des arbres. Dieu dit donc : Apportez 
devant moi les deux pains à la Pentecôte, afin que soient bénis à 
votre profit les fruits des arbres. Pourquoi la libation d'eau à 
Souccot? Parce que Dieu dit : Versez devant moi de l'eau pour que 
soient bénies à votre profit les pluies de l'année. » On attendrait 
une cause analogue pour la fête du Nouvel An, mais il n'en est rien. 
Toutefois, il semble qu'un vague souvenir d'une explication ana- 
logue se soit conservé. C'est ce qui faisait dire à R. Tahlifa qu'à 
Rosch Haschana est fixée pour chacun la nourriture qui lui revient. 
Abahou trouvait un appui à cette idée dans le verset qui parle du 
Nouvel An, d'après la tradition, tm baoïa^ pn ■»$ signifie : « C'est 
en ce jour que la nourriture (pm est décidée pour Israël ' » . D'après 
une baraïla, c'est à Rosch Haschana qu'est fixée la quantité de pluie 
qui sera due au mérite ou au démérite d'Israël '-'. Ailleurs Rosch 
Haschana est décisif pour les diverses pluies, la chaleur, les vents 
qui favoriseront ou affligeront l'année :î . 

Mais si Rosch Haschana a eu jamais le même caractère que les 

i. Bèça, 156-16a; cf. Baba Haïra, 10a. 

'1. liosch Haschana, 176. Cf. Sifrè DeuL, § 40, p. 78,6. 

.'5. Rose ft Haschana, Ha. 



I.KS JARDINS D'ADONIS 2H 

trois fêtes de pèlerinage, à l'époque des Gaonim il y avait beau 
temps qu'il l'avait perdu, el si l'on y céîébraïl des cérémonies ana- 
logues au\ rain-charms, c'était d'une autre façon, qui ne rappelait 
plus le rite agraire: on mangeait, au Nouvel an, divers fruits de bon 

augure. (Vêtait un usage du. même ordre que celui des étrennes 
chez les Romains '. 

Les Jardins d'Adonis ont donc été transférés chez les Juifs baby- 
loniens au Nouvel An pour une autre raison. 

On peut se rendre compte de ce transfert de la façon sui- 
vante. En divers lieux, les Adonies étaient célébrées au prin- 
temps, saison du Nouvel An en beaucoup de régions. Rosch 
Haschana. étant le commencement de l'année, a attiré à lui cet 
usage, qui paraissait lié au Nouvel An. C'est ainsi que Rosch 
Haschana, tombant en automne et fêtée comme « joui- du juge- 
ment », est parallèle au Nouvel An babylonien, « jour du jugement » 
également, mais célébré en Nissan, au printemps. 

Reste enfin une autre explication.il n'est pas impossible qu'il y ait 
eu contamination du ri te des Jardins d'Adonis par celui des Kapparot, 
à cause de la similitude du Irait final, à savoir le lancement d'un 
objet dans la mer ou dans un cours d'eau. 11 est vrai que le choix 
de Rosch Haschana pour la cérémonie ne se justifierait plus, les 
Kapparot ayant lieu la veille de Kippour, mais cette dernière condi- 
tion ne paraît pas avoir été bien établie, car, d'après le Schibbolé 
Haléket (p. 266), la consultation des Gaonim qui fait connaître la 
première le rite le place à Rosch Haschana. Il ajoute que les 
savants et les chefs de famille accomplissaient le rite également 
la veille de Kippour. 

Aussi bien cet usage s'explique-t-il par lui-même et n'a-t-il nulle- 
ment besoin d'être interprété comme une altération de celui du 
parpisa. C'est sans aucun doute un succédané de la cérémonie du 
houe émissaire, comme il est déjà dit dans le Mahzor Vitr//. Du 
culte public le rite passa au culte domestique; célébré pour la 
communauté lors de l'existence du Temple, il devint ensuite indi- 
viduel. Peut-être mëfhie les Kapparot ressortissaient-elles du culte 
populaire avant la destruction du Temple. On les retrouve chez les 
Bédouins du désert de Syrie 2 et dans tout le monde musulman. 
Encore aujourd'hui, à &lger, les femmes juives, avec le concours 
d'une Musulmane, accomplissent cette cérémonie, devant la mer, 
à Pàque. 

1. L'usage n'apparaît que tardivement, au iv siècle, et en Babylonie (Horayot, 12 a). 

2. Voir Curtiss, Primitive semitic religion lo-day, p. 203. 



812 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

Il est inutile de rappeler que les Kapparot ont provoqué une résis- 
tance assez vive de la part de certains rabbins espagnols. Nahma- 
nide l'interdisait formellement en la qualifiant de pratique païenne. 
Salomon ben Adret, qui n'était pourtant pas suspect de rationa- 
lisme, la prohibait également dans sa communauté, à Barcelone, 
quoique, dit-il, elle régnât sans conteste en Allemagne. Encore 
Jacob ben Ascher, l'auteur du Tour, l'enregistre comme un simple 
usage local \OraJt Hayyim, 60o). 

Ainsi, une cérémonie d'origine syrienne, qui était peut-être 
connue des Juifs à l'époque biblique, a survécu à la civilisation 
qui l'avait fait naître, chez des Juifs vivant en Babylonie 1 vers le 
k° siècle, grâce sans doute à son caractère naturiste. Mais le 
résidu de culte agraire qui la faisait vivre était aussi ce qui 
devait la faire périr; elle allait être délaissée au fur et à mesure 
que les Juifs qui l'observaient s'adonneraient davantage au 
commerce et aux arts et métiers. 

Vraisemblablement cette pratique était inconnue en Palestine à 
l'époque talmudique, car autrement elle aurait été stigmatisée 
comme pratique païenne "ni^N "O-n, à plus juste titre encore que 
nombre d'usages moins nettement magiques dénoncés et prohibés 
dans la Tossefta de Schabbat. 

Israël Lévi. 



P. S. — .4 propos de V équivalence Naaman- Adonis. — Le Livre des 
Jubilés, comme on sait, aime à imaginer le nom des personnages ano- 
nymes de l'Histoire sainte. C'est ainsi qu'au ch. 34, v. 20, il énumère par 
leurs noms les femmes des douze fils de Jacob. Ce sont pour la plupart 
des noms qui figurent dans d'autres parties de la Bible et principalement 
dans les premiers récits de la Genèse. Or la femme de Zabulon y est 
dénommée Ni'iman, vocable masculin, dont la forme jure avec celle des 
autres noms, qui ont tous l'air féminin. Aussi a-t-on proposé de lire, au 
lieu de Ni'iman, Naarna (Gen., 4, 22). Mais voici qui est curieux: au 
Ni'iman de la version éthiopienne (= Naaman) correspond dans le syriaque 
■^"IN Adonaï ou Adoni. Serait-ce parce que, pour le traducteur syrien, les 
deux mots étaient équivalents? 

1. A dire vrai, nous ignorons le lieu d'origine des destinataires de la Consultation 
gaonique. Mais toutes les vraisemblances sont pour la Babylonie. 



LA PRIÈRE « PRO JUDAEIS » 

DE LA LITURGIE CATHOLIQUE ROMAINE 



La liturgie romaine, que suivent depuis le neuvième siècle, à une 
ou deux exceptions près, toutes les communautés catholiques du 
monde occidental, comporte, le Vendredi-Saint', où l'Église chré- 
tienne célèbre l'anniversaire de la mort de Jésus, une série de 
neuf prières, dites oratipnes sollemnes, pour l'Église, — le pontife 
romain,— la hiérarchie ecclésiastique, — l'Empereur 2 , — les caté- 
chumènes, — les souffrants : malades, affamés, prisonniers, voya- 
geurs et navigateurs, — les Juifs, — les païens. 

Dans cette série, l'oraison pour les Juifs se distingue entre 
toutes les autres par un usage particulier, qui — je tiens à le dire 
dès l'abord — n'existait pas aux origines : on se propose de 
raconter ici comment il s'est établi. 

# 
# # 

Le cérémonial à suivre est fixé par les rubriques du Missel : le 
célébrant indique d'abord le thème de la prière ; pour l'Église par 

1. Ces prières, qui ne se disent aujourd'hui que le Vendredi-Saint, n'ont rien dans 
leur teneur qui « les rattache spécialement aux solennités de la Passion et de la 
Pàque ». Certains mss. du Sacramentaire grégorien les donnent au mercredi saint 
aussi hien qu'au vendredi. (Cf. l'édition de Hugues Ménard dans P. A., t. LXXVÏII, 
col. 79, et la note 239, col. 312.) Les intentions en sont celles-là même « dont la série 
revient à plusieurs reprises dans les liturgies quotidiennes des églises orientales ». Ou 
i -r-'iiéralement admis la conjecture de Mgr Duchesne. « que ces oraisons ont fait 
autrefois partie de la messe romaine ordinaire et qu'elles étaient récitées après les 
lectures, au moment où elles continuèrent d'être récitées le mercredi et le vendredi 
saints ». (Cf. Origines du culte chrétien, 4 a éd., p. 175-176.) 

2. Il va sans dire que cette oraison ne se chante pas en France. Le nomhre total s'y 
réduit donc à huit. 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

exemple : Oremus, dilectissimi nobis, pro ecclesia sancta Dei, ut 
eam Deus et dominus noster, etc., et il conclut : Orcnrus. Alors le 
diacre invite l'assistance, qui est debout, à s'agenouiller : flecta- 
musgenua; l'on se met à genoux, et, au moins théoriquement 1 , 
Ton prie quelques instants en silence. Puis le diacre (aujourd'hui 
le sous-diacrej dit : lerate ; l'on se relève donc, et le célébrant 
résume à haute voix les vœux de la communauté : Omnipotens 
sempiterne Deus, qui gloriam tuant, etc. 

Ainsi en use-t-on aux sept premières oraisons, el, à la neuvième, 
pour les païens. Mais la huitième, l'oraison pour les Juifs, est à 
part : on n'y répète pas l'invitation a la prière : oremus ; et Ton n'y 
plie point le genou. Voici le texte : 

[Le célébrant :] Oremus et pro perfidis' 1 Judaeis : ut Deus et 
dominus noster auferat velamen de cordibus eorum ; ut et ipsi 
agnoscant Jesum Christ u m dominum nostrum. 

Non respondelur Amen, sed statîm dieitur : 

Omnipotens sempiterne Deus, qui etiam judaicam perfidiam a 
tua mi se ri cor dia non repellis : exaudi preces nostras, quas pro 
i/fius poputi obcaecatïone de fe ri mus ; ut ngnita veritatis fuae 
luce 7 quae Christus est, a suis tenebris eruantur. Per eumdem 
dominum [nostrum Jesum Cliristum filium tu uni, qui tecum vivit 
et régnai in unitate Spiritus sancli Deus per omnia saeeuta 
saeculorum . [L'assistance répond :] Amen. 

On pourrait croire, au premier examen, que le membre de phrase 
non respondetur Amen atteste déjà une particularité de la prière 
pour les Juifs et traduit un sentiment hostile: il n'en est rien. 
A aucune des neuf monitions le peuple ne doit répondre Amen. 
Si l'on a pris soin de l'indiquer ici, et non pas ailleurs, c'est qu'ici 
pour la première fois la formule invitatoire se termine par les 
mots Jesum Ghristum dominum nostrum, qui. étant la clausule 
ordinaire des oraisons romaines, semblent appeler par conséquent 
la réponse habituelle Amen. Pour la môme raison dans certains 
missels' 5 où la monition pour les païens s'achève ainsi : . . .Deum 

1. En réalité, selon l'usage actuel, il n'y a entre les deux monitions /lectamus 
r/emta et levale que le temps d'une rapide génuflexion. 

2. Ce mot est une sorte d'épithète protocolaire qui accompagne généralement le nom 
juif dans la liturgie catholique. Aujourd'hui encore, selon le Pontilical romain, lorsqu'un 
catéchumène se présente au baptême, le célébrant doit lui demander, s'il vient du 
.Judaïsme : llorresce judaicam perfidiam, respue hebraiçam superstitionem? 
comme il doit lui demander, s'il vient de l'Islam : horre.sce muhumeticam perfidiam, 
respue prtirum secltmi in.ftdclita.tis? ou, s'il vient d'une autre confession chrétienne : 
horresce liuereticam pravitatem, respue nef arias sec tas impiorum N\' 

o. Missel romain de Milan (1474) ou d'Anvers (1598. 



LA PRIERE « PRO JURAE1S » 215 

et dominum nostrum, eu m quo vivit et régnât eu m Spiritu sancto 
Deitsper omnia saecula saa ulorum. on a pris soin d'ajouter : non 
respondetur A tu en '. 

In tèite de Durand 8e Monde- inoil ètt 1290) prouve qu'on dis- 
cuta Sur ce point : non respomtetur Amen, ni </uidam di.rerunt .... 
ce qu'il explique d'abord par une raison mystique : Amen exprime 
l'affection, et il n'en faut point marquer à ceux qui sont hors le 
corps de L'Eglise. Mais il se reprend un peu plus bas pour en venir 
a l'interprétation correcte : il faut distinguer entre monilions 
mtonitiô, pràèfitHo-, udhortutio) et oraison (oratio). À aucune des 
premières il n'y a lieu de répondre Amen, même si la clausule en 
est, comme il arrive quand on envient aux Juifs et aux païens: 
per Uhrtsfttin, etc. : ideoque pro nulfo statu f±= catégorie de per- 
sonnes pnsi pruefulionem (== monition) respondetur Amen, sicut 
nunquum fit poH u/iquam praefationem, Jicet etiam ibi ponatur 
per Cfiristum dominum nostrum : sicut patet in cotidiana Missae 
praefufione. A toutes les secondes, au contraire, il faut répondre 
Amen, môme pour les Juifs et les païens : quod autem secundo 
Orémus dicitur, oratio est. : et responderi débet Amen, pro .hidaeis 
et p<t (ju ni s s ii ni pro n/iis. 

Mais ce premier point élucidé, se présente la seconde partie de 
la rubrique : sed statim dicitur, etc. Et c'est ici précisément que 
l'on déroge à la règle générale énoncée plus haut en interdisant la 
triple monition habituelle oremus — flectamus r/enua — levûte. 
La clause est explicitement énoncée dans le Missel de Troyes de 
1736 3 : Hic non dicitur Amen, nec Oremus, ?iec Flectamus genua, 
sed continu o, Omnipotens, etc. 

1. Il se pourrait même que dans lés nombreux sacramentaires où se lit la clausule 
per omnia (c'est le texte des éditions de Hugues Ménard et de Muratoiï) le copiste 
l'eût ajoutée par erreur, entraîné qu'il était par les habitudes du style liturgique. 
C'est ainsi, par exemple, que dans le Missel romain de Milan, 1474, on lit à la fin de 
la monition pour les catéchumènes le mot per, amorce de la clausule, qui, de toute 
évidence, a été appelé par les mots domino noslro, car on ne le retrouve pas dans les 
autres textes, dans ceux du moins que j'ai pu consulter. — Les Missels de Westminster 
et de Robert de Jumièges àetièvétlt la monition pour les païens au\ mots ...sancto 
Deus ; et le texte gélasien donne cette clausule : cum quo vivit et régnât Deus in 
unilate spiritus sancti. Muratori. UluPQiâ romana vêtus, Venise, 1748, t. I, 
col. 562.) 

1. Râliortalè âtbihoru'm officiorum, éd. de Lyon, 1672. in-l°, p. ,'U6, tëÔl. 2. 

3. Édité par le< soins dé l'évèque JacqUes-Bénimie Bossuet, neveu dé M. de Méaiu. 



!16 HKVUE DES ETUDES JUIVES 



#*# 



Tel quel, il ne me semble pas que cet usage ait été canonisé 
avant le Missel publié, selon la volonté du Concile de Trente, par 
les soins du pape Pie V en 1570. 

Auparavant le Missel de WVstminster ne porte pas, il est vrai, 
comme aux autres monitions le mot Oremus, mais il n'en marque 
pas non plus la suppression : il dit seulement : Hic non dicetur 
Flectanms. De môme, le Missel de Milan, 1474, ôte le mot de son 
texte sans y plus insister. Mais, selon M. R. Lippe \ les Missels 
de Paris, 1530 et 1540, disent explicitement : Et non respondetur 
Amen, nec dicitur Flectamus genua, sed dicitur Oremus. Et môme 
au xvni e siècle, malgré la rubrique romaine, des missels français, 
celui de Caylus à Auxerre (1738) et celui de Vintimille à Paris 
(1676), offrent le texte suivant : ...dominum nostrum. Oremus. Hic 
non dicitur Flectamus genua. 

Sous cette forme la coutume est attestée à peu près par tous les 
sacramentaires 2 et les écrits liturgiques 3 à partir du ix e siècle. 
Le codex Vaticanus du Sacramentaire grégorien édité par Angelo 
Rocca fait prononcer les oraisons solennelles le mercredi et le 
vendredi saints. Aux deux endroits est mentionnée l'interdiction 
de la génuflexion : Et cum in ceteris flectant genua, pro Judaeis 
non flectant*. Pro Judaeis est orare, sed non flectendo genua'\ 
Mais Y Oremus n'est pas pour autant supprimé : Oremus, omni- 
potens sempiterne Deus, etc. 6 . De môme, l'édition de Hugues 
Ménard interdit le Flectamus genua et conserve Y Oremus. Enfin, 
Durand de Mende dit formellement et sans aucune restriction 7 : 
pro quolibet statu bis prof ertur Oremus, alors qu'il vient d'insister 
sur l'interdiction du flectamus genua. 

Rref, il est absolument certain que lorsqu'on en venait aux Juifs, 

1. Missel de Milan, 1474, t. II, p. 78 (édition de la H. Bradshaw Society). 

2. Le Missel de Robert de Jumièges (H. Bradshaw Society, vol. XI), le Sacramen- 
taire grégorien et le Missale Gallicanum vêtus (éditions de Muratori, t. II, col. 59 et 
726) n'y font pas allusion; mais ils n'ont aucune rubrique. Ils portent comme ailleurs 
le mot Oremus avant, la prière pour les Juifs. 

.!. De tous les liturgistes que j'ai consultés, Raban Maur (ix e s.) est le seul qui n'y 
fasse pas allusion ; mais il fait mention de toutes les prières sans parler de génu- 
flexion (de Clericorum inslitutione, 1. II, ch. 37, dans P. L., t. CV1I, col. 349). 

t. S. Gregorii operum tomus. II, Paris, 1675, col. 1368. 

5. lbid., col. 1376. 

6. lbid., col. 1370. 

7. L. c, p. 346, col. 2. 



LA PRIÈRE « PRO JUDAEIS » 217 

le célébrant, après la monition, répétait comme à l'ordinaire Ore- 
mus ; et l'on priait un moment debout; puis il lisait l'oraison. 



#** 



Mais encore n'est-ce pas là la plus ancienne discipline 1 . Le 
ms. 316 du fonds de la Reine an Vatican (vin s.) du Sacramentaire 
gélasien porte, après la première monition (pour l'Église), cette 
indication : adnuntiat diaconus : Flectamus genua. Iterwn dicit : 
Levate, et la même rubrique se répète à chaque fois, pour les 
Juifs comme pour les autres : adnuntiat diaconus ut supra 2 . 

Aucune mention d'un usage particulier dans les Ordines romani 
du ms. de Saint-Amand [Parismus latin 974), probablement de la 
fin du vm e siècle, publiés par Mgr Duchesne en appendice à ses 
Origines du culte chrétien : Hoc expleto , psallit sacerdos de parte 
sinistra presbiterii in partem dextram altaris, infra thronum et 
dicit oraciones sof/rmpnes 3 . Rien non plus dans le texte, plus 
développé pourtant, de YOrdo romanus de J.-B. de Rossi (ms. 
d'Einsiedlen 326 : dicit domnus apostolicus (= le pape) orationeni 
> = monitionem) Oremus pro Ecclesia sancta Bel et dicit archidia- 
conus Flectamus genua, et postea dicit Levate , et reliqua omnia in 
ordine silo '*. 

Enfin, selon le rite milanais, les oraisons solennelles se disent 
à vêpres. Le texte édité par M. Magistretti 5 , d'après un ms. du 
xi e siècle (Cod. S. Victoris Vallis Travaliae), est sans aucune 
rubrique. Mais le ms. Beroldu* noms (xnr 3 s.) donne les indica- 

I. Cf. E. Martène, De antiquis Ecclesiae Ritibus, édition de Venise, 178ÎI, in-f°, 
t. III, p. 128 : Et si pro perfidis Judaeis, qui, genua flectendo, Christo illuserunl, 
praefata ad terrain proslatio omitti soleat, eamque inhibeant omnes fere ad 
h h uni lihn riéuales, antiqui et recentiores : in quibusdam tamen vetustioribus 
sacramentariis ad orationem quae pro eorum fit conversione perinde afque ad 
alias praemittilur Flectamus genua. 

1. Muratori, l. c, t. I, col. 562. 

::. Origines du culte chrétien (4 e éd.), p. 474. 

\. Ibid., p. 489. Par contre, Yordo I de Mabillon, qui pour le temps de Pâques 
donne « encore l'usage romain, mais tel qu'on l'observe ailleurs qu'à Rome, et non 
sans combinaison avec des coutumes inconnues autour du Pape » (Ducbesne, l. c, 
p. 1 49-150), marque qu'on ne plie pas le genou pour les Juifs : Tune venit pontifex 
a h lr ait are, et. dicit : Oremus, dilectissimi nohis in primis pro Ecclesia Dei, et 
relira per ordinem sicut in quarta feria (= le Mercredi-Saint) diximus. Cum 
autem ventum fuerit ad Judaeos, non flectunt genua. (Muratori, /. c, t. II. 
col. 995.) 

S Manuale Ambrosianum, Milan, 1905, t. II, p. 192 sqq. 



2IS REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tions suivantes avant la première oraison ' : Tune dïaconus dicat : 
Flectamus genua. Tune prosternant omnes se in terràm, et debent 
dicere unusquisque in corde suo secrète : Flecto ge nua mea ad 
patrem D[omini] N[ostri] [Jesu Û[hristi] ex qno omnis paternitas 
in caelis et in terni nominatur. Et postquam oraverint dicet dia- 
conus: Levate vos. Si militer ad cèleras orationes faciendum est. 
Ainsi aucune trace ici non plus d'un traitement spécial pour les 
Juifs 2 . 

Il faut donc tenir pour acquis que l'histoire de la prière pro 
Judaeis comprend trois étapes : 

a) Oremus et flectamus (d'une date inconnue jusque vers le 
ix e siècle) ; 

b) Oremus sans fl cet amas (du ix e siècle à la fin du x\T) ; 

c) Ni oremus ni flectamus (depuis le Missel de Pie V, 1570). 

Reste à déterminer comment on est passé de Tune à l'autre. 

#*# 

Les liturgistes des ix c siècle et suivants, qui, tous, ignorent la 
plus ancienne pratique {oremus et flectamus), l'attachent celle de 
leur temps [oremus sans flectamus) à une scène du supplice de 
Jésus. Les Juifs, disent-ils, ont plié le genou devant lui par déri- 
sion; nous ne devons pas plier le genou pour eux. Ge qui peut 
s'entendre de deux façons : 

Ou bien Ton agit ainsi par manière de représailles; il semble 
que ce soit, au xm e siècle, l'opinion de Durand de Mende 3 : quia 
enim ipsi illuserunt Domino flexis genibus dicentes : prophetiza 
nobis, Christe, quis est qui te percussit, ideo non est pro eis 
vehementer orandum, nec genua fine tend a. Est tamen utcumque 
orandum, quia futurum est ut qui est exaltatus in cruce, omnia 
trahat ad se. 

Ou bien L'on veut signifier par un acte symbolique une vérité 
morale, et c'est ce qu'entend, au ix e siècle, Amalaire ' : illi enim 
îles Juifs] genu flectebant, opus bonurh maie operabantur, quia 

1. Ces textes ne mentionnent nulle part la répétition du mot Oremus avant la moni- 
tion du diacre : flectamus genua. 

1. Par contre, le Missel Ambrosien de 1560 dit que l'on doit se prosterner et se 
relever, prdeter quant quando oratur pro Judaeis. Tune enim non procumbant, 
sed stent erecti (Martène, l. c, t. III, p. 144, col. 2). 

3. Durand de Mende, l. c, p. 346, col. 2. 

4. De ecclesiasticis officiis, 1. I, eh. 13, dans P. L., t. CV, col. 1027. 



LA PRIÈRE « PRO JUDAEIS » 219 

illudendo hoc faciebant. Nos ad demonstrandum </u<><t fugere 
debeamus opéra quae simulando fiunt,vitamus genuflexionem in 
oratione pro Judaeis. 

Mais ni Tune ni l'autre explication ne vaut; car !»> fait est i'aux, 
sur lequel elles s'appuient: ce ne sont pas les Juifs dans le récit 
évangélique, ce sont les soldats romains qui, par dérision, plient 
le genou devant Jésus. Et s'il n'est pas vraisemblable qu'on ait 
détourne le passage de son sens pour se donner prétexte de modi- 
lier nn usage établi, il se comprend fort bien, au contraire, que 
l'usage une fois modifié, on se soit efforcé de justifier l'innovation 
par un appel à l'Écriture. C'est pourquoi Jean Beletb \ après avoir 
remarqué que c'étaient les soldats romains, et non les Juifs, 
qui se moquaient de Jésus, conclut néanmoins : quod quamvis a 
Judaeis factum non fuerit, ascribitur tamen illis, quod causant 
praestiterint. 

Bref, il s'agit chez tous ces auteurs de justifier une pratique, et 
non pas de l'établir 2 . Autant qu'on en peut juger, la pratique 
s'était établie d'elle-même, et il y faut voir une manifestation d'an- 
tisémitisme populaire. Nous en avons la preuve dans une note 
marginale du Sacramentaire de Ratold (ou de S. Vast et Corbie) 
qu'a relevée M. H. Netzer 3 : Hic nostrum nullus [il s'agit du clergé^ 
débet modo flectere corpus ob pop ni i noxam ac parité r rabiem. 
C'est donc le peuple qui ne permettait pas qu'on se mît à genoux. 
Nous ignorons quels griefs les paroissiens de S. Vast nourrissaient 
contre les Juifs. On peut néanmoins affirmer sans témérité que le 
principal, en ces jours-là, était le souvenir du supplice de Jésus. 
D un bout à l'autre de l'Europe on relève, au moyen âge, tout un 
système de coutumes qui, se fût-elle endormie, ne pouvait pas 
manquer de réveiller la haine. Assurément ce n'était pas partout 
l'usage de souffleter comme à Toulouse le jour du Vendredi-Saint 
le syndic de la communauté \ ou comme à Arles, d'exiger chaque 
année des Juifs, à la même date, « cent bourriques pour porter les 

1. H<il.i<male divinorum officiorum, cli. 98, dans P. L., t. GCII, col. 102. 

2. On n'a pas encore aujourd'hui renoncé à cette explication. Voici ce que dit par 
exemple Dom Guiraii^er dans l'Année Liturgique (La Passiv/t et la Semaine sainte, 
éd. de 1875, in-12, p. 533) : * La Sainte Église prie aujourd'hui même pour les fils 
des bourreaux de son divin Époux ; mais la uenuflexion ayant été tournée en outrage 
contre lui par leurs frères, a l'heure même où nous sommes, elle craint de rappeler 
le souvenir de cette indignité, en renouvelant le geste de l'adoration à propos des 
Juifs. » 

3. L'introduction de la messe romaine en France sous les Carolingiens, Paris, 
1910, p. 2'i7. 

4. Cf. Théodore Reinach, Histoire des Israélites. 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

matériaux nécessaires aux réparations du pont de Crau i ». Mais à 
Pirano en Tstrie 2 , comme à Zurich 3 , ou à Haguenau '*, il leur est 
interdit de paraître en public pendant la semaine sainte ou tout au 
moins le Vendredi-Saint : « Les Juifs, hommes et femmes, dit l'ar- 
ticle 16 du règlement pour les Juifs de Haguenau (2 juillet 1561', 
demeurant dans les bourgs et villages de la Landvogtei, doivent 
rester chez eux toute la semaine sainte, garder leurs maisons avec 
portes et fenêtres fermées autant que possible. Ils ne mettront pas 
d'habits de fête et ne se pareront pas, en considération que la 
sainte Église catholique et ses membres sont en deuil, surtout 
pendant cette époque de l'année, pour Jésus-Christ notre sauveur 
et notre sanctificateur. » 

De semblables dispositions attiraient sur eux l'attention et les 
désignaient à la colère de la foule, en dépit des mesures de protec- 
tion que l'on pouvait prendre ensuite ;i . Et l'on n'est pas assuré que 
le vice-capitaine de Trieste n'ait pas perdu sa peine en rappelant à 
la jeunesse par édit du 16 avril 1522, que les Juifs, tout Juifs qu'ils 
soient, sont pourtant des créatures de Dieu « anchora che Judei 
siatio de quella sorte, sono perd créature di Dio », et qu'il ne faut 
dans la semaine sainte ni assaillir à coups de pierres leurs fenêtres 
et leurs portes, ni leur infliger aucune tracasserie, grande ou 
petite . Si l'on ajoute à cela que la légende du meurtre rituel, dont 
la mémoire devait se renouveler tous les ans au temps de la Pâque, 
pouvait faire jeter au bûcher les treize accusés de ïroyes (1288) 7 , 
l'on ne s'étonnera sans doute pas que le peuple de Corbie se soit 
refusé à mettre le genou à terre lorsqu'on l'invitait à prier pro 
perfldis Judaeis. Ainsi s'établit la coutume nouvelle. Les prêtres 
s'efforcèrent à la fois de la justifier et de maintenir la prière; c'est 

1. Revue des Éludes Juives, 1900, t. XL, p. 80. La redevance fut commuée le 
15 juin 1178, par l'archevêque assisté des huit consuls de la cité. « 11 fut décidé 
que les Juifs paieraient actuellement la somme de 50 sols, et qu'on exigerait d'eux 
annuellement 20 sols melgoriens pendant la semaine sainte pour la réparation du 
pont de Crau. » 

2. Ibid., 1881, t. Il, Banques juives el Mon/s de piété en Islrie, par Antonio Ive. 
p. 183. 

3. Ibid., 1901, t. XL1IÏ, p. 300, compte rendu par Israël Lévi de H. Zcller-Werdmuller. 
Die ZUrcher Sladlbucher des XIV. und XV. Jahrhunder/s, Leipzig, 1899. in-8. 

\. Ibid.. 18S2, t. VI, Histoire des Juifs de Haguenau, par Élie Scheid, p. 238. 

5. Ibid., 1885, t. XI, p. 287, Isidore Loeb signale, d'après les frères Lagumina, 
Codice diplomatico dei Giudei di Sicilia (Païenne, 1887) un édit du 28 juin 1392, pour 
protéger les Juifs le Vendredi-Saint, se référant a un édit semblable du roi Pierre II 
fait à l'occasion d'une émeute en 1339. 

6. Ibid., 1881, t. II, pièce citée par Antonio Ive, p. 183, note. 

7. Ibid., 1881, t. II, L'autodafé de Troyes, par A. Darmesteter (p. 242). 



LA PRIÈRE « PRO JUDAEIS » 221 

pourquoi ils conservèrent la monition Oremus; et c'est à ce propos 
que Durand de Mende. tout assuré qu'il est qu'on ne doit pas 
mettre trop de ferveur à prier pour les Juifs, non est pro ipsis 
vehementer ôrandum, ajoute cependant quelques lignes plus 
bas 1 : verumtamen rectè intuenti, nihil interest quoad hoc, inter 
illas et alias orationes. Voilà pour la seconde' étape. 

Quant a la troisième (ni oremus ni ftectamus), j'imagine qu'on 
s'y achemina petit à petit, sans jamais en prendre conscience : la 
prière silencieuse qui, à genoux ou debout, devait se faire entre 
chaque monition et chaque oraison vint à tomber en désuétude. 
Dès lors le mot oremus n'avait plus de sens que comme introduc- 
tion au flectamus genua — levate; le premier terme sembla lié 
au second aussi intimement que l'était le troisième; et lorsqu'on 
établit le texte du Missel après le Concile de Trente, on ne jugea 
pas à propos, là où les deux derniers faisaient défaut, de maintenir 

le premier. 

Louis Ganet. 

1. Durand de Mende, l. c, p. oit>. col. ±. 



LE SÉFER HA-MASKIL 

DIT SÉFER HASSIDIM 



Isaac Jacob ha-Cohen, schohet a Oxford, ayant copié sur te 
manuscrit hébreu (te la Borîléïenne 2287* ( f° s 1-19) l'ouvrage connu 
depuis sous le nom de (petit) Livre des pieux (o^Ton -iso), renvoya 
à son frère Joseph ha-Cohen à Varsovie. Celui-ci le publia dans 
cette ville, de concert avec Benjamin Béer Jacobsohn le véritable 
éditeur), en 186b' (petit 8°). D'après les éditeurs, l'auteur du livre 
est un neveu de R. Ascher (b. Yehielj, tandis que Moïse b. Eléazar 
ha-Cohen, dont le nom est indiqué par l'acrostiche de chaque 
chapitre (depuis la p. 8), ne serait qu'un copiste, qui aurait vécu en 
1478, d'après les derniers mots 1 . Cette opinion des éditeurs est 
combattue par Zunz 2 , qui affirme que Moïse b. Eléazar ha-Cohen 
est l'auteur, qu'il n'est d'ailleurs pas le neveu du célèbre R. Ascher, 
mais celui d'un homonyme postérieur, qui vivait au xv c siècle, et 
qu'il a composé notre opuscule en 1478. 

Ni les éditeurs, ni Zunz n'ont vu juste. Le copiste du manuscrit 
s'appelle bien Moïse, mais son nom complet est Moïse b. Isaac 
ha-Cohen (ûsrm nsDtt "rpm rmtsti\ à twn 3 , et c'est l'auteur qui, 
d'après l'acrostiche, s'appelle Moïse b. Eléazar ha-Cohen. Ce Moïse 
ligure comme auteur f° 16 b : . . rro-nn na naabi miob twn b«"H. 
De môme, l'acrostiche du poème introductif donne deux fois rwn 
pD, qui est bien l'auteur, comme le prouvent les vers 11 tym® 
"•nb^a racn) et 14 (-rrpn -no K£ttï «3 *nn ''). Mais Zunz, qui place 

i. F" 17 h: i2n;N bai :j-ido. nr-nnn ï-inrio dti? rtviir, -pno 
naarj ttDisn ©ni -\y fro n"n dtts Dis; ûto tv «b "»o ...opti-ib 
im) 'T^'D'a'M nbi«abi n:nïpb la^DXi ...p"Db i"bi rm'ob irb* 

Cjiatn " I ^T , "p mrnûD. A noter que, d'après Neubauer, ce passage se trouve au 
fol. 28 (après la riwS3 ïirDin ?). 

2. Hebraische Bibliographie, IX 186!)), 113-114. 

3. Ncubauer, Catalogue, 797-8. 

4. Contre Neubauer, ibid. 



I.K SKKER NA-MASKIL DIT S&PÇR HASSltllM 223 

l'auteur en 1 i7;i, ses! égalea»en,t trqjuûé '. En effet : 1° ©e que l'au- 
teur cite au nom 4e ses oncles K. Asclier cl I». Ila>yiiu .(>//, I4à) 
esl cité par des auteurs du quatorzième siècle, notamment par K. 
Jacob, fils de H. Ascher (h. Yehiel), au nom de son père et du frère 
de celui-ci II. Hayyim. 



a Séfèr //assit! i m, 6 h : 

by ^nrirn a i ?: i n?:3 ht -^ni 
"Ç&nn r»ao3 n&rbs ^nabDin •»»¥* 
«m 3 v*n372 * o " » b t q nm» 
Yrabi>a r-nmpœ H7333 jy^»* 
fttnab "WDi nn« *8 ariaayœ imai 
q ^ 3 1 n n nwjq wn ,hd b#a 

D ■< •• n -i " n n m 73 * "in n; n« 
■>;ap\n «? »n ■'îa^rn ' ■» rn «j 
b*a o"p '^dn D-naia wn ■ , T72 *p 
■wi«b îra-n n^i ba ^«-n wba rrâ 



;t3 



"«C N? 33 ^E3 TCed THn 



7'm/o- Orah //(ti/t/nii, § 49 : 

hd b* Tann nions T , " | " I P^ n ^ 1 
b^pn a"*N n n 73 t -i ^piDD pi 
'-n n -in i"m 3na — ûnan 
"nwi b^anœ -in"! ba b " t û "• ■> n 
taman DVvD's ia •pa ba *ca 

H " - b " T «, * K .1 n "' 3 N ^31181 
5Ô8 . . . D-n31 EVnflQM Kbl "173 18 

CFtfna pb .... aa'nnN &r£inb 
mia^ trbizj jraoBS T 3 D ^23 N 3 
n3")733 ">73 "pro nbsnaia Erpiocb 
ly^ abisô "pbtr 'n /n dt&m 
. ..prhis snma 



^Niai WW ^ 3na312 13T H73"73? 

">b 3^n '-*n.*TQ r:s -i " -, n m 73 mn bo« ...ns b^a "jnttiNb 

W3|Tjqp 85K H9 bepa 1731b -««un nn» ^ 3naaia d^-i3*ï ^-7:n «bn 

r^aïaa mas rpbuj pmia ht tjgiow •••Hb Tir "aaa anain *T û"nn« 

.ipnba -I731N bnp.m 'im nai733 ^73 ,iy-\ pbisb fTW 'n *p3o inN piosb 



b Se fer Hassidim, 14/>: 

5 V"i^" "• 5 T *1 N XD*»tftb ^nbfiWÎ. bflia 

— 1 ia n -i"nn -"a-n mi n n 

abirn ba a v ^pi3 "pa (i. , "»u ,, tt3] b " t 

rvsapa ûbanona n«Tn nn^a^n nD3 

'r?a i"'^-nn "peea js^saMi xm • . . 

rern» yx*t ni^i ...rnepg bana73rr • 

Mil n 3 y .in^n^ p 38 n^n rbi» ^-13? ■«»« ^ »bm ..*T>by 

Nin rt73b ^tin 173T iraa C3 ,, 373\a «b« 13^8 banan psyb "o *b n 73 m 1. 

...■«731 -pas: 3»m3 ia ms-ibi ■nai* >pp*b ?3N m^i in73i^ "»»bi n73n 



Aboudrahum, £T. Berachol, porte 8 : 

•pbano73 "î^n ffl8in 4 8Ï53 
..•l3"n73N «m va-i373oa n'vapa 
^3 riNiia banD73 v^ a ^ ^ n i 
inaam p-ipi73i r\^M2 baro73rî 
.ri8nrî73 ")«v 



1. Zunz oi >ui vi par Perles, lieitrage, 62: Gûdemann, Geschicâte des Erzieliungs- 
wesens, III, 212 (voir plus loin , et Wiener. r:'I373 nmp, ])• 32'i. 

2. Lin- 1ZJ73bTD, ancien français satmes, « psaunies ». i''qiuvalentdemn31231 maïa. 
Sëfer ffassidtim, 770 [Gûdemancg o%. cit.. 111,279], éd. Berlin. § '.27, cf. £ loi». '.72. 

H9 fi 1220. d'où il ressort clairement, aussi bien que de notre passage et contrairement 
à Perles. /. c, que ces inot< ne vint qu'une autre désignation de rî-,73Tl ^piaE). 

:!. Germanisme : m. h. a. ûzwendec, n. h. a auswendig voir pins loin), eu 
hébreu r!D H9, HD r^'3. 

4. Soit [50)42-1282. Si l'auteur avait termine son ouvrage au commencement de 
1474. comme le prétend Zunz, comment aurait-il pu parler de l'année (52)42-1482 
comme d'une année déjà écoulée ? 

'». Rabbin du pays. 



224 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2° R. Moïse Cohen est connu par ailleurs comme un neveu de 
R. Ascher : dans les Consultations de ce dernier, vi, 25, on lit : 
. . .nbaora inanrraa n"n ^33 ; ibid., xix, l, esl signé par le consul- 
tant: fr-on nia» ^ra DN3, a quoi R. ascher répond : ^an aanrî ^ibwd 
. . .^ron rniîtt n"n ^na:n barm ; ibidem, xcvm, I : ïtob ""in >tt ^*W5 
^mn -naa lassa ...pan 1 . Moïse Cohen était donc en effet, le neveu 
de R. Ascher, avec lequel il correspondait beaucoup. 11 est probable- 
ment identique avec le correspondant homonyme de Hayyim Or 
Zaroua 2 . 11 résulte de ces passages ainsi que de notre ouvrage, qu'il 
était une autorité considérable. Il était, d'ailleurs, moheP etsofer*. 

Gomme nous le voyons réfléchir bien avant 1282 à une question 
halachique, il paraît avoir vécu entre 1250 et 1310. Hayyim Or Zaroua 
le citant quelquefois avec Feulogie b"î, il semble être mort avant 
ce rabbin II a écrit son livre entre 1282 et 1305, c'est-à-dire avant 
l'émigration de R. Ascher en Espagne, car celui-ci y est encore 
appelé « rabbin du pays » (voir plus haut), en tout cas avant 1314, 
car ses oncles R. Hayyim, mort en 1314 (p*n2tnaî, etc.), etR. Ascher, 
mort en 1321, sont toujours cités par lui avec Teulogie ïttpid ;j . 

L'auteur mentionne encore un certain nombre de contempo- 
rains : son oncle paternel R. Eliakim ha-Cohen (10 A), R. Nachlieb' 1 , 
de qui il entendit une explication homilétique à Coblence (1 b), 
R. Méir de Rothenbourg 7 et ses Rénédictions (17 a), un rabbin, qui 
pourrait être Hayyim Or Zaroua 8 . Il cite en outre : Raschi sur 

1. Ne pas le confondre avec Moïse b. Juda ha-Cohen, qui se nomme disciple dans 
cv, 9, et qui est identique avec le signataire de iv, 10. Nous ne saurions dire, par 
contre, si ce n'est pas notre Moïse qui est visé dans xxi, 1 CjrtDn n'£?3 "Y'n " , T , T 1 , 
qui serait à compléter en v-p^i "HDD, comme dans vi, 98). 

2. Hayyim Or Zaroua, Consultations, 158: "jro 7VC12 "l"in "Ô nbtÛ TON HT 

b"T nwn n"nn Va* ...b"T; ibid.: x^yio b"T pa n©» n"n ana man 

. . .*")ttpa. — Hayyim Or Zaroua vivait encore après 1314, date de la mort de R. Hayyim 
b. Yehiel, Consultations de Hayyim 0. Z., 235, p. 81 a. 

3. 76: (jrbman) ^lan ('• P"tj P T "n* 1 ** ^"i^sn ^:«i ; cf. Sabbat, i30&: 

"HTI^H (d'après l'Arouch et Rabbinovitzj ; comp. R. Jacob TP^n et R. Guerschuni 
-ITlSn dans D^llDfinb ma "p-DT (Berlin, 1892). 

4. 1b. 

.">. F 03 <6b, 8 a, 12a, 166, l'eulogie b"T au f° 146 n'est qu'une faute de copiste. — 
Je note enfin que le passage de 13« (...TiyWttî p"2N ""SN")), qu'on trouve déjà dans 
le S. Hassidim, éd. Cracovie, §647, éd. Berlin, £113, est probablement une addition 
du scribe. 

6. Beaucoup plus ancien, par conséquent, que le rabbin de ce nom cité par Jacob 
Weil (contre Zunz, l. c). 

7. TN?2 '1 3HH 1j"n"!*D = Û"im73 ; cf. Consultations de Ascher, XIX, 1 : D3EN 

..."ittKi -nnnb riXT«b b"î -pke irai ia^n». 

8. 8a: ^Btt ûbvb aa n-ip^nie rtav^rn na^a a n n an ht bsn 
an in» nn? inaa nsoN nb»» nn&n ...D^na ^bà^an v^i^ia mTajn 
■ | 73'< ba T>b* "ninpi "onau; a-^-nnan ...fi-m vp b* îsns rror: maiofi 



LE SEFER I1A-MASK1L DIT SÉFER IIASSID1M 22S 

Taanit, 28 a 1 66), R. Isaac (l'Ancien, 6 6, 9 a, 13 6), le Séfer 
Hassidim et le Séfer ha-Teschouba de R. Juda hé-Hassid 2 , le 
Séfer Miçvot (iadol (6 a),\e tiayyê Olam de R. Isaac (Hassid) 3 . 
Noire opuscule est précieux pour l'histoire intérieure des com- 
munautés juives à la un du xm e siècle '. La condition des Juifs était 
alors effroyable : ils étaient opprimés 8 et pauvres , au point que 
les chaussures de bois 7 et les gants, qui étaient encore d'un usage 
général cinquante ans plus tôt 8 , étaient considérés comme des objets 
de luxe et des indices d'orgueil (7 b). Le fait de porter une épée, qui 
naguère ne choquait pas les plus preux 9 , passait pour de l'outre- 
cuidance ,0 . Mais les riches ne se privaient de rien et gouvernaient 
despotiquement les communautés 11 . Ce dévot réprouve le chant 

nanyn i':^dn ^a ira an Nb pi ...a"iaa>b -inbrai spo«n ann 
nos msn m»«b pi ~iy maïibi nrpaa Tûa a^rroa riï^iairjm 

n"!2£?3 nmi ÏTW2 Û""pb "nanïl nponn "Pfctïlb. Cf. Maharil, Hilchot Tikkoun 
ha-Maççot, éd. Sabionneta, 1556, 14 a : ^ssya niUttab "nann p"*Onb Û^m3 

Vnsa b« nioiia a"a. ana pi . ..naïaa ib r-ïï "pab-ib b« nany 

marUîin ^3Z* b* pi T"N D^TI. Les Deraschot sont encore citées/, c, 9 a, 
666. Cf. Benjacob, Debarim Atlikim, p. 8 ; D v T3hKJÏ1 ban TaTairt!! b* nWHT. 

1. Non dans le commentaire imprimé. Sur le commentaire de Taanit attribué à 
Rascbi, v. Z.H. Cliajes, dans Tzion, II, 80 et s., et H. P. Chajes, dans Z.f.H.B., XII, 
62 ; Hakedem, II, 115 et s. 

2. 8 6 : mmonm ml^OHÎl "ISOa- Le dernier mot ne désigne pas des consul- 
tations, comme le croit Steinschneider, l. c, 114, mais équivaut à î"iavanr» '0, v. 
A. Epstein, Samuel hé-Hassid, p. 16, = Séfer Hassidim, éd. Berlin, § 14-26, 37-43. 

3. 4 6 (v. la note du copiste ad loc. et Steinschneider, Le), 5 a, 6 a, 86 ; de même 
9a: ...fins *»aiDE HIPS pibn *| 5 Km Nbia "IHTa ÏT»n, ce qui est un emprunt 
textuel au Hayyé Olam (cité dans Mordechaï, Halachot Ketannot, § 298). 

4. M. Gudemann, ayant suivi Zunz, a placé l'ouvrage au xv e siècle et Ta fait entrer 
dans le tome III de sa Geschichte des Erziehimgswesens ; voir les extraits qu'il en 
donne p. 212-223 ; autres citations par anachronismes p. 97, 134, 136-137, 139, 140, 
162, 163, 164. Sur p. 217 n. 1, un rapprochement plus exact chronologiquement est 
fourni par Hayyim Or Zaroua, Consultations, §144: EJinb iab ïrn UN "WTim 

wkmtib y-i^a i*3»3;d i»a a-^awa ia^n ynnr* np^aa n^siaab 
a^scan Tan ^aa7a -nann "HDanb». sur p. 215, n. 3, cf. Berachot, 50 6 : sur 

p. 221, n. 2, cf. Baba batra, 9 6 ; sur p. 215 (délier la ceinture), cf. Sabbat, 96; 
Dérech éreç z., vu, 2. 

5. 14 6 : Dilatai ^aian yrtb maa tPDvnfn û^ani?arî DWttiKri a^-nmrr 
nbian )vn a*»D3, 

6. 106 : mnra mriB ba» ib^as o^TapEi na ->aa dbn*n an r:Tn i^Ta 
noms. 

7. Voir Gudemann, op. cit., III, 267-269. 

8. S. Hassidim, éd. Berlin, §566-8. 

9. Ibid., S 206, cf. § 166 ; Bokéah, § 196. 

10. 10 6. La remarque de Gudemann, op. cit., III, 219, n. 2, n'est pas à sa place, 
notre auteur ayant vécu 200 ans plus tôt; il faut rectifier de même la note 2 de la 
p. 13 et la note de la p. 164. 

11. 2a. Comp. Haggâhot Mordechaï. Kiddougchin, §364. 

T. LXI, *• 122. 15 



226 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

el la musique, et pourtant — signe des temps — lui-même 
permet de jouer, quand on est soucieux e| triste, pour chasser 
la Lristesse et les soucis \Ab-\va). Malgré les malheurs du temps, 
les Juifs, à ce qu'il semble, étaient en bons rapports avec leurs 
concitoyens chrétiens ; ils leur envoyaient les cédrats en pré- 
sent ', visitaient leurs tournois et leurs hais 2 et imitaient les mas- 
carades du carnaval chrétien à Hanoucca, à Pourim et aux noces 3 . 
L'étude du Talmud avait- dégénéré dans les écoles en subtilités 
et en chasse aux objections, ce dont les élèves faisaient parade 5 ; 
décadence confirmée par un autre contemporain 5 et dont les 
traces apparaissent déjà dans la première moitié du xm e siècle 6 . 
Pour Thistoire littéraire du temps, il est intéressant de noter la 
liste des livres et commentaires liturgiques que Fauteur recom- 
mande de consulter 7 . Le style de l'ouvrage imite la Bible par 
endroits et Fauteur laisse souvent paraître son désir d'employer 
des expressions bibliques recherchées 8 ; il fait même parfois des 
vers (à la fin des chapitres). On n'en trouve pas moins sous 
sa plume un certain nombre de germanismes 9 , ce qu'on remarque 
d'ailleurs chez d'autres H) . Les gloses sont toutes allemandes u . 

t. 8,(1. Sur D"W3û2b a^^nrÎLÛn "ISn*, cf. ma remarque dans la Revue, LV11I, 193, 
et Zuriz, //. B., 1869, p. 134 et p'. vin. 

2. 12 6. Cf. Giidemami, op. cit., p. 164, et plus bas. 

3. 15a. Cf. Giidemann, op. cil., 224, 270-274. 

4. il a : ûk nyiK niapnn ba *]m "•scb rmn bc nrnb ainbb ac-n "O 

5. Hayyim Or Zaroua, Consultations, 163 : DTpfa *a Û'H^bnb bpn btt ND1 

■ppoi? d^ dp^in nr-l* à) ï"î$pb $bp a min o:in unb -rr» (I. ûbpB) 

6. Voir ma remarque dans la Revue, LXI, 68, q. 3 (sur Moïse Tako] . 

7. 14a : Tnjim D73in \8"i*"pD3 ymai yin.^j baa inya nan v»n \yy$% 

(?n:-ian m^ïïim (?) mimi naN "«pnci mrpi d-e:"pdi rms"m mmboi 

D^nny^T nOD rTWKT, Cf. Giidemann, »p. cit., 222 (ni^mn mm ?) et 223 

(rnaTûT ?)• — 96 : mbigp ig ninn ; 6 6 : mb->Dn (== nbbn no ; cf. s. Uas- 

sidim, 630, et Salfeld, Murtyrologhim, 88 : mb^DD rP2rî ...5"in3r; "IttîN '"))• 

8. Steinsçhneider, /. c. 

9. 186 : pyj;rï by ... rijlpH (Steinsçhneider, Le ; cf. Giidemann, op. cit., 163, 
n. 4) ; 6a: *|Tnn "pu ib^ïF b« ^pîN ; 6 6 : yimtt Œ"a5UJ "IE"IN [Wr P lus 

haut) : 10 a : ûvittibrj 17337 nssbi t obn^n "pa robb ■pib nit nWPi ï* • 
"jroœ -îrtNb bibx rprinu) brassa. 

10. P. ex. S. Hàssidim, éd. Berlin, § 1907 : Dn:i?:N IjPj ; § 746 : «b ...naTH 

nrtK ttavi -pêti ...anaa n^n; §i|8.i •. n^N npbiû (es (jesekah) niuyai 

(belrilbt) lUS ÏTm fnnfit ; Hayyim Or Zaroua, Consultations, 10 : 
"na (Schneider !; "t n n b, en hébreu B^H- 

F T - T " 

11. S 6 : ^pnp53i 6 «-6; 7 6: la^ilBba ; 8 6; 106: 3îj> n" 1 ;» (?), cf. 16 6 ; 116: 
"g'O'llÇba [sic) \Çry\, Q17I3T (?) 5 12 6, 156, 166, 17«-6 (cf. Gudemann, op. cit., 

n, 275). comp. 3 6 : nrarcb nu;p maaia aaa i» D^bDiTjrt û"»»an tiwk p 

(cf. Zuuz, //. B., 1869, 89). 



LE SËFER HA-MASKIL DIT SEFER HASSID1M 227 

Le titre de l'ouvrage est V*3«»tt noo, car le poème initial 
commence par b"OUF bao aab b^iown "isoa ', et de même le poème 
suivant par b-octt, sans parler du long développement antithétique 
sur bao et bao (1 ô-Va . C'est sous ce titre que l'ouvrage est cité 
par R. Yoel Sirkès a . Le titre de D-'Tsn nsa repose sur une méprise : 
la poésie du début contient les mots û^-ron idd, qui n'indiquent 
pas le titre de l'ouvrage, mais en caractérisent le contenu (c'est 
comme: s'il V aVajt m-pcn ab73 no6. || "Dr3ï) pnt barr„, ibidon). 

Berue, le 3 novembre 1910. 

I. N. Epstein. 

1. Cf. IL £., Le, 114. 

2. Bët Hadasch (éd. Cracovie, 1639, sur Qrah Hayyim, §223 : : 'na^Nn 1D073 

je Y D -i7ocrt Kwnai «"aab-na pas '•'la bo 'wap T-^ya nnp^ ^ai 
vo pmap riTnm rtaîn tn "«a orrais -m ûnia is onbina n"m rifinn 
DTrcren ar^bna D^bbm:i amarra ù'na l"i^~ bip y»isn ^ai .-marri ■jn-nb 
.D/asaa im^h .a^-1^7272 naarin -réa -py a^biyrt •pan n72»m n^n 
im37si« (= rroisa rrroa) 'iaisa '-roa nb n-naai ."^beaa rinpbi 
aaab .rozr, na-nsis .nan* vmttifaia .naœfi iPtSTCia .no"in [i. rrnaEn») 
■mas .ny-ia -isnp (1. iin) 'i-in y-iNb D^ttiarï p robian "imKsn .nwo i:iNa 
b« 'n nrwNi .n-fcn ans-in .mais arpby ■jvby .naann "nsfinb ïn3K .nrraia 
*p:Eb73 \Wi ^rrn .^nwïa vssa -pa iiay^ nsab ban nsn Epgri "ryb 
a"y -va» na^a mrroa "pnp -py a^bisvr rriariiâ. Au Heu de biraiaKn 'a, 

il faut lire r" , Dw73r*î 'c, comme l'a déjà remarqué M. Berliner, Aus dem Leben der 
deutschen Juden, p. 26, n. 36; corn p. cette citation avec notre édition, 12/>-13a. 
Dans notre éd. : lire: -|n"P rtClLS) SVûn "Jlttnsbtt "in"P y'wisa 13 T7E3"I ! 

biaan piD^DbTa, cf. Yebamot, 107 b : ^^sb "(173 rroisa m 73 a b»an ywvù 

...ib 1TTO); manque : *]rn y 173 *JN£3 ...13"lp TVI. L'incorrection de l'édition 
apparaît ici ; en voici un autre exemple (1 a en bas) : ^723*3 3PnDl PCOHDN 

nb-aa '073a (?) na-i« ira ans noa-icsa (i. *çw) *pt:n [i, -rraya) 
Raschi. ad /oc. : byo «"""lE-rca) aTT.rs p« b'yia [?) "p-pn (1. na^an, 3 6) 
fH9*P (?. N3 [Avouch, s. «,) «yw-p chapon n^-irt o^jD73 Nina (o^mn. 

C'est une explication de n03"l2£O "^3TN rt^yn "PN! (16). 



ETUDE 

SUR 

LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 

DU V« AU XIV e SIÈCLE 

(suite *) 

DEUXIÈME PARTIE 

CONDITION SOCIALE 



LIVRE PREMIER 

CONDITION CIVILE 

CHAPITRE VIII 

LES JUIFS DANS LES CONTRATS. 

I. Droit romain et droit judaïque ; le tribunal juif de Narbonne. — II. Actes 
hébraïques ; notaires et experts juifs. — III. Examen diplomatique des con- 
trats judéo-chrétiens ; importance des clauses de garantie. — IV. Le serment 
judaïque : le serment simple ; le serment avec imprécations. — V. Souscrip- 
tions hébraïques ou latines des auteurs de l'acte et des parties intéressées : 
souscriptions des témoins en hébreu, plus souvent en latin. — VI. Capacité 
judiciaire : témoignages, garanties individuelles, droit de plainte, procuration, 
arbitrage. — VII. Réfutation de la théorie de Saige sur les prétendues quali- 
fications honorifiques des Juifs dans les contrats : en et n«, domirius et 
domina, don et maçjister. — VIII. Onomastique des Juifs narbonnais — 
X. Propriété familiale et propriété indivise. 

I. — Bien que constitués en communauté distincte et dans une 
certaine mesure autonome, les Juifs narbonnais ne vivent pas 
absolument en marge de la société chrétienne. Pour les contesta- 
it Voy. Revue, t. LV, pp. 1 et 221 ; t. LVIU, pp. 75 et 200 ; t. LIX, p. 59. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 229 

tions qui les mettent en présence de plaideurs chrétiens, ils sont 
justiciables des différentes cours seigneuriales de la ville. Dans ce 
cas, ils relèvent du droit commun, c'est-à-dire du droit romain. 
Juridiquement, ils sont assujettis à la législation des empereurs 
chrétiens, et dans la manière de vivre ils doivent en observer les 
prescriptions 1 . Toutefois, pour les affaires d'ordre purement reli- 
gieux 2 , une loi de 398 avait admis une dérogation à ce principe. 
Ces affaires étaient réglées par un tribunal juif conformément à la 
législation hébraïque. Il est probable que comparaissaient devant 
cette juridiction spéciale, non seulement les Juifs poursuivis ou 
cités par l'autorité religieuse, mais aussi tous les Juifs en procès 
avec des coreligionnaires. 

Dans la société médiévale, ce privilège du for judaïque n'est pas 
une anomalie. La communauté juive bénéficie sur ce point des 
mêmes prérogatives que les membres du clergé catholique. Si Ton 
ajoute qu'à cette époque la démarcation entre le domaine des 
affaires religieuses et celui des affaires purement civiles n'était 
guère encore qu'une ligne flottante, ou même une zone-frontière 
très contestée, favorable plutôt aux empiétements de l'autorité 
ecclésiastique, on comprendra que la compétence du tribunal juif 
devait s'étendre à une foule de cas d'ordre civil. 

II. — Les Juifs avaient également le droit de se servir de la langue 
et des caractères hébraïques pour la rédaction de leurs contrats 
mutuels. Ainsi, l'acte par lequel Vidal de Florensac avait pris en 
gage le manse de Vidal, fils de feu David de Narbonne, était rédigé 
en hébreu 3 . C'est encore dans cette langue qu'étaient écrits les 
trente-quatre actes que produisirent les procureurs de ces deux 
Juifs lors du conflit qu'ils eurent à soutenir contre le vicomte 
Amauri I er . Il est regrettable que la sentence arbitrale du 
12 octobre 1267 ail prescrit la destruction de ces trente-quatre 
actes 4 . Il eût été intéressant de les examiner, en vue de fixer les 

1. Saige, Juifs du Languedoc, p. 203: « . . .consideratoque et attento quod Judei 
lubsunt legibus et jure romano vivere debent, et eorum vita constringi. . . » 

2. C. Théod., II, 1, 10 ; C. Just., I, 9, 8. Cf. Daremberg et Saglio, Dictionnaire des 
antiquités, article de M. Th. Reinach, p. 631, l r * col. 

3. Saige, ut supra, p. 193 : « . . .eumdem patreni suum habere jus in eodem manso 
ratione pignoris, prout in instrumentis in littera hebrayca scriptis plene poterit edo- 
ceri ...» 

4. Saige, ut supra, p. 197 : a Item dixerunt et pronunciaverunt arbitri... quod 
predicti procuratores reddant et restituant predicto domino Amalrico triginta quatuor 
instrumenta in littera hebrayca scripta, per eosdem procuratores coram eisdem pro- 
ducta, et ea deleant, cassent penitus et annullent, ita quod eadem nec alia contra dir- 
tum dominum Amalricum, nec suos nullam ohtinpre valeant roboris firmitatem. » 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

règles de droit privé observées par les Juifs dans leurs contrat, 
mutuels. 

Ces actes hébraïques avaient même valeur çn justice que les actes 
latins ou provençaux. Mais ils donnaient lieu dans ce cas à une 
expertise sérieuse, que les juges contaient généralement à des Juifs 
très versés dans la connaissance èv l'hébreu. C'est ainsi que les 
arbitres chargés de régler le différend survenu entre le vicomte 
Àmauri I er et deux Juifs narbonnais désignèrent Joseph Cohen, 
Vidal de Béziers et David de Perpignan pour donner sous serment 
une traduction fidèle des actes hébreux produits dans le procès 1 . 

Les actes hébraïques; étaient dressés par des notaires juifs. Les 
trente-quatre actes mentionnés ci-dessus provenaient de l'étude de 
M c Salomon. Le scribe David, témoin de l'approbation donnée par 
les procureurs juifs à la sentence arbitrale du 42 octobre 1267, était 
sans doute aussi un notaire ou, tout au moins, un clerc de 
notaire. 

III. — Toutes les fois que l'une des parties contractantes était 
chrétienne, la langue de lacté n'était plus l'hébreu, mais le latin, 
ou le plus souvent, surtout dans la première moitié du xnr siècle, 
le provençal. Les actes latins ou provençaux dans lesquels les Juifs 
narbonnais interviennent comme parties contractantes ou intéres- 
sées ne sont pas très différents des actes concernant exclusivement 
des chrétiens. Mais ils présentent certaines particularités qui 
méritent d'être mises en lumière. 

La première constatation à laquelle donne lieu l'examen d'un 
acte concernant des Juifs, c'est le développement considérable des 
garanties instrumentaires: clauses obligatives,réservatives, renon- 
ciatives, etc. 

Dans une vente de moulins conclue à la fin du x e siècle, les 
quatres juifs vendeurs s'interdisent le droit, eux et leurs héritiers, 
de tenter toutes actions en reprise, sous peine d'avoir à payer le 
double et même le triple du prix de vente 2 . Des Juifs emprunteurs 
sur gage répondent sur tous leurs biens de la remise du 
gage 3 . 

Cette obligation que s'impose le contractant juif d'assurer à 

1. Saige, op. cit., pp. 196-197 : « ...cum Juce Cohen et Vitali de Biterris et David 
de Perpiniano, Judeis,... qui eos docerent de bis que continebantur in eisdem instru- 
mentis. . . » 

2. Hisl. de Lang., t. V, Preuves, ce. 283-284. 

3. Pièces justificatives, n° IV : « ...damus tibi returnum in omnibus nostris 
rébus. . t » 



ETUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARRONNE 231 

l'autre partie l'exécution du contrai sur l'ensemble de ses biens est, 
d'ailleurs, insérée dans tous les genres d'actes. Par exemple, le 
«Roi Juif», consentant un bail à « tasque » en faveur des Hos- 
pitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, répond de l'exécution du 
contrat sur l'ensemble de ses droits et la totalité de ses biens, meu- 
bles ou immeubles '. Lé protocole initial de cet acte est, d'ailleurs, 
remarquable par la variété des formules de garanties que le tabel- 
lion s'est complu à y accumuler. Le « Roi Juif» fait la cession de 
bonne foi, en toute indépendance d'esprit, sans obéir à quelque 
suggestion maligne, à la ruse, ou même à un simple conseil 2 . 

On retrouve ces mômes clauses de garantie dans l'acte de vente 
consenti par Salomon de Melgueil le 24 juin 1231 :{ . Il y a dans ce 
document un véritable luxe de clauses renonciatives : renoncement 
à l'exception d'argent non Versé comptant, renoncement au droit 
de demande en répétition au cas où il viendrait à être prouvé que 
la valeur réelle du bien vendu est supérieure au prix de vente K 

Mais le plus riche déploiement de garanties se rencontre dans 
une procédure arbitrale de 1267. On y voit les procureurs des par- 
ties répondre de l'adhésion à la sentence arbitrale qu'ils se font 
forts d'obtenir de leurs procurants, non seulement sur tous les 
biens de ces derniers, mais même sur l'ensemble de leur patrimoine 
personnel \ 

fV. —L'une des garanties les plus importantes consistait sans 
aucun doute dans la prestation du serment. La formule en varie 
avec les époques et aussi selon la nature des actes. Le 27 octobre 
1154, des Juifs empruntant sur gage garantissent l'exécution du 
contrat de prêt par la loi qu'ils observent 6 . 

Samuel, gendre de Bonfil de Beaucaire, et procureur de Vidal, 
fils de Davin de Narbonne, jure sur les Dix commandements de 
Moïse 7 . En somme, avec quelques variantes purement formelles, 



1. Saige, Juifs du Lang., p. 138 : « ...returnum in omnibus meis juribus et rébus 
mobilibus et immobilibus, donec vobis plene restituatur et emendetur, si quid forte ex 
his perdideritis. . . » 

2. Ibid., p. 137. 

3. Ibid., p. 165. 

4. Ibid., p. 166 : « Et renuncio eiceptioni pecunie non numerate. — Verum si forte 
iste campus ultra hoc precium valet amplius ...sponte et non invitus vobis et vestris 
dono. . ., etc. » 

5. Ibid., p. 199 : « Promittentes insuper vobis per firmam stipulationem et nostram 
bonam fidem et sub ypotheca rerum nostrarum. . . » 

6. l'ièces justificatives, n° IV : « Plivimus tibi per legem quam colimus... » 

7. Saige, Juifs du Lang., p. 196 : « . . .et ad decem precepta legis Moysi juro. .. » 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le serment imposé aux Juifs narbonnais se prête généralement sur 
le livre de la Loi mosaïque, c'est-à-dire sur le Pentateuque. 

Le 10 janvier 1284, les Juifs de l'archevêque jurent d'observer la 
charte de franchise qu'il vient de leur octroyer « sur la sainte loi 
de Moïse corporellement touchée * » . 

Mais dans certains cas cette simple formule ne suffisait pas. La 
prestation de serment s'accompagnait alors d'une longue liste de 
malédictions. L'exemple le plus curieux nous est fourni par un 
registre consulaire de Narbonne 2 . Il s'agit en l'espèce du serment 
exigé des Juifs qui désirent être admis à la profession de courtier: 
« Juif, tu jureras par Dieu, le Père tout-puissant Adonaï. Réponds : 
je jure. — Tu jureras par Dieu le Père tout-puissant qui a dit : Je 
suis celui qui suis. Réponds : je jure. — Tu jureras par Dieu, le 
Père tout-puissant Sabaoth Réponds : je jure. — Tu jureras par 
Dieu Eloï. Réponds : je jure. — Tu jureras par les Dix commande- 
ments de Dieu et par les soixante-dix noms de Dieu. Réponds: 
je jure. — Tu jureras par toute la Loi que Dieu assigna à Moïse, son 
confident. Réponds : je jure. » 

En cas de parjure, le Juif se vouait « à la fièvre quotidienne et à 
la fièvre quarte, à la perte de la vue, à l'angoisse de l'âme, à la 
perte de son gain au profit de ses rivaux, à la colère de Dieu, à la 
défaillance, à la capitulation devant son ennemi, à la fuite éperdue. 
A toutes ces imprécations le Juif répond : Amen. Et les malédic- 
tions de reprendre : « Si tu te parjures, que Dieu brise ta force et 
ta puissance, qu'il laisse s'appesantir la dévastation sur ta demeure, 
qu'il déchaîne sur toi les bètes féroces et te précipite au milieu de 
tes ennemis. Réponds : Amen. — Et que Dieu dirige sur toi le 
glaive de la vengeance, qu'il t'envoie la peste, qu'il t'arrache ta 
provision de pain et fasse que tu manges toujours sans pouvoir 
être jamais rassasié. Réponds : Amen. — Rien plus, que si tu violes 
ton serment, tu dévores les crânes de ton fils et de tes filles, que 
Dieu anéantisse ton corps de charogne, qu'il laisse la mort empor- 
ter tes enfants, qu'il détruise ta demeure, ravage ton bien et t'englou- 
tisse au fond de la terre ; que personne ne consente à t'héberger et 
que tes ennemis envahissent tes maisons. Réponds : Amen. Que tu 
sois pourchassé par les affres de l'agonie et que dans la fuite Dieu 
jette sur toi ramollissement et l'épouvante jusqu'au moment où tu 

1. Pièces justificatives, n° VIII : « nos Judei superius nominati juramus ad sanctam 
Logem mosayeam a nobis corporaliter tactam. » 

2. Arch. mnn. de Narb., AA 109, et 9 e Thalamus, f° 3 v°. Le texte provençal de ce 
serment a été publié par Mouynès, Annexes de la série AA, pp. 196-197. Cf. Inven- 
taire, p. 134, 2* col. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 233 

succomberas sous le glaive de tes frères. Réponds : Amen. — Et 
que tu sois poursuivi parmi les nations, que lu trouves la mort 
sur le territoire de tes ennemis et que la terre t'engloutisse comme 
Datan et Ahiron. Réponds : Amen. — Et que tu sois précipité au 
fond de l'abîme comme Pharaon et son armée ; que tu deviennes la 
proie de la lèpre « co feu a Aman Sirus i ». Réponds : Amen. — Et 
si tu violes ton serment, que Dieu anéantisse ton corps pervers et 
félon, qu'il venge sur ta tète tous tes péchés et tous ceux de 
tes parents, toutes les malédictions de la Loi de Moïse et des 
Prophètes ; que tu ne puisses voir le jour de demain et que tu ne 
puisses ni avancer ni reculer. Réponds : Amen. » 

Quelques-unes des formules de malédiction énoncées dans ce 
long serment se retrouvent dans la teneur du serment imposé aux 
Juifs d'Aragon 2 . Cette analogie s'explique soit par un échange de 
coutumes, soit par une identité de traditions. Dans le serment des 
courtiers narbonnais l'inspiration biblique, et plus exactement 
l'inspiration du Vieux Testament, se fait sentir de la façon la plus 
vigoureuse. D'autre part, l'échange continuel d'idées et de rites 
qui ne cessa de se faire au moyen âge entre les juiveries de Narbonne 
et les «aljamas» delà couronne d'Aragon explique aisément cette 
similitude de formules imprécatoires. 

V. — La plus sûre garantie contre les faussaires consistait 
certainement dans l'apposition au bas de l'acte des souscriptions 
des Juifs contractants ou intéressés. C'était là, en même temps, une 
prérogative importante reconnue aux Juifs dans les contrats. Un 
acte de prêt sur gage du 27 octobre 1154 porte la souscription 
hébraïque de l'emprunteur, Ronisaac Saunier, dont le nom hébreu 
est Isaac, fils de Lévi 3 . 

Au mois d'avril 1195, le «Roi Juif» Kalonymos a souscrit égale- 
ment en hébreu un bail à tasque consenti au couvent narbonnais 
des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. On relève la sous- 
cription hébraïque du Juif Bondia (Lévi fils de Moïse) au bas d'un 
acte portant engagement d'une pièce de terre placée sous son 
domaine direct 5 . Cette souscription a ici la valeur d'un vérilable 
consentement. Le propriétaire direct marque ainsi son acquiesce- 
ment à la mise en gage par son tenancier du domaine utile. Peut- 

1. « Ainsi qu'Assuérus fit à Amau (?). » 

2. J. Amador de los Rios, Historia de los Judios de Espaùa y Portugal, Madrid, 
1875-1876, 3 vol. in-8°, t. I, pp. 558-567. 

3. Pièces justificatives, n° IV. 

4. Pièces justificatives, n° V : acte du 15 novembre 1199. 



234 - REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

être même cette souscription correspond-elle à la perceplion de 
quelque droit de mutation. 

Salomon de Melgueil, vendant un champ, le 25 juin 1231, souscrit 
en hébreu l'acte de vente 1 . Un créancier engagiste, Bondia de 
Surgères (Levi ben Moïse), appose aussi sa souscription hébraïque, 
le 23 décembre 1252, à la vente d'un champ qu'il détenait en garantie, 
d'un prêt de 135 sous melgoriens 2 . 

Il est clair que ces souscriptions en hébreu apposées soit par 
les auteurs des actes, soit par les parties contractantes ou intéres- 
sées constituent de véritables autographes. Mais bien souvent nous 
nous trouvons en présence de simples souscriptions latines, ne se 
différenciant en rien de l'écriture du reste de l'acte et par suite 
manifestement écrites de la main même du scribe. Confirmant une 
donation du domaine utile de trois vignes faite par le tenancier 
Raimond Rodanel à l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, le 
propriétaire direct, Clarimoscius, «Roi Juif», n'ajoute pas sa 
signature à la mention suivante : « Signum Clarimoscii, qui hoc 
donum de duabus modiatis de Lega, de una modiata de Ramiano 
laudo et concedo :i . » 

Vendeurs de deux moulins, le 6 janvier 976 ou 977, les frères 
Samuel, Moïse, Tsaac et Lévi souscrivent aussi l'acte de vente en 
latin 4 . 

Il est rare que les témoins instrumentaires souscrivent en hébreu. 
Cependant, un acte du 27 octobre 1154 porte les souscriptions 
hébraïques de deux témoins juifs, Nathan etElie. Le premier signe 
Nathan fils d'Isaac, le second Elie fils de Juda défunt 5 . Une vente du 
25 juin 1231 est également souscrite en hébreu par deux témoins 
juifs Nathan (Bonet de Cacris) et Abraham, lils de David de 
Montpellier 6 . 

Mais la plupart du temps les souscriptions testimoniales consistent 
en simples énumérations de témoins. Au bas d'une transaction 
conclue le 20 décembre 1244 entre le Juif Abraham, lils de feu 
David de Montpellier, et les consuls de la Cité de Narbonne, le 

1. Saige, Juifs du Lang., pp. 73 et 167. 

2. Ibid.,pp. 74 et 192. 

3. Ibid., p. 133. 

4. Bibl. nat., Collection Doat, vol. 57, f° 20 : « Signum Samuelis. signum Moïsen. 
signum Isaac, signum Levi, qui sunt liane venrlitionem fieri jusserunt et lirmare roga- 
verunt. » Sur cet acte, cf. Gallia christiana, t. VI, p. 142 et Gross, Gallia judaicâ, 
p. 404. 

5. Pièces justificatives, n° IV. Nous devons la lecture des souscriptions des pièces 
justificatives IV et V à l'extrême obligeance de M. Israël Lévi. 

6. Saige, Juifs du Lang., pp. 73 et 167. 



ETUDE SUR L\ CONDITION DNS IUIFS M NaRBONNE 

scribe se borne a mentionner que trois Juifs forent témoins de L'acte : 
Eléaiar beo Nathan, Bondia de Surg - Judas ben Nathan'. 
Parmi les quatre témoins q renl a la vente con* ntie par 

Bonmaeip. fils du ■ Roi Juif ■•. a la Léproserie de la Cité, lu 
1 1 octobre 1246, se b onvail LeJuif Matafias, fils d^Abranam Saunier 2 . 
M ise fils de Bonjusas l'ut présent a la vente faite par Bondia de 
S _ - 1 ambre I25i . Le nom de Bonel de PoissergoieT 
figure, a titre de temoin.au bas des procurations données par VideJ 
de Floreasac à son fils M se, Le -2-2 août ISL67, et par Vidal, fils de 
feu David de Narbonue. à Samuel, gendre de Bonlil de Beaucaire, 
n septembre 1267 •. Le prononce de la sentence arbitrale rendue 
le il octobre de la même année entre le vicomte Amauri 1 et deux 
Juifs narbonnais se Lit en présence de deux chrétiens et de deux 
Juifs, David, écrivain public de Narbonne. et Isaac de Donet. Juif 
de Montpellier *i 

VI. — Les Juifs narbonnais n'étaient pas seulement admis comme 
témoins dans les actes solennels. Ils pouvaient aussi apporter leur 
témoignage en justice. Ils avaient même le droit d'introduire une 
action judiciaire devant n'importe quelle juridiction locale. Défen- 
5, ils étaient protégés contre les accusations calomnieuses 
par l'obligation imposée au dénonciateur ou poursuivant de 
s'astreindre à la peine du talion : . De plus, ils n'étaient pas tenus de 
comparaître a l'audience le sabbat et les jours de fête ". Demandeurs, 
ils pouvaient provoquer des poursuites contre leurs débiteurs 
chrétiens liés a leur égard par un contrat de prêt sur gage ou par 
toute autre obligation B . Il leur était même loisible, dans certains 
cas. de faire poursuivre des ecclésiastiques prébendes. C'est ainsi 
que vers la fin de l'année 1-2':'»!. lé vicomte Amauri I er fit enlever 
par sa cour de justice certaine quantité de vendange au prieur 
de X.-D. de Lamôurguier, sur la plainte de plusieurs Juifs 

Nous avons vu que les Juifs narbonnais pouvaient recevoir pro- 
curation de leurs coreligionnaires pour toutes sortes d'affaires ,é . Il 

1. Pièces justifient Et tre> Judei Ei. - Sor- 
çeriis. Judas de Natao simiuter fucrunt testes. » 

2. Pièces justificative^, ir VII. 

3. Sai^re. Juifs du Lang.. p. 192. 

4. Ibid.. pp. 195 et 196. 

5. Ibxd.. p. Ma 

6. Pièces justificatives, n* VTO, art. 1". 

7. Art. -i. 

I. ait S. î. >, 10. 

9. Vot. plu* haut. chap. vi. î m. 

-lige, Juifs du Lang,. pp. 194-195 et 195-196. 



236 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

leur arrivait même d'être appelés à jouer le rôle d'arbitres dans des 
conflits entre Juifs et chrétiens. C'est un fait digne de remarque que 
le vicomte Amauri 1 er se trouvant en désaccord avec deux Juifs 
narbonnais ait accepté l'arbitrage d'un Juif, Crescas de Béziers II 
est vrai d'ajouter que l'adjonction de ce dernier aux deux arbitres 
chrétiens Raimond de Quarante et Pierre-Arnaud de Fraïssé 
s'explique peut-être par l'interdiction qui était faite aux Juifs d'ac- 
cepter l'arbitrage d'un chrétien. Le préambule de la sentence 
rendue par ces trois arbitres porte, en effet, entre autres clauses 
renoncialives, que les parlies juives ont renoncé expressément «juri 
quod prohibet ne Judei compromittant christianum ' ». 

VII. —L'examen des formules insérées dans les actes concer- 
nant les Juifs narbonnais nous montre donc que leur capacité 
juridique ou judiciaire n'était pas inférieure à celle des chrétiens. 
Mais il ne faut pas exagérer l'importance des prérogatives recon- 
nues aux juiveries de Narbonne. 

Gustave Saige, relevant dans les actes certaines qualificalions dont 
les noms juifs y sont précédés ou suivis, les a interprétées comme 
«le signe d'un rang social distingué 2 ». Il n'est pas douteux que les 
épithètes provençales en et na, qui sont des aphérèses de domimis 
et domina et dont les scribes font précéder quelquefois les noms 
de personnes, aussi bien dans les actes latins que dans les actes 
provençaux, n'impliquent quelque idée de considération et d'hono- 
rabilité. Mais ces particules s'appliquent plutôt à des roturiers 
notables qu'à de vrais gentilshommes. Cependant, il est vrai que le 
qualificatif de domimis placé avant le nom constitue un véritable 
titre de noblesse. Nous avons démontré, en effet, par ailleurs 3 que 
Tépithète dedominus appliquée à certains feudalairesdu vicomte de 
Narbonne précède uniquement les noms de chevaliers, c'est-à-dire 
des plus hauts dignitaires de la hiérarchie féodale dans le Narbon- 
nais. Par extension, le qualificatif de messire {domimis) s'applique 
aussi aux dignitaires ecclésiastiques, archidiacres, chanoines, abbés, 
et même aux simples curés '\ Mais il n'a, dans ce cas, que la valeur 
d'un titre de déférence et de respect. Si donc nous le rencontrons 
devant les noms de certains Juifs, nous serons obligés d'en con- 
clure à l'assimilation de ces Juifs aux plus hauts représentants de la 
noblesse narbonnaise. On peut lire dans la sentence arbitrale du 

1. SeiiiP, Juifs du Lang., p. 194. 

2. Ibid., p. 58. 

3. Amauri II, vicomte de Narbonne (1260 7-1328,, p. 202. 

4. Ibid., pp. 202-203. 



ÉTUDE SUR L\ CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 237 

11 octobre 1267 ces lignes •: « . . .dictus dominus Amalricus pro se 
et dominus Mosse, procurator dicti Vilalis, nomine procuratorio 
pro eodem, et dominus Samuel, procurator dicli Vitalis, fllii 
quondam David...» Eh bien! il faut lire certainement dictus au 
lieu de dominus. Nous ne connaissons cet acte que par la copie 
qu'en a fait prendre Doat. Or, pour des copistes aussi peu avertis 
que les auxiliaires du Président, les deux abréviations dnus et dais 
pouvaient prêter facilement à l'équivoque. 

Quelques lignes plus loin, on rencontre : « ...dominos Ray- 
mundum de Quadraginta, militem, et Petrum Arnaudi de Fraxino, 
dicti domini Amalrici clericum, et Grescas de Bi terris, Judeum de 
Narbona, tanquam in arbitros 2 ». Qui ne voit que, par suite de la 
place assignée à la conjonction et entre les noms de Raimond de 
Quarante et de Pierre-Arnaud de Fraïssé, l'épithète de dominus 
ne s'applique qu'à ces deux arbitres? Au surplus, le reste de l'acte 
ne nous présente pas les procureurs ou l'arbitre juifs qualifiés de 
domini*. Un exemple remarquable d'erreur entraînée par une 
mauvaise lecture se rencontre dans un acte publié par Du Mège'. 
Cet éditeur a lu : « ...dominus den Affagim, judeus Narbonnae... ». 
Certainement l'original ne portait pas dominus, mais Davinus. 
Davin d'en Affagim est un Juif narbonnais très connu 5 . 

A Narbonne, si un notable juif eût pu faire précéder son nom de 
l'épithète de dominus, c'aurait été assurément le « Roi Juif », pro- 
priétaire alleutier quasi indépendant et autonome. Or, aucun acte 
ne nous en offre d'exemple 6 . 

Saige nous montre deux Juifs de Toulouse, Salomon et Bélid, 
qualifiés de l'épithète dominus. Le fait est exact. Nous lisons dans 
plusieurs documents 7 : « Tune dominus Salomon predictus... 

1. Saige, Juifs du Lang., p. 193. 

2. Ibid., p. 193. Voy. aussi p. 196, dernier alinéa. 

3. Ibid., p. 198 : « ...dictus Mosse, ...dictus Samuel... » 

4. Dom Devic et dom Vaissete, Hisl. de Lang., éd. Du Mège, t. VII, Additions et 
Notes du livre XXIX, p. 16, 2* col. 

5. Voy. notamment Pièces justificatives, n° XIII; « ...ego Davinus d'en Alf'agim, 
Judeus Narbone... »; Blanc, Livre de comptes de Jacme Olivier, p. 546 : « Davin 
d'Anaffagim »; Saige, Juifs du Lang., p. 284: « ...Davini de Naufagim. . . » 

6. Saige, Juifs du Lang., p. 133 : « . . .iaudamento Clarimoscii. . . »; p. 137 : 
« ...ego Clarimoscius, lilius quondam Tauroscii... », etc.; Pièces justificatives, 
n° V : « ...in terminio Prati judaici super Clarimoscium et Bondiam... » ; Pièces 
justif., n° VII : a ...ego Bonusmancipius, Judeus, filius condam Clarimoscii. . . »; 
Pièces justif., n° IX : « . . .quod Torocius, Judeus, iilius Mameti, Judei de Narbona. . . » 

7. Saige, Juifs du Lang., pp. 146, 158. Encore serions- nous curieux d'examiner 
l'original pour voir s'il ne porte pas dictus. Salomon, Judeus, et dictus Belitus, Judeus. 
11 est si facile de confondre deus avec dnus et judeus avec pdeus ! 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Tune dominus Belitus, Judeus. » Mais il s'est produit ici un phéno- 
mène d'attraction ou d'assimilation. Deux ou trois lignes plus haut, 
l'acte porte : « ...voluntate Salamonis, Judei, qui est dominas 
hujus honoris 1 ... ». De même pour Belit : « ...voluntate Beliti, 
Judei, qui est dominas hujus honoris 2 . . ». Il faut donc sousr 
entendre plus haut, au cas où soit le scribe, soit le copiste 
n'auraient pas fait erreur, hujus honoris : « Tune dominus 
[hujus honoris] Salomon... ». Dans ce cas, dominus ne signifie 
pas messire, mais tout simplement propriétaire alleutier. Au 
reste, les noms de Belid et de Salomon, de Toulouse, apparaissent 
très souvent dans les actes publiés par Saige et plus jamais on ne 
les trouve précédés de l'épithète dominus*. 

Saige poursuivant son argumentation, ajoute : « L'emploi, de 
cette qualification en ce qui concerne Salomon et Belid semblerait 
expliqué dans des textes où ils paraissent comme possesseurs d'un 
droit supérieur de propriété, mais elle est également attribuée aux 
femmes On peut voir dans les contrats conclus par le juif Belid, 
sa femme, lorsqu'elle intervient pour donner son consentement 
qualifiée de domina Montaniera'*. » 

Bien que cette qualification ne soit pas constante : \ son emploi 
est d'un usage assez fréquent 6 pour qu'il ne nous soit pas possible 
de le passer sous silence. Mais dans la société narbonnaise, et pro- 
bablement aussi dans tout le midi de la France, l'épithète de 
domina ne s'applique pas uniquement aux femmes de chevaliers 7 . 
Les simples « damoiselles », les bourgeoises et même les rotu- 
rières peuvent en être revêtues. 11 ne faut voir là, à notre avis, 
qu'une manifestation de ce respect particulier, chevaleresque, que 
témoignait le moyen âge aux femmes de toutes les conditions. 
Domina correspond exactement à l'épithète provençale na et plus 
exactement que dominus à en, puisque, quant au sens, en n'im- 
plique pas l'idée de préséance nobiliaire attachée à dominus. Au 

1. Sjiiiie. Juifs du Larig., p. 146. 

2. Ibid., p. 158. 

3. Ibid. : « .. .Habrae, Judeo, et Belidô", fratri suo (p. 140)... Abrahe, Judeo, suoque 
f'ratri Belid, Judeo (pp. 142-144)... et de honore Abrahe, Judei, et Beliti, fratri s ejus 
(p. 159)... quod Belitus, Judeus, ...ipse Belidus, Judeus, et Alacer, Judeus, pater 
ejus (p. 167) ...dictus Belitus (p. 169) ...quod Belitus, Judeus, ...prefatus Belitus, 
Judeus predictus venditor Belitus, Judeus (p. 178), etc. Voy. pp. 179, 181, 182, 184. 

4. Ibid., p. 58. 

5. Ibid., pp. 168 et 179 : « ...dicta Montaniera... »; p. 182: « ...voluntate Mon- 
taniere, Judée . . . ipsa Montaniera. . . » 

• 6. Ibid., pp. 179, 180, 181 : « ...voluntate et assensu domine Montaniere. . . »; 
p. 180 : « .. .ipsa domina Montaniera...» 
7. Amauri II, vicomte de Narbonne (1260 ?-1 328), p. 203. 



ÉTUDE SUK LA CONDITION DES JUIFS DE NAKBONNE 239 

lieu (pie en se trouve assez rarement devant les noms de Juifs 
narbonnais, la présence de na devant les noms de femmes juives 
est pour ainsi dire constante '. 

Quant au qualificatif de don que les rabbins s'attribuent dans les 
relations qu'ils out eulre eux, bien que dérivé étymologiquement 
de dominos, il n'a pas plus de signification honorifique que le don 
castillan qu'on emploie devant tout nom de baptême, que le en 
provençal qu'on rencontre indilTéremment devant le nom ou le 
prénom. 

Il est, toutefois, une qualification qui indique vraiment, sinon 
une haute situation sociale, du moins une certaine situation 
morale, c'est celle de magister 2 . Elle s'applique aux médecins juifs 
■si nombreux dans la société médiévale. 

VIII. — Dans les actes concernant les Juifs, les notaires font 
presque toujours suivre les noms de ces derniers de la qualification 
de Juif. Cependant, aux x e , xi° et xit e siècles, on ne rencontre pas 
ce qualificatif, mais tantôtcelui d'Hébreu 3 et tantôt celui d'Israélite 4 . 
Il arrive môme souvent que le scribe s'abstienne de toute qualifi- 
cation 5 . Dans ce dernier cas, on ne reconnaît qu'on se trouve en 
présence de Juifs qu'à cette particularité qu'ils portent presque 
exclusivement des noms empruntés à l'Ancien Testament. 

L'onomastique des Juifs narbonnais comporte deux périodes. 
Antérieurement au xm c siècle, leur dénomination se réduit le plus 
souvent à un seul nom, de forme soit wisigothique (Gozolas), soit 
hébraïque (Bonojucef, Abomar, Abraham, Bonisac, Natan, Élie, 

1. A. Blaoc, Livre de compte de Jacme Olivier, pp. 545-546 : « . . .na Rcsplandina, 
ua Dossa, na Franquessa, naDura Vivas,na Cadena, na Bonadona, na Favona, na Boneta 
de Bezers, na Mayrona, etc. » Na se trouve quelquefois devant le nom patronymique, 
avec lequel même il se confond : Crescas de Naregina (Saige, Juifs du Lang., p. 156). 
En se rencontre plus souvent à cette place : Blanc, ut supra, pp. 545-546: « Duran d'en 
Alissar, Abram d'en Abomari, Vidal d'en Abomari, Davin d'en Petit. »Il lui arrive même 
de se fondre dans le nom : Davin d'yl?iafFagim (Blanc, ut supra, p. 546). .dnafFagim est 
synonyme de en Atf'agim. Le changement de Ve de en en a est le résultat d'un phéno- 
mène d'assimilation. 

2. A. Blanc, Livre de compte de Jacme Olivier, p. 545 : maistre Bonjuzas ; Saige, 
Juifs du Lang., p. 278 : magister Abraham ; ut supra, p. 545 : maistre Davin, metge. 

3. Saige, ut supra, p. 129 : Jossep Ebreo ; p. 132 : « ...in vinea Mosse, hebrei... »; 
p. 133 : « . . .laud-iinento Clarimoscii, hebrei... » 

4. Pièces justificatives, n° III : « . .Abraham, Isralite. . . » 

5. Saige, Juifs du Lang., p. 129 : « . . .Samuel et ad fratres tuos Moisen et Isaacum 
et Levi filios Abraham, emptores... »; Pièces justificatives, n os II et III : « ...in 
manso de Bonojucef ..in manso de Maïr Crasso... » ; n°.IV : « ...ego Bonisacus, 
salnerius, et uxor mea Mairona et filie mee Regiua ac Bonamancipa. . . »; n° V : 

... super Clarimoscium et Bondiam. . . ». etc. 



240 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Bondia), On trouve quelquefois accolé au nom du fils celui du 
père ou de la mère. La filiation est d'abord expressément indi- 
quée par l'attribut filins, suivi du nom de l'ascendant immédiat : 
Samuel, Moïse, Isaac et Lévi, fils d'Abraham 1 , Clarimoscius, fils de 
feu Tauros 2 . Cependant, on trouve déjà le nom du fils et celui du 
père rapprochés sans être reliés par un attribut marquant la filia- 
tion 3 . Le deuxième nom n'est pas forcément celui d'un ascendant. 
Ce peut être un sobriquet. Dans un acte du 27 octobre H54 4 , on 
prévoit que l'appellation du métier de saunier exercé par Bonisaac 
et accolée à son nom pourrait se transformer en nom de famille si 
Bonisaac n'avait pas que des filles. 

Jusqu'au xn e siècle, l'usage de désigner une personne par deux 
noms est encore soumis à bien des fluctuations. Cet usage s'affer- 
mit aux xiii* et xiv" siècles. Mais certaines familles continuent à 
observer les anciens usages, par exemple, l'emploi d'un nom 
unique, généralement de forme hébraïque 5 , ou provençale 6 . 
Quand la personne porte deux noms, la filiation est quelquefois 
indiquée, surtout dans la première moitié du xm e siècle, par l'at- 
tribut de liaison films 1 . Mais peu à peu, la filiation ne s'exprime 
plus dans les documents latins que par le génitif ou la préposition 
de, dans les documents provençaux que par la préposition de y 
suivie ou non du titre e?i s . 

Les souscriptions formulées en hébreu ont ceci de très particu- 
lier quelles nous offrent quelquefois pour la môme personne une 
dénomination différente de celle que lui attribue le scribe chrétien 
dans le reste de l'acte. Cette pratique d'un double nom, l'un de 
forme latine ou provençale, l'autre de forme hébraïque, était très 
en honneur dans la société juive du moyen âge. Le nom hébreu est 
quelquefois l'équivalent exact du mot latin. Kalonymos ben rabbi 

1. Saige, Juifs du Lang., p. 129. 

2. Ibid., p. 137. 

3. Par ex. : Maïr Oasso {Pièces justificatives, n'" II et 111). 

4. l'ièces justificatives, n° IV. 

5. Davin, Abomar, Mornet, Abraham, Aftagim, Salamon, Mayrona, Botijuzas. Helias, 
Jacob, Astruga. 

6. Resplandina, Dossa, Franquessa, Bomacip, Favoua, Angevina, Cadena, Bonadona, 
Bonetl'an. Capdepin, Vidal, Regina, Bouan, Comprat. 

7. Saige, ut supra, p. 156 : Vidal et Astruc, fils de feu Bondavin, Baron fils d'Abo- 
mar, Astruc fils de Vidal, Pièces justificatives, n° VII : « . . .Bonusmancipius, Judeus, 
filius condam Clarimoscii »; n° IX :• « ...Torocius, Judeus, filius Mameti... » 

8. Sabron Vive (Pièce justif., n° XI), Cresque Boneti (n° XIV), Vivas de Fargiuis. 
Mat&tias de Momet, Astruc de Nafagim, Crescas de Naregina (Saige, ut supra, p. 156 , 
Bonet de Caeres (Ibid., p. 167). Duran d'en Alissar, Abram d'en Abomari, Davin d'en 
Petit (Blanc, ut supra, pp. 545-546). 



ETUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 241 

Todros correspond bien à Clarimoscius filius Tauroscii ; Abraham, 
fils de David de Montpellier, n'est pas différent de Abraham ben 
rabbi David. Mais on ne reconnaîtrait jamais Bonet de Cacres 
dans Nathan ben rabbi Eliézer, et Bondia de Surgères dans Lévi 
ben rabbi Moschéh, si on ne les rencontrait pas dans des actes 
latins munis de souscriptions hébraïques *. 

Il semble bien que le mot ben indique toujours, comme 
l'adjectif filais, une relation immédiate de descendance. Cette par- 
ticularité est excellente à retenir en vue surtout d'établir la généa- 
logie de certaines grandes familles juives. Mais la préposition de 
ou le génitif ne paraissent plus correspondre, du moins dans la 
plupart des cas, au latin filius. Peu à peu, d'ailleurs, le nom du 
père fait place au nom de famille. 

Le nom familial présente plusieurs formes. Le lieu d'origine du 
fondateur de la famille peut devenir l'appellation commune de 
tous les descendants. Il serait certainement téméraire de considé- 
rer comme originaire d'un lieu tout Juif qui fait suivre son prénom 
du nom de ce lieu. Cela est vrai quelquefois, mais le devient beau- 
coup moins à mesure que nous avançons dans la suite des temps. 
Quand le deuxième nom est le lieu d'origine familiale, il peut être 
un nom de ville -, ou partie de ville 3 , ou bien encore un nom de 
province. Dans ce dernier cas, la forme du nom est de préférence 
l'adjectif indiquant la région originaire ; . On a vu plus haut tout le 
parti que l'on peut tirer de ces dénominations locales ou provin- 
ciales \ 

Le nom de famille n'est quelquefois que l'ancien prénom d'un 
ascendant transmis de père en fils 6 . C'est le plus souvent un 
sobriquet. Ce cognomen peut être tiré du métier exercé par celui 



i. Saige, Juifs du Lang., pp. 71, 13 et 74. Pièces justificatives, n° V. 

2. Muret (Vidal de), Saverdun (Salomon de), Melgueil (Astruc et Salomon de), Beau- 
caire (Vidal, Crescas et Salomon de), Lagrasse (Vivas de), Sauve (Vidal de), Arles 
(Moïse d'), Lunel (Joseph, Bonisaac et Durand de), Besalu (Astruc), Capestang (Pron- 
fat de), Béziers (Bonet, Salomon. Nauton, Boneta de), Surgères (Astruc de), Pépieux 
(Joseph de), Florensac {Crescas de), Posquières (Moïse de), Montpellier (Bonjuzas, Salo- 
mon, Bonflls, Durant, Moïse de), Sommières (Durand et Vidal de), Millau (Bonjuzas de), 
Alet (Astruc, Joseph et Jacob d'), Aix (Isaac d'), Marseille (Vidal et Samuel de), Ganges 
Bonet de), Saint-Pons (Joseph de), Perpignan (Salamas de), Boujan (Salomon de), Saint- 
Gervais (Astruc de), Caylar (Bonet et Bonafous du), Montréal (Abraham de), Corneillan 

Joseph dej, Limoux (Vivas de), Collioure (Astruc de), Caux (Vidal de). 

3. Ciutat (Benoît de). 

4. Angevina. Catalan (Joseph , Navarés (Isaac et Vidal); Provence (Astruc de). 
o. Chap. vu, § h. . 

6. Bonjuzas (Samuel), Cohen (Meir, Davin-Salomon , Bonisaac, David), Abraham 
iMaym), Faron (Bofil). 

T. LXI, n- 122. 16 



246 RKVUE bb!S ÉTUDES JUIVES 

qui le porte ou tout au moins exercé |>ar un de ses ancêtres : tel 
s appelle Saunier, tel autre Masselier (bouchen, tel autre Geissier 
plâtrier, loi autre Liayre (lieur), tel autre Sabonier 1 (savonnier), 
tel autre Affagim, An affagim, Aufagim, ou Naufagim (interprète). 
Le sobriquet, c'est-à-dire le surnom désobligeant, se rencontre 
assez souvent comme nom de famille 2 . Le surnom de « Petit » est 
devenu héréditaire dans la famille des Kimhi :! . Le surnom n'im- 
plique pas toujours une idée désavantageuse; il correspond quel- 
quefois à une catégorie de la société narbonnaise : par exemple à 
celle de bourgeois ; . Dans certains cas, l'épithète de Juif accom- 
pagnant le prénom est devenue un véritable nom de famille : 
Jussieu \ 

11 arrive aussi que le surnom implique une idée flatteuse ,: , carac- 
térisée le plus souvent par l'épithète de bon' 1 . Mais c'est surtout 
dans les prénoms 8 , de préférence dans ceux des femmes, qu ap- 
paraît la flatterie. Sur la foi de leurs noms, on pourrait croire qu'il 
y avait à Narbonne nombre de Juives douces et gracieuses, écla- 
tantes ou sereines. Telle porte le nom de lune, telle autre d'étoile 1 '. 
Il est plus sage d'attribuer ces jolies appellations à la galanterie, 
qui semble n'avoir pas été seulement l'apanage des troubadours et 
des chevaliers chrétiens. 



IX. — La femme juive n'est pas seule avec son mari à intervenir 
dans les contrats. Les enfants et les autres membres de la famille, 
frères ou sœurs, y jouent aussi simultanément le rôle d'auteurs, de 
parties contractantes ou intéressées. Un acte du 49 décembre 955 
ou 956 nous montre quatre frères juifs coacheteurs de la moitié 



1. Saunier (Bonisaach Masselier (Aarouj. Geissier (Abraham), Liayre (Salomon), Sabo- 
nier (Bonjudas), Affagim (Davin, Bonafous d'en). — Le mot affagim n'est autre que 
le mot arabe alfaquih (docteur de la loi de Mahomet), devenu en catalau alfaquim 
interprète pour la Langue arabe). L7 de alfaquih s'est assimilé dans Affagim et voca- 
lisé dans Aufagim. 

■2. Cadena, Capdepin, Sasportas (Vidal, Davin), Barbas (Isaac), Bardel f Vidal i. Negrel 
t Astruc. Davin). Serai (Samuel . 

:>. Sur les membres notables de cette famille, voy. Gruss, Gallia judaica, p. 417. 

4. Borzés (Astruc). 

">. Jussieu (B., Belshom, Mayron, Vidal . 

6. Vidal (Samuel), Benvenist, Astruc (Abraham), Namarqués. 

7. Bonissac (Petit), Bonmacip (Samuel), Bonjuzas (Samuel), etc. 

8. Belshom .lussieu, Bonfil Faron, Boneffan de Béziers, Bonan, Bondia de Surgères, 
Gomprat Vidal. D'après Gross, Gallia judaica, p. 7, Comprat correspond au surnom 
lirbrt'ii quj signifie ainw 

9. Clara. Dossa, Regina, Saserena, Resplandina, Luna, Lestela. 



ETUDE SUK LA CONDITION Dg8 JUIFS DE NARBONNE Uî 

d'un moulin '. Le 47 octobre 1154, l'engagement d'une saline à un 
créancier est consentie à la fois par le Juif Bonisaac, sa femme 
Mairona et ses filles Regina el Bonamancipa 2 . Une prise en bail à 
cens est faite au mois de juillet 1410 par Abraham Secal, son fils 
Joseph et les enfants du Juif Ferruciol 3 . 

Cette intervention dans les contrats de tous les membres de la 
famille n'est pas d'ailleurs spéciale aux communautés juives. Elle 
est aussi très fréquente dans les actes chrétiens. Elle correspond, 
en effet, à un mode de possession dont la caractéristique est de 
n'être ni collectif, ni individuel, mais familial. La possession par 
indivis semble avoir été la forme préférée des Juifs narbonnais. 
Jusqu'à l'année 1219, le Juif Astruc est cotenancier d'un manse 
avec sa nièce Blanche'*. Avant 1246, Lucet Secal est cotenancier 
d'un jardin avec ses frères Astruc et Meïr H . Un acte du 3 juin 1252 
nous montre Bonmacip, « Roi Juif, » et Judas, copropriétaires alleu- 
tiers d'une vigne 6 . 

Les codétenteurs d'un même fonds ne sont pas toujours parents 
et coreligionnaires. Nous voyons des Juifs partager leur droit de 
propriété avec des nobles chrétiens. C'est ainsi que Tauros fils de 
Clarimoscius, surnommé Astruc fils de Bonmacip, est copro- 
priétaire alleutier d'une vigne avec Regina, femme de Judas, Juif 
de Béziers, et avec Guillaume-Raimond de Montpellier. Le même 
Tauros possède une vigne allodiale par indivis avec Guillaume 
d'Aux et Bérenger de Lastours 7 . 

Nous ne pousserons pas plus avant cet examen de la propriété 
familiale ou indivise des Juifs narbonnais. Bien des exemples nous 
en seront fournis, dans les chapitres qui vont suivre, par l'étude 
des différents aspects qu'a revêtus à Narbonne au moyen âge la 
propriété foncière juive. 

1. Saige, Juifs du Lang., pp. 129-130. 

2. Pièces justificatives, n° IV . 

3. Arch. de l'Aude, H 211. Inventaire ms. des titres de Kontfroide, « Fiet de Nar- 
bonne, coté 2 S. » 

4. Inventaire de la mense capitulaire de Saint-Just de Narbonne, copie faite par 
M. A Bories, « Des maisons de Narbonne, caisson 60, n 0B 12 et 13 ». 

). Arch. de l'Aude, H 211, « Papiers de la mense abbatiale, coté V ». 

6. Inventaire de la mensr de Saint-Just, « Des possessions de dite, caisson 62, 
n" 36 ». 

7. Ibid., « n° 37 ». 



244 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



CHAPITRE IX 



JUIFS TENANCIEKS. 

I. — Juifs de condition libre ou servile à l'époque gallo-romaine et antérieure 
ment au xm e siècle. — II. Juifs tenanciers censitaires du vicomte ou de l'ar- 
chevêque; obligation de la résidence et cens annuel; bail à cens consenti 
par Aimeri IV 1227). — 111. Juifs tenanciers de communautés religieuses : 
chapitre de Saint-Just, abbaye de Fontfroide (1092-1260). — IV. Juifs tenan- 
ciers de petits seigneurs ruraux ou urbains : Bérenger de Boutenac, Guiraud 
del Broil (1231-1252). — V Bedevances dues pour les tenures juives : rede- 
vance de quotité (tasque, agrier) et redevance fixe, payable en nature ou en 
espèces (cens, usage); droits de mutation. — VI. Exemption des leudes sei- 
gneuriales et des tailles royales ou consulaires, mais assujettissement aux 
impôts de la communauté juive et aux taxes urbaines d'exception et d'intérêt 
public. 

I. — Il est probable qu'à l'époque gallo-romaine la société juive 
~-de Narbonne, tout comme la société chrétienne, se composait 
d'hommes libres, de clients et d'esclaves. Nous avons vu que cer- 
tain Juif du nom de Gozolas faisait partie de la clientèle d'un riche 
gallo-romain de la ville *. Les textes ne mentionnent pas de Juif 
vivant en esclavage. Cependant, le canon IV du concile tenu à 
Narbonne en 589 laisse supposer qu'il y avait dans cette ville des 
esclaves et des hommes libres aussi bien parmi les Juifs que parmi 
les Goths, les Romains, les Syriens et les Grecs 2 . Un fait plus cer- 
tain, c'est qu'en 597 des esclaves chrétiens se trouvaient au service 
de Juifs narbonnais, ce dont le pape Grégoire se montrait profon- 
dément indigné 3 . 

Il ne semble pas que tous les Juifs deNarbonne aient été admis du 
premier coup à posséder des immeubles. Les chartes de franchises 
octroyées à leurs juiveries respectives par le vicomte Aimeri IV, 
le 8 mars 1217 4 , et par l'archevêque Pierre IV de Montbrun, 
le 10 janvier 1284 5 , bien que paraissant plutôt régulariser une 
situation de fait qu'instaurer un état social nouveau, laissent 
entrevoir une époque où la condition de certains Juifs narbonnais 

1. Voy. plus haut, chap. i, § i» r . 

2. Ibid., § m. 

3. Ibid., § iv. 

4. Ibid., chap. iv, § vi. 

5. Ibid.. chap. v, '£ VIII. 



ÉTUDE SUR L\ CONDITION DES JUIFS DE N\RBONNE 245 

ne devait pas être très éloignée de relie que subissaient dans la 
vicomte de Narbonne les hommes de mansade '. 

Ces hommes de mansade étaient soumis à de nombreuses inca- 
pacités juridiques : 1° obligation de la résidence perpétuelle et, 
comme conséquence, assujettissement au droit de suite; 2° inca- 
pacité d'aliéner par vente, engagement, donations ou legs : ^obli- 
gation de fournir, outre des redevances fixes et annuelles, des 
redevances et des corvées exigibles à toute réquisition. Cette situa- 
tion, assez voisine du servage, était la condition commune de tous 
les Juifs du domaine royal, ce qui explique l'erreur commise par 
Philippe le Bel dans son mandement du 23 juillet 1300. Exemptant 
les sujets d'Amauri II de l'impôt du cinquantième, le roi déclare 
entendre faire bénéficier de cette mesure les Juifs du vicomte 
taillables à sa volonté 2 . Or, il y avait beau temps en 1300 que les 
.luifs vicomtaux n'étaient plus taillables, ni corvéables à merci. 

II. — Les Juifs du vicomte depuisl217,ceuxde l'archevêque depuis 
1284 n'étaient plus astreints à l'odieuse obligation de la résidence 
continuelle ; ils pouvaient aller se fixer n'importe où, à condition 
que leur départ ne fût pas clandestin et préjudiciable au seigneur, 
c'est-à-dire pourvu qu'ils se fussent acquittés préalablement de tous 
leurs devoirs et engagements. Il y avait, toutefois, entre les hôtes 
de la grande et de la petite juiverie, des distinctions fondées sur 
l'origine et le domicile. 

Le transfert de résidence était refusé aux Juifs originaires, rési- 
dents ou non, ainsi qu'à tous leurs descendants jusqu'à la cin- 
quième génération, s'ils n'étaient possesseurs de maisons vicom- 
tales ou archiépiscopales. 

Les résidents non originaires pouvaient déménager, après avoir 
fait délaissement de leur logis entre les mains de leur seigneur 
direct, ou après l'avoir vendu de son consentement. Pour les nou- 
veaux venus, une résidence décennale entraînait l'obligation perpé- 
tuelle du domicile. Les femmes, obligées souvent par le mariage 
de changer d'habitation, n'étaient pas assujetties à ces entraves. 
Elles étaient seulement tenues de délaisser leur maison au vicomte 
ou à l'archevêque, selon qu'elles faisaient partie de l'une ou de 
l'autre juiverie 3 . 

1. Voy. notre étude sur Amauri II\ vicomte de Narbonne, pp. 227-231. 

2. Saige, Juifs du Long., p. 237 : « Mandamus vobis quatinus ab hominibus vice- 
comitis Carbone et Judeis ipsius ad voluntatem suam talliabilibus dictam quinquage- 
sirae subventionem non exigatis... » 

3. Ibid., pp. 204-205. art. i à v (Transaction arbitrale de 1276-1277 entre le vicomte 
et l'archevêque*. 



246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En somme, après l'octroi des franchises vicomtales et archiépisco- 
pales, les Juifs narbonnais se trouvèrent assimilés à la condition de 
tenanciers censitaires. Les biens tenus du vicomte ou de l'arche- 
vêque étant transformés en censives, leurs détenteurs obtenaient 
la faculté d'en aliéner le domaine utile, — sous la réserve formulée 
en faveur du propriétaire éminent de tous les droits directs, - par 
vente, engagement, location, échange, donation, legs, etc., et cela 
au profit de toute personne, hormis clercs, religieux, communau- 
tés monastiques, princes et souverains. 

Après paiement à l'archevêque ou au vicomte du cens annuel de 
lOsous narbonnais, les Juifs tenanciers se trouvaient quittes poul- 
ie restant de l'année de toute exaction ou taxe supplémentaire'. 
Si, en effet, les chartes de franchises maintinrent les prestations 
anciennes, elles le formulèrent avec ce correctif qu'il n'en serait 
pas créé de nouvelles à l'avenir. Donc, fixité des redevances et 
fixité des services, tels étaient les deux traits essentiels de la con- 
dition des Juifs tenanciers du vicomte et de l'archevêque. 

Quand dans la suite, après l'octroi des franchises, ie vicomte 
avait à faire une concession de tenure individuelle, il ordonnait 
que le contrat de bail fût dressé conformément aux conditions spé 
cifiées dans la charte collective de 1217. Mais, si l'objet de la con- 
cession n'était plus un logement, la redevance pouvait changer de 
nature, en conservant toutefois son caractère de fixité et d'abonne- 
ment. C'est ainsi que l'auteur de la charte vicomtale de franchises, 
Aimeri IV lui-même, concède en 1227 au profit dlsaac ben Lévi un 
patu confrontant à l'ouest la maison du Juif B. Astorgua, aux mêmes 
conditions et sous les mêmes réserves que la cession collective 
faite dix ans auparavant des maisons constituant la grande juiverie, 
à charge d'une redevance annuelle, exigible à la Saint-Michel, d'une 
« coupe 2 » de blé 3 . 

III. — Il n'y avait pas à Narbonne que des Juifs censitaires du 

1. Voy. chap. iv, $ vi, et Pièces justificatives, u° vin, art. 5 et 7. 

2. La coupe était une mesure de grain. Elle valait à Revel 6 litres 41. 

3. Dom Devic et dom Vaissete, Hist. de Lang., éd. Du Mège, VII, Preuves des 
additions et notes, pp. 126-127 : « Al nom de Santa Trinitat, lo Payre, lo Fil et io 

Sant-Esperit. L'an que hom contava milla deux cent vingt sept, régnant , Ayme- 

ric, . . .vesconte de Narbona, a douât et autrejat, dona et autreja a tu Isaac ben Levi, 
Jusieu de Narbona, un pati que confina de cers a l'ostal de B. Astorgua, Jusieu de 
N'arbona, et lo poyra bastir, venre, cambiar, coma plus al pla es dit dedius l'estable- 
ment de l'an mila deus cens de\e sept. Solameu deu pagar a nos et a casdun del nostre 
que succèdent cascun an una copa de blat cadan a la festa de Sant Miquel. » Le texte 
publié par Du Mège paraît très fautif, mais il nous a été impossible de découvrir le 
document dont il s'est servi pour sa publication. 



KTUDK SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARHONNK 247 

vicomte ou de l'archevêque. 11 sVn trouvait également parmi l< i s 
tenanciers de communautés religieuses, de petits seigneurs, ou 

même il»' simples particuliers. 

Le Juif Abomar tenait du chapitre de Saiut-Just par indivis avec 
sou coreligionnaire Abraham, fils de Bonfils et frère de Bonjussel, 
en conséquence d'un acte d'achat, ou plutôt d'une prise en bail 
conelue le 8 avril 1092, moyennant le prix d'entrée de 200 sous 
narbonnais et à charge d'une redevance annuelle de demi-livre de 
poivre, un manse confrontant ceux des chanoines métropolitains 
et des Juifs Bonjucef et Meïr Oasso '. 

Abraham et Abomar étaient-ils des censitaires privilégiés ? La 
redevance exigée paraît de prime abord bien minime. Mais si l'on 
songe qu'elle consistait en un produit exotique et fort difficile à se 
procurer à celte époque, on en appréciera davantage la valeur. En 
retour, les tenanciers jouissaient du droit de disposer de leur manse 
comme bon leur semblait et notamment d'en surélever les murs. 
Leurs successeurs ou héritiers pouvaient s'en transmettre la pos- 
session comme s'il s'agissait d'un bien patrimonial. 

Nous rencontrons un autre tenancier du chapitre de la cathé- 
drale en la personne du Juif Astruc, codétenteur avec sa nièce de la 
moitié d'un manse. 

Mais le 7 mai 1219, Astruc cède à Michel de Jonquières la moitié 
de ce manse, qu'il possède par indivis avec Blanche, fille de son 
frère Vidal, lequel se trouve domicilié dans la paroisse de Saint- 
Cosme — par conséquent à l'intérieur de la juiverie vicomtale, — 
pour la somme de 500 sous melgoriens, sous la réserve en faveur 
du chapitre d'un usage, — c'est à dire d'un cens, — de 7 deniers, 
payable chaque année à la Noël 2 . Deux mois après seulement, la 
nièce de Vidal consent à céder, elle aussi, sa moitié de manse au 
même acquéreur pour le même prix et sous la même réserve \ 

Une communauté monastique, celle de Fontfroide, dont la manse 
était considérable, avait aussi des Juifs parmi ses tenanciers. C'est 
ainsi que Abraham Secal et Astres, sa mère, demeurèrent en celte 
condition jusqu'au 18 août 1260, date à laquelle ils vendirent à 
Pierre Fournier d'Ouveillan, au prix de 40 sous, la vigne qu'ils 
tenaient de l'abbaye dans le terroir de Fontcalvy, à charge du quart 
des fruits K Quant au Juif Vidal Secal, il devint tenancier de 

1. Pièces justificatives, n" 111. 

2. Inventaire ms. de la mense capitulaire de Saint-Just, copie de M. Bories, « Des 
maisons de Narbonne, caisson 60, n° 12 ». 

3. Ibid., n» 13. 

4. Bibl. de Narb.. ms. 259 (Inrentaire des titres de l'abbaye de Fontefroide), « Font- 
cahry 10 ». f» 149 v°. 



248 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'abbaye le 26 septembre 1241, en se rendant acquéreur pour 
100 sous melgoriens d'une vigne sise dans le même tènement, 
confrontant au midi le chemin, à l'autan 1' « honneur» de ladite 
abbaye, sous l'obligation de fournir chaque année le quart de la 
récolte et de le faire transporter à la grange du Terrai \ 

IV. — Les petits seigneurs urbains ou ruraux avaient aussi 
l'habitude de consentir des baux à cens en faveur de Juifs narbon- 
nais. Salomon de Melgueil, fils d'Astruc, posséda un champ jus- 
qu'au 25 juin 1231 dans le terroir de Saint-Martin d'Escales, au 
lieu dit Ad Gle?iolam, dans la seigneurie de BérengerdeBoutenac. 
11 le vendit à cette date à Raimond de Saint-Gille et à Ermengarde, 
sa femme, pour la somme de 130 sous melgoriens payée comptant. 
11 s'agissait bien là d'une censive, puisque lacté porte cession à 
l'acquéreur du droit de posséder le champ à perpétuité, de le don- 
ner, vendre, engager à quiconque, sauf à saints, clercs et cheva- 
liers, sous la réserve de l'autorisation préalable du seigneur direct 
Bérenger de Boutenac et du paiement des droits de mutation (lods 
et foriscaps). 

Le domaine direct du champ vendu par Salomon de Melgueil 
n'appartenait pas entièrement à BérengerdeBoutenac. La veuve 
Bernard Delatour et ses enfants, à qui Salomon avait acheté le 
champ, s'étaient réservé le droit de percevoir chaque année à la 
Noël pour l'usage de la terre une redevance de 11 sous melgoriens. 
Bérenger de Boutenac donna son consentement à la vente du 
25 juin 1231 moyennant le versement des droits de mutation 2 . 

Cet acte nous offre un exemple curieux de morcellement du droit 
de propriété. Le premier tenancier, Bernard Delatour, était mieux 
qu'un simple censitaire, puisqu'il n'avait pas à se préoccuper du 
versement d'une redevance annuelle, mais seulement du paiement 
à son seigneur direct des droits de mutation. Son champ était une 
sorte d'alleu amoindri. Sa condition était exactement celle du pro- 
,y priétaire actuel, avec cette seule différence que ce dernier, au lieu 
de payer les droits de mutation à un seigneur, les verse à l'État. 
Quant à Salomon de Melgueil, c'était véritablement un tenancier 
censitaire 3 . 

Bérenger de Boutenac devint également seigneur direct de Bon- 
dia de Surgères le 27 octobre 1251. Ce dernier se fit obliger à cette 

1. Bibl. de Narb., « Fontcalvy 9 », f« 149 r° et v°. 

2. Saige, Juifs du Lang., p. 167 : « Hoc totum laudavit Berengarius de Boltenaco 
et habuit inde suum foriscapium. » 

3. Ibid,, pp. 57 et 165-167. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 249 

date par la famille Bernard de Bnbars. en garantie d'un prêt de 
138 sous melgoriens, an champ placé sous le domaine direct de 
Bérenger de Boutenac. Il est vrai que, le 23 décembre 1252, Bondia 
de Surgèivs dut vendre ce champ pour rentrer en possession du 
montant de sa créance '. 

A l'exemple des deux grands seigneurs de Narbonne, un noble 
ou tout au moins un bourgeois de la Cité, qui a donné son nom à 
tout un quartier de la ville médiévale, Guiraud del Broil, avait 
concédé également un certain nombre de tenures à des Juifs nar- 
bonnais. On le voit, notamment en juillet 1210, d'accord avec son 
fils Baimond et sa bru Adalaïs, donner « à nouvel acapt», c'est-à- 
dire en renouvellement de bail à tasque, sous l'obligation du quart 
des fruits, à Abraham Secal, à Joseph, son fils, et aux enfants du 
Juif Ferruciol leur part du champ del Broil, qui s'étend au midi de 
la rivière d'Aude, au nord de l'« honneur» de la famille del Broil 
et du jardin de Pierre-Baimond Fabre, jusqu'au sureau du jardin 
de Jean Brest 2 . 

Nous trouvons encore un descendant d'Abraham Secal tenancier 
de Guiraud del Broil. Il s'agit du Juif Lucet Secal, qui, le 2 avril 1246, 
vendit à Abraham Secal, son neveu, pour la somme de 1000 sous 
melgoriens, les deux tiers d'un jardin qu'il possédait par indivis 
avec ses frères Astruc et Meïr dans le terroir de la Cité, « Al Broil », 
confrontant à l'est le jardin de Guillaume Fabre, au midi la rue, à 
l'ouest le jardin des frères Astruc etMeïr, au nord la rivière d'Aude, 
sous la réserve au profit de Guiraud del Broil du quart de la 
récolte 3 . 

Nous verrons plus bas '' que de 1240 à 1260 environ les alleutiers 
juifs s'empressèrent d'aliéner tout leur droit de propriété. Ce mou- 
vement est moins frappant chez les simples tenanciers. Mais il appa- 
raît bien de l'ensemble des actes privés les concernant que, dans 
la période de vingt ans qui a précédé l'année 1260, les tenures juives 
ont été en presque totalité vendues à des particuliers chrétiens ou à 
des communautés religieuses. Cet effondrement de la propriété et 
de la possession juives coïncide précisément avec la période du 
règne de saint Louis qui inaugure pour les Juifs l'ère des persécu- 
tions et des confiscations. 

V. — I^es baux consentis en faveur des Juifs que nous venons 

1. Saige, Juif» du Lany., pp. 188-190 et 190-192. 

2. Arch. de l'Aude, H 211 (Invent, de l'abbaye de Fontfroide). 
:;. Ibid., « Papiers de la mense abbatiale, cotés V ». 

4. Chap. i. § viih 



8&0 HKYUK DBS ÉTUDES IUIVES 

d'examiner comportent Ions le paiement d'an prix d'entrée en pos- 
session et l'obligation de payer chaque année à date fixe une rede- 
vance dont le taux est fixé une fois pour toutes par le contrat. Cette 
redevance es! fournie tantôt en nature et tantôt en espèces. Elle 
est tantôt proportionnelle à la récolte et tantôt indépendante du 
revenu annuel. 

Cette seconde distinction est bien plus importante que la 
première. Il n'est pas certes tout à fait indifférent de verser le 
montant de la redevance en argent ou en nature. Le prix des 
denrées varie selon les années, tandis que la valeur de l'argent 
— nous verrons plus bas a quels moyens on avait recours pour se 
prémunir contre les variations monétaires — demeure à peu près 
immuable. Mais la deuxième distinction portant sur les baux à rede- 
vance (ixe et les baux à portion de fruitestde la plus haute importance. 
Si la redevance est proportionnelle à la récolte, la quantité en varie 
tous les ans, au lieu que, si elle est fixe, elle constitue pour le proprié- 
taire direct un revenu de tout repos. Mais, d'autre part, ce système 
est plus avantageux pour le tenancier, qui, en cas de perte totale de 
récolte, n'a rien à fournir au propriétaire. Cependant dans la 
pratique, la perception des redevances de quotité devait donner lieu 
à des abus et engendrer de nombreux conflits, surtout si la qualité 
delà récolte était inégale. Le choix des gerbes, par exemple, dont 
le volume est si variable, devait soulever des difficultés sérieuses. 

C'est toutefois la redevance à portion de fruit que nous voyons 
apparaître la première, ce qui peut s'expliquer par la rareté du 
numéraire et surtout par l'influence de la dîme ecclésiastique. Il a 
été traité longuement plus haut des tentatives d'assujettissement 
des Juifs au paiement de cette redevance 1 . Nous n'y reviendrons 
pas. Nous ajouterons simplement que pour tous les biens tenus par 
les Juifs de communautés monastiques, de menses capitulaires et 
même de simples particuliers chrétiens, l'obligation de fournir la 
dîme pouvait se justifier pleinement, 

Dans le Narbonnais la redevance de quotité payée par le tenancier 
au propriétaire direct est connue sous les multiples appellations de 
tasque, agrier, etc. Elle est l'exact équivalent du champart de la 
France du Nord. Nous venons de voir que l'abbaye de Fontfroide 
exigeait d'Abraham Secalet de Vidal Secal, tenanciers l'un etl'autre 
d'une vigne, le quart de la vendange. Lucet Secal devait fournir la 
même quotité à Guillaume Fabre et à Guiraud del Broil pour partie 
d'un jardin, Abrabam Secal et les enfants de Ferruciol à la famille 

\. Chap. vu, § vi et chap. v, § i 01 . 



ETUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 2l\i 

de Reine, veuve de Guiraud <lel Broil, pour une parcelle de 
champ '. 

Cette redevance du quart de la récolte était certainement exa- 
gérée. De là ce mouvement de conversion des tasques ou agriers 
f ri cens ou usages, qui se manifeste dans la vicomte de Narbonne 
au cours des xm e et xiv e siècles 2 . Une sorte de moyen terme usité 
dans les siècles précédents consistait à fournir une redevance fixe 
en nature prélevée sur la récolte de la tenure ou en dehors. Ainsi, 
les Juifs Àbomar et Abraham, tenanciers du chapitre métropolitain 
de Saint-Just, lui fournissaient tous les ans, à la fête du patron de 
la cathédrale, une demi-livre de poivre 3 . Isaac ben Lévi fournissait 
au vicomte pourl'usage d'un patu une coupe de blé 4 . 

La coutume de payer le cens non plus en nature, mais en espèces, 
se généralisa à partir du premier quart du xm fl siècle. C'est un cens 
de iO sous narbonnais par feu que le vicomte et l'archevêque pré- 
levaient sur les familles juives établies dans les maisons de la 
grande ou de la petite juiverie. Il est curieux de noter que le taux du 
cens est très minime comparé à celui des redevances de quotité. 
Le Juif Astruc et sa nièce Blanche, tenanciers d'un manse valant 
1000 sous melgoriens, ne paient au chapitre de Saint-Just qu'un 
cens de 14 deniers par an 5 . Pour un champ vendu ultérieurement 
150 sous melgoriens, Salomon de Melgueil ne payait à Bérengerde 
Boutenac qu'un usage de 11 sous melgoriens 6 , soit environ la 
douzième partie delà valeur du champ. 

Les mutations de tenures juives étaient soumises, comme celles 
de tenures chrétiennes, au paiement de droits de lods et foriscaps. 
Nous avons vu Bérenger de Boulenac percevoir ces droits en 
retour et pour prix de son consentement aux ventes effectuées par 
Salomon de Melgueil et Bondia de Surgères 7 . 

VI. — Il semble qu'en dehors des redevances payées pour leurs 
tenures, les Juifs narbonnais n'aient pas été soumis à l'égard de 
leur seigneur justicier, archevêque ou vicomte, au paiement de 
taxes supplémentaires. Un acte rédigé à la chancellerie royale par 
des scribes mal informés des institutions de la vicomte de Narbonne 



1. Voy. plus haut, § m. 

2. Voy. notre étude sur Amauri II, vicomte de Narbonne, pp. 336-337. 

3. Pièces justificatives, n» III, acte du 8 avril 1092. 

4. Voy. plus haut, § n, acte de 1227. 

5. Ibid., § m, acte du 7 mai 1219. 

6. Ibid., § iv, acte du 25 juin 1231. 

7. Voy. plus haut, g iv, acte du 25 juin 1231. 



2o2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mentionne, parmi les redevances qui incombaient aux Juifs vicom- 
taux, outre le cens, les oublies et les droits royaux '. 

Il faut sans doute entendre par droits royaux, les droits régaliens 
exercés par le vicomte à l'égard de ses sujets, chrétiens ou Juifs. 
Quant au droit d'oublié, redevance qui consistait dans les seigneu- 
ries du Nord en un petit pain ou en un gâteau, il semble bien avoir 
existé dans notre région, mais en tout cas sous un nom différent 

Tous les habitants de Narbonne étaient exempts delà leude vicom- 
tale et archiépiscopale, ainsi que des autres péages seigneuriaux. 
Les Juifs narbonnais bénéficiaient donc de cette exemption. Cer- 
tains actes semblent laisser supposer le contraire. Une déclaration 
faite en la cour des consuls de Montpellier le 27 février 1253 porte 
que ceux qui passeraient devant le grau de Narbonne, même sans 
y pénétrer, avec des bateaux chargés de marchandises, de Juifs, de 
Sarrasins ou autres choses soumises au droit de leude, seraient 
contraints par les cours de Lattes et de Montpellier, s'ils avaient 
négligé de payer la leude aux collecteurs du port de Narbonne, 
d'acquitter ce droit au port de Lattes entre les mains de ces mêmes 
collecteurs 2 . 

Mais il s'agit là de Juifs étrangers à la ville de Narbonne. L'acte 
suivant est, d'ailleurs, très explicite sur ce point. Vers 1280, une 
quarantaine de Juifs se rendaient en barque à Narbonne pour y 
assister à un mariage. Ils franchirent le grau de Salses sans payer 
la leude aux seigneurs locaux. Ils furent arrêtés et conduits devant 
les châtelains de Leucate. L'interrogatoire révéla que de tous ces 
Juifs un seul était narbonnais. Tous les autres appartenaient au 
comté de Roussillon. 

Le Juif narbonnais fut déclaré quitte de la leude et remis en 
liberté. Mais ses compagnons durent payer la taxe et en plus une 
amende, soit au total 40 sous melgoriens. Parmi ces Juifs, certain 
Amilhot de Salses n'en était pas à son premier délit. Sa récidive 
lui valut la prison et une amende de 60 sous melgoriens :i . 

1. Saige, Juifs du Lang., p. 293 : « ...Salvis tamen et retentis ante omnia nobis 
obliis et censibus et juribus realibus ab antiquo super possessionibus ipsorum Judeo- 
rum nobis competentibus. . . » (Acte du 5 juin 1309.) 

2. A. Blanc, Livre de compte de Jacme Olivier, t. II, l re partie, p. 316 : a Si bar- 
chas o autres leins portans merces o Sarrazins o Judieus e autras causas de que leuda 
se déjà donar o alcuna d'aquellas de que leuda se déjà donar al gra de Narbona, e 
passa lo gra o denant lo gra de Narbona, li leudier dels seinors de Narbona devon 
aqui demandar la leuda e penrre aqui si podon. » Cf. U. Robert, Catalogue d'actes 
relatifs aux Juifs pendant le moyen âge, dans R. É. J., t. III (1881), p. 215, n» 34, 
analyse d'après Bibl. nat., collection Doat, t. 50, f° 151. 

3. Voy. notre Examen d'une enquête sur la limite méridionale de la vicomte de 
Narbonne, du côté du Roussillon, dans Bulletin de la Commission archéologique 
de Narbonne, t. IX (1906), p. 115. 



ÉTUDE SUR LA CONDITION DES JUIFS DE NARBONNE 253 

Il est certain toutefois qu'à l'intérieur de la grande et de la 
petite juiverie, il y avait lieu de faire face aux dépenses communes 
nécessitées par l'entretien des édifices du culte, synagogue vieille et 
synagogue neuve, des établissements de bienfaisance et d'hygiène 
publique, hôpital de l'Aumône, ouvroirs, maisons de bains, etc. 
Des impôts étaient donc levés dans chacune des deux communautés, 
probablement par les consuls juifs. Ces derniers avaient surtout le 
devoir de veiller à la propreté du quartier *. Les frais d'entretien de 
voirie et de nettoiement devaient être prélevés exclusivement sur 
le produit des tailles juives. 

Il semble que les Juifs vicomlaux n'aient pas eu seulement à 
contribuer aux tailles de leur communauté. Le vicomte aurait exigé 
de ses Juifs, outre le cens annuel des maisons, une taille ou quête 
variant de 6 à 7 livres dans les circonstances ordinaires, et de 10 
à 14 dans cinq cas exceptionnels 2 . Ce renseignement nous est 
fourni par une brève analyse d'inventaire. Il n'y a pas d'autre 
exemple dans les actes de ces levées de taxes supplémentaires, 
dont l'établissement aurait été d'ailleurs une dérogation à la 
charte vicomtale de franchises. Pour ces deux raisons, il nous 
paraît plus prudent de ne pas faire état du renseignement 
précité. 

A l'égard des tailles communales et royales, les Juifs narbonnais 
jouissaient des mêmes exemptions que les clercs etles indigents de la 
ville 3 . Ils prétendaient également ne pas être tenus d'acquitter les 
taxes extraordinaires imposées par le consulat sur l'ensemble des 
habitants. Le 2o décembre 1375, Charles V leur écrivit pour leur pres- 
crire de contribuer aux dépenses engagées par les consuls pour 
la construction d'une grande chaussée de pierre sur la rivière 
d'Aude, qui menaçait de détourner son cours du bras passant par 
Narbonne *. 

Cette obligation imposée aux Juifs d'apporter leur concours 
pécuniaire à une œuvre qui intéressait l'existence même de la cité 
était parfaitement légitime. 

A Narbonne, toute dépense extraordinaire d'intérêt public était 
aussi bien supportée par les nobles que par les roturiers. En 1307, 
quand le Pont-Vieux eut été balayé par les eaux, la somme néces- 
saire à sa réédification fut répartie par le baile royal en trois parts : 

1. Voy. plus haut, chap. iv, S xv. 

2. Arch. de l'Hérault, B9, f° 36. 

3. Voy. plus haut, chap. vu, § v. 

4. Bibl. nat. , collection Doat, t. 54, f° 63. Cf. C. Port, Essai sur le commerce mari- 
time de Narbonne, p. 177 ; Saige, Juifs du Lang., p. 107. 



•j:>4 revue DES ETUDES juives 

l'une devait être payée par les seigneurs de la ville, l'autre par les 
possesseurs de maisons, des boutiques et des moulins placés sur 
ledit pont, et la troisième par les consuls du Bourg et de la Cité '. 
Les Juifs étaient donc mal venus en 1375 à se dérober au paiement 
d'une œuvre qui intéressait tout autant leur sécurité propre que 
celle des autres habitants. 

On voit par ce court exposé que les redevances payées par les 
Juifs narbonnais et en particulier par les tenanciers censitaires 
avaient rarement le caractère d'exception et d'exaction. C'étaient 
des taxes prévues et déterminées une fois pour toutes par des con- 
trats respectés des deux parties. S'il arrivait aux Juifs d'être appelés 
dans les circonstances graves à fournir un subside exceptionnel, 
ce n'était jamais isolément et à part du restant de la population 
narbonnaise. C'était déjà pour eux un privilège assez appréciable 
que d'échapper à l'impôt royal et à la taille consulaire. 

(A suivre.) 

Jean Bégné. 

1. Voy. notre étude sur Amauri II, vicomte de Xarbonne, p. 331. 



LE BUREAU DU COMMERCE 

ET LR8 RÉCLAMATIONS 

CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 

(1726-1*746) 



SUITE 



Déjà < i n 1740, comme beaucoup d'autres, les marchands de la 
ville de Montauban présentent au Conseil un mémoire dans lequel 
ils se plaignent des marchands forains et juifs qui viennent dans 
leur ville, même en dehors du temps des foires, pour y faire leur 
commerce a . Le G. G., en renvoyant le mémoire à lintendant pour 
avoir son avis, lui recommande, par lettre du 3 septembre 1 740 :î , 
d'ordonner provisoirement aux gardes jurés de visiter rigoureuse- 
ment les marchandises des forains et des Juifs et de saisir tout ce 
qui se trouvera non conforme aux règlements. L'intendant, au 
lieu de se contenter d'exécuter cet ordre à la lettre, rendit le 
24 novembre une ordonnance interdisant aux Juifs tout commerce, 
croyant en cela se conformer à l'arrêt du Conseil du 19 avril, rendu 
en faveur de Nevers. Là-dessus les députés revenus, à leur attitude 
d'autrefois, estiment '«qu'il est de l'intérêt public» de laisser au> ; Juifs 
la liberté de fréquenter les foires. Ils soupçonnent même l'existence 

(I Une espèce de concert entre les marchands d'un certain nombre 
de villes du royaume, pour se procurer, par une voie détournée, 

1. Voyez Revue des Eludes juives, t. LX, p. ~i'.'> et t. LXI, p. 88. 

2. Arch. nat., F 12/88, p. 48 et suiv. 
:\. Arch. nat , F 12 32, f 19. 

\. N'ayant pas réussi a trouver l'avis des députés s'y rattachant, nous citons d'après 
le rapport qui <-n fut t'ait au Bureau, Arcli. nat.. F 12/88, ibid. 



256 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les avantages qu'ils al tendaient des projets des statuts que suc- 
cessivement ils avaient présentés et qui leur avaient été refusés 
comme étant contraires à l'intérêt public et à la liberté du 
commerce ». Et supposant avec raison que d'autres demandes 
analogues étaient imminentes — déjà les marchands d'Issoudun, en 
se basant, eux aussi, sur l'arrêt du 19 avril 1740, avaient demandé 
la même interdiction — ils estiment qu'un arrêt général s'impose, 
qui, en interprétant les arrêts du 20 février 1731 et du 19 avril 
1740, déclare les foires et marchés libres comme par le passé. 

Le Bureau, lui aussi, sent la nécessité d'une mesure générale 
concernant Juifs et forains. Seulement, avant de se prononcer, il 
consulte les intendants des provinces au nombre de trente, par 
lettre circulaire du 10 mars 1741 1 , sur les trois questions suivantes: 
1° d'après ce qui se pratique dans leurs provinces -respectives, y 
aurait-il inconvénient à laisser aux Juifs la liberté de fréquenter les 
foires; 2° faut-il ôter aux colporteurs non-juifs la liberté de séjour- 
ner dans les villes hors du temps des foires ; 3° en supposant une 
réponse favorable aux uns et aux autres, suffirait-il de faire 
visiter leurs marchandises par les gardes jurés pour empêcher les 
fraudes qu'on leur reprochait? 

Vingt-cinq intendants répondirent 2 et, d'après le rapport qui en 
fut fait au Bureau 3 , ces réponses étaient toutes favorables à la 
liberté du commerce. Ils se prononcèrent, en premier lieu, pour la 
liberté complète des foires pour les Juifs aussi bien que pour les non- 
Juifs. Quant au commerce fait par les forains et colporteurs non- 
juifs hors les temps des foires, leur avis fut qu'il pouvait également 
être permis sous certaines conditions. Les restrictions demandées 
par les marchands établis contre le commerce forain, juif ou non- 
juif, n'étaient destinées, d'après eux, qu'à servir les intérêts des 
marchands, et non ceux du public. 

Il apparaissait donc qu'entre députés du commerce et intendants 
une harmonie parfaite régnait au sujet de la question du commerce 
juif dans les foires. Aussi le Bureau ne put-il pas résister à une 
telle unanimité. Dans sa séance du 14 septembre 1741, il trouve, 
lui aussi, qu'il convient « de laisser aux Juifs la liberté qu'ils ont 
toujours eue de fréquenter les foires, conformément aux usages de 
chaque généralité » 4 . Mais en même temps il propose aussi de recom- 
mander expressément aux intendants de faire visiter très exacte 

i. Arch. nat., F 12/32, f° 31. 

2. Voir ibid., où sont indiquées les dates de ces différentes réponses. 

3. Arch. nat., F 12/88, p. 519. 

4. Ibid. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 2S7 

l 
ment les marchandises apportées aux foires, celles des Juifs 

« surtout ». En outre, les intendants devraient être invités à faire 

savoir au Conseil les mesures qu'ils jugent à propos de prendre à 

ce sujet. Quant au commerce fait en dehors des époques des foires, 

on se réserve de donner plus tard une solution à la question. 

Mais on ne voulait pas accorder aux Juifs des satisfactions par 
trop éclatantes. C'est pourquoi le Bureau, prétextant qu'il s'agit 
d'une liberté « que les Juifs ont toujours eue », se refuse à ce que 
cette décision soit sanctionnée par un arrêt. Il se contente de la 
portera la connaissance des intendants par lettre circulaire 4 , que 
ces derniers devaient ensuite communiquer aux intéressés. 

Pourtant le commerce juif avait besoin d'un titre authentique et 
indiscutable. 

Ce fut sans doute aussi l'avis de l'intendant de la province de 
Bourgogne, qui, dans sa réponse au Conseil, soumit à l'approbation 
de ce dernier, un projet d'ordonnance, destiné à rendre publique 
la décision du Conseil concernant le commerce juif 2 . Il croit cette 
ordonnance d'autant plus nécessaire qu'en vertu de l'arrêt du 
20 février 1731, les commerçants de sa province avaient empêché 
les Juifs de fréquenter les foires. 

Les députés conçoivent l'idée d'une ordonnance où « en termes 
généraux», sans une application trop expresse aux Juifs, « leur 
droit de fréquenter les foires serait seulement « présumé », mais 
non proclamé ouvertement. Pour plus d'uniformité, ils proposent, 
eux aussi, un projet d'ordonnance qui devrait être adopté par tous 
les intendants 3 . 

Mais il y avait une préoccupation qui prédominait en haut lieu, 
c'était de ne pas consolider, si peu que ce fût, la situation des 
Juifs. C'est pourquoi il semblait au Bureau impossible de 
reconnaître aux Juifs des droits, même sous une forme aussi peu 
solennelle qu'une ordonnance d'intendant, et même dans des 
termes aussi généraux que le proposaient les députés. Il allait 
même jusqu'à empêcher l'intendant de Poitiers de publier l'ordon- 
nance par laquelle il se proposait d'édicter des mesures suscepti- 

1. La lettre, datant du 24 septembre 1741, est insérée Aivli. mit., F 12 32, f° 48. 
Elle est publiée par Brunschvicg, dans Les Juifs de Brelayne, etc. {Revue, XXX11I, 
p. 107 ; Pièces justif.. H), qui la donne, nous ne savons pas comment, comme ordon- 
nance de l'intendant de Bretagne. Croyant toujours qu'il s'agit d'une mesure d'indul- 
gence locale prise par l'intendant, il cherche à l'expliquer [ibid., p. 93-94) par les condi- 
tions particulières à cette province. Comme il s'agit, en réalité, d'une mesure du Conseil 
applicable à tout le royaume, cette explication devient inutile. 

2. Rapporté dans lavis des députés du 5 janvier 1742, Arch. nat., F 12/704. 
g Ibid, 

T. LXI, *• 122. 17 



258 REVUE DES ETUDES JUIVES 

bles de garantir la bonne qualité des marchandises apportées par 
les Juifs. Sa réponse est donc catégorique : il ne faut pas rendre 
d'ordonnance du tout à ce sujet. Si les marchands de Dijon veulent 
s'opposer au commerce des Juifs, « on verra pour lors le parti qu'il 
y aura à prendre 1 ». Et c'est dans ce sens que le G. G. écrit aux 
intendants de Dijon et de Poitiers 2 . Propositions des intendants et 
réponses du C. G. sonl ('gaiement envoyées aux intendants des 
autres provinces pour qu'ils s'en inspirent*. 

Les intendants alors, obligés de mettre les Juifs en état de 
fréquenter les foires sans pouvoir les garantir contre les tracas- 
series des marchands par des ordonnances générales, semblent 
avoir pris le parti de munir les particuliers juifs qui en faisaient 
la demande de permissions individuelles ''. Les marchands ne 
s'accommodèrent pas facilement de l'admission des Juifs aux 
foires. Les uns cherchèrent à les en dégoûter en les traquant et en 
faisant saisir les marchandises à l'aide d'allégations fantaisistes ;i ; 
les autres pétitionnèrent contre eux aux intendants d'abord, au 
Gonseil ensuite. Quelques villes même tachèrent de s'unir pour 
faire des démarches collectives 6 . Mais le Bureau se montra peu 
sensible à ces supplications. 

Ces tentatives, bien qu'infructueuses, méritent pourtant que nous 
nous y arrêtions un peu. 

Ce furent d'abord les marchands de Tours et d'Angers qui pré- 
sentèrent à leur intendant des mémoires contre les Juifs. On s'y 
plaignait 7 que des Juifs avaient vendu aux foires de Guibray, 
Gaen, Amiens, etc., à des prix tellement bas qu'il était impossible 
de se mesurer à eux 8 . 

Cette différence de prix ne pouvait provenir, d'après eux, que 
de la défectuosité de la marchandise. De plus, au dire des Ange- 
vins, les Juifs se seraient ménagé dans leur ville des intelli- 

1. Arch. nat., F 12/704. 

2. Arch. nat,, F 12/32, f°- 55 et 57, et Piêc. jhstif.^ XîV. 

3. Ihicl., f° 58. 

•i. Voir, par exemple, dans Hinnschvicg, Les Juifs de Mantes [Revue, XIX, p. 295) la 
lettre des Juges et Consuls de Chalon-sur-Saône où ils racontent que l'intendant avait 
donné aux Juifs « des permissions écrites pour vendre et débiter leurs marchandises 
pcudant le temps des foires ». Voir aussi du même Les Juifs en Bretagne [Revue, 
XXXIU, p. 99), où il est question des permissions accordées à deux marchands juifs 
Israël Dalpuget et Moïse Petit. 

... Voir l>ièc. justif., \\ . 

6. Voir Brunschvicg, Les Juifs de Nantes, /oc. cil. 

7. D'après le rapport fait au Bureau, Arch. nat,, F 12/90, p. 526. 

s. Ainsi, racontent-ils. les Juifs auraient \endu Faune de Damas 6 et 6 livres et demie, 
tandis que les fabricants eux-mêmes les vendaient 7 et 7 livres et demie. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS |g9 

genres (|iii leur permettaient de venir ctae« eux môme en 
dehors du temps dos foires. Leur conclusion était qu'il l'allail 
défendre aux Juifa le commerce des foires. Le Bureau s'en occupe 
le IS juillet I743 1 , el il repousse cette demande. Il rappelle que les 
privilèges des foires ont pour but d'y attirer beaucoup de mar- 
chandises et un grand concours de vendeurs et d'acheteurs qui 
puissent procurer le débouché des étoffes de nos fabriques et la 
circulation dans le commerce, « et que ce serait aller contre cet 
objet que d'interdire le commerce aux Juifs pendant la tenue des 
foires ». 11 attribue, d'autre part, la modicité des prix auxquels les 
Juifs vendaient leurs marchandises plutôt au peu de profit qu'ils 
cherchaient à en tirer, qu'à la prétendue défectuosité de ces mar- 
chandises. Plus explicite encore est sur ce point le G. G. dans sa 
lettre du 3 août 1743 -\ adressée à l'intendant de Tours et dans 
laquelle il expose tout en détail la façon de penser du Conseil à 
l'égard des conflits entre marchands établis et Juifs. Il y dit notam- 
ment que « l'utilité qui en résulte (du commerce juif) doit cons- 
tamment prévaloir sur l'intérêt particulier des marchands des villes, 
qui n'ont pour objet que de se rendre les maîtres du commerce, de 
gêner les fabricants et de vendre leurs marchandises à des prix 
arbitraires ». Et plus loin : « Les marchands doivent la préférence 
qu'ils disent qu'on donne aux Juifs non à la prétendue défectuosité 
de leurs marchandises, qui fabriquées dans le royaume ont essuyé 
toutes les formalités prescrites par les règlements et qui d'ailleurs 
sont sujettes aux visites avant d'être exposées en vente, mais 
au petit bénéfice que les Juifs se contentent de faire sur leurs 
marchandises, bénéfices qui s'accumulent par les fréquents renou- 
vellements. » 

Cependant, tout en restant plus que sceptique à l'égard des récla- 
mations des marchands, il recommande à l'intendant de s'informer 
de la véracité des dires des marchands qui prétendaient que les 
Juifs avaient des établissements fixes à Angers etde les en expulser 
si cela était exact, de même qu'il rappelle à l'intendant la nécessité 
de bien visiter les marchandises juives. 

Après les marchands de Tours et d'Angers, ce sont ceux de Tou- 
louse qui réclament contre la présence des Juifs dans les foires de 
leur ville. Des représentations sont faites d'abord à l'intendant 3 . 
Sur le refus de celui-ci de leur donner satisfaction, ils adressent un 



1. Arch. nat., F 12/90, p. 526. 

2. Arch. nat., F 12/32, f° 95. 

3. Inventaire des archives de l'Hérault, G 2746. 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

placet au C. G.\ où ils exposent le préjudice énorme qui résulterait 
pour leur ville si les foires demeuraient accessibles aux Juifs. Ils 
voudraient obtenir de lui qu*il établît une distinction entre les 
grandes foires franches, comme celle de Beaucaire, par exemple, 
dont la fréquentation pouvait rester libre aux Juifs, et « les petites 
foires et marchés », qui eux, devaient leur être interdits. Car, 
disent-ils, « il n'y a peut-être point de jour qu'il n'y ait des petites 
foires dans un endroit ou autre du Royaume » et, si toutes ces 
foires leur restaient libres, les Juifs seraient dans un mouvement 
continuel et ils feraient, pendant ces foires, autant d'affaires que 
les marchands domiciliés dans le reste de l'année. Les marchands 
de Toulouse faisaient appuyer ces représentations par le subdélé- 
gué de leur ville. 

Les députés, bien qu'estimant « qu'il y aurait peut-être des con- 
sidérations importantes à faire » là-dessus, réservent leur opinion 
pour s'informer d'abord de celle de l'intendant 2 . Mais, l'intendant 
étant d'avis que les réclamations ne contenaient aucun motif capa- 
ble de déterminer un changement dans l'attitude déjà prise à l'égard 
des Juifs, ils s'accordent enfin pour donner tort, encore une fois, 
aux marchands 3 . Sur quoi les députés, oubliant leurs « considéra- 
tions importantes », adhèrent entièrement au même avis '*. Et c'est 
enfin le Bureau, dans sa séance du 15 juillet 1745, qui, « de senti- 
ment unanime », s'y range b . 

Malgré ces échecs, les adversaires du commerce juif continuent 
à réclamer. C'est ainsi que les marchands de Nantes s'élèvent 
contre les Juifs Dalpuget et Petit qui, en conséquence d'une per- 
mission du lieutenant de police du 20 janvier 1745, étaient venus 
dans leur ville sur les foires de février et de mai 1745. Ayant d'abord 
essayé, mais en vain, d'éloigner les Juifs par des chicanes, les 
marchands prennent le parti de s'adresser au Conseil, auquel ils 
demandent simplement l'exclusion des Juifs de leurs foires. 

Ces représentations firent aussi peu d'effet, sinon moins, que 
les précédentes. Les députés sont d'avis que les Juifs n'avaient 
même pas besoin de demander des permissions, car « c'est en 
quelque sorte de droit naturel et fondé sur les lois d'usage» qu'on 
fréquente les foires 6 . Mais, comme on leur avait communiqué 

1. Inventaire des archives de l'Hérault, C2746. 

2. Avis des députés du 15 février 1745, Arcli. nat., F 12/705. 

3. D'après l'avis des députés du 12 juillet 1745, ibid. 

4. Ibid. 

5. Arch. nat., F 12/92, p. 465. 

6. Avis du 17 septembre 1745, Arch. nat., F 12/765. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 261 

quelques observations particulières et locales qui semblent chan- 
ger l'espère de la question, observations s iu\ lesquelles (railleurs 
ils ne s'expliquent pas davantage, ils proposent d'en référer à 
l'intendant. Il en est décidé ainsi dans la séance du Bureau du 
18 novembre 1745 '. La réponse de l'intendant du 8 décembre 
semble si satisfaisante que les députés n'hésitent plus à proposer 
le rejet de la demande des marchands nantais 2 , proposition à 
laquelle le Bureau de son côté adhère unanimement 3 . 

Dans la môme séance il fut délibéré sur une contre-demande 
présentée à l'intendant par les mêmes Dalpuget et Petit etcommu- 
niquée par lui au Conseil. Ils y sollicitaient une permission géné- 
rale pour vendre dans toutes les villes de la province de Bretagne 
où il n'y avait ni maîtrise ni marchands de soierie. Sur avis défa- 
vorable des députés, cette permission leur est refusée « par les 
conséquences qu'elle pourrait avoir 4 ». 

Un dernier essai contre la fréquentation des foires par les Juifs 
est encore fait par les marchands de Valence en 1746, qui deman- 
dent, en vertu de l'arrêt du 20 février 1731, l'interdiction du com- 
merce juif à Valence. Mais les députés 8 et le Bureau rejettent cette 
demande 6 . « Le commerce des foires devait être libre a tout le 
monde. » 

Cependant cette tolérance ne s'étend que sur les foires. Hors les 
foires le Bureau et le C. G. gardent leur attitude intransigeante 
envers le commerce juif, après cette décision aussi bien qu'avant 7 . 



II 

Le droit de séjour des Juifs portugais. 

La question de savoir si les Juifs portugais sous l'ancien régime 
avaient le droit de se choisir librement leur lieu d'habitation ou si, 
au contraire, ils étaient confinés aux seules provinces de Guyenne 
et d'Auch, habitées par eux, n'a, de prime abord, rien de commun 
avec l'arrêt du 20 février 1731. Pourtant un lien existe entre les 

1. Arcb. nat., F 12/92, p. 692. 

2. Avis du 23 décembre 174o, Arcb. nat., F 12/705. 

3. Séance du Bureau du 29 décembre 1715, Arch. nat., F 12/92, p. 740. 

4. tbid. 

5. Avis du 24 novembre 1746, Arch. nat., F 12/705. 

6. Séance du Bureau du 29 novembre 1746, Arch. nat., F 12/93, p. 582. 

7. Voir Pièc.justif., XVI. 



262 REVUE DES ETUDES JUIVES 

deux choses: d'abord, parce que la faculté d'habiter le pays et celle 
d'y faire le commerce étaient deux privilèges qui se complétaient 
l'un 1 autre. Dans les différentes lettres patentes accordées aux 
Juifs, y compris celles de juin 1723, ils marchaient de pair. Si 
donc nous admettons, avec l'arrêt du 20 février 1731, que les droits 
conférés aux Juifs quant au commerce ne s'étendaient pas au delà 
des provinces ci-dessus nommées, nous devons nécessairementcon- 
clure de môme en ce qui concerne leur droit d'habitation. Mais, en 
dehors de celui-ci, il existait encore un autre lien entre ces deux 
questions, le rapport de cause à effet. Avant l'arrêt de 1731, les 
Juifs n'étant par aucune loi liés dans leur commerce à un endroit 
déterminé, la question du libre choix des lieux d'habitation devait 
avoir pour eux une importance moindre, car, môme restreint dans le 
choix de ces lieux, leur commerce pouvait ne pas trop s'en ressentir. 
Il n'en était plus de même après l'arrêt. Le commerce du Juif — 
exception faite pour le temps des foires — étant désormais ratta- 
ché à un lieu déterminé, celui qu'il habitait, la question du libre 
choix de cet endroit devient pour lui par cela même une question 
vitale. 

Il est vrai que cette considération a plutôt pour nous une valeur 
théorique. En fait, les conséquences de l'arrêt devaient être moins 
graves pour les Portugais en raison du peu d'extension que le com- 
merce forain avait pris chez eux. Aussi nous ne connaissons pas de 
cas où l'influence de l'arrêt du 20 février 1731 sur le changement 
de domicile soit prouvée. Cependant nous nous croyons autorisé 
à traiter celte question ici, d'autant plus que dans la discussion 
soulevée à ce sujet devant le Bureau l'arrêt de 1731 sera invoqué. 

Voici à la suite de quelles circonstances le Bureau eut à s'oc- 
cuper de cette question '. 

Un Juif portugais nommé Jacob Carion, se réclamant des lettres 
patentes de juin 1723, avait obtenu du juge de police de Poitiers, le 
10 mars 1728, la permission de s'établir dans cette ville et d'y faire 
le commerce. Il exerça son commerce, paraît-il, sans contestation 
aucune, jusqu'en Tannée 1740, où il lui arriva d'acheter sur une 
adjudication publique deux balles de chapeaux à la condition 
expresse de pouvoir les revendre en détail Cependant cette opé- 
ration suscita un conflit avec les chapeliers de la ville, qui étant 
érigés en jurande, prétendaient, de parleurs statuts, être seuls en 
droit de fabriquer et de vendre des chapeaux. C'est pourquoi, le 
21 mai 1740, ils provoquèrent une descente chez Carion, où quelques 

1. Pour ce qui suit, voir Arch. nat., F 12/89, p. 542 et suiv. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 268 

chapeaux furenl saisis. Le conflit soumis au juge de police de la 
ville, une sentence fut rendue le ï20 mars ITil par laquelle Garion 

obtenait gain de cause. Les chapeliers alors interjetèrent appel 
auprès du Parlement, mais vite ils se ravisèrent et s'adressèrent au 
Conseil. Sur l'avis des députés ', le G. G. invite l'intendant 2 à citer 
devant lui les parties, et à se taire présenter par elles leurs titres 
el «le faire savoir ensuite son opinion au Conseil. 

Pour mieux s'y conformer, l'intendant veut dégager d'abord les 
questions principales. Elles sont, pour lui, au nombre de deux : 
I Si Garion, étant Juif portugais de Bordeaux, avait le droit de 
s'établir à Poitiers ; 2° si, une fois établi, il avait le droit de vendre 
en détail, malgré les statuts des chapeliers qui s'y opposaient. Et 
c'est ainsi que sur un conflit d'ordre tout à fait local viennent se 
grelî'er des questions de principe et que le droit de séjour des Juifs 
portugais est mis en cause. 

Pour répondre à ces questions il fallait avoir recours aux titres 
des Juifs portugais. Mais ils n'étaient pas sans permettre des inter- 
prétations différentes. Il y avait d'abord les lettres patentesdu mois 
d'août 15J3Q et les premières lettres patentes de Henri III de 
novembre 1594, qui, en ce qui concerne les droits du séjour et du 
commerce, leur accordaient les libertés les plus étendues, viennent 
ensuite d'autres lettres patentes qui ne parlent que des Juifs de la 
généralité de Bordeaux et d'Auch et de la permission pour eux d'y 
demeurer et trafiquer. On pouvait donc supposer que, tout en vou- 
lant confirmer les titres précédents, elles les limitaient. Cependant 
ces lettres patentes contiennent à la fin la phrase suivante. « Vou- 
lons pareillement qu'ils jouissent du bénéfice des présentes tant 
qu'ils demeurent en notre Royaume, pays, terres, seigneuries de 
notre obéissance*. » Les privilèges étaient donc de nouveau rendus 
indépendants de certaines provinces. 

C'est en s'appuyant sur cette dernière phrase que l'intendant, 
tout en donnant tort à Garion, quant au commerce en détail, se 
prononce en sa faveur pour ce qui concerne le droit de séjour à 
Poitiers. 

Si cette interprétation était acceptée, c'était tout le pays ouvert 
aux Juifs portugais. C'est justement contre cette éventualité que 
les députés s'élèvent avec beaucoup d'énergie dans un avis ' très 
détaillé. Ils sont convaincus que les lettres patentes n'accordaient 

1. Avis du 25 septembre 1741, Arch. nat., F 12/704. 

2. Par lettre du 3 octobre 1741, Arch. nat., F 12/32, f<> 52. 
?,. Lettres-patentes de 1656 et celles de 1723. 

4. Avis du 19 novembre 1742, Arch. nat., F 12/704. 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aux Juifs des droits que pour les deux provinces désignées nom- 
mément et même là, leurs droits ne s'étendaient pas d'après eux 
aux provinces entières, mais seulement aux villes et lieux où 
ils étaient déjà établis et qui étaient « fixés depuis longtemps 
pour leur domicile ». Et la preuve, ce sont les Juifs de Bayonnc 
qui n'étaient admis que dans uu faubourg de la ville, sans avoir le 
droit d'habiter la ville elle-même. Ils citent encore le cas des 
« Ktats de Béarn », qui « il y a peu d'années » « voulurent intro- 
duire des familles juives dans Pau dans l'objet d'y établir quelque 
commerce », mais ajoutent que « ce projet rencontra des oppo- 
sitions qui le firent abandonner ». « S'il s'en est établi quelqu'un 
dans d'autres villes c'est par tolérance et on pense, ajoutent les 
députés, qu'on ne pourrait sans inconvénient dans l'intérêt de l'État 
admettre sans réserve ni limitation les Juifs dans le Royaume ». 
A l'appui de leur thèse, ils citent encore l'arrêt du 20 février 1731 *. 
Leur conclusion est queCarion, n'ayant pas, non seulement le droit 
de vendre en détail, mais même celui d'habiter Poitiers, « doit être 
renvoyé dans son premier domicile ». 

C'est ce dernier avis, non celui de l'intendant, qui prévaudra 
auprès du Bureau. Dans sa séance du 22 novembre 1742, il décide 
de proposer au Conseil de rendre un arrêt qui, en infirmant la 
sentence du juge de police de Poitiers du 20 mars 1741 ainsi que la 
permission donnée à Carion en 1728 de s'y établir, «fasse défenses 
aux Juifs portugais d'y faire à l'avenir aucun commerce sous 
quelque prétexte que ce soit 2 ». 

Le Conseil n'ira pas aussi loin. Ne voulant sans doute pas s'en- 
gager à fond du premier coup, il évite de donner au cas de Carion 
l'extension proposée. L'arrêt intervenu se borne à interdire à Carion 
seulement tout commerce dans la ville de Poitiers 3 . 

Cet arrêt ne décida donc pas la question du séjour des Juifs por- 
tugais, mais il constituait pour eux un avertissement sérieux. 

Ce n'est qu'après les lettres patentes de 177G, qui ne s'adressaient 
plus aux Juifs de Bordeaux et d'Auch, mais aux « Juifs portugais » 
tout court, que le libre choix de leur domicile ne leur sera plus 
contesté 4 . 



1. Par erreur cet arrêt est cité comme étant do 1741. 

2. Arch. nat., F 12/89, p. 515. 

3. Cet arrêt est inséré, ibid., p. 526 et suiv., et Arch. nat., F 12/32, f« 76. 

4. Malvezin, Histoire des Juifs à Bordeaux, p. 225. 



LE BUREAU DU COMMEttCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 265 

III 

Expulsion des Atignonnais (1732-4735). 

A maintes reprises, au cours de notre étude, nous avons déjà eu 
L'occasion de constater un arrêl dans les réclamations portées au 
Bureau contre le commerce forain juif pour les années 1731-1738. 
En même temps, nous avons observé que seules les réclamations 
contre le commerce forain juif avaient snbi une interruption, mais 
qu'en revanche, affluèrent très nombreuses celles des villes où des 
colonies avignonnaises étaient établies. C'est de ces réclamations 
que nous allons nous occuper. 

Des Juifs avignonnais, il en existait, disséminés un peu partout 
en France, et les arrêts divers rendus contre eux n'y pouvaient 
rien ( . Mais les colonies avignonnaises les plus importantes semblent 
avoir été vers cette époque celle de la ville d'Orange 2 et celle de 
Bordeaux 3 . Et c'est précisément contre ces deux colonies que 
nous voyons se dresser les marchands de ces villes pour demander 
leur expulsion. 

L'expulsion des Juifs d'Orange, la plus facilement obtenue, ayant 
déjà fait l'objet d'une étude à part, nous n'en dirons ici qu'un mot. 
C'est qu'elle n'était due qu'àl'attitude intransigeante du Bureau, les 
députés ne leur étant pas absolument défavorables. Ceux-ci, en 
effet, estimaient qu'on pouvait très bien laisser les Juifs dans la 
principauté, à condition qu'ils renoncent aux privilèges particuliers 
qu'ils tenaient du prince de Conti et qui leur conféraient, non 
seulement le droit de faire le commerce au détail et de tenir des 
magasins ouverts, mais aussi celui de fabriquer des étoffes 4 . Mais 

1. C'est ainsi, par exemple, que, malgré l'arrêt de 1716 expulsant les Avignonnais 
du Languedoc, neuf familles avignonnaises, présentant une supplique au Conseil eri 
1731, y déclarent être établies à Montpellier depuis vingt-cinq ans (Arch. dép. de 
l'Hérault, C4743, d'après l'Inventaire). 

2. Bien que les Juifs d'Orange n'aient pas été désignés nommément comme pro- 
venant du Comtat, nous croyons néanmoins être en droit de leur supposer cette ori- 
gine. Car normalement ils devaient provenir de l'agglomération juive la plus proche, à 
savoir celle du Comtat. 

3. La colonie aviirnonnaise de Bordeaux comptait en 1722 vingt chefs de familles, 
chiffre sans doute considérablement accru en 1732. (Voir leur dénombrement de 1722 
dans Malvezin, Histoire des Juifs à Bordeaux, p. 188-189.) Celle de la ville d'Orange 
comptait en 1731 seize familles. (Voir notre étude L'expulsion des Juifs de la princi- 
pauté d'Orange, Revue, t. LVII.j 

4. Pièces just if., XVII. 



200 REVUE DES ETUDES JUIVES 

comme le Bureau ne tint aucun compte de cel avis, on décida leur 
expulsion sans condition. 

Nous aurons donc à nous occuper ici plus spécialement de 
l'expulsion de la colonie avignonnaise de Bordeaux qui eut lieu en 
1734 et de celle de La Rochelle qui survint en 1735 et qui n'était 
que la suite de la précédente. 

Expulsion, dp la colonie arif/nn/tnaisr do Bordcaii.r. 

La ville de Bordeaux, bien qu'un peu éloignée de leur lieu 
d'origine, semble avoir exercé un attrait tout particulier sur 
les Juifs avignonnais. C'est que, ville commerçante par excellence, 
elle réunissait encore d'autres avantages qui pour les Juifs avignon- 
nais devaient être d'une importance capitale. C'était, en premier lieu, 
l'existence dans la ville de cette florissante communauté des Juifs 
portugais à l'ombre de laquelle les Avignonnais pouvaient s'intro- 
duire dans la ville sans attirer trop l'attention des marchands et des 
autorités. Si, dans la suite, parce qu'ils vivaient séparés des Portu- 
gais, on arriva bien à les distinguer les uns des autres, on se trouvait 
déjà en face d'une situation acquise que les Avignonnais pouvaient 
conserver facilement. Mais la présence de Portugais à Bordeaux leur 
permettait non seulement de s'y fixer, mais aussi de s'y maintenir. 

Il y aura, en effet, des cas comme nous le verrons plus loin, où 
on ne pourra toucher aux Avignonnais sans atteindre du même 
coup les Portugais. Alors la protection dont jouissaient ces derniers 
profitera également aux Avignonnais. A ces avantages s'en ajoutait 
un autre, non spécial à Bordeaux, mais qui facilitait leur établisse- 
ment dans la ville, c'est que, ses marchands d'étoffes n'étant pas 
constitués en jurande, le commerce y était parfaitement libre pour 
tout le monde. Cette particularité, déjà avantageuse pour ceux 
d'entre les Avignonnais qui s'occupaient du commerce local, après 
l'arrêt de 1731 l'était devenue pour tous. Car, très gênés désormais 
dans l'exercice du commerce forain, ils trouvèrent dans celui de 
la ville même leur principale ressource II était donc tout indiqué 
que cette ville, qui avait tant d'avantages à offrir aux Avignonnais, 
devînt pour eux un centre puissant d'attraction. Aussi, voyons- 
nous la colonie avignonnaise de Bordeaux, dont la formation ne 
remonte qu'au début du xvnr 3 siècle', se développer et augmenter 
constamment. Menacés une première fois d'expulsion en 1722 — 

1. De vins! familles qu'elle comprenait en 1722, trois seulement purent l'aire remonter 
leur établissement à Bordeaux antérieurement à l'an 4700 (voir Malvezin. ibid., dénom- 
brement . 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE CES COMMERÇANTS JUIFS 267 

comme les Portugais le furent aussi — , ils sont sauvés! en même 
temps qu'eux, grâce aux lettres patentes accordées à ces derniers. 
Mais, à peine remis de leurs alarmes, ils reprennent déjà leur 
commerce forain, nous l'avons vu, avec plus d'activité que 
jamais. Aussi est-il à supposer qu'il en fut de même dans leur 
commerce local. Et Ton comprend que, comme partout ailleurs, 
leur concurrence ait fait des mécontents à Bordeaux. C'est pourquoi 
dès 1727 nous trouvons les marchands de « soierie, draperie et 
mercerie » de Bordeaux réclamant contre le commerce des Avi- 
gnonnais 1 . Ne possédant aucun moyen légal de l'empêcher, ils 
s'efforcent d'en créer en se constituant en jurande. C'est en vue 
d'obtenir cette jurande qu'ils adressent leur premier mémoire au 
Contrôleur général. Le mémoire ayant été renvoyé, comme c'était 
d'usage, à l'intendant pour avoir son avis, celui-ci, après avoir 
consulté les jurats et le directeur de la Chambre du Commerce de 
Bordeaux, se prononce, par avis du 9 avril 1728, en faveur de leur 
demande a . Malgré cela, le Bureau se montra extrêmement réfrac- 
taire à toutes les démarches faites dans ce sens par les Bordelais, 
et cela pour des raisons diverses. D abord, parce que en haut lieu, 
comme nous l'avons déjà fait ressortir ailleurs, on était alors très 
peu favorable à la création de nouvelles jurandes. D'autre part, une 
raison d'ordre local s'y opposait. C'est qu'à tort ou à raison, le 
Bureau s'était fait une très mauvaise opinion des marchands borde- 
lais. Il les prenait, semble-t-il, non seulement pour des « révolution- 
naires » et des idéologues 3 , mais aussi et surtout pour de mauvaises 
têtes et des gens par trop intéressés. Le Bureau hésitait d'autant 
plus à leur confier une arme comme l'était la jurande, qu'il craignait 
fort qu'ils ne s'en servissent de façon à causer des difficultés aux 
marchands en gros, qui, eux, n'avaient nullement le désir d'en faire 
partie. Aussi, malgré les avis favorables des autorités locales, la 
demande des Bordelais fut rejetée ''. 

Mais les marchands de Bordeaux ne se découragent nullement 
et, par lettre du 15 mars 1729 \ ils renouvellent leurs instances en 
faveur de la jurande. Voici comment ils tâchent d'en démontrer la 
nécessité. C'est « depuis plusieurs années », disent-ils, qu'ils 

1. Mémoire du 11 septembre 1721, Arch. dép. de la Gironde, C 4269, d'après l'Inven- 
taire. 

•2. Arch. nat., F 12/79, p. 212. 

3. Comme le veut M. Labraque Bordenave dans son Histoire des députés de Bor- 
deaux {Actes de l'Académie de Bordeaux, 1889, p. 304). 

\. Nous l'apprenons par le rapport fait au Bureau eu 1732 (Arch. nat., F 12-79, 
p. 212). Mais les Registres de 1728 n'en font pas mention. 

5. Voir avis des députés du 22 juillet 1729, Arch. nat., F 12/698. 



268 REVUE DES ETUDES JUIVES 

s'étaient aperçus que leur commerce périclitait, que « les entre- 
prises les mieux constituées » ne leur réussissaient plus. En ayant 
alors recherché les causes, ils avaient découvert que cela était dû 
au trop de liberté qui existait dans leur ville et qui dégénérait en 
licence. C'est que toutes sortes de jeunes gens non expérimentés 
s'établissaient à la légère et entraînaient dans leur ruine 
inévitable de vieux et honnêtes marchands. Avec cela, ils subis- 
saient encore le pins grand tort par le commerce des marchandises 
défectueuses et prohibées qui se faisait dans la ville ouvertement 
et dans lequel excellaient surtout les Juifs avignonnais. À l'appui 
de cette dernière assertion, ils apportent des certificats des fabri- 
cants d'Elbeuf, d'Amiens, de Reims et de Louviers, qui tous 
attestent que les Avignonnais venant dans leurs villes pour faire 
des achats ne s'appliquaient qu'à la recherche des marchandises 
défectueuses. La conclusion que les Bordelais en tirèrent fut qu'il 
était nécessaire de leur donner la possibilité de surveiller le com- 
merce de leur ville en les constituant en jurande. 

Les députés auxquels le tout fut soumis furent vite gagnés à la 
cause des marchands. Pour eux aussi, il est hors de doute que la 
constitution de la jurande était le seul moyen de réprimer le com- 
merce de contrebande en général, de même que de ramener les 
Avignonnais à la « vente de vieux habits et de coupons, comme ils 
faisaient quand ils commençaient de s'établir dans la ville. » Quant 
à la crainte éprouvée par le Bureau au sujet des conflits que la 
jurande pourrait faire naître entre les marchands au détail et ceux 
de gros, sans s'expliquer davantage, les députés la croient sans 
fondement. Leur avis est, par conséquent, de permettre aux 
marchands de dresser les statuts de la future jurande '. 

Mais, si les Bordelais étaient parvenus à mettre de leur côté les 
députés, ils allaient échouer devant le Bureau. L'insistance qu'ils 
avaient mise dans leur dernier mémoire à accuser les Juifs avi- 
gnonnais avait ajouté à ses anciennes appréhensions une crainte 
nouvelle. C'est que, sous prétexte de réprimer le commerce de 
contrebande « qu'on dit » fait par les Avignonnais, les marchands 
bordelais ne veuillent porter un coup au « commerce légitime » 
des Juifs portugais, ce qui leur sera d'autant plus facile que, n'étant 
que « tolérés dans la ville à cause du commerce utile qu'ils y 
attirent », les Portugais ne pourraient être garantis par une clause 
expresse insérée dans les lettres exigeant la jurande. Lorsqu'il 
s'agit, enfin, de prendre une décision, les membres du Bureau se 

1. Voir avis des députés du 22 juillet 1729, Arch. nat., F 12/698. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 269 

divisèrent en deux parties égaies, l'une étant pour le rejet immédiat 
du projet, l'autre préférant le voir renvoyer encore une fois à l'in- 
tendant pour étude supplémentaire '. 

Les deux partis n'ayant pas pu se mettre d'accord, c'est pour ce 
dernier avis qu'opta le C. G., en invitant l'intendant à étudier la 
question de plus près-. Dans le cas où il jugera la jurande admis- 
sible, il est autorise à permettre aux marchands de dresser un 
projet de statuts. 

Après délibération avec les jurats et les directeurs de la Chambre 
du Commerce de Bordeaux, l'intendant est d'avis que, si l'on 
prend la précaution d'insérer dans les statuts quelques articles 
concernant le commerce en gros, « la jurande ne pouvait être 
qu'avantageuse au commerce ». Usant, par conséquent, de l'auto- 
risation qui lui est donnée par le G. G., il charge les marchands de 
dresser les statuts. 

Ce ne fut que vers la fin de 1731 que les députés furent appelés 
à se prononcer sur ces statuts 3 . Comme dans cette affaire les 
députés s'étaient, dès le commencement, rangés du côté des 
marchands, ils n'opposèrent à ces statuts aucune objection de 
principe. A peine font-ils quelques observations sur les détails. 
C'est ainsi, par exemple, qu'ils trouvent l'article 45, qui autorisait 
les marchands à procéder à des perquisitions de nuit même dans 
des maisons de particuliers, « contraire à la liberté publique ». 
Mais aussitôt ils se hâtent d'atténuer leur propre observation en 
ajoutant que les marchands tiennent beaucoup à cet article, qui 
leur permettra de « surprendre les Juifs en contravention », et que, 
sans cela, les statuts qu'ils ne demandent « que pour empêcher le 
commerce frauduleux des Juifs avigîionnais » leur deviendraient 
inutiles. Que le commerce des Juifs portugais aussi fût menacé par 
ces statuts, cela semble avoir été le dernier de leurs soucis. 

Il n'en pouvait être de même pour le Bureau, la sauvegarde du 
commerce des Portugais étant une des principales raisons, sinon 
l'unique, qui avaient déterminé le renvoi de la question à l'intendant. 
Aussi, dans sa séance du 28 février 1732 \ juge-t-il à propos de sur- 
seoir à tout examen de ces statuts « jusqu'à ce qu'on ait vu si l'on 
pouvait prendre quelque mesure au sujet du commerce des Juifs ». 

Voilà donc un nouvel échec pour la cause des Bordelais. Mais 
ceux-ci, au lieu de se laisser rebuter, ne font que redoubler leurs 

1. Arcli. liât., F 12/76, p. 552 et suiv., séance du 26 août 1729. 

2. Arch. nat., F 12/19, p. 212. 

3. Avis du 14 décembre 1731, Arch. nat., F 12/699. 

4. Arch. nat., F 12/79, p. 112 et suiv. 



370 KKVUE UES KTUDKS JUIVES 

efforts. Aussi bien, les circonstances étaient de nature à les encou- 
rager. C'était, en premier lieu, l'arrêt de 1731 qui venait d'être 
rendu, dont l'influence pouvait se Caire sentir de double façon, 
d'abord en stimulant le commerce local des Àvignonnais et en ren- 
dant leur concurrence plus insupportable encore aux marchands 
bordelais, ensuite en incitant ces derniers à en demander autant. 
D'autre part, vers la même époque, deux postes, importants 
tous les deux, bien qu'à des degrés différents, pour le commerce 
bordelais, avaient changé de titulaires, et ces changements 
venaient à propos pour seconder les projets que poursuivaient 
alors les marchands de Bordeaux. C'était d'abord le poste de 
député du commerce devenu vacant par la mort de M. Brinon. Ce 
député, qui, empêché par sa maladie, n'avait pu rendre de grands 
services aux marchands de sa ville, est remplacé par M. Carton, 
homme très actif et que, par la suite, nous voyons s'employer avec 
beaucoup de zèle en laveur des marchands bordelais. C'est ensuite 
l'inspecteur des manufactures, Collet, qui est remplacé par 
M. Delan. Si le premier, à notre connaissance, n'était jamais inter- 
venu en faveur de la jurande ' , son successeur, au contraire, 
apportait dans ses interventions une ardeur et une âpreté singu- 
lières. A peine arrivé à Bordeaux, il adresse déjà un long mémoire 
au contrôleur général 2 où il ne fait que fulminer contre les Juifs 
àvignonnais et démontre la nécessité qu'il y avait de constituer la 
jurande 3 . La situation du commerce bordelais est, pour lui, lamen- 
table. Il « diminue tous les jours et est prêt à sa ruine ». Et cela 
par la faute des Avignonnais, qui tenaient dans leurs mains une 
grande partie du commerce bordelais. Ce sont, pour lui, des gens 
« sans feu ni lieu », qui ne s'occupent que de chercher « les 
moyens les plus propres à tromper vendeurs et acheteurs ». 
C'était aussi une « nation proscrite de Dieu, méprisée et bannie 
non seulement du peuple chrétien mais aussi des nations les plus 
barbares ». Et il continue sur ce ton. Contre le mal — on le 
devine — il n'existe qu'un remède, c'est de donner satisfaction 

1. A l'époque où les Bordelais commencèrent leurs démarches en vue d'obtenir la 
constitution d'une jurande, il fit une proposition au C. G. qui allait tout à fait à 
rencontre de leur projet. Il avait, en effet, proposé l'établissement d'un bureau « chargé 
d'empêcher l'introduction des marchandises prohibées ». Si cela avait été adopté, du 
coup il aurait enlevé aux marchand! toute raison pour demander la jurande. Aussi les 
marchands la combattent-ils. C'était néanmoins ce projet qui devait triompher, comme 
nous le verrons plus loin. (Yfcir Arc h. dép. de la Gironde, C 4269, 11 sept. 1727, d'après 
l'Inventaire.) 

2. Il était arrivé à Bordeaux, le 8 juillet, et c'est du 11 août que date son mémoire. 
:î. Arch. nat., F 12/657. 



LE UUKFAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 271 

aux marchands. Pourtant il se doute que, si on consultait les habi- 
tants de Bordeaux, il s'en trouverait beaucoup cl même des « prin- 
cipaux de la ville » qui s'opposeraient a la constitution d'une 
jurande. Mais, se hàte-t-il d'ajouter, l'opposition de ces gens ne 
devait pas compter, car elle était motivée par des services que les 
Juifs savaient leur rendre. 

Maintenant, si nous nous demandons ce qu'il j avait au fond de 
ces réclamations, nous serons obligés de reconnaître que vérita- 
blement uu certain désordre régnait alors dans le commerce, que 
beaucoup de marchandises fabriquées eu contravention — en con- 
travention des règlements récents surtout— étaient débitées sur les 
foires aussi bien que dans les magasins de la ville. Mais ce désordre 
était si peu imputable aux Avignonnais que tous les marchands y 
avaient leur part. Nous n'en voulons pour preuve que les recom- 
mandations répétées tant de fois par le C. G. à l'intendant d'user 
de tous les tempéraments possibles, de n'imposer la règle que peu 
à peu, pour ne pas déterminer un bouleversement général dans le 
commerce bordelais'. D'ailleurs, les Bordelais et leur inspecteur 
l'avouent eux-mêmes, en demandant qu'il leur soit accordé un 
« plomb de grâce » pour toutes les marchandises en leur posses- 
sion jusqu'à une certaine date qui n'auraient pas la largeur pres- 
crite et qui, par conséquent, se trouvaient dans le cas d'être 
saisies 2 . C'était la même cliose, sinon pis, sur les foires. Un, 
mémoire de l'inspecteur du 22 novembre 1732, consacré entiè- 
rement à la foire qui se tenait à Bordeaux au mois d'octobre :{ , nous 
parle de milliers et de milliers de pièces défectueuses. Et ii n'est 
nullement question ici des Juifs. En réalité, c'était aux fabricants 
plutôt qu'aux marchands qu'incombait la responsabilité '•. 

Néanmoins, dans son mémoire envoyé au C. G. le 13 janvier 1733 
à l'occasion de quelques saisies opérées au cours d'une de ses 
visites dans les magasins des Avignonnais et autres 5 , l'inspecteur 

1. Lettres du C. G. à l'intendant du 3, 7 et H février insérées dans Registre F 12/80, 
p. 121 et suiv.,147 et suiv. 

2. Ibid.. lettre du 7 février et autres. 

3. Voir avis des députés du 27 janvier 1733, Arch. nat., F 12 700 reproduit textuel- 
lement dans Registre V li' 80, p. 92 et 151. 

4 Voir, entre autres, avis des députés du 15 février 1734, Arch. nal.. I' 12 700 Les 
marchands chez qui des étoiles avaient été saisies représentèrent à l'intendant « qu'ils 
ne pouvaient avoir des étoffes conformes aux règlements », attendu que. dans un irraud 
nombre de fabriques qu'ils énumèreut, il ne se fabriquait pas une seule pièce d'étoffe 
de la qualité portée par les règlements. Ces représentations furent sans doute 
trouvées conformes a la vérité, car l'intendant leur accorda « la main levée de toutes 
les pièces saisies ». 

5. Arch. nat., F 12/700, avis des députés 'lu 27 janvier 1733. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

s'attaque de nouveau aux Avignonnais. Comme il s'agissait ici de 
faits précis et qu'il fallait à l'inspecteur indiquer exactement et le 
nombre de pièces saisies et la nature de leurs défauts, on était au 
Bureau à même de vérifier ses affirmations. C'est à cet examen que 
les députés vont procéder', et il ne tourne point à l'honneur de 
l'inspecteur. Tout d'abord les députés sont frappés par la dispro- 
portion qui existait entre des affirmations générales déclarant la 
plupart des marchandises en contravention et la confiscation d'un 
nombre intime de pièces (il s'agissait d'une dizaine environ). Et en 
y regardant plus près, ils s'aperçoivent que, même parmi ce petit 
nombre, il y en avait encore une partie « qui n'aurait pas dû être 
saisie ». D'autre part, ils constatent qu'on attribuait à d'autres 
pièces des défauts « imaginaires », attendu que ces prétendus 
défauts ne pouvaient être constatés qu'après des expériences 
« qui n'ont pourtant pas été faites ». 

Ces critiques n'étaient point de nature à augmenter le crédit des 
mémoires de M. Delan, et l'appoint qu'ils devaient apporter aux 
démarches des Bordelais se trouvait ainsi réduit à peu de chose. 
Aussi l'attitude adoptée par le Bureau envers le projet des mar- 
chands ne se modifie pas. 11 craint toujours que ceux qui s'em- 
ployaient avec tant d'ardeur pour obtenir la jurande n'aient d'autre 
but que de « se rendre maîtres du commerce et de se procurer un 
titre pour vexer ceux qui sans être de leur corps voudraient l'exer- 
cer, comme ayant toujours été libres à Bordeaux, surtout les 
Juifs ». Ce dont il était parvenu à se rendre compte, c'était du 
désordre réel qui régnait dans le commerce bordelais et de la néces- 
sité qu'il y avait d'y remédier. Mais, pour cela, point n'était besoin 
d'autoriser une jurande. Un Bureau de « Visite et Contrôle » y 
suffirait largement. Par conséquent, les députés sont chargés de 
rédiger les statuts pour le Bureau à créer 2 . D'autre part, des ordres 
sont donnés à l'intendant et à l'inspecteur des manufactures de 
Bordeaux leur prescrivant la manière dont ils doivent user dans 
les foires pour imposer aux marchands et, par leur intermédiaire, 
aux fabricants le respect des règlements 3 . 

Les marchands bordelais, voyant alors à quelles difficultés ils se 
heurtaient en voulant à tout prix obtenir la constitution d'une jurande, 
tout en n'abandonnant pas complètement ce projet, se tournent 
du côté des Avignonnais, consacrant maintenant tous leurs efforts à 

1. Arch. nat., K 12/700, avis des députés du 27 janvier 1733. 

2. On se rappelle que déjà en 1727 l'inspecteur des manufactures Collet avait pré- 
senté un pareil projet. 

:;. Séance du Bureau du 12 lévrier 1733, Arch. nat., F 12/80, p. 160. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 273 

obtenir leur expulsion. Pour être plus sûrs du succès, ils font appel 
au secours d'autres plaignants encore. C'est ainsi que les gardes- 
marchands de la ville de Tours, les gardes-jurés de la ville de 
Reims, l'inspecteur et les syndics des marchands de Nîmes, les syn- 
dics marchands de la ville de Sedan et les fabricants d'Elbeuf — 
les mêmes qui en 1729 avaient délivré aux Bordelais des certificats 
contre les Juifs avignonnais — viennent, cette fois en personne, 
réclamer contre le séjour des Avignonnais dans leur ville ' . 

On se demande ce que tous ces gens avaient à faire dans une 
question étrangère à leurs villes respectives? Gomment étaient-ils 
lésés par le séjour des Avignonnais à Bordeaux? Sans doute 
avaient-ils des raisons d'être complaisants envers les marchands 
de Bordeaux avec lesquels ils étaient en relations d'affaires. Mais 
comment vont-ils l'expliquer? Voici ce qu'ils disent. Depuis plu- 
sieurs années ils avaient constaté une diminution énorme dans 
leur commerce avec Bordeaux 2 . Cherchant à en découvrir la cause, 
ils avaient trouvé - comme les Bordelais eux-mêmes —que c'était 
à cause des Avignonnais, qui, s'étant emparés de tout le commerce 
de la ville, ne vendaient que des marchandises défectueuses, qu'ils 
allaient naturellement chercher ailleurs. Ces pratiques, en dehors 
des pertes qu'elles leur faisaient subir personnellement, avaient, 
en outre, le grave inconvénient pour le pays d'encourager les 
fabricants à ne pas observer les règlements et d'amener, par con- 
séquent, une dépréciation des produits du pays à l'étranger. Eux 
aussi, ils s'accordent donc à demander l'expulsion des Juifs avi- 
gnonnais de Bordeaux et la constitution de ses marchands en 
jurande. 

De leur côté, les Bordelais ne restent pas inactifs. Ils envoient 
un nouveau mémoire au Conseil, où ils rappellent les arrêts de 
1710, de 1716 et de 1731. Ils se souviennent également de l'exis- 
tence des statuts de leur ville, autorisés par arrêt du 25 avril 1622, 
qui défendent aux étrangers de tenir boutique ouverte ou de vendre 
au détail sans avoir préalablement acquis le droit de bourgeoisie 3 . 

Tout ce concert de réclamations éclatant des côtés les plus divers 
à la fois ne manque pas de faire impression. Aussi les députés se 
rangent-ils les premiers du côté des plaignants, en déclarant 
« qu'il est de bon ordre que ces Juifs avignonnais établis en grand 

1. Voir Arch. nat., F 12/700, avis des députés du 14 sept. 1733, le résumé de leurs 
plaintes. 

2. Ils citent l'exemple de Tours, qui autrefois aurait vendu à Bordeaux pour « soixante 
mille livres » chaque saison et qui n'en fournissait plus que pour « cent pistoles ». 

3. Arch. nat., F 12/700, avis des députes du 16 septembre 1733. 

T. LXI, n* 122. 18 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nombre dans ladite ville après avoir été chassés de toutes autres 
villes du Royaume soient expulsés » de Bordeaux également '. 

Les Bordelais, sentant sans doute que le moment leur était favo- 
rable, \eulenlen profiter el envoient mémoire sur mémoire. C'est 
ainsi que le 2 octobre 17&J les députés ont de nouveau à se pro- 
noncer sur un mémoire des Bordelais où, entre autres choses, il 
est question des A\ tgnonnais -'. Le 10 décembre de la même année, 
("est la Chambre du Commerce de Bordeaux qui s'occupe des 
nouvelles plaintes des marcbands contre les Avignonnais et qui 
réclame à son tour au C. 0. le 12 du même mois 3 . 

Ils avaient bien raison, les Bordelais, de presser l'expulsion des 
Avignonnais, car bientôt le « Bureau de visite et de contrôle » 
allait être établi, qui leur aurait enlevé toute raison de se plaindre 
des marchandises défectueuses. 

Enfin, cette question vient en délibération devant le Bureau, le 
14 janvier 1734. Cette fois, lui aussi, après avoir entendu le rapport 
de M. de Serilly, se prononce à l'unanimité pour l'expulsion des 
« Juifs avignonnais et tudesques » de la ville et de la province de 
Bordeaux. Cela, « sous peine de confiscation de leurs meubles et 
effets et de plus grande peine s'il y échet ! ». 

Ofliciellement il ne leur est accordé aucun délai, par « crainte 
qu'ils n'en abusassent », dit le député Carton. Cependant l'intendant 
est averti qu'il était autorisé à leur accorder quelques délais s'il 
le jugeait nécessaire, tout en tenant la main que l'arrêt fût 
exécuté le plus tôt possible. Exception expresse est faite pour les 
« Juifs qu'on appelle portugais », qui n'ont rien de commun avec 
les Avignonnais et dont la tranquillité ne doit pas être troublée. 

Le 41 janvier, communication est faite au Bureau par M. de 
Serilly d'un projet d'arrêt prononçant l'expulsion \ Ce projet, après 
avoir subi quelques modifications au préambule, est adopté ei il 
obtient force de loi par l'adhésion du Conseil tenu le même jour à 
Mari y (i . 

Le \ février, VI. Carton ' peut écrire à la Cliambre du Commerce 
de Bordeaux que l'arrêt a été remis en mains de l'intendant 
M. Bouclier qui se trouvait alors à Paris et qui devait partir le 

1. Arcli. nat., F 12/71)0, avis < l«*s députés du 16 septembre 1733. 

2. Arcli. nat., F 12/700. 

3. Archives de la Gironde. C 42a3, d'après l'inventaire. 

4. Arch. nat.. F 12/81. p. 19 et suiv. 
:;. llnd., p. 53. 

6. L'air ri est iuM'i-r. ihid.. p. 77-7N, et eité presque en entier par M;il\ezin, loc. cit. 
'. Arch. dép. de la liironde, C +2.13. d'après Inventaire. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 271; 

*2. v > du mène mois pour Bordeaui « pour te faire publier el exé- 
cuter ' ». 

Toutefois les Avignonnais n'étaient pas sans essayer de faire 
revenir le Conseil sur sa décision. .Mais rein ne leur réussit pas. 

Le 83 février, M. Carton avertit la Chambre du Commerce de 
Bordeaux que trois députés des Avignonnais étaient arrivés a Paris 
pour essayer de l'aire « renverser l'arrêt 2 ». D'autre pari, nous 
apprenons par une délibération du Bureau 3 que douze familles 
avignonnaises avaient formé la demande d'être exceptées de l'ex- 
pulsion dont elles étaient menacées. Mais ces représentations ne 
produisirent aucun effet. Après un nouvel examen de la question, 
le Bureau reste convaincu « plus que jamais de la nécessité qu'il y 
avait de les expulser tous ». Tout ce qu'ils obtiennent, c'est qu'un 
bref délai leur soit accordé pour la liquidation de leurs affaires. 

Voyant alors que l'arrêt d'expulsion est définitif, lapins grande 
partie des Avignonnais quittent Bordeaux, soit définitivement, 
soit avec l'arrière-pensée d'y revenir, une fois les premières alar- 
mes passées. C'est ce que nous apprenons par le rapport fait au 
Bureau par M. Serilly, le 18 mai. A cette date il ne restait à Bor- 
deaux, d'après lui, que neuf familles avignonnaises dont le com- 
merce était trop étendu pour pouvoir être liquidé en peu de temps. 
Aussi l'intendant lui-même intercède- t-il en leur faveur. Le Bureau 
alors se laisse adoucir et leur accorde un nouveau délai de deux 
mois. Mais il n'oublie pas d'ajouter : « Il faut que les Avignonnais 
sachent que c'est absolument le dernier et qu'à l'expiration de ce 
délai, ils seront tenus d'exécuter l'arrêt sans remise 5 » Néan- 
moins, au mois de novembre, nous trouvons ces familles encore à 
Bordeaux'. C'est alors que l'intendant fait ^inventaire de toutes 
les marchandises se trouvant dans leurs magasins 6 , pour empêcher 
sans doute que les marchandises ne soient remplacées. 

Enfin, se rendant compte qu'elles ne pourront continuer la résis- 
tance indéfiniment, plusieurs de ces familles quittent Bordeaux 
pour se rendre dans la généralité de La Bochelle, où d'autres les 
y avaient déjà précédées. Mais, comme elles ne tardèrent pas d'être 
expulsées aussi de cette province, ainsi que nous allons le voir, 

1. Arch. dép. de la Gironde, C 1253, lettre du 4 mars 1734. 

2. Ibid., C 4307. 

:!. S.-ance du 11 mais 1734. Arch. n.it. , F 12, 81, p. 200 et suiv. 

4. Arch. nat., F 12/81, p. 373. D'après M. Carton (lettre du 15 mai à la Chambre du 
Commerce de Bordeaux), le délai ne fut que de siï semaines, Arch. dép. de la Gironde. 
C 4307, Inventaire. 

5. Malvezin, loc. cit., p. 192, où ces familles sont indiquées par leurs noms. 

6. Ibid. 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

beaucoup rentrent de nouveau, semble-t-il, à Bordeaux, car eu 1735 
les marchands bordelais recommenc'ent leurs réclamations. Ils pré- 
sentent alors « différents mémoires » contre « plusieurs Juifs avi- 
gnonnais » « dont ils conviennent qu'ils ne tenaient plus des bou- 
tiques ouvertes», mais qui faisaient, d'après eux, le commerce sous 
la couverture des Juifs portugais '. L'inspecteur des manufactures, 
qui dans toute cette affaire secondait à merveille les marchands 
bordelais, leur vient en aide cette fois encore. Il procède à des 
visites dans les boutiques de certains Juifs portugais qu'il soup- 
çonnait sans doute d'être en relation d'affaires avec les Avignonnais. 
Et comme il avait, en effet, réussi à trouver chez deux d'entre eux, 
Robles de Castro et Moyse Abillat, quelques pièces sans plomb, 
marchandises dont les Avignonnais étaient accusés de faire le 
commerce de préférence, il se dit que ces pièces devaient appar- 
tenir aux Avignonnais. Et voilà comment pour lui les relations 
entre Juifs avignonnais et portugais sont démontrées. 

D'aucuns sans doute trouveront que la preuve n'avait rien de 
concluant, que ces petits défauts se rencontraient partout. Mais tel 
n'est pas l'avis du Bureau, qui y voit la justification des réclama- 
tions des Bordelais. Aussi, sera-t-il recommandé à l'intendant de 
tenir la main à leur expulsion, cela d'autant plus que, non seule- 
ment le commerce leur avait été défendu, mais aussi le séjour 2 . 

Cette recommandation ne semble pas avoir eu encore l'effet voulu, 
car, le 30 août 1736, de nouveau il est fait rapport au Bureau « des 
plaintes continuelles » que M. le Contrôleur général recevait des 
marchands bordelais 3 . Le Bureau, qui commence déjà, semble-t-il, 
à trouver cette affaire agaçante, a cette fois-ci des termes très 
énergiques. « Il est temps, dit il, d'exécuter à la dernière rigueur 
l'arrêt de 1734 », et il veut qu'à cet égard, il ne reste « ni d'espé- 
rance à ces Juifs, ni de sujet d'inquiétude aux marchands ». L'in- 
tendant est donc invité à agir en conséquence 4 . 

Cette décision n'en finissait pas encore définitivement avec les 
Avignonnais. Il fallut à l'intendant rendre encore un ordre 
d'expulsion contre eux en 1739 5 et un autre le 28 février 1740 6 . 
Le Bureau l'apprend avec satisfaction, car enfin, se dit-il, on va 
« parvenir à l'entière exécution de l'arrêt du 21 janvier 1734 ». Il 

1. Arch. nat., F 12/82, p. 680 et suiv. 

2. lbid., séance du Bureau du 16 septembre 1735. 

3. Arch. nat., F 12/83, p. 526 et suiv. 

4. Ibid. 

5. Malvezin, loc. cit., p. 193. 

6. Ibid. et pièces jus tif., XVIII. 



LE BUREAU DU COMMERCE CONTRE LES COMMERÇANTS JUIFS 277 

croit aussi le moment venu pour adresser par l'intermédiaire de 
l'intendant quelques remontrances aux marchands bordelais, dont 
il avait bien fallu épouser la cause en dernier lieu, mais pour 
qui il gardait toujours, semble-t-il, quelque méfiance. Aussi leur 
recommande-t-il, à présent qu'ils ont gain de cause, de se tenir 
bien et de ne pas abuser de leur victoire. « Autrement, le Conseil 
trouverait les moyens de leur faire sentir qu'il n'a eu d'autre 
objet que le véritable intérêt du public '. » 

Pourtant, le Bureau est obligé de s'occuper encore une dernière 
fois des Avignonnais de Bordeaux en 1741. Il y avait parmi les 
Avignonnais une veuve Lange, dont une fille s'était convertie. 
Cela valait bien qu'on eût quelques égards envers la mère. Aussi 
était-on prêt à la tolérer à Bordeaux. Mais la veuve Lange, 
comptant en tirer plus grand profit encore, s'offre à doter sa fille 
pour prendre l'habit dans le monastère des Carmélites, à condition 
qu'on lui permette de faire aussi le commerce. A cette fin, elle 
présente une requête au Conseil, requête qui est appuyée par la 
supérieure du monastère en question. Mais cette demande est 
rejetée. Car, quelque sympathique que fût la veuve Lange « à 
cause de sa fille », on ne croyait pas pouvoir faire exception à une 
« loy générale 2 ». 

L expulsion des Avignonnais de La Rochelle. 

Les Avignonnais, en quittant Bordeaux en 1734, s'étaient rendus, 
en grande partie semble-t-il, dans la généralité de La Rochelle. 
Pour la plupart, c'était sans permission aucune. Mais quatre 3 
d'entre eux, appartenant aux commerçants les plus notables 4 , 
sollicitent et obtiennent du juge de police de Saintes l'autorisation 
de s'y établir et même d'y ouvrir une boutique — une seule — en 
commun, malgré les conclusions du roi qui s'y opposaient \ 

Mais à peine s'étaient-ils établis, que les marchands commencent 
déjà de s'agiter. Ceux des différentes villes de la province se 
concertent pour demander ensemble leur expulsion. Comme ce 

1. Pièces justif., ihirt. 

2. « Toute favorable qu'elle puisse estre à cause de sa fille, elle ne doit pas estre 
exceptée de la loy générale » (lettre à l'intendant du 3 juin 1740, Arch. nat., F 12 32, 
f 11). Voir aussi Arch. nat., F 12/88, p. 46. 

3. C'étaient « Joseph et Jacob Dalpuget, père et fils, Lange Mosse et ses enfants, 
Nathan Astruc, père et fils et Jacob Dalpuget et leurs familles ». 

4. Ils étaient du nombre de ces neuf familles dont le séjour à Bordeaux fut prolongé 
plusieurs fois à cause de l'étendue de leur commerce. 

5. Voir Pièces justif., XIX, et Arch. nat., F 12/82, p. 331 et suiv. 



278 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n'était un mystère pour personne qu'on avait ici affaire à des gens 
ayant déjà été expulsés une première fois de Bordeaux, les 
marchands ont beau jeu. Les députés consultés se déclarent nette- 
ment pour l'expulsion 1 . Et c'est aussi l'avis du Bureau dans sa 
séance du 12 mai I735. Il propose môme au C. G. d'ordonner au 
juge de police de Saintes de venir se justifier « de la conduite qu'il 
a tenue ». Aussi le Conseil rend-il, le 21 mai, un arrêt prononçant 
l'expulsion de la généralité de La Rochelle de tous les Avignonnais 
réfugiés de Bordeaux, munis de permission ou non, avec défense 
expresse d'y revenir 2 . Ils devaient quitter la province « sans 
aucun délai », termes qui, cette fois-ci, devaient être pris à la 
lettre. 

Aussi les Juifs quittent la province immédiatement en laissant 
derrière eux leurs marchandises en dépôt. Plus tard, en 1736, 
ils présentent à ce sujet une requête au Conseil, en demandant 
qu'un délai de six mois leur soit accordé pour pouvoir se débar- 
rasser de ces marchandises, en les vendant au public. Mais à cela 
aussi les députés s'opposent 3 . Ils constatent d'abord qu'il y a une 
grande différence entre l'expulsion de Bordeaux, qui avait frappé 
des gens comptant un long séjour dans la ville et qui, par consé- 
quent, méritaient quelques égards, et celle de La Rochelle, où les 
Avignonnais ne faisaient que commencer à s'y établir « illégale- 
ment ». Comme, d'autre part, les Avignonnais avaient attendu un 
an avant de présenter cette requête, ils les soupçonnent, en outre, 
d'avoir déjà vendu leurs marchandises en secret et de leur en 
avoir substitué d'autres. C'est pourquoi le Bureau, dans sa séance 
du 30 août 1736 \ est d'avis d'écrire à l'intendant « que le Conseil 
est fort éloigné d'accorder aux dits Juifs Avignonnais cette grâce ». 
Toutefois il devra laisser aux Juifs un délai de deux mois, à 
l'expiration duquel ils seront tenus de justifier « de la vente et de 
la sortie hors du royaume de leurs marchandises », cela sous 
peine de confiscation. 



(A suivre.) 



David Wolfson. 



i. Avis des députés du 1 er avril 1735, Arcli. uat., F 12/701. 

2. Pièces justif. XIX. 

3. Avis des députés du 13 juillet 1736, Arch. nat., F 12/701, 

4. Arch. nat., F 12/83, p. 525 et suiv. 



ACTES DU DISTRICT DE STRASBOURG 



RELATIFS AUX JUIFS 



(JUILLET 1790 — FRUCTIDOR AN III) 



[SUÎÎE ET FIN 1 ) 



INDEX 



Aaron, père et (ils, de Dijon, 125. 

Àroo J.azare), de Bischheim, 174. 

Aaron (Lazare), de Mutzig, 60. 

Aron (Meyer), de Mutzig, 93. 

Aaron (Meyer), de Strasbourg, 169. 

Aaron (Schmulen), 81. 84. 

Aaron (Seligman), 49. 

Abraham (Baruch), 2, 50. 

Abraham (Jacob), 152. 

Abraham (Machulen). 21. 

Accaparement, 135. 

Achats de biens. 56, 173; — d'effets 
d'émigrés, 91, 158; — de domaines na- 
tionaux, 71, 177, 186. 

Adjudicataire de cuirs (Juif), 198. 

Administration de la nation juive, 3, 6, 7, 
11, 15, 19, 20, 33, 131. 139. Voir aussi 
Finances, Préposés. 

Alcan, 101. 

Alexandre Gain ., 106. 

Alexandre (Isaacï, 17 \. 

Alexandre (Jeannette), 138, 157. 160. 

Alexandre (Koschel), 106. 

Uexandre Marx). 160. 



Alexandre (Samuel Seligmann), 51, 100, 
105, 127, 128, 136, 144. 145, 149. 153, 
160, 189, 191, 194. 

Alexandre (Seligmannï, tils, 189. 

AIzey, 187, 198. 

Ambulances, 76. 

Amende, 64. 

Arnstein, 136. 

Aron. Voir Aaron. 

Assignats, 95, 100, 173. 

Auerbach (Abraham), 77. 

Baer. Voir Berr. 
Baehr. Voir Berr. 

Ballbronn, 59, 66, 73, 94, 130, 171. 175, 

176. 
Barbe (Port de la), 103. 
Barucli. voir Abraham (Baruch . 
Béer. Voir Berr. 
Behr. Voir Berr. 
Berlin, 143. 
Bernheimer, 107. 
Bernheimer (Benjamin). 1S4. 
Behr (Baruch), 36. 



1. Voyez Revue des Études juives, t. LX, p. 235 et t. LXI. p. 102. 



!80 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Berr 1 (Baruch), 51. 

Baerr (Cerf), 90. 

Berr (Cerf), 3, 17, 24, 28, 42, 4G, 63, 79, 

83, 131; succession, 138, 146, 147, 157. 

183. 
Berr (Eve), 138. 
Behr ou Wolf (Marx), 47. 
Berr (Marx), 3, 6, 19, 20, 33, 51, 159. 
Berr (Rosette), femme de Meyer Lazâr, 

112. 
Baehr (Simon), 174. 
Bestiaux (Commerce de), 30, 175, 176. 
Bigard (Abraham), 39. 
Bigaret. Voir Bigard. 
Bischheim au Saum, 5, 8, 10, 12, 14, 25, 

26, 30, 36, 37, 39, 61, 64, 65, 69, 70, 

72, 75, 78, 82, 85, 92, 97, 150, 159, 174, 

188, 190. 
Bitche, 134. 

Bloch 2 , de Lingolsheim, 47. 
Bloch (Emmanuel), de Hattstatt, 13. 
Bloch (Emanuel), de Hoenheim, 192. 
Bloch (Gôtz), 80. 
Bloch (Meyer), 19. 
Bloch (Michel), 80. 
Bloch (Simon), 140. 
Boesach [Brisach?], 64. 
Bohème, 144, 149, 153. 
Bois, 94, 147, 150, 167, 183. 
Bouchers, 2, 30, 50, 192. 
Braun, Juif? 198. 
Brûlement du Talmud, 103. 
Brumath, 8, 177. 

Cahen. Voir Cahn. 

Cahier de doléances des Juifs, 3, 6. 

Caien. Voir Cahn. 

Cahn (Alexandre), 137. 

Cahen (Cerf), 142. 

Cahen Feile). Voir Le vy (V e Abraham). 

Cahn (Hanna). Voir Cahn (V e Marum), 

née Hanna Cahn. 
Cahn ou Caien ou Kahn (Loeb ou Lœwel), 

106, 113, 118, 137, 155, 161, 185. 
Cahn (V* Marum), née Hanna Cahn, 137, 

155. 
Cahen (Mathias), 65. 
Cahn (Matta), 137. 
Cernay, 144, 149, 153. 
Charretier, 140. 



Ch. -011110, 2. 

Chevaux (Commerce de), 81, 129, 175. 

Circoncision (Actes de), 131. 

Colporteurs, 31, 34, 43, 48, 87. 

Commerce, 5, 30, 48, 81, 102, 117, 128, 
129, 135, 142, 175, 176 ; - extérieur, 
68, 134, 136, 144, 149, 153. Voir aussi 
Patentes, Fournitures. 

Commission intermédiaire, 6, 15. 

Communaux : pâturages, 36, 58, 197,199; 
— vente de terrains, 45; — partage, 
53, 55, 80. 

Contributions patriotiques. Voir Imposi- 
tions. 

Cosswiller, 183. 

Créances, 17, 24, 28, 42, 46, 60, 93, 100, 
104, 105, 116, 123, 127, 169, 191, 194. 

Culte, 99, 108, 115, 141, 151; — objets 
du, 195. Voir aussi Synagogues, Rab- 
bins. 

David (Hirsch), 10, 12, 14, 20, 32. 

David (Isaac), 195. 

David (Wolf), 143. 

Décès (Actes de), 131. 

Déclaration d'effets appartenant à un émi- 
gré, 89, 111. 

Détenus (Juifs), 74, 112, 135, 139, 163, 
166. 

Dettes, 120, 136, 168, 193, 196. 

Dettes de la nation juive (Liquidation 
des), 63, 79, 83. 

Diebolsheim, 33. 

Dietz, Juif? 133, 154. 

Dijon, 125. 

Directoire du district : accusation de pré- 
varication, 71. 

Domaines nationaux, 71, 177, 186. Voir 
aussi Mutzig (château de) , Schwar- 
zach. 

Dons patriotiques, 59, 67. 

Douane, 68, 102. 

Draps (Fabrique de), 144, 145, 149, 153. 

Droits civiques, 13, 26, 131 ; — empêche- 
ment aux, 39, 70, 75, 82 ; — demande 
d es _ pour les Suisses, 77. Voir Rési- 
dence, Serment civique. 

Droits d'entrée (Demande en réduction 
de), 68. 

Duppigheim, 48, 68, 110. 



1. Peut-être le même que le précédent. 

2. Peut-être le même que le suivant. 



ACTES DU DISTRICT DE STRASBOURG RELATIFS AUX JUIFS 



281 



DurckhehDf I2t;. 
Duttlenheim, 41, 140? 

Kgbersheim (Femme Lobel), 5. 

Élections Voir Droits civiques. 

Êmanuel (Isaac), 163, 166. 

Émigrés (Juife), 106, 111, 113, 118, 119, 
126, 132, L37, 155, 161, 162, 164, 165, 
168, 179, ISO, 181 ; — Juifs réputés 
non émigrés, 182, lS't, IS.'i. 192. 

Emploi, 122. 

Etat civil, 131, 163, 166. 19.'i. 

Étrangers (Juifs 1 , 77, 187; — éloignés 
comme étrangers, 143, 152; — Juifs ré- 
sidants à l'étranger, 126, 138, 157, 160. 

Évèché (Domaine de 1'), 17; — terres, 57. 

Exaction, 200. 

Fegersheim, 7, 11, 18, 21,27, 58, 109, 

197, 199. 
Feissel, 167. 
Fenétrange, 198. 
Fer, 134 
Finances de la nation juive, 3, 4, 6, 7, 10, 

12, 14. 15, 20, 23, 29, 32,33, 57, 61, 

63, 69, 79, 83, 92. 
Forêts, 147, 167, 183. 
Fournitures : bas, 68; boucherie, 76, 121, 

133, 154 ; draperies, 145 ; foin et avoine, 

178; toiles, 87, 124,125. 
Francfort, 138. 
Franck (Godchau), 22. 

Garde nationale, 35, 67 ; service des Juifs 

dans la — , 53, 54, 171. 
Geispolsheim, 197. 
Gerschen (Maennel), 9. 
Goudeschou (Jacob), 175. 
Gougenheim (Jacques), 111, 180. 
Gougenheim (SamueL, 113, 162. 
Gratwohl (Daniel „ 87. 

Habitation, 62, 148. 

Haguenau, 111, 113, 119, 154, 162, 180, 

181, 184. 
Halle Simon), 29. 
Hanau (Comté du), 19. 
Hanovre, 138, 157, 160. 
Harchheim (Edel Lob, femme de Simon 

ioyse), 139. 
Harcbheim (Simon Moyse), 11, 139. \\\ ? 
Haslacb, 172, 186. 
Hattstatt, 13. 



Hébreu (Usage de 1'], 7, 103. 
Hegenbeim, 135. 

Hemmerdinger (Benjamin), 61, 69, 92. 
Hemmerdinger (Max), 119, 126. 
Herricbbeim (Simon Moyse). Voir Harch- 
heim). 
Herrlisheim. 192. 
Herxheim (Palatinat), 140. 
Hesse Darmstadt (Landgrave de), 100. 
Himmerdinger. Voir Hemmerdinger. 
Hirsch (Abraham), 3, 6, 10. 
Hirtzcl (Jakob), 109. 
Hirtzel (Moyse), 109. 
Hochhausen, 74. 
Hoenheim, 80, 192. 
Holzheim, 28. 

Horcheim. Voir Harchheim. 
Huile, 170. 

Ignace (Lob), 174. 

Impositions : rentrée, 4, 15, 25, 32; 
demandes en vérification des rôles, 66, 
73; décharges, 7, 11, 19, 38, 72, 78, 
88, 107, 174, 188-190; contributions 
patriotiques : 65, 67. Voir aussi Nation 
juive : organisation financière. 

Industrie, 140, 144, 145, 148, 149, 153. 

Ingwiller, 132, 182. 

Inhumation, 130, 156. 

Instituteurs privés, 143, 152 ; — commu- 
naux, 78, 188. 

Interprète, 29, 163. 

Isaac, de Lyon, 128. 

Isaac (Aaron), 68. 

Isaac (Abraham), 95. 

Isaac (Benedic), 178. 

Isaac (Heymann), 197. 

Isaac (Jacob), 195. 

Isaac (Jonas), 197. 

Isaac (Joseph), Juif? 122. 

Isaac (Lehmann), 126. 

Isaac (Moyse), 198. 

Isaac (Salomon), de Bischheim, 78, 188. 

Isaac (Samson), 27. 

Isaac (Schlomen), de Fegersheim, 197. 

Israël (Nathan), 48. 

Israël (Samson), 43. 

Jacob (Lœble), 163. 
Jacob (Salomon), 68. 
Jonas (Abraham), 171. 
Jonas (Manuel), 38. 
Jonas (Sebel), 62. 



2*: 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



Josel Julien), 109. 
Joseph (Baruch), 190. 

Kahn (Anchel), 179. 
Kahn (Jacques), 1 tS. 
Kahn (V« Lob), 174. 
Kolbsheim, 163, 166. 
Kûppenheim (Isàac), (>9, 10, 92. 

Laines, 138, 144, 1 W, 153. 

Landau, 32. 

Lasan (Nathan), 197. 

Lazare (Alexandre Lihmann). S. 

Lazare (Mathias), Iti. 

Lazare (Meyer), 67, S'.). 

Lazar (Meyer) *, 112. 

Lazard (Nathan), IN. 

Lehmann, 91 . 

Lehmann, père et fils, 107. 

Lehmann (Benjamin), 33. 

Lehmann (Joseph), de Bisehheim, 61, 92. 

Lehmanu (Joseph), de Strasbourg 1 , 150. 

Lehmann (Lippmann), 107. 

Lehmann (Michel), Juif? 196. 

Li'w . de Hegenheim, 135. 

Lévy (Abraham), de Diïppigheim, 110. 

Levi (Abraham), d'Odratzheim, 170. 

Levy (V ve Abraham], née FeileCahen, 110. 

Levi (Baruch), 86. 

Levy (Baruch Léon ou Lyon), 10, 12, 14. 

Levy (Cerf), 37, 39. 

Levi (Daniel, de Ballbronn, 94. 

Levy Daniel), de Mutzig, 16, 23. 172. 

Levy (Elias), 176. 

Levy (Isaac), 167. 

Levy (Jacques), de Markolsheim, 173. 

Levy (Jacques), de Mutzig, 16. 

Levi (Joseph), 85. 

Levy (Joseph) 3 , 200. 

Levy (Lôw ou Lob), 66, 7:5. 

Levi (Mâchaient, 59* 

Levi (Mayer), 117. 

Levy (Michel . 22. 

Levy (Michel), de DiippMieim. 110. 

Levi (Raphaël), 188. 

Levy (Raphaël Jacob), 132, 182. 

Levi (Samuel), de Ballbronn, 130. 

Levy (Samuel), de Haguenau, 111, 181. 



Levi (Samuel), d'Hoenheim, 80. 

Levy (Simon), 171. 

Levi (Wolff), 51. 

Liugolsheim, 13, 31, 47, 49. 

Lion Joseph), Juif? 102. 

Lyon (Zacharias), '■>. 

Livres hébraïques, 103, 141. 

LÔb (Edel), femme de Simon Moyse, dit 

Harchheim, 139. 
Lob (Joseph), 171. 
Lob (Joseph), 174. 
Lob (Raphaël), 174. 
Loewe (V e ), 104. 
Loewel ;Salomon,, 1!». 
Lyon (Rhône), 128. 
Lyon. Voir Lion. 

Mâcon, 128. 

Manuel (Elie), 97. 

Manuel (Peistel), 97. 

Mappe, 195. 

Mariage, 1, 9, 16, 18, 21, 18; actes de— , 

131. 
Markolsheim, 173. 
Marlenheim, 193. 

Marx (Feyel). Voir Moch (V* Meyer). 
Marx (Jean), 39. 
Marx Moyse), 174. 
Mauschea (Herz), 50. 
Maximum, 129. 
Mayence, 175. 
Mayer. Voir Meyer. 
Meyer, de Mutzig', 143. 
Meyer, de Quatzenheim. 45. 
Mayer, fils de Sander, 11. 
Meyer (Aron), 116. 
Meyer (Aaron), 156. 
Meyer (Gœtschel), 31. 
Mayer Kuppël), 168. 
Meyer (Joseph), 31. 
Meyer (Lazare , 121. 
Meyer (Léon), Juif? 114. 
Meyer (Samuel), 140. 
Meyer (Samueh, de Mutzig, 23, 41. 57, 

143 ? 186. 
Miel. 117. 

Mindel (Meyer), 74. 
Mirecourt. 112. 



1. Peut-être le même que le précédent. 

2. Peut-être le môme que le précèdent À qiiè Lehmann père ou fils 

3. Peut-être le même que le précèdent. 

4. Peut-être Samuel Méyet-. 



ACTES DU DISTRICT DR STRASBOURG RELATIFS AUX JUIFS 



283 



Moch (Abraham Aron), 111, 120. 

Moch (V Meyer), née Feyel Marx, 1 10, 126. 

Molsheim, 19, 120. 196. 

Mommenheira, 109, L32, 164, 165. 

Moyse. Voir aussi Mausche;i. 

Moyse David . se. 

Moyses [Emmanuel , 129, 

Hoyse (Hirts), de Winzenheim, lit. 

Moyse (HirUel), «le Wolfisheim, LU. 

Moyse (V e Jacques), 174. 

Moyse Lob , 174. 

Mulhausen, 121 

Mutsig, 11, 15. 16, 19, 23, 35, 41, 57, 60, 

68, 93, 115, 139, 141-143, 172, 186 ; 

garde nationale, 35: château, 42, 46; 

société populaire, 115. 

Naissance (Actes de), 163, 166. 

Nancy, 146. 

Natan (Rœssel), 137, 155. 

Nation juive Voit* Administration, Dettes, 
Finances, Instituteurs, Interprètes, Pré- 
posés, Rabbins. 

Niederehnheim, 69. 

Niederhagenthal, 39. 

Noblesse (Terres de la), 10, 12. 2'.». 

Northeim, 152. 

Nourriture des Juifs en prison, 74. 

Oberehnheim, 131. 
Oberhaslach, 172. 
Oberhausbergen, Î5, 87. 
Oberscha?fïblsheim, 88, 167. 
Obligations. Voir Dettes. 
Odratzheim, 86, 170. 
Ohnenheim, 58. 
Oratoires, 99. 
Osthoffen, 1, 98. 

Pain (Vente de), 5. 

Paris, 39. 

Patentes, 30, 31, 34, 43, 81, 84-87 ; empê- 
chements au droit de patente, 26, 37, 39. 

Pâturage (Droit de), 36, 58, 197, 199. 

Peaux, 198. 

Plobsheim, 10, 43 ; troupes cantonnées. 
133, 154. 

Potasse (Fabrique de), 140. 

Préposés, 3, 6, 7, 11, 15, 19, 20, 22, 23, 
33, 61, 63, 131. 

Prévarication de membres du Directoire 
du District, 71. 

Procès entre Juifs, 49. 



Quatzenheim, 9, i5, 151. 

Rabbins, 11, 18, 33, 57, 61, 69, 78, 92, 

130, 139, 141, 188. 
Receveurs des impositions juives. Voir 

Finances de ];i nàtlou juive. 
Réintégrations, 143, 152. Voir aussi 

Emigrés. 
Réquisitions, 90, 140, 1 42, 144, l'«9, 153, 

159, 167, 172, 175, 176. Voir Saisie. 
Résidence, 1, 8, 13, 16, 27, 47, 48, 121, 

148. 
Romanswiller, 81, 84, 90, 114, \M. 
Roos (Abraham), Juif? 200. 
Rosenwiller, 130. 
Rosheim, 12, 14, 32. 

Saisie de marchandises et denrées, 5, 39, 
94, 102, 128, 135, 150, 170; — de nu- 
méraire, 95; — d'un cheval, 129; — 
de livres hébraïques. 141 : — d'objets 
cultuels, 195. 

Salaisons, 101. 

Salomon, syndic des Juifs du comté de 
Hanau, 19. 

Salomon, fil s d'Isaac, 11. 

Salomon (David), 7, 11. 

Salomon (Schlumen), 7, H. 

Salpêtre, 140. 

Samson (David), 34. 

Samuel ^Abraham), 56. 

Samuel (Auscher), 176. 

Savonnier, 148. 

Schaun ou Scheyen (Feysel . 7, 11, 197. 

Schiele, 167. 

Schiltigheim, 70. 

Schlestadt, 154. 

Schleyen (Abraham), 199. 

Schwartz (Hirtzel), 19. 

Schwarzach (Abbaye de), 105, 127, 191, 
194. 

Schweinheim, 129. 

Schwindratzheim, 109. 

Serment civique, 51, 55, 70; — judi- 
ciaire, 139. 

Service militaire, 85, 97, 98, MO, 114, 
130, 163, 166. 

Simon (Abraham), 43. 

Sinsheim (David), 78, 188. 

Sociétés populaires, 115, 117, 151. 

Soultz-sous-Forèts, 106, 113, 118, 137, 
155, 161, 185. 

Strasbourg, 71, 10(1, 117, 118, 155, 168, 



284 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



182, 184-186 ; Juifs habitant —, 67, 
76, 89, 91, 95, 96, 99, 104, 107, 111, 
112, 116, 120, 124, 126, 131, 134, 150, 
152, 156, 158, 160, 163, 169, 190, 198, 
200 ; réunion de Juifs pour la rédaction 
d'un cahier, 3, 5 ; opposition à leur 
émancipation, 39 ; prestation de ser- 
ment civique, 51 ; refus de patentes, 
37, 39 ; approvisionnements, 76, 101, 
102, 117, 135; fortifications, 76; hôpi- 
pitaux, 133, 135, 142, 154; magasins 
et ateliers militaires, 123, 145, 178; 
parc, 176 ; poisons, 74, 122 ; Saint- 
Pierre le Jeune, 44, 56 ; Saint-Pierre 
le Vieux, 101. Voir aussi Alexandre 
(Samuel Seligmann), Berr (Cerf, Berr 
(Marx). 

Stutzheim, 177. 

Successions, 119, 126, 137, 155. Voir 
aussi Berr (Cerf). 

Sucre, 135. 

Suisse, 77, 135, 187. 

Sûreté des Juifs, 40, 41, 96. 

Synagogues, 44, 56, 108, 115, 151. 

Syndics. Voir Préposés. 

Tabac, 128. 

Talmud (Brûlement du), 103. 

Toiles, 87, 124, 125. 

Tomblaine, 63. 

Troupeaux, 36, 58, 197, 199. 

Uhri (Jacques), Juif? 193. 
Ulmo, 134. 
Uttenheim, 27, 195. 

Veyl. Fo//' Weil. 

Vexations, 16, 36,40, 41, 47, 58, 70, 75, 

77, 82, 96, 99, 103, 195, 197, 199, 200. 

Voir aussi Serment civique. 



Vienne (Autriche), 136. 

Vins, 102, 132. 
Volontaires, 67. 

Weil, Juif? 133, 154. 

Weil (Alexandre), 195. 

Weyl (Hirzel), 30. 

Weil (Jouas), 195. 

Weyl 'Manuel), 72. 

Weyl (Mathieu), Juif? 98. 

Weyl (Michel), Juif? 177. 

Weil (Sammel), de Mutzig, 139. 

Weyl (Samuel), de Westhoffen, 38. 

Weil (Scheyen), 88. 

Westhoffen, 2, 19, 34, 38, 49, 50, 195. 

Weyl. Voir Weil. 

Wickersheim (Samuel). Voir Wittersheim. 

Wintzenheim, 48, 173. 

Wissembourg, 179. 

Wittersheim, 124. 

Wittersheim (Cerf Léon), 41. 

Wittersheim (Samuel Seligmann), 16, 19, 

20, 22, 131. 
Wittersheim (Seligmann Baphaël), 123. 
Woerth, 48. 

Wolf ou Berr (Marx), 47. 
Woltf (Schillen), 197. 
Wolff (Abraham), 43. 
Wolff (Hirtzel), 109, 164. 
Wolf (Legefey), 197. 
Wolff (Lippmann), 109. 
Wolff (Schlumen), 109, 165. 
Wolf(Xander), 197,199. 
Wollisheim, 44, 49, 56, 62, 121, 148, 167. 
Worms (Hayem), père, et fils, 76. 

Xanther (Joseph), Juif? 40. 

Zacharias (Cerf), 187. 
Zipper, 48. 



NOTES ET MÉLANGES 



LA PIERRE DE GOLGOI 

Je crois utile de faire connaître, sans délai, aux lecteurs de la 
Revue une curieuse inscription récemment découverte à Athiénau 
— ou plus exactement au lieu dit ridpxot — emplacement présumé 
de l'antique Golgoi de Chypre l et publiée avec un excellent com- 
mentaire par M. Simos Menardos dans la revue grecque 'A8r|va 
(tome 22, p. 417 suiv). 

L'inscription occupe la partie inférieure d'une colonne en 
marbre blanc, non cannelée, légèrement tronconique, qui, quoique 
brisée en haut, présente encore une hauteur de l m ,62 sur un dia- 
mètre variant de 0,46 à 0,39. Elle se compose de cinq lignes 
gravées en caractères profonds, d'une hauteur moyenne de 6 cen- 
timètres. En voici une double transcription, Tune en caractères 
épigraphiques aussi semblables que possible à ceux de l'original, 
l'autre en minuscules. 

(?) 
ICjOCHC ttpécb 

YIOYCYNÉCIOY 

ANéNéUjCAN 

TOTTANÉPrON 

o THCÉBPAIKHC 

laxrrj(ç) 7rp£<7ê^ûx£poç) ut'b[ç] Suvefftou àvsvéuxjav xo 7iàv epyov rrçç 
'EêpaïxTJç. 

1. Athiénau est situé presque au centre de l'île : je rappelle ce fait pour écarter 
d'avance l'hypothèse invraisemblable qui supposerait que notre pierre a été trans- 
portée à Chypre de quelque pays d'outre-mer. 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

A la 1. I M. Menardos a lu hoa-r,; cependant la pliototypie montre 
après le premier sigma trois jambages, et le 3 e jambage offre une 
légère courbure qui peut être interprétée comme un sigma étriqué. 
La photographie est tellement déformée vers les bords que je 
n'ose rien affirmer. 

A la 1. 2 la pierre porte bien TIOV, faute pour wç '. 

àvsvscoffav est une forme plurielle « ont réparé », et cependant le 
verbe n'a qu'un seul sujet ('Ioxrifjç). Il faut en conclure ou bien 
que le lapicide a écrit àvcvsoxrav pour àvevÉu>ffev 2 , ou bien que l'ins- 
cription n'est que la fin d'un texte plus long dont le commence- 
ment se trouvait sur une autre colonne. C'est pour cette seconde 
explication que se prononce M. Menardos et il fait valoir, à l'appui, 
que sur la base de la colonne on aperçoit (on ne la voit pas sur 
la photographie) la lettre B c'est-à-dire « n° 2 ». L'hypothèse me 
paraît plus ingénieuse que vraisemblable : je ne comprends pas 
pourquoi le graveur aurait réparti son inscription entre deux 
colonnes, alors qu'il restait tant de place libre sur celle qui s'est 
conservée. Lépigraphie judéo-grecque à toutes les époques, mais 
surtout à celle dont date notre texte, est coutumière d'inadver- 
tances et de fautes grammaticales, et la faute àvsvsWav pour 
àv£V£cos£v n'est pas plus choquante que mou pour ulà; à la l. 2. 

Sous le bénéfice de ces observations, je crois donc que le texte 
est complet et doit se traduire ainsi : 

« José l'Ancien, fils de Synésios, a remis à neuf toute la struc- 
ture de la synagogue, o 

M. Menardos fait observer avec raison que le nom grec Synésios 
dénote une certaine pénétration de la culture grecque dans ce 
milieu juif : je laisse à de plus savants le soin d'en déterminer 
l'équivalent hébraïque 3 . 

Les 7rps<yêuT£po'. ou a anciens » de la communauté sont connus par 
de trop nombreux textes pour qu'il soit nécessaire d'insister. 

Quant au mot eêpaïx-/) « synagogue », il ligure déjà avec ce sens 
dans le dictionnaire de Sopboclis, qui renvoie à un exemple tiré de 
Pierre d'Antioehe (CXX, 780 A, Migne), patriarclie du xi e siècle 4 . 

1. A moins que Ibxry] ne suit au génitif, mai-s alors toute construction disparait. 

2. On pourrait aussi supposer, comme me le fait observer M. S. de Ricci, que 
àvEveuxjav est une faute pour àvEvéoxra et traduire en conséquence : « Moi, José... 
j'ai réparé », etc. 

3. 'Ioxyrj; ligure dans plusieurs épitaphes juives de Rome : Vogelstein et Rieger, 
Geschichte der Juden in Rom, I, Beilage, n°" 21, 45, 122 (?), 142 (en latin). 

4. ôxt \i.eyâlri xi; yjv 'EêpaïxY) rote ei; 'Pu>(ay]v {sic), xaOto; xoà r\ fiifiloc, rtôv upa^éiov 
xùiv 'A7ro<rTÔ),o)v 5ta<ra?£Î. Je ne vois d'ailleurs rien de tel dans les Actes des Apôtres, 
oh. i iviii. 



\oTKS SI MÉLANGES 287 

Mais je crois bien que c'en est ici le plus ancien exemple et, en tout 
cas. la première l'ois que ce ternit apparaît dans un document juif. 
Ces! encore un eiïet de l'influença du milieu ambiant. 

Reste à déterminer L'époque de notre inscription. 

Les épigrapbi8tea consul les par Mcnardos Ton! située d'un com- 
mun accord, d'après la forme des caractères, entre le n e et le 
iv« siècle après 1ère chrétienne. On peut, je crois, affirmer qu'elle 
n'est pas antérieure a l'an 300 ou même 350. En effet, les Juifs, 
fort nombreux à Gypre au i er siècle, furent, on le sait, bannis de 
cette île, sous peine de mort, à la suite de leur atroce rébellion de 
lan 115, où ils massacrèrent, dit-on, 340,000 païens *. Cette loi 
était encore en vigueur à l'époque où Dion Cassius publia son his- 
toire, c'est-à-dire vers 330 : il affirme qu'un Juif qui abordait dans 
l'île, même poussé par un naufrage, était mis à mort sans pitié. En 
revanche, la loi était tombée en désuétude sous Arcadius et Hono- 
rius [393-408 : \e biographe d'Épiphane rapporte 2 une anecdote, 
heureusement exhumée par Menardos, concernant un entretien 
entre le saint évêque (mort en 403) et un rabbin Isaac de Cons- 
tantia (l'ancienne Salamine. C'est donc entre ces deux dates, 330 
et 403, que s'est effectué le retour des Juifs à Cypre. Si l'on consi- 
dère les sentiments plus que tièdes témoignés par les premiers 
empereurs chrétiens envers Israël, on sera porté à placer l'évé- 
nement dans la première partie de cette période, dans cette époque 
troublée du milieu du m 6 siècle où dans le monde romain, tombé 
presque en dissolution, tant de vieilles distinctions s'effacèrent, 
tant de vieilles lois tombèrent dans l'oubli. Si les Juifs sont rentrés 
a Cypre vers 350, une synagogue construite vers cette date n'a 
guère dû exiger de réparation avant 300 : c'est l'époque supérieure 
probable de notre inscription ; l'époque inférieure d'après l'aspect 
des caractères, est l'an 400 3 . L'entretien des anciennes synagogues 
était pour les Juifs pieux un devoir d'autant plus impérieux que 
le gouvernement impérial voyait d'un mauvais œil la construction 
de synagogues nouvelles et finit même par l'interdire formellement 
(C. Theod., XVI, S. 35, an 433). 

Je n'aperçois, on le voil, aucune raison de révoquer en doute 
avec Menardos l'authenticité de la loi d'exil rapportée par Dion ou 



1. Dion Cassius, LXVIH, 32. Eusèbe et Orose ne parlent que de la destruction de 
Salamine. 

2. I, l'y*, Diudorf. Ou sait qu'Épiph.me lui-même passait pour être d'origine juive 
(palestinienne). 

:>. Le terme «pecr6uTSpot ne peul nous guider : il Ml encore <mi usage au temp* il*' 
Justin ien p. »'\. Nov. 1 w> . 



288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la mettre sur le compte de son abréviateur Xipbilin, qui ne s'est 
pas permis de pareilles libertés. Il suffit d'admettre que cette loi 
cessa d'être observée ou fut abrogée au bout de cent vingt ou 
cent trente ans : c'est déjà une belle durée. La pierre de Golgoi 
est le premier témoignage authentique de sa désuétude ; à ce titre 
elle mérite l'attention de tous les historiens et le pieux respect de 
la communauté actuelle de la grande île. 

Théodore Reinach. 



LA DIGNITÉ DE GIÉROUSIARQUE DE LA SYNAGOGUE 

Aux environs de l'ère chrétienne, chaque communauté juive 
avait à sa tête un yspouffiàp^ç, en hébreu zakên. Ce qui intéresse 
surtout les théologiens chrétiens, c'est de savoir « si et jusqu'à quel 
point l'organisation des communautés juives a servi de modèle à 
celle des plus anciennes communautés chrétiennes 1 » ; nous avons, 
nous, à nous demander quelle était la sphère d'activité de ces 
dignitaires et quels rapports existaient entre eux et les autres 
fonctionnaires de la synagogue. Les sources auxquelles nous 
devons recourir sont, outre les inscriptions, qui sont fort nom- 
breuses, les renseignements fournis par la littérature talmudique. 
Dans cet examen, nous aurons naturellement à rechercher si le 
guérousiarque n'était pas essentiellement le titulaire des fonctions 
enseignantes. Schurer et Hœnnicke le nient. « Chez les Juifs, dit le 
second, les 7rpe<r6uT£poi, les û^pî, étaient les autorités locales ; ils 
avaient des attributions en partie administratives, en partie judi- 
ciaires, en partie disciplinaires. Dans les synagogues, les Trpsdêuxspoi 
n'étaient pas des docteurs 2 ». La suite de notre étude montrera 
d'elle-même ce qu'il faut penser de cette assertion. 

Examinons, d'abord, d'un peu près les qualifications qui appa- 
raissent dans les inscriptions. Comme Schurer l'a observé, le titre 
de 7rpecr6uT£poç ne figure pas du tout dans les inscriptions romaines. 
Celles-ci nous font connaître les guérousiarques suivants 3 : Pan- 
charius, qui élève un monument à sa fille Dulcitia ; Quintanus, 

1. Theologische Literaturzeitung, 1879, col. 544; Schurer, Die Gemeindever- 
fassung der Juden in Rom (Leipzig, 1879), p. 20. 

2. Hœnnicke, Das Judenchristentum, p. 265. 

•i. Cf. Berliner, Geschichle der Juden in Rom, I, p. 66. 



NOTES ET MÉLANGES 189 

guérousiarque de la synagogue des Augustéslens, qui vécut cin- 
quante-quatre ans; Théophile et Ursacius d'Aquilée. De même, les 
inscriptions de la Grèce ne connaissent que des guérousiarques 1 , 
tandis que celles de l'Asie mineure nomment des 7tps<j$uTepoç a . On 
pourrait en induire que les communautés de l'Europe rendaient 
zakén par Yspouffiàp^ç, celles d'Asie et d'Afrique par wpeffêuTepoç, et 
ce résultat serait confirmé par les textes littéraires, dans lesquels 
la seconde désignation est seule usitée 3 , ce qui s'expliquerait en 
admettant que les écrivains ont pris l'Orient pour modèle. 

L'installation des guérousiarques avait lieu solennellement, et 
l'anniversaire de la cérémonie était longtemps encore célébré par 
celui qui en avait été le héros. L'aggadiste R. Berechya décrit cette 
solennité dans un exemple emprunté à la vie même : «Un guérou- 
siarque avait un manteau qu'il recommanda à son serviteur de 
garder et de nettoyer avec un soin particulier. Le serviteur s'en 
étonne: «Maître, de tous les vêtements que tu as, celui-ci est le 
seul pour lequel tu me donnes des ordres ». Le guérousiarque lui 
répond : « C'est parce qu'on m'en a revêtu au moment de mon 
entrée en fonctions 4 ». S'il ne résulte pas de ce passage que les 
guérousiarques portaient un costume spécial, en voici un autre 
qui paraît affirmatif à ce sujet. R. Yosiya dit des guérousiarques, 
qui étaient en même temps des juges, mais qui devaient leur 
dignité, leur considération et aussi leur pouvoir, moins à leurs capa- 
cités et à leur caractère qu'à l'argent, que leur costume ressemble à 
la couverture d'un âne 5 . Ces paroles supposent l'existence d'un 
costume officiel et traditionnel ; c'est comme si nous disions 
aujourd'hui d'un prêtre qu'il ne fait pas honneur à sa soutane ou 
d'un juge qu'il déshonore la robe. Nous verrons tout à l'heure que 
les guérousiarques étaient des docteurs et on peut se demander si 
ceux-ci ne portaient pas également, en cette qualité, un costume 6 . 

Nous ne connaissons plus les détails de la cérémonie de l'instal- 
lation. D'après quelques-uns, celle-ci se faisait par l'imposition des 
mains ; mais la majorité pensait qu'elle avait lieu oralement 7 . On 

1. Cf. Oehler, Epigraphische Bellràge zut Geschlchle des Judenlums, dans 
Monateschrifi, LUI (1909), p. 445 et s. (n°' 128, 140, 161, 167, 198 (Ostie; cf. p. 531). 

1. Ibid., p. 296 et s. (n°« 46, 47, 52, 78, 84-86), p. 451 (n° 227, Alexandrie) ; cf. 
p. 531. 

3. V. Hœnnicke, op. cit., p. 265. 

4. Pesikta de R. K., il a ; Lév. >•., 7; Tanhoutna, Kl tissa. 
•">. J. Biccourim, m, 'i. 

6. (Question étudiée par Krauss dans les Mélanges Moses Bloeli ; cf. A. Perles, Magyar 
Zsidô Szemle, 1905, p. 146 et s. (qui y répond négativement). 

7. j. Horaïot, m, 2. 

T. LXI, n* 122. 1!» 



290 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

se levait devant le guérousiàrque eu signe de respect, on lui don- 
nait le titre de « rabbi » ; enfin le manteau officiel qu'il portait 
était le signe de sa dignité*. Celle-ci était la plus haute que la 
synagogue pût conférer; d'après H. Josué b. Lévi, le guérousiàrque 
passe avant l'archisynagogue [r.osah [ha- Kent set h]) 2 . Le droit de 
nommer le guérousiàrque était aux mains des patriarches, mais 
seulement depuis l'époque de Juda I jusqu'à celle de Juda II :{ . 
Cependant ce t'ait n'est attesté que pour la Palestine, et nous ne 
savons pas comment se taisait la nomination des guérousiarques et 
des autres dignitaires de la synagogue dans la Diaspora. Un pas- 
sage intéressant pour l'histoire du guérousiarcat a été négligé 
jusqu'ici : «Quand on veut nommer des guérousiarques, lesquels 
doit-on nommer, ceux de Tibériade ou ceux de Darom (Sud)? R. 
Simon dit : Juda (Tibériade) monte en tête (Juges, i, 2), R. Manna 
lui répondit : C'est seulement pour la guerre, mais pour l'ordina- 
tion, ce sont ceux qui voient la face du roi, qui siègent en avant 
dans le royaume (Esther, i, 14) '• ». Cette discussion se place à 
l'époque de R. Juda III, à quiDioclétien causa de grosses difficultés. 
Les rabbins ne savaient pas s'ils devaient obéir au gouvernement 
ou au patriarche. Ceux de Tibériade lui restèrent toujours tidèles ; 
il n'en fut pas de même de ceux deCésarée et de Sepphoris, qui ne 
voulaient pas ne pas tenir compte du gouvernement romain 3 . 

On sait que les communautés demandaient au patriarche de lui 
désigner des fonctionnaires. Ainsi, les habitants de Simonia deman- 
dèrent à Rabhi (il s'agit ici de Juda I) un prédicateur-juge-A«r«//- 
maître ; il leur indiqua Lévi b. Sissi ,; . Les membres de la commu- 
nauté de Boçra adressent une requête semblable à Simon b. 
Lakisch 7 . Nous trouvons en effet les guérousiarques fonctionnant 
dans les communautés comme prédicateurs, juges et docteurs ; 
mais, avant d'examiner ces différentes fonctions exercées par eux, 
nous avons a considérer leur situation en général et à relever 
quelques institutions et enseignements des zekhùni harischon'mi . 

La puissance et l'autorité des guérousiarques sont nettement 
caractérisées par cette phrase : « les Israélites ne peuvent rien faire 



i. ,j. liiccoarhn, ni, 3 ; Midrasch Sa/tiael, p. t>8, Buber. 

2. j. Horaïot, ni. 5. 

3. V. Graetz, Geschichte, IV, 452. 

4. j. Horaïot, m, 5. 

5. V. Landsbeiv, Hikrê Léw, II. 83. 

»i. j. Yehdmol, \'.',n: <ioi. /•.. 81. CA. Giutz, Cesch'uhte, IV, 62, n. 4: Uiielilrr. 
Sepphoris, 30, n. 4. 
1 . j. Schebiit, vi, 1. 



Nnï'KS KT MELANGES 30i 

sans leurs guérousiarques ' ». Néanmoins il doil y avoir eu beau- 
coup d'indépendants qui ne lenaient aucun compte de leurs ordres 
el les prédicateurs recommandaient à leurs auditeurs de ne pas 
dire qu'ils ne suivront pas les commandements des guérousiarques, 
sous prétexte qu'ils ne sont pas de laTora, car les prescriptions des 
guérousiarques, comme celles de laTora, ont toutes été données par 
le même pasleur-. On cite de ces prescriptions. Les anciens guérou- 
siarques (zekénim ha-rischoaim) ont enseigné que la femme qui a 
ses règles ne doit pas se farder les yeux, ni se maquiller le visage 
ni revêtir des habits de couleur 3 . Un autre texte nous a conservé 
un discours de consolation des « anciens guérousiarques » : « cette 
mesure subsiste dans toutes les générations, la verge qui frappe 
Israël frappera un jour les ennemis d'Israël 4 ». 

L'activité enseignante des guérousiarques est contestée par les 
théologiens protestants, mais à tort, comme le prouvent les 
quelques passages suivants. Quand un guérousiarque est assis et 
prêche (enseigne), beaucoup de prosélytes viennent et se conver- 
tissent au judaïsme 5 . Assieds-toi aux pieds du guérousiarque et 
écoute son enseignement . Quand le guérousiarque est assis et 
prêche et qu'on dit après lui « amen »... 7 . Il est un reproche 
qu'on fait souvent au guérousiarcat, mais il vise les fonctions 
judiciaires des guérousiarques. Un guérousiarque est assis et 
enseigne : « tu ne pervertiras pas la justice », et il pervertit la 
justice ; « tu n'accepteras pas des dons corrupteurs », et il se laisse 
corrompre 8 . Ainsi se traduit le mécontentement à l'égard d'un 
guérousiarque injuste ; on lui refusait le respect qui lui était dû, 
on ne lui décernait pas le titre honorifique de « rabbi », on ne se 
levait pas devant lui et on dédaignait jusqu'à son costume . Il s'est 
même conservé quelques prédications satiriques contre ces gué- 
rousiarques qui n'avaient dû leur nomination qu'au caprice des 
patriarches ou à leur argent et à leur influence sociale 10 . Ces abus 
furent cause qu'on restreignit le droit de nomination du Patriarche, 
dont on blâmait vivement la conduite. La restriction consista sans 



I . Léo, r., M. 

1. Sombres r., 23. 

:;. Sabbat, 64 6. 

i. Mechi/hi. "J'f6, Friedraanu; 

.'j. Cant. r., ad i, 15. 

♦i. j. Taanit, n, 2. 

7. Eccl r., ad ix, 14. 

8. Ib., ad ix, 16 ; Ruth r., <ul i, 1. 

9. j. Bicc, m, 3. 
10. lhid., Sanh., 7 b. 



îi92 HEVUK DES ÉTUDES JUIVES 

doute, comme Grœtz l'a bien vu\ en ce que les patriarches ne 
purent plus procéder seuls à la nomination, mais qu'ils durent 
s'entourer du consentement du Béth-Din. R. Simon ben Lakisch 
lit entendre le blâme le plus sévère en disant : « Celui qui installe 
un juge indigne élève un temple idolàtrique en Israël 2 . Les fonc- 
tions de juge étaient une condition de la nomination des guérou- 
siarques dans la Lischkal ha-gazit z , où siégeait la guérousia que 
nous connaissons par Josèphe et à laquelle on soumettait les 
causes douteuses 5 . Aux fonctions judiciaires était attaché le pou- 
voir d'exécuter les sentences. La synagogue étant dans L'antiquité 
le lieu où les condamnés essuyaient leur peine, les chefs de la 
synagogue, les guérousiarques, avaient le droit de faire procéder 
à son exécution :i . 

Il résulte avec certitude de ce qui précède que le guérousiarque 
avait dans ses fonctions l'enseignement et la prédication. On peut 
aussi regarder comme établi qu'il était le chef de la communauté 6 . 

A. Marmorstein. 



LES LIVRES DE COMPTES DE CERF BERR ET DE SES FILS 

Les Archives de la Principauté de Monaco, collection très pré- 
cieuse pour l'histoire, contiennent six volumes (petit in-folio) 
rédigés en judéo-allemand, qui forment la comptabilité des ban- 
quiers strasbourgeois Cerf Berr et fils. C'est un résumé des affaires 

1. Geschichte, IV, 452. 

2. Sanh.< 7/>. 

3. Nombres r., 6. 

4. Josèphe, Antiquités, IV, 8, 14, 218. V. Buchler, Dus Synedrion, p. 62, n. 57 ; 
p. 83, n 76 ; p. 91, n. 83. 

5. V. Yalkout, 243 c (Yelamdénou) : le zakên frappe le blasphémateur. — Avant 
rétablissement d'un calendrier fixe, le guérousiarque jouait un rôle dans l'intercalation 
du mois [Pesikta, 55a). 

6. [Les zekênim harischonim sont, sans contredit, les anciens rabbins de l'époque 
préhistorique. C'est comme si l'on disait: les gens de la Grande Synagogue. Quant 
aux anciens qui prêchent, ce sont, incontestablement aussi, de simples prédicateurs, 
qui n'ont pas d'autres fonctions, pas plus que le ministre-officiant, dont on réclamait 
qu'il fût zaken, n'était un guérousiarque Les textes suivants doivent être sûrement 
écartés du débat, car ils ne visent aucunement des guérousiarques : Noinbr. r., 6 et 23 : 
Sabbat, 64 6 : Mechilta, 54 b ; Cant. r., sur 1, 15; j. Taanil, 2, 2 ; Pesikta, 55 a. 
— Israël Lévi]. 



NOTES ET MÉLANGES 293 

faites par ces fournisseurs de L'armée pour le compte de la France, 
depuis 1773 jusqu'en 1700. Outre leur intérêt historique, ces 
manuscrits sont des plus curieux pour les spécimens qu'ils nous 
donnent du langage employé alors en Alsace dans la tenue des 
livres. C'est un amalgame singulier de français, d'allemand et 
d'hébreu. En voici la description sommaire : 

N° 56. Il commence le 10 décembre 1788; la première page a 
pour titre ttrurp-j "pbNî (Sollen [doivent] divers). Puis on lit ces 
mots : 

L. 554,166.13.4 bra *p «jétts msmizî V 3 - 

« En association avec Foras, une somme de 554.166 livres 
13 sous 4 deniers. » Au-dessous, on lit : an^asn '73 b* *nbap, 
«j'ai reçu par M. De Biré », trésorier général de la guerre. Puis 
vient le détail de la somme sus-énoncée au compte Foras poul- 
ies mois d'octobre, novembre et décembre, réglés par , |VDB , npo:n 
« Rescriptions ». 

Pour escompte d'une avance de 25.000, le 22 novembre ^vdïi (?), 
avec courtage, il a été perçu 1.643 1. 89. — Au débit (Soit) de la 
caisse figurent les iNttar^BK (appointements) de Berr Lob, à raison 
de 300 livres par an. 

Le 12 février 1789, la caisse a reçu par Moïse Weil p^nantt, pour 
M. De Biré, une somme à valoir. 

Le volume se termine au fol. 25, daté du 30 may 1790 et visé par 
deux paraphes. — Fin : « Geb icb in Zablung an letzteren 
•jawap *'y « (par) Jacob Hecht ». 

N° 57. Plus soigneusement tenu que le précédent. Il est réglé 
par colonnes, dont trois à droite sont ainsi libellées : Art. du 
Journal. — Folio. — Date. Le texte suit par deux pages, Doit et 
avoir, en regard l'une de l'autre. Les comptes sont arrêtés au 
9 may 1790, détaillant les totaux du précédent volume, et s'arrête 
au fol. 31 par la balance des chiffres à ce jour. 

N° 58. Répertoire du grand livre des fournisseurs de fourrages, 
par ordre alphabétique de a à v. Le premier nom inscrit est celui 
d'Abraham "pana©^** à Bischheim; le dernier est celui d'un sieur 
Schulmann Gabriel à Schlestadt. Une colonne à l'extrême gauche 
donne la référence par page du « grand livre ». Ce volume non 
daté est intitulé : n° 6, Cerf Berr et fils. 

N° 59. Autre répertoire des livres de commerce, titre en hébreu 
carré calligraphié. Ce volume commence le 30 mai 1784 et se 
termine en 1789. 

N° 60. Livre de caisse de M. Wolff (sans prénom). Ce livre est 
numéroté l'avant-dernier de la série, au lieu d'être le premier, 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

puisqu'il va du 7 octobre 1773 au 29 mai 1775. Le doit est écrit à 
droite, en regard de la page Ravoir à gauche. 

N°62. Compte général de Cerf Berr et de son gendre. Titre égale- 
ment calligraphié en hébreu carré. Il commence le 1 er janvier 1780 
et s'arrête (fol. 17) au 30 décembre 1786. 

Quand et comment s'est-il fait que ces volumes aient quitté 
l'Alsace et soient parvenus à la Principauté de Monaco? On sait 
qu'une nièce du cardinal Mazarin, Hortense, cinquième fille de 
Mancini, épousa en 4661 Armand Charles de la Porte, marquis à% 
La Meilleraye. Celui-ci reçut alors le titre de duc de Mazarin, que 
le cardinal transmit, peu avant sa mort, à son neveu par alliance, 
avec la plus grande partie de sa fortune. Le duc Armand de 
Mazarin, nommé gouverneur de l'Alsace, réussit à faire prêter, par 
les dix villes « impériales », le serment de fidélité et d'obéissance 
à la juridiction française. Au siècle suivant, les greffes reçurent 
probablement, en cas de litige, les livres de commerce des négo- 
ciants qui étaient engagés envers l'administration française, tels 
que les fournisseurs de l'armée. C'était le cas des Cerf Berr et fils. 

Or, d'autre part, le cinquième et dernier duc d'Aumont, mort en 
1799, avait épousé Louise-Jeanne de Durfort-Duras, duchesse de 
Mazarin. A son tour, sa fille unique apporta en dot les deux duchés 
d'Aumont et de Mazarin à la famille Grimaldi, en épousant le prince 
monégasque Honoré III. Par suite de cette alliance, observe E.-T. 
Hamy ', les papiers du maréchal d'Aumont (y compris ceux de ses 
descendants et de leur gestion) se trouvent dans les Archives de 
Monaco. Il est à présumer donc que ces livres, tous classés dans 
la série S*, sont parvenus là lors de la Restauration. — Sous le 
n° 61, figure un compte rédigé comme les précédents. 

Moïse Schwab. 



DOCUMENTS HÉBREUX DU MUSÉE DE CLUNY 

Nous avons décrit 2 deux vieux rituels hébreux, sur vélin, élé- 
gamment illustrés, qui font partie de la collection juive du Musée 
de Cluny. D'autres documents du même dépôt méritent aussi une 
description. Ce sont : 

N° 12294 (ancien 74 de la collection Strauss), contrat de mariage 

1. Correspondance du Cardinal Mazarin avec le maréchal d'Aumont (Monaco, 
1904, in- 4" ,, préface. Cf. Th. Reinach, Notice sur la vie et les œuvres de M. Ernest 
Hamy, 191 u, p. 64. 

2. Revue, L, 136-9. 



NOTES kt mélanuks iU 

du Baron Siiià, dont on voit encore vaguement les armoiries dans 
un dessin presque etfâcê ëii tête de la pièce. Le texte est dispose 
en deux colonnes : la première, à droil<\ ëh belle écriture canvr. 
cou Ment le contrat d'un mariage contracté a Modène, « ville sise 
sur Seechio Fanara », entre Nathan Molco et Grazia n'a '12 ', fille 
de feu Israël Halévi. La date a été grattée, el — dans un but 
e\ident de falsification, pour donner à la pièce une ancienneté 
relative, — on a ajouté le chiffre ordinaire 1543. La facture des 
ornements révèle que ce contrat est du xvm e siècle. En effet, 
dans la notice de la collection Strauss, Georges Stehne adopte 
la date 1756; seulement comme nom de lieu, il donne Venise (non 
Modène nettement lisible ici); aussi Ton se demande s'il va eu 
mutation de pièces dans le long intervalle de temps qui s'est écoulé 
entre la rédaction de cette notice (1877) et la donation faite parla 
baronne Nathaniel de Rothschild, eh 1891. 

La deuxième colonne en écriture rahbi nique italienne relaie les 
conditions spéciales à chacun des futurs époux. Au bas sont les 
signatures. 

Autour des textes est disposé en rectangle fermé le verset de 
Ruth, iv, 11, écrit en lettres carrées. Les deux colonnes du texte, 
placées sous deux arcs, sont encadrées par une frise de cartouches 
contenant des versets ou hémistiches du Psaume des degrés, cxxviii. 
Bordant les motifs, un autre entourage représente différentes 
scènes domestiques dans les cartouches ; en outre, les signes du 
zodiaque sont peints au milieu des rinceaux qui les relient. La 
richesse et l'harmonie des couleurs dénotent l'art italien. 

N° 12.295 (anc. n° 75). Autre contrat de mariage, dressé dans la 
ville d'Ancône, située « au bord de la mer à l'embouchure de 
l'Aspe et de Fiumesino », le vendredi 12 Tisri 5536 = 6 octobre 
1775, entre Moïse David fils d'Obadiah Israël d'Obadiah, et demoi- 
selle Simha na» 2 fille de Gedalia de Sinigaglia, de la ville de 
Luogo. Suivent les signatures, puis viennent les conditions du 
contrat, également en écriture rabbinique italienne, et de nouveau 
les signatures. 

Bien que les ornements, les rinceaux et les bordures diffèrent 
du précédent acte, le style est semblable. 

N° 12.311. Epithalame pour le mariage de Maître Israël, fils de 
Jacob Hayyim, avec demoiselle Miriam fille de Sem de Samuel 
Menahem. Suit un sonnet selon la forme nettement classique, se 

1. Initiales de l'eulogie : "pian bîTI&ïa D^tSaTD « plus que toutes les femmes sous 
la tente, soit bénie -• (Juges, v, 24). 

2. Même eulogie que la précédente. 



2% REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

composant de deux quatrains à rimes alternées, puis de deux 
tercets avec assonances et concetti italiens. Le premier tercet 
s'adresse au fiancé, le second à la fiancée. 

Les mots en grosses lettres sont brodées à la main. De même, 
au-dessus du texte, on trouve brodées les deux mains adigitées, 
insignes des Cohanim. Après quoi se détache en grands caractères 
et formant titre le mot •wioaa, « Pour le mariage de », ou « A mon 
mariage ». 

La lecture de ce terme est ambiguë : si le suffixe est supposé 
être vocalisé aï, il désigne la première personne, et le fiancé serait 
lui-même fauteur de l'épithalame, ce qui n'est pas impossible. 
Mais la première ligne commence par un qualificatif à la troisième 
personne, nvarr *m « lui l'agréable » et il n'est guère probable 
que le fiancé ait été si peu modeste. 

La pièce n'est pas datée ; mais par le ton et le coloris un peu 
plus sombre que celui des deux autres pièces, celle-ci doit être du 
Nord de l'Italie ; elle date aussi du xvnr 3 siècle. 

Finalement, une simple mention est suffisante pour noter les 
huit rouleaux d'Esther présents dans ce dépôt. Les colonnes de 
chacun d'eux sont encadrées de scènes représentant les diverses 
phases de l'histoire d'Esther peintes par des artistes hollandais du 
xvn e ou du xvm e siècle. 

Ils portent les numéros suivants : 12.263, 12.296, 12.354 (3 sous 
le même numéro), 12.357, 13.107, 18.305 (ce dernier est un don du 
comte de Gamondo). 

Moïse Schwab. 



BIBLIOGRAPHIE 



TRAVAUX RÉCENTS SUR L'ÉPOQUE DES GUEONIM. 



Eppenstein (S.). Beitràge zur Geschichte und Literatur im gao- 
naischen Zeitalter, dans la Monatsschrift fur Geschichte und Wissenschaft 
des Judentums, LU (1908), p. 328-343, 455-472, 591-620 ; {Neue Folge) L1V (1910), 
p. 189-205, 305-320, 452-461, 588-599; LV, 64-75 (à suivre). 

Epsteih (A.), bas nrïï^ D"3*iN:«r: nvnpb mnpa Quellen zur Geschichte 
der Geonim und der babylonischen Hochschulen, dans les Mélanges 
Harkavy {Fesfschrift), 1908 [1909], p. 164-174. 

Frankl iPh.). Quellen zur Geschichte der Geonim, dans le Jahrbuch der 
Judisch-Literarischen Gesellschaft, VI (1908) [1909], p. 344-358. 

Ginzberg (L.). Geonica. I : The Geonim and their halakic writings. 11: Geni- 
zah Studies (avec un titre hébreu : nraan *J73 D^aiNSn màlTSni PlbfiTO 
D^Hl£7aa TON). New-York, The Jewish Theological Seminary of America, 
1909; 2 vol. in-8° de xn-210 et 425 p. 

Lfwin B.). Prolegomena zu einer neuen Ausgabe vom Send- 
schreiben des R. Scherira Gaon. Francfort, L. Golde, 1910; in-8° de 
66 p. (tirage à part du Jahrbuch der Judisch-Literarischen Gesellschaft, Vil 
(1909). 

Marx (A.). Untersuchungen zum Siddur des Gaon R. Amram. I : Die 

handschriftliche Ueberlieferung. Berlin, Poppelauer, 1908; in-8° de 28 + 38 
(partie hébraïque) p. (tirage à part du Jahrbuch der Judisch-Literarischen 
Gesellschaft, V (1907). 

Idem. Studies in Gaonic History and Littérature, dans The Jewish 

Quarterly Reviev), New Séries, I (1910), p. 61-104. 
Poznanski (S.). 1N"|-pp "»tt33N Esquisse historique sur les Juifs de Kaï- 

rouan. Varsovie, 1909; in-8° de 47 p. (tirage à part des Mélanges Harkavy). 

Idem. D^aifittH noipnb D^anan D^ailB D^ray Studien zur gaonâischen 
Epoche. I. Heft. Varsovie, 1909 ; in-8° de 70 p. (tirage à part de Hakedem, 
I et II), 

Si l'époque des Gueonim est, comme on l'a caractérisée, le moyen âge 
de l'histoire juive, jamais nous n'avons eu plus de médiévistes qu'aujour- 
d'hui. Une foule de travaux ont été consacrés en ces derniers temps à 



298 HEYUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'histoire et surtout à l'histoire littéraire de cette période. La faveur dont 
elle jouit auprès de nos savants est due sans doute à ce qu'elle est vrai- 
ment une période historique, pour laquelle ils disposent de documents 
contemporains, authentiques, originaux. La découverte de la Gueniza 
cairote a donné un grand essor à leurs études en enrichissant leur docu- 
mentation d'innombrables trouvailles. Pour un historien accoutumé a 
raffiner sur des textes littéraires battus et rebattus, être fourni de docu- 
ments inédits et insoupçonnés, quelle aubaine ! Or, « il n'est pas excessif 
de prétendre que la découverte de la Gueniza n'a fait époque dans aucune 
branche de la science juive autant que dans l'histoire des Gueonim » 
[Geonica, 1, p. ix). En outre, ces révélations invitent les savants a 
reprendre les questions anciennes, a reviser les solutions antérieures à la 
lumière des sources nouvelles ou renouvelées ; les erreurs font place a 
des vérités ou à des hypothèses plus approximatives et le passé s'éclaire 
d'une lumière plus abondante, ou différente, ou toute neuve. 



# # * 



Il faut mettre hors de pair les deux volumes de M. Ginzberg. Par 
l'abondance des matériaux, l'habileté de la mise en œuvre et la nouveauté 
des résultats, ses Geonica ne sont pas seulement une contribution capitale 
à l'histoire de la période étudiée, mais encore un des meilleurs travaux 
(îui aient paru depuis quelque temps dans le domaine de l'histoire juive. 
M. Ginzberg, qui connaît à fond la littérature rabbinique, l'enrichit par 
la publication de nombreux textes inédits, qu'il utilise pour reconstituer 
et faire revivre le passé. Historien, il démêle les causes, ou les mobiles, 
et les effets ; il discerne l'enchaînement des faits et l'influence des 
hommes. Son œuvre de construction s'oppose aux Dorot Harischonim de 
M. Isaac Halévy, dont il est l'adversaire conscient et qu'il combat souvent 
avec ironie (voir p. ex. t. I, p. 70-71), et fait éclater la supériorité de 
l'histoire documentaire sur la critique dialectique. Elle renouvelle en 
tout ou en partie les questions traitées à l'aide de sources connues et 
inédites. Dans le tome II (dont les 165 premières pages ont d'abord paru 
dans les vol. XVI a XX de la J.Q.R.), M. Ginzberg a publié, en les 
commentant, les consultations des Gueonim en hébreu provenant de la 
Gueniza et conservées soit a la Bibliothèque de l'Université de Cam- 
bridge, soit à la Bodléienne ; il y a joint en appendice des fragments des 
Scheëllot et des Halachot GuedolOt de la même provenance. Ce volume 
doit être contrôlé par le I er , auquel il a fourni les matériaux et qu'il 
rectifie sur des points de détail. L'édition de ces textes a été, ett effet, 
pour M. Ginzberg l'occasion d'investigations d'où est sorti le tome f des 
Geonica ; il y étudie l'institution du gaonat (p. 1-71) et l'activité littéraire 
«les Gueonim, considérés comme autorités hàlachiques, dans les diffé- 
rentes branches de la halaeha, codification, liturgie et consultations 
(p. 72 2ôSj. Toutes ces recherches sont menées avec une sûreté ef 



BIBLIOGRAPHIE 200 

exposées avec une clarté qui en dissimulent parfois les faiblesses, dues à 
un excès d'ingéniosité 1 . 

Presque aussi variées, les études de M. Eppenstein ne visent ni à tant 
d'unité, ni a tant d'originalité. Ayant eu à rééditer le tome V de la grande 
Histoire de Graetz \ il a réuni a cette occasion les contributions à tliistoire 
et ù la littérature de V époque des Gueonim par lesquelles différents 
savants ont modifié ou complété les informations et les vues de l'historien 
de Breslau. Elles ont pour objets : 1° Bostanaï; 2° les rapports mutuels 
de l'exilarcat et du gaonat et l'organisation de l'enseignement dans les 
Metibtas ; 3° l'activité intellectuelle en Palestine jusqu'au début du 
x e siècle (l'histoire de la poésie synagogale, l'histoire de la Massora, 
l'étude de la Loi) . 4* Saadia Gaon, sa vie et ses écrits. t)ans ces articles, 
dont la série n'est pas encore terminée, M. Eppenstein se montre géné- 
ralement bien informé et judicieux; il prend de toutes mains, de I3rïill 
aussi bien que d'ïsaac Halévy ; mais prudent pour lui-même, il ne se 
méfie pas assez des hypothèses d'autrui. En outre, pour relever son exposé, 
il affecte des tendances apologétiques, qui s'épuisent parfois en décla- 
mations inoffensives, mais qui peuvent faire tort aussi à la vérité 
historique 3 . 

M. Poznanski, dont de nombreuses monographies ont établi la maîtrise 
dans ce domaine obscur, estime qu'avant de pouvoir écrire l'histoire du 
gaonat, il faut élucider certaines questions, notamment celles qui ont 
trait à la vie intérieure des académies. C'est le but de ses Études. La 
première série en comprend deux : 1° les Gueonim et le Yerouschalmi ; 
2' le titre de alloufon roseh-kalla''. — Enûn, M. Marx s'est proposé à la fois 
de publier de nouveaux documents et de reprendre l'examen des sources 
déjà connues; il paraît se tenir de préférence aux dernières années et à 
la périphérie de la période des Gueonim. Dans son premier article, une 
étude historique sur les académies palestiniennes et une étude littéraire 
sur le Séfer Metibot encadrent une notice sur Paltiel-Jauhar, où il défend 
l'identité, proposée par de Goeje, de Paltiel avec Djauhar, le fameux 
ministre d'al-Mouizz, en s'aidant d'un récit du Séfer Hassidim (§ 545 
M. N., déjà signalé Revue, XLIX, 160), où l'astrologue juif, emmené 
captif a Kairouan, est présenté au sultan (Al-Mansour), qui a un médecin 
juif (peut-être ïsaac Israéli). 

Le sujet des autres travaux est suffisamment indiqué par leurs titres et 

1. Comp. le compte rendu de M. Marx, dans la Z. f. H. B., XIII (1909), 165-175. 

2. Leipzig, 1909. Voir les recensions de MM. Bâcher (O. /.. Z., 1910, col. 77-79), 
Marx (Z. f. H. B., XIV, 136-139) et Poznanski [Revue, LX, 306-312). 

3. Les Beitràge zur Geschichte und Lileratur der gaonàischen Période de M. Mai- 
morstein (Monatsschrift, L [1906], 589 et s.; LI, 733 et s.) n'ont d'autre rapport avec 
la période des Gueonim que le titre, comme l'a fait observer M. Brody (MonatsschHf'f, 
LU, 246) ; ce sont des textes poétiques de la Gueniza qui remontent au moyen âge. Par 
contre les Poetic Fragments from the Genizah de M. Davidson (Jew. Quart. Rev.. 
N. S., I [1910], 105 et s., 231 et s.) se rapportent à notre période. 

4. Comp. le compte rendu de M. Marx, Z. f. H. H., XIII, îb-13 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le contenu en sera rappelé dans la suite. Nous nous proposons, en effet, 
moins d'apprécier les études nombreuses et diverses sur la période des 
Gueonim qui ont paru récemment que d'en résumer les résultats indépen- 
dants ou concordants, en les coordonnant et au besoin en les rectifiant 
les uns par les autres : nos références n'auront d'autre but que d'inviter 
à des conférences. 



Les sources ne manquent pas, nous l'avons dit, pour écrire l'histoire des 
Gueonim. M. Frankl, disciple d'Isaac Halévy, fait ressortir l'importance de 
la Lettre de Scherira, bien supérieure à Ibn Daud et surtout à la relation 
de Natan ha-Babli; il insiste ensuite sur la valeur documentaire des 
Consultations, qui nous introduisent dans la vie intérieure de cette époque 
et qui justifient, paraît-il, les Gueonim des reproches lancés contre eux. 
Au lieu de mettre toutes les sources historiques sur le même plan, 
M. Epstein, ayant constaté que les Gueonim avaient eux-mêmes des docu- 
ments et des annales dans leurs archives (il parle aussi de chroniques des 
exilarques, mais les passages auxquels il se réfère n'en soufflent mot; 
p. 165, n. 2, où il faut lire Revue, XLII, 194), distingue entre les sources 
provenant de Sora et celles de Poumbedita, et voici quelques critériums : 
les sources de Sora prolongent la période des Saboraïm jusqu'à 689 (au lieu 
de 589), elles font revenir Rab dans la Babylonie en 219 (au lieu de 189; cf. 
Poznanski, Kaivouan, 38, n. 2). Cette distinction permet, comme l'on voit, 
d'expliquer de graves divergences chronologiques. Les sources de Sora, qui 
sont moins exactes, surtout pour les débuts du gaonat, sont les suivantes : 
1° Le Se fer Tannaim va-Amoraim, qui connaît tous les amoraïm de Sora, 
mais a reçu des additions d'après Scherira et d'autres sources de même ori- 
gine; cet ouvrage de méthodologie et de chronologie, écrit probablement 
en 885 et dont le texte est corrompu, a utilisé une consultation d'Amram, 
d'après M. Ginzberg (II, 307); — 2° Y Introduction au Talmudàe Samuel b. 
Hofni, qui est perdue; M. Cowley en a publié un fragment dans les 
Mélanges Harkavy, p. 161 ; — 3° celle de Samuel ha-Naguid, qui est incom- 
plète ; M. Epstein réunit les citations de la partie perdue. Le Naguid a 
peut-être consulté Samuel b. Hofni ; il a lui-même été utilisé par Ibn Daud, 
Zaccouto et Conforte. Chose singulière, l'ouvrage n'est pas cité par les 
rabbins espagnols et Sambari l'attribue à un homonyme postérieur (cf. 
Revue, LVII, 265 ; un poème de Juda ha-Lévi à cet homonyme est réédité 
par Brody, Monatsschrift, LU, 247 et s.) ; — 4° le texte sur les prérogatives 
de Sora (en deux parties) et la relation de Natan ha-Babli. M. Epstein, qui 
possède le manuscrit d'où Samuel Soullam a tiré ces pièces, croit que le 
second texte sur les privilèges de Sora, et peut-être aussi le récit de Natan 
qui suit, proviennent de Samuel ha-Naguid. Témoin oculaire et impartial, 
Natan est bien informé, surtout sur la querelle de Saadia, mais son récit 
contient beaucoup d'erreurs et ne peut tenir devant Scherira. M. Ginzberg, 



BIBLIOGRAPHE 301 

contrairement ù Halévy, attribue à Natan les deux relations sur Ilîk acadé- 
mies babyloniennes. Il l'identifie avec Natan d'Afrique, cité par Méir de 
Rothembourg (Revue, L, 147; LVIII, 229, n. 5) ' et croit qu'il a fait aux 
Juifs de kairouan, sur les académies babyloniennes et sur les exilarques 
Oukba el David, un récit qu'un auditeur a consigné en arabe, un autre en 
hébreu : il explique ainsi les divergences entre le texte hébreu et le frag- 
ment arabe publié par Friedlaender J. Q. ]{., XVII, 747 et s); quoique ce 
fragment contienne quelques bonnes leçons, l'autre texte n'en est pas 
moins original. Le récit se place entre 043, puisqu'il mentionne Aaron ibn 
Sardjado comme gaon, et 953, puisqu'il considère comme le dernier 
exilarque David b. Zaceaï, qui fut remplacé en cette année (d'après 
M. Epstein, Natan a été en Babylonie avant 960). Dans son désir de « réha- 
biliter » Natan — c'est son expression — , M. Ginzberg lui accorde le crédit 
que lui avait refusé Halévy et veut à toute force le mettre d'accord avec 
Scherira. Natan aurait été utilisé par Samuel ha-Naguid (I, 22 et s., 55 et s.) ; 
— 5° et enfin, Ibn Daud s'est basé sur les sources de Sora ; mais, comme 
M. Epstein le prouve contre Halévy, il a également utilisé Scherira au 
moins depuis la quatrième génération des Gueonim ; d'où la confusion 
dans la partie antérieure, qui est fautive. M. Ginzberg ajoute que l'his- 
torien espagnol disposait d'un mauvais texte de Scherira (I, 76). 

Nous ne possédons qu'une source émanant de Poumbedita, mais elle 
est de premier ordre ; c'est la fameuse Lettre de Scherira, à laquelle Haï 
pourrait bien avoir collaboré (Lewin, p. l,n. 4; Marx, Z.f. R.B., XIV, 141). 
Certes, Scherira connaît moins l'histoire des Gueonim de Sora, non 
seulement dans les années du début, mais même touchant les prédéces- 
seurs de Saadia; d'une manière générale, il commet des erreurs et des 
inexactitudes dans la période ancienne ; de plus, il est tendancieux et 
trahit une certaine partialité pour l'académie dont il était le chef. Mais 
M. Ginzberg, comme M. Epstein, fait ressortir que, descendant d'une famille 
de gueonim, il disposait de renseignements sûrs, qu'il aime la vérité, qu'il 
est même complet dans les limites du sujet qu'il traite. Et Scherira n'est 
pas seulement un chroniqueur véridique et exact. « Les théories qu'il 
formule, en un style lapidaire, sur l'origine de la Mischna, sur ses rela- 
tions avec la Tossefta et les baraïtot, sur la genèse et le développement 
du Talmud et sur divers autres points de l'histoire talmudique, font de 
lui un des plus distingués, on peut même dire sans exagération le plus 
distingué des historiens de la littérature chez les Juifs. Mais la fine intel- 
ligence historique qu'il déploie dans sa critique littéraire et ses investi- 
gations pénétrantes sur les problèmes qu'il examine sont presque incon- 

1. On identifie généralement ce Natan avec Natan b. Hanania de Kairouan (Poz- 
nanski. Kairouan, 44: Ginzberg, I, 32, 59, n.). Les objections de M. Ginzberg contre 
cette identification tombent si l'on admet que la consultation en question n'émane pas 
de lui, mais lui est adressée. — Le Natan cité par le Séder de R. Amram pourrait être 
de Kairouan (Ginzberg, I, 149-150 ; Marx, Z. f. H. B., XIII, 13) plutôt que Natan b. 
Juda, oncle de Scherira (Poznanski, Sludien, 17, 60). — Le Natan souvent cité dans 
Orhot Hayyim est l'auteur du Mahkim et Gross le conuait ((Jallia, 580). 



302 REVUE DES ETUDES JUIVES 

cevables à l'époque des Gueonim sans l'influence de Saadia » (Ginzberg, 
I, 169.) 

Malheureusemenl, nous ue possédons pas d'édition critique de cette 
précieuse Lettre. Celle de Neubauer est à peine une édition variorum et 
les autres ne reproduisent même pas fidèlement les manuscrits sur 
lesquels elles sont respectivement basées. Si Ton avait des doutes sur 
l'insuffisance des éditions actuelles, on n'aurait qu'à parcourir les Proie- 
gomènes de M. Lewin. Les recensions éiogieuses, en dépit de quelques 
réserves, de M. Marx (Z. /'. H. B., XIV, 140-144) et de M. Poznanski 
{Revue, LXI, 151-154) nous dispensent de revenir sur ce travail diligent, 
qui contient mieux que des résultats : une promesse. L'édition annoncée 
par M. L. est déjà en voie d'impression ; il est à souhaiter que l'éditeur, 
expert dans l'art de lire les manuscrits, n'attache pas moins d'impor- 
tance, dans son commentaire, à l'examen du fond qu'à la critique du 
texte. 



il 



« Pour bien comprendre la période des Gueonim. dit M. Ginzberg, il 
faut avant tout se faire une idée nette de l'institution qui lui a donné 
son nom : le gaonat. A l'exception de Saadia, qui florissait à la fin de 
cette époque, nous ne connaissons aucune célébrité de première gran- 
deur. Mais moins les Gueonim furent considérables en eux-mêmes et 
plus le gaonat a du l'être pour marquer plusieurs siècles de son 
empreinte » (I, vu). Les Gueonim ne peuvent donc pas avoir été, comme 
le croit Halévy, des chefs d'écoles seulement, mais plutôt les représen- 
tants d'autorités constituées en corps. En effet, M. Ginzberg soutient 
victorieusement que, depuis la fin du vu c siècle, les académies babylo- 
niennes commencent à apparaître comme un pouvoir souverain sur toute 
la Diaspora et en même temps comme une institution régulièrement 
organisée, avec ses droits et ses titres définis. Quoique les Gueonim se 
considèrent comme les successeurs des Amoraïm, ils se distinguent de 
leurs prédécesseurs en ce c[u'ils absorbent en eux, sinon toute l'activité, 
du moins toute l'autorité; c'est d'eux qu'émane, ou peu s'en faut, la 
totalité des consultations. Les écoles, qui étaient simplement, a l'époque 
des Amoraïm, des rendez-vous de savants, deviennent des corps consti- 
tués, dont l'autorité est concentrée dans la personne du chef, le gaon. 
Celui-ci transmet souvent son titre : le gaonat fut occupé, en somme, 
par quelques familles influentes, qui se transmettaient le pouvoir par 
voie d'hérédité, presque aussi constamment que les patriarches et les 
exilarques. Comme ceux-ci, les Gueonim recevaient des subsides des 
régions qui acceptaient leur autorité et où ils nommaient des juges 1 . Le 

1. Sur les envois d'argent, voiries passages réunis par M. Marx, Untersuchungeii, 
p. 11, n. 45 (ajouter J. Q. R., XIX, 399). Il ne résulte pas des textes cités par M. Ginz- 
berg (I. 13-14) que les Gueonim avaient des revenus fixes, ce qui eût été par trop 



MULIOUKAPIUK 303 

gaonat est « oe papauté au petit pied. Pourvu de tels privilèges, le gaon 
est 1 1 ii rival de l'exilarque et la prépondérance du gâonat prouve un 
affaiblissement de l'exilarcat. Un s'explique ainsi les conflits entre l'exi- 
lan-at el le gaonat ainsi que les luîtes entre les prétendants au gaonat. 
Souvent les exilarques déposent et imposent les gueonim et inversement 
il arri\a que des gueonim intervinrent pour destituer un exilarque : 
c'est ainsi que le gaon II. Malka soutint un anti-exilarque Natronaï eonti'C 
l'exilarque en fonctions Zaccaï 1». Abonnai, sans doute parce que celui-ci 
descendait de Bostanaï (d'après l'explication originale de M. (îinzberg, 
l, p. 16 et s., contestée par M. filant, A. /. //. B., XIII, 168-1(>9) et que, 
plus tard. Saadia opposa Hassan à David b. Zaccaï. 

Seul, le changement de régime, l'arrivée des musulmans, peut expli- 
quer cette transformation. 11 est probable que les docteurs demandèrent 
aux conquérants le droit d'exercer une autorité religieuse. L'académie de 
Sora, la plus ancienne, prit naturellement la tète. Aussi les exilarques 
n'avaient-ils pas la même attitude à son égard qu'à l'égard de celle de 
Poumbedita. Contrairement à l'opinion de Halévy, Sora garda la première 
place au moins jusqu'en 920. L'exilarque s'unissait au gaon de Sora, 
reconnu par le gouvernement, pour tyranniser l'école de Poumbedila, qui 
n'était pas protégée par lui. Le dernier conflit entre l'exilarcat; et Poum- 
bedita fut la lutte entre Oukba et Kohen-Cédek '. Oukba dut se réfugier 
a Kairouan* et, depuis Kohen-Cédek, l'égalité se trouva réalisée entre les 
deux écoles. En 830, celle de Pournbedita fut autorisée par le kalife 
Maïmoun à se pourvoir elle-même d'un chef; elle se maintint en face de 
Sora et c'est depuis lors que Paltoï commence à être consulté du dehors. 
Primitivement le titre de gaon fut même réservé au chef de Sora et 
même plus tard on distingua, d'après M. Ginzberg, entre le rosch yeschi- 
but gueon Yaakob de Sora et le rosch yeschiba sc/iel Gola de Pournbe- 
dita 3 . Enfin, quand l'école de Sora déclina, sa rivale parut au premier 
rang. 

Autant M. Ginzberg excelle a accuser les oppostions, autant M. Eppen- 
stein se plaît à arrondir les angles. Il reconnaît que l'exilarcat s'affaiblis- 
sait tandis que le gaonat s'élevait, mais les conflits aboutissaient à des 
conventions, où les dignitaires se partageaient les pays d'obédience. 
L'exilarcat conférait au judaïsme un certain éclat extérieur; mais ses 

contraire à la loi et aux traditions. Le régime financier du gaonat était exorbitant 
sàne cela et a vivement choqué Maiinonide voir I»; très intéressant passage du Séf'er 
Moussar de Joseph I). Veliouda, que vient de publier M. Baelier, p. 119-121). 

1. Sur cette question et sur celle des prédécesseurs de Saadia (voir Harkavy, Revue, 
VII, 196 , M. Ginzberg, dans son désir d'harmoniser, s'efforce, sans succès, semble-t-il, 
de mettre d'accord Scberira et IN'atan et d'identifier les porteurs de noms différents. 

2. Cf. Poznanski, Kairouan, p. 45, qui suppose que le renseignement d'Ibn Yarhi 
sur les honneurs rendus a Oukba remonte à la Meçjuillal Setarim de II. Nissirn; 
\. aussi Marx, Z. f. H. /*., XIII, 74. 

'■',. Sur le titre de rosch ffeeçàika el ses variantes, voir Marx, ./. O. /?.. .V. >'., I, 71, 
ii. ±>. 



304 REVUE DES ETUDES JUIVES 

titulaires ne paraissent pas avoir joui de la faveur du peuple, qui se 
soumettait plus volontiers aux Gueonim. Les adversaires des exilarques 
leur reprochaient leur extraction illégitime, leur ancêtre Bostanaï ayant 
épousé une païenne, ce qui n'empêchait pas des Gueonim de s'allier aux 
exilarques, môme aux descendants de Bostanaï. 

Après le gaon vient le ab bel din (appelé aussi ab % Lewin, 59, n. 1), 
qui lui est souvent apparenté et lui succède parfois. Nous ne connaissons 
pas, au reste, ses fonctions et ses droits ; dans certains cas, son sceau 
accompagnait celui de Texilarque et des gueonim (Ginzberg, I, 12, n.) et 
on le voit collaborer avec le gaon (Poznanski, Sludien, 45, n. 3). Il est 
appelé aussi dayyana de-baba (Ginzberg, I, 11, n. 4; II, 303;, titre qu'il 
partage avec le juge de l'exilarque (I, 12). 

Sous la haute direction du gaon, l'académie était organisée hiérar- 
chiquement, sans que nous connaissions avec certitude les détails de 
celte organisation, qui remonte en partie à l'époque talmudique. D'après 
M. Eppenstein, les rabbins proprement dits étaient au nombre de 70, dis- 
tribués en sept rangées et répartis entre deux catégories, qui correspon- 
daient au grand et au petit Sanhédrin et dont la seconde était constituée 
par les rabbanan de-siyyouma (M. Ginzberg, II, 315, voit en ceux-ci tout 
autre chose, car ils sont considérés dans une consultation comme les rédac- 
teurs du Talmud), tandis que les benè-Kiyyoumê formaient la première 
rangée ; derrière eux prenaient place les disciples. M. Poznanski est plus 
précis, mais en partie discordant. Les sept rangées de l'école reçurent des 
noms à l'époque des Gueonim, ainsi que leurs occupants. Les sept pre- 
miers de la première rangée avaient le titre fixe (et héréditaire) de rosch- 
kalla ou allouf ; les trois autres portaient celui de haber. On distinguait 
les rangées en grand et petit Sanhédrin, ce qui était une fiction. Derrière 
elles se pressaient sans ordre les étudiants ou tarbicaë (d'après M. Eppen- 
stein, ceux-ci ne faisaient pas partie de la yeschiba, mais étudiaient dans 
une sorte d'école préparatoire). M. Ginzberg (I, 8, n. 1) a fait observer 
qu'à côté des sept rosch-kalla, il doit y avoir eu le rosch-kalla (à noter 
que celui-ci est nommé avant l'exilarque et le gaon dans la prière 
Yekoum pourkdn, dans Pardès, 280) et il croit que le chef de l'école de 
Poumbedita dut d'abord se contenter de ce titre (I, 47-50). — Plus tard 
on décerne ce titre, ou le synonyme allouf (mais v. Ginzberg, I, 12-13, 
note), à des savants qui étaient en rapports avec l'académie et même à 
de généreux bienfaiteurs ; c'étaient comme des membres honoraires ou 
correspondants. M. Poznanski a réuni vingt-et-un de ces titulaires. Parmi 
les Babyloniens citons : R. Houna, R. Juda de Nehar-Pekod (cf. Brùll, 
.lahrbùcher, V, 158), R. Samuel, maître de R. Aha, R. Simonaï, disciple 
de R. Yehoudaï, Natan b. Juda, qui faillit être gaon, et Nissi Naharwàni, 
contemporain de Saadia (M. P. dit que le nom de Nissim lui fut donné 
parce qu'il faisait des miracles!) — Saadia lui-même a porté ce titre — 
R. Samuel, aïeul, et R. Meswi, grand-père de Scherira. Samuel b. Joseph, 
correspondant de Samuel ha-Naguid, est un Babylonien émigré en Espagne. 
Le célèbre ministre Hasdaï ibn Schaproût ne dédaigna pas de porter 



BIBLIOGRAPHIE 305 

ce titre (qui lui est décerné aussi dans l'en- tête de la lettre du roi des 
Khozares, éd. Harkavy, Measscf Nidahim, 1 17;. Bien plus tôt, Eléazar b. 
Samuel de Lia eue était venu à Sora, où il donna aux rabbins des rensei- 
gnements sur des monnaies, des plantes et des poissons de sou pays; il 
correspondait aussi avec les gueonim (cf. Ginzberg, I, 2, ri., 7, n.). C'est 
peut-être un Espagnol aussi que Héfeç b. Yaçliach, qui dirigea quelque 
part une école et auquel on a attribué a tort le Séf'er Héfeç (cf. Poznanski, 
Kai rouan, 24-28). L'Italie fournit un païtan, Sabbataï. La communauté de 
Kairouan, qui fut en relations régulières avec la Babylonie, a compté plu- 
sieurs rosch-kalla ou allouf, que nous retrouverons plus tard : Juda b. 
Joseph, Jacob b. Nissim, le père de H. Nissim (cf. Halberstam, dans le 
Jescfiurun de Kobak, VIII, 57), peut-être Jacob b. Joseph (le texte en 
question a été publié depuis dans la /. Q. R., N. S., I, 101, par M. Marx, 
qui parle aussi, p. 102, du n° 1 de M. Poznanski, Sahlan). 

Le titre de rosch ha-séder est également honorifique et est encore porté 
après l'extinction du gaonat. M. Poznanski a consacré à cette qualifica- 
tion et à ceux qui en ont été honorés un article dans la Rivista Israeli- 
iica, V (1908), 127-134 (cf. Ginzberg, I, 8, n., 70; II, 54, 421). 



III 

Les Gueonim n'ont commencé à produire que lorsque, devenus les 
chefs de la Diaspora, ils eurent à répondre aux consultations des com- 
munautés, lorsque le gaonat fut devenu une institution autorisée, c'est- 
à-dire à partir du second tiers du vu e siècle. L'activité des Gueonim s'est 
concentrée sur le Talmud babylonien et surtout sur la partie halachique 
du Talmud. Le Talmud devint alors le texte étudié exclusivement par 
les élèves et l'autorité suprême en matière de pratique religieuse. « Les 
Amoraïm babyloniens avaient produit un Talmud, les Gueonim en ont 
fait le Talmud » (Ginzberg, I, 73). Il est clair, d'ailleurs, que tout en res- 
tant fidèles au Talmud, qu'ils expliquaient et codifiaient, ils l'ont aussi 
développé, à la fois par l'action d'un processus intérieur et sous la pres- 
sion de circonstances extérieures. 

Quant au Talmud palestinien, les Gueonim paraissent en avoir fait peu 
de cas et il n'y a guère que les derniers qui l'aient utilisé. Cette thèse, 
déjà exposée par Hapoport et Z. Frankel, et dont Schorr s'était fait une 
arme contre les Gueonim, a été vivement contestée par Isaac Halévy. 
Aussi M. Poznanski a-t-il jugé utile de reprendre la question tout au long 
dans la première de ses Études. Dans les Scheëltol, il a trouvé quatorze 
passages qui pourraient être pris au Yerouschalmi, mais sept seulement 
lui paraissent probants et encore l'auteur a-t-il écrit en Palestine. 
M. Kaminka (Hàkedem, II, 20-23) a même nié ces emprunts ; il croit qu'au 
contraire c'est le Yerouschalmi qui a été interpolé d'après les Scheëllot. 
Un examen perspicace et portant sur le fond des passages en question a 
conduit M. Ginzberg à admettre que R. Aha, quoiqu'il ait écrit en Pales- 

T. LXI, N» 122. H\ 



306 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tine, no connaît pas le Yerouschalmi I, 78-86). Le Séder de H. Amram 
mentionne huit fois le Yerouschalmi explicitement, sans parler de 
quelques passages dont la source n'est pas indiquée. Beaucoup de ces 
citations ne peuvent pas être des additions. Ce gaon est donc le premier 
qui se soit certainement servi du Yerouschalmi et qui le nomme (comp. 
Marx, Unïerswchun@en, 8, notes 29-30). Les Halachot g ue do lot le citent 
une seule l'ois nommément, mais M. Poznanski relève en outre dix-neuf 
passages communs aux deux versions et six de la première (la seconde 
est fortement interpolée qui peuvent lui avoir été empruntés; seulement 
il n'y a que neuf emprunts qui lui paraissent sûrs. Si l'on passe aux Con- 
sultations des Gueonim, on constate que Saadia est le premier qui 
nomme le Yerouschalmi, mais il est à noter qu'il n'est pas originaire de 
Babylonie et qu'il a beaucoup voyagé. Ce sont surtout les deux derniers 
Gueonim qui entrent en ligne de compte. Scherira cite le Yerouschalmi 
une dizaine de fois. Haï s'explique dans quatre consultations sur l'auto- 
rité du Yerouschalmi et ses rapports avec le Babli, et il le cite dans treize 
autres passages (et même davantage, voir p. 69-70; il faudrait pourtanl 
défalquer les citations du Commentaire de Tohorot, qui ne lui appartient 
pas d'après M. Ginzberg, 1, 172-3 ; cf. Poznanski, Kairouan, 24, n. 2, et 47), 
mais pas aussi souvent qu'on s'y attendrait. Enfin, le Yerouschalmi est 
cité dans cinq consultations anonymes, mais qui paraissent appartenir 
aux derniers Gueonim. — Cette statistique n'est pas aussi péremptoire 
que le serait l'épreuve négative, c'est-à-dire l'examen des textes où le 
Yerouschalmi n'est pas cité et où il aurait dû l'être. Mais elle justifie 
néanmoins en gros la thèse de Rapoport : les Gueonim ne connaissaient 
pas en général le Yerouschalmi et ceux qui le connaissaient ne l'utili- 
saient qu'exceptionnellement, môme Scherira et Haï, sans qu'on doive 
d'ailleurs leur en faire un grief et les suspecter. 

La preuve que le Talmud palestinien a été négligé, c'est que nous n'en 
possédons pas de commentaire ancien. En revanche, M. Poznanski publie 
un fragment arabe de la Gueniza qui contient peut-être un extrait d'un 
commentaire du Yerouschalmi sur Sabbat 1 . L'auteur, qui paraît être un 
Oriental et avoir vécu à la fin de l'époque des Gueonim ou un peu après, 
s'élève, à ce qu'il semble, contre l'étude des sciences profanes. 

« La halacha, observe M. Ginzberg, est le caractère distinctif de la litté- 
rature des Gueonim. Quoique la poésie et la linguistique, le Targoum et 
le Midnisrh, la mystique et la philosophie aient été cultivées à cette 
époque, le genre littéraire par excellence des Gueonim est halachique 
dans son caractère et dans son contenu » (1, 72). Seul Saadia dépasse son 
temps par la variété de ses travaux. A part lui et ses imitateurs, les Gueo- 
nim se montrent assez fermés aux influences extérieures. Leur activité 
littéraire fut presqu'entièrement limitée à l'explication et à la codification 
du Talmud. 

1. Réimprimé depuis par M. Ginzborir, Yeruskalmi Fragmm/s (New-York, 1909). 
p. 298-301 ; nouvelle collation de M. Marv, /. /'. //. /»'., XIII, 71. 



BIBLIOGRAPHIE 307 

K. Yelioudaï aurait été, d'après M. Ginzberg, le plus ancien auteur 
de l'époque des Gueonim, ce qui expliquerait l'autorité dont il 
a joui de bonne lieure (mais cette autorité parait plutôt s'attacher à sa 
personne), et les Halachot Guedolot sont le premier compendium 
halaehique. Une consultation que M. Ginzberg a publiée (II, 85-80) 
et qu'il voudrait attribuer a Natronaï rejette un passage des H. G. 
comme interpolation de R. Jacob, gaon de Sora et disciple de Yeliou- 
daï, ce qui suppose qu'on considérait celui-ci comme l'auteur des H. G. 
Et M. Ginzberg croit, en effet, que c'est Yelioudaï qui a composé vers 
le milieu du viue siècle les Halachot Guedolot originales, celles qui sont 
utilisées par les rabbins français et allemands, lesquels les attribuent 
effectivement à ce gaon. Un disciple de l'auteur fit entrer dans l'œuvre 
des enseignements et des consultations du maître, voire (dans l'Intro- 
duction) des citations des Scheëltot. Vers 900, cet ouvrage fut refondu 
par R Simon, dont le remaniement éclipsa l'original et circula, sous le 
même litre, jusque parmi les rabbins espagnols et provençaux. Le texte 
des H G. fut d'ailleurs retouché, notamment la version ordinaire 
d'après celle qu'a éditée Hildesheimer. M. Ginzberg a publié deux frag- 
ments qui ne s'accordent avec aucune des deux recensions, un fragment 
de Halachot Keçoubot (abrégé des H. G.) et un feuillet qui représenterait 
une version palestinienne (II, 382-401). 

Le noyau des Halachot Guedolot est plus ancien que les Scheëltot et, 
quoique Yehoudaï connût des opinions de R. Aha, les citations des 
Scheëltot dans les Halachot Guedolot sont des interpolations. R. Aha a 
écrit en Palestine, comme le prouvent certaines particularités de sa ter- 
minologie, à commencer par le mot scheëlta; il n'est pas cité par les Gueo- 
nim (sauf une fois par Haï, qui était en rapports avec des rabbins pales- 
tiniens) et, plus tard, il ne l'est guère que par les rabbins italiens et 
français, qui étaient en relations avec la Palestine. L'auteur a eu pour 
but de faire connaître le Talmud babylonien aux Palestiniens; il en a 
extrait des portions considérables, surtout celles qui avaient un intérêt 
pratique. Dans la forme, il a imité les Midraschim palestiniens (Yelam- 
dénou), mais en renversant la proportion entre la halacha et laggada : 
celle-ci n'est plus qu'un point de départ. A l'exemple de ces Midraschim, 
il a pris pour cadre les sections du Pentateuque (d'après le cycle annuel). 
— M. Eppenstein opine dans le même sens et il réfute également l'opi- 
nion inverse de Lerner sur la dépendance du Yelamdénou ; mais il 
ajoute que le Yelamdénou et le Tanhouma ont été remaniés d'après les 
Scheëltot. 

Dans sa structure primitive, chaque scheëlta comprenait cinq parties : 
une halacha talmudique, des questions à débattre, une digression halacho- 
aggadique, la réponse aux questions, une derascha. Celle-ci occupait 
d'abord la quatrième place, puis elle fut rejetée à la fin et elle a fini par 
disparaître ; le titre seul a quelquefois été conservé. Comme elle se com- 
posait d'extraits du Talmud, on jugea inutile de la maintenir. On trouve 
des traces de la disposition originale dans les fragments publiés par 



303 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

M. Ginzberg, qui manquent dans les textes imprimés et quoiqu'ils n'ap- 
partiennent pas tous à l'ouvrage primitif; les principaux contiennent la 
derascha de la 43 e scheëlta et une portion importante de la 44e sous une 
forme toute différente, une scheëlta nouvelle pour Kippour, pleine de textes 
intéressants, enfin deux nouvelles scheëltol pas très sures (II, 353-381). 

Le Séder ou Siddour de H. Amram, gaon de Sora (869-881), est le 
premier ouvrage liturgique, ce qui explique l'autorité dont il a joui et les 
nombreuses citations qui en sont faites; c'est sans raison qu'on a attribué 
un Siddour à Kolien-Gédek (Marx, Untersuchungen, 5-6) Il a été envoyé 
a une communauté espagnole, car c'est surtout des communautés du 
dehors, où l'on manquait de traditions, qu'on s'adressait aux Gueonim 
pour la fixation de la liturgie (Marx, p. 4). L'auteur a utilisé les Halachot 
Guedoiot, différentes consultations, notamment une de Natronaï sur les 
cent bénédictions journalières, également adressée en Espagne et publiée 
par M. Ginzberg (II, 114-117), les usages des deux académies et de « bêt 
rabbénou de Babel », c'est-à-dire la synagogue de Rab à Sora (Marx, 11 ; 
Ginzberg, I, 41, n. 2). 

Le Séder se compose de deux éléments : l'élément halachique propre- 
ment dit ou règles sur les prières, et l'élément liturgique ou texte des 
prières. Les prières ont été modifiées plus que les halachot : elles ont 
subi des changements et des additions ; il n'est resté qu'une toute petite 
part du texte primitif, qui n'a jamais été considéré comme un texte ne 
varielur. Par contre, la partie halachique a été respectée ; elle a néan- 
moins reçu des interpolations et d'abord des consultations de R. Amram 
lui-même. On peut dire que le Séder imprimé est plutôt un siddour 
espagnol avec des additions prises au Séder de R Amram M. Marx, qui a 
collationné les manuscrits complets et en a publié les variantes dans ses 
Untersuchungen J , est arrivé indépendamment à des résultats analogues. 
Des morceaux nombreux et souvent étendus manquent dans l'édition et 
n'en sont pas moins authentiques, par exemple le texte de la prière après 
le repas, la mention des chrétiens [noçrim) dans la tefilla ; quelques-uns 
sont cités par les écrivains du moyen âge. En revanche, d'autres morceaux 
(sans parler des piyyoutim) manquent dans les manuscrits, notamment les 
morceaux mystiques. Les prières ont été traitées arbitrairement par les 
copistes, qui les ont modifiées d'après leurs rites respectifs. Il faut aussi 
distinguer entre les manuscrits. Celui du Jewish Theological Seminary 
est le plus rapproché de l'original ; il a en plus un petit traité sur le 
calendrier, qui contient une version complète des Quatre Portes (publiée 
par M. Marx). Celui d'Oxford est fautif, il a beaucoup d'additions intéres- 
santes, entre autres d'après le Siddour de Saadia. Tous les deux se rap- 
prochent du texte que connaissait l'auteur du Mahzor Vitry. — Ajoutons 
que M. Ginzberg, au cours de son analyse, se livre à des digressions sur 
certaines prières ; quelques-unes sont sujettes à caution (par exemple 
celle sur les kedouscha), toutes sont intéressantes. 

1. Comp. le compte rendu de M. Poznaèski; Z. /'. //. B., XIII, 9-10. 



BIBLIOGRAPHIE 309 

Un autre Séder a été écrit par Saadia ; il avait pour hase le rituel égyp- 
tien, qui est en son fond de provenance palestinienne, et il a pu être utilisé 
par Maïmonide. Celui de Haï, qui était peut-êlre destiné à une commu- 
nauté de Pem pire byzantin ou de la Crimée, est perdu. Enfin, un disciple 
de \\. Nissim, Uni Aldjasous (ou — souni) avait écrit un ouvrage sur les 
prières, encore connu de Maïmonide (Poznan ski, Kairouan, 9-10). 

Il faut rompre le cadre de la littérature des Gueonim pour y faire entrer 
Saadia. M. Eppenstein, qui ne craint pas de le comparer à son «compa- 
triote» Moïse, a résume les travaux dont il a été l'objet depuis quelque 
temps et a analysé les fragments nouvellement publiés. Nous connaissons 
aujourd'hui un maître de Saadia, Abou Kathir Yahya ibn Zacharia, mort 
en 932, qui doit l'avoir initié à la science arabe et aux études massorétiques 
et grammaticales. Il commença par cultiver la poésie synagogale et, à cet 
effet, la grammaire hébraïque; dans ce double but, il écrivit à vingt et un ans 
[\Agron, ouvrage original, qui a fait époque, et qu'il a d'ailleurs remanié 
lui-même plus tard. Comme poète même, il est artificiel et compliqué. 
Quelques années plus tard, il compose une grande œuvre en douze parties 
sur la correction de la langue hébraïque, qui témoigne d'une connais- 
sance profonde de l'hébreu et qui se ressent peut-être de l'influence des 
savants de Kairouan. Le Commentaire du S. Yecira, écrit encore en 
Egypte, contient aussi un élément grammatical. A vingt-trois ans, Saadia 
entreprend contre les Caraïtes une polémique énergique et qui sera déci- 
sive. Il avait déjà discuté en Egypte avec un certain Ben Zouta ; en 915, il 
lance sa Critique d'Anan, qui porte surtout sur le calendrier, et un autre 
ouvrage en hébreu contre Daniel Al-Koumisi. Le Kitâb al-Tamyiz (926) 
passe en revue les divergences entre rabbanites et caraïtes; il soutien 
d'une manière aussi originale que peu historique l'antiquité de la loi 
orale, démontre la nécessité de la tradition et l'autorité du Talmud 
(à noter qu'il citait Philon). C'est en Egypte aussi que Saadia commence 
son gigantesque Bibeltrerk. M. Eppenstein énumère les livres bibliques 
que Saadia a traduits et commentés ; pour quelques-uns il a choisi des 
titres spéciaux, écrit une double recension ; la chronologie n'en peut être 
fixée qu'approximativement. Il expose la méthode de Saadia et en donne 
des exemples typiques : c'est « un des exégètes les plus géniaux et les 
plus conscients ». 

En 915 — il avait déjà une famille et des élèves — Saadia se rend en 
Palestine. En 921, il reçoit à Alep la nouvelle de la réforme du calendrier 
par Ben Méir. M. Eppenstein expose, en analysant les fragments conser- 
vés, cette polémique, à laquelle Saadia prit la part la plus active : il s'était 
rendu a Bagdad pour s'entendre avec les chefs des académies. Au milieu 
de la lutte, il écrit le Se fer ha-Moadim ou S. ha-Ziccaron, dont le texte 
était pourvu de points-voyelles et d'accents ; pour récompense de son inter- 
vention, il reçoit le titre de allouf. Champion infatigable, il réfute Hivi *, 

1. M. Ginzberg, I, 201, n. 2, note que les consultations 7 à 22 du recueil Kehil. 
Schelorno (éd. Wertheimer) examinent des difficultés chronologiques de la Bible dont 
quelques-unes étaient alléguées par Hivi contre l'authenticité de l'Écriture. 



310 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ibn Sakaweïhi et toujours les caraïtes ; à la polémique contre ces der- 
niers on peut rattacher le Kitâb al - Arayot et le Kitâb al-Ibbour ou 
Taarikh, sur le calendrier ou la chronologie .cf. Marx, Bévue, LVIII, 2991. 
— Et Saadia n'était pas encore gaon ! 

M. Ginzberg, après avoir énuméré les fragments conservés des œuvres 
halachiques de Saadia — il croit que le Commentaire de Berachot publié 
par YVertheimer est authentique, mais abrégé — les caractérise ainsi : 
« Saadia s'est efforcé de libérer la littérature halachique de son exclusi- 
visme. Ses Introductions et ses écrits méthodologiques tendaient à une 
intelligence historique et critique du Talmud, tandis que, comme codifi- 
cateur, il a eu pour but de codifier la loi rabbinique en un système homo- 
gène et logique » (I, 167). Saadia a influé sur ses successeurs, notamment 
sur Samuel ibn Hofni, Scherira et Haï. Celui-ci fut un codificateur de 
grand mérite, à en juger par les ouvrages qui nous restent de lui. M.Marx 
a publié quelques fragments de Haï, notamment une lettre écrite avec la 
collaboration de Scherira à Jacob b. Nissim, et où est citée une Méthodo- 
logie du Talmud, qu'il avait écrite en arabe pour son correspondant 
{J.Q.B., N.S., 1,99 et s.). 

Vers la fin de l'époque des Gueonim furent compilés quelques codes 
anonymes, basés en partie sur des consultations. Il a déjà été question 
du Séder Tannàim va-Amoraïm. Le Séfer ha-Makçouot, collection de 
consultations et d'extraits de codes, a été rédigé, d'après M. Ginzberg, à 
Kairouan, mais sûrement pas par R. Hananel, peut-être au temps de Haï. 
Il est surtout utilisé par les rabbins allemands. M. Poznanski admet 
même qu'il a été écrit en Allemagne, peut-être à l'aide des commentaires 
de Hananel (Kairouan , 22-23). Le Séfer Héfeç, analogue au précédent, 
est sans doute du même temps et du même pays, mais il n'est pas cer- 
tain que l'auteur en soit Héfeç b. Yaçliah ; il est cité par les auteurs fran- 
çais et allemands. M Poznanski, qui croit que Héfeç pourrait être un 
Espagnol, distingue de son Séfer ha-Miçvot en arabe, d'un contenu très 
varié, le Séfer Héfeç mentionné par les rabbins de l'école française et 
allemande, dont le contenu était tout différent et dont l'origine est diffi- 
cile à déterminer. Le S. Baçar al gabbê guéhalim a pour auteur un 
rabbin du xi e siècle, qui a vécu dans un pays français. Le Schimmouscha 
rabba est plus ancien ; il contient des traditions talmudiques qui ne 
figurent pas dans le Talmud et qui sont néanmoins authentiques (cf. 
Aptowitzer, Revue, LVII, 247 et s. ; Marx, Z. /'. H. B., XIII, 172). Enfin, 
le Séfer Metibot (ou Metibata) serait une collection de consultations 
(envoyées de la MeLibta, d'où le titre), qui a peut-être vu le jour à 
Kairouan. M Marx a consacré à cet ouvrage une monographie spéciale, 
où il a réuni les citations qu'on en trouve dans la littérature du moyen 
âge. En examinant principalement celles de YIttour (dont le Séminaire 
de New-York possède deux manuscrits), il en arrive à conclure que c'était 
un code analogue aux Halachol Guedolot et portant sur les lois civiles et 
matrimoniales. Ces extraits du Talmud étaient complétés à l'occasion par 
des enseignements des Gueonim ; l'ordre était celui du Talmud Babli, 



UIBLIOGRAPIIIK 3U 

tuais le Talmud Yerousehalmi était copieusement utilisé. 1/ouvrage serait 
identique avec V Abrégé du Talmud de Palestine et de Babylone, connu 
eo Palestine, de Yesehoua ben Yehouda (Séfer ha-Arayot, éd. Markon, 
1481, 150). 11 aurait été compilé vers Tan mil en Palestine; l'auteur 
pourrait d'ailleurs être un Babylonien et le titre choisi par lui indiquerait 
mi fidélité aux académies de Babvlonie '. 



IV 

Ktant donné le rôle joué par les Gueonim, l'autorité exercée par eux, 
la principale branche de leur littérature, ce sont les consultations, qui 
ont une valeur collective plus encore qu'un intérêt individuel, quoi- 
qu'on puisse distinguer la brièveté de Yehoudaï, l'indépendance de 
Jacob b Mordechaï (Ginzberg, I, 102; II, 85), la profondeur de Sar Scha- 
lom, l'érudition de Natronaï. Tandis que les codes laissent la parole au 
Talmud, c'est l'esprit du temps qui trouve son expression dans les con- 
sultations, genre nouveau et qui devait avoir une grande fortune. Les 
lois talmudiques y sont développées (culte, droits de la femme et de 
l'esclave) : la loi du progrès se vérifie dans un domaine en apparence 
immuable. Les consultations des Gueonim ont joui d'une grande consi- 
dération ; elles forment la base des commentaires du Talmud. Le com- 
mentaire de Hananel est comme un abrégé des consultations de Scherira 
et de Haï, et YArouch est en grande partie un recueil des gloses talmu- 
diques des Gueonim 2 . 

Les Gueonim gardaient des copies de leurs consultations (Ginzberg, l, 
184; II, 310). C'est seulement à l'époque de Haï qu'on paraît avoir com- 
mencé a compter les consultations comme une branche de la littérature 
rabbinique (ce gaon en invoque lui-même comme faisant autorité) et a 
les réunir pour les étudier; c'est à Kairouan qu'il semble qu'on s'est 
d'abord engagé dans cette voie. Les collections ont été disposées tantôt 
d'après les auteurs, tantôt d'après les matières ; mais aucun des deux 
plans n'a été rigoureusement observé. Les noms des auteurs changent 
souvent ; pour un tiers environ la paternité peut être déterminée. Beau- 
coup de consultations sont perdues: on ne conservait que celles qui 
intéressaient la halacha ; sur quatre-vingts Gueonim, un tiers seulement 
sont représentés. Un grand nombre a été conservé par les auteurs du 
moyen âge. M. Ginzberg a dépouillé à ce point de vue trois ouvrages 
publiés récemment : le Séfer ha-Ittim (et d'autres écrits) de l'Kspagnol 
Juda Albargeloni, le Schibbolê ha-LéUet de l'Italien Gidkia Anaw et le 

1. Certains ouvrages halachiques sont attribués à tort aux Gueonim, tels le Séfer 
Reouma, qui est un abrégé des Hilchot schehita et teréfa de Maïmonide, dont l'au- 
teur, Nahscbon, vivait eu Babylonie en 1.300 (Ginzberg, I, loi et s.). 

2. L'Arouch de Cémah b. Paltoï n'était peut-être simplement qu'un recueil d'expli- 
cations talmudiques. d'après M. Ginzberg, qui croit que Zaocouto ne le connaissait pas 
(I, 159-160 ; cf. Poznanski, Kairouan. 1. 



312 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mahzor Yitry du Français Simha de Vitry ; il a identifié chaque fois qu'il 
l'a pu les consultations citées (I, 187-199). 

C'est un nouveau recueil de consultations que représente le tome II 
des Geonica, collection de textes originaux qui mérite de prendre place 
à côté de celle de Harkavy. M. Ginzberg y a publié trente-huit fragments 
contenant des consultations inédites ou divergentes; c'est à peu près tout 
ce que renferment les deux fonds de la Gueniza explorés par lui. Chaque 
texte est reproduit fidèlement, page par page, ligne par ligne, avec les 
notes supralinéaires et marginales des copistes; il est décrit dans une 
introduction qui en analyse le contenu et examine les questions histo- 
riques ou littéraires qu'il soulève. Un Index hébreu classe les sujets dans 
l'ordre du Schoulhan Arouch et un second Index hébreu groupe dans 
l'ordre alphabétique toutes les matières examinées dans les textes et 
dans les introductions. 

Ces textes sont souvent altérés (cf. Lewin et Chajes, dans Rivista 
fsraeliiica, VI, 171-178), mais souvent aussi l'orthographe en est intéres- 
sante : certains mots sont vocalises, même dans le système supralinéaire 
(p. 326, 1. 2) ; des versets bibliques sont cités par l'initiale de chaque mot 
(p. 327, cf. p. 305 et Revue, XXXI, 155; XXXIV, 26-27). Certaines consul- 
tations sont intéressantes pour la langue araméenne, telle celle, si pro- 
lixe, de Moïse Gaon, qui se sert de mots persans (p. 214) ; noter les mots 
•\xm, " , jNT , 72, ddd? (comp. Lewin, Prolegomena, 28, 33). Les détails 
personnels ou historiques sont assez rares. Amram envoie à Méir b. 
Joseph la réponse aux questions soumises en adar 169 = 857 (II, 326 
et s. ; c'était le mois où se tenait la session, I, 2, n.). Un disciple de 
Yehoudaï loue hyperboliquement son maître et rapporte une vive dis- 
cussion qui eut lieu à l'académie sur une question de casuistique (p. 53; 
cf. p. 31 et Revue, XLIV, 237 et s.). 11 est encore question d'un esclave 
faisant partie de l'héritage de Natan ben Schahriar, de la famille de 
l'exilarque (p. 83 ; cf. Monatsschrift, LU, 332). Les destinataires sont 
rarement indiqués, comme dans la collection d'Amram. D'une consulta- 
tion de Scherira et Haï à Meschoullam ben Kalonymos il ne reste que le 
titre (p. 57 ; les doutes de M. Poznanski, Studien, 64, peuvent se lever 
facilement; un Itiel, qui paraît appartenir à la famille des Kalonymides, 
avait apporté de Kairouan un ouvrage contenant des consultations, 
v. Poznanski, Kairouan, 11-12). La ville de Barqa (p. 281) est plutôt en 
Cyrénaïque que dans l'Italie {Rivista, 178). Les Juifs de Wàdi 1-Koura, en 
Arabie, consultent un gaon sur une question qui touche à l'agriculture 
(p. 61); M. Friedlaender a montré à ce propos que les Juifs n'ont pas 
été expulsés de l'Arabie par les successeurs de Mahomet (Jew. Quart. 
Rev., N. S., I, 249-252). 

Beaucoup de consultations ont pour objet l'explication de passages 

lalmudiques, des traités de Pesahimet de Yoma (fragment n), de Guittin 

et de BabaMecia (xu), de Baba Kamma(x\\ui), de Sabbat et deMenahot 

xxxvm). On y trouve des variantes intéressantes pour l'histoire et 

rétablissement du texte du TaTmud ; noter encore que le dernier cha- 



BIBLIOGRAPHIE 313 

pitre de Baba Mecia est en réalité le premier de Baba Batra; sur le texte 
de la ketouba, voir p. 78 et 169 sur l'orthographe du guet. Une question 
de méthodologie talmudique, l'autorité des textes tan n aï tiques non cités 
dans le Talmud, est examinée par Amram (p. 305 et s.)'. Un autre 
Haï? explique les termes géographiques medinat ha-yam et « Syrie » 
(p. 173-174). Un autre indique la division des Chroniques en deux parties, 
la coupure se faisant à II, xxi. 2 (p. 16); comparer un curieux exemple 
d'exégèse biblique, p. 326. — Beaucoup de consultations se rapportent à 
ta liturgie. Il a déjà été question de celle de Natronaï sur les cent béné- 
dictions, d'une grande importance littéraire (fragment xm) ; d'un vif 
intérêt historique est celle d'un admirateur de Yehoudaï sur l'intercala- 
tion de la kedouscha dans la tefilla des jours ouvrables, imposée en 
Palestine par les Babyloniens, et sur l'insertion du schéma dans la 
kedouscha, provoquée censément par une persécution (fragment vi ; cf. 
Eppenstein, Monatsschrift, LU, 618, n. 1) ; c'est aussi à une persécution 
qu'est attribuée la suppression du maftir le samedi à Minha (p. 322 ; 
cf. p. 420j ; il ne faudrait pas prendre trop au sérieux ces explications 
pseudo-historiques; comme le montre à ce propos M. Ginzberg, la 
kedouscha de-sidra provient de la lecture des Prophètes faite le samedi 
après-midi (p. 299). Voir encore p. 91 sur les insertions dans la gueoulla 
cf. iteuue, LUI, 236,241), p. 119-120 sur le texte de la tefilla, p. 114 sur la 
bénédiction de l'ablution des mains, p. 185 sur celles des quatre coupes 
de vin le soir de Pàque, p. 46 et s. sur la récitation des bénédictions 
intermédiaires de la tefilla de Rosch ha-Schana, p. 263 sur la lecture des 
jours de jeune. — Parmi les usages mentionnés, signalons celui de brûler 
Haman en effigie (p. 3; cf. p. 419 et Friedlaender, dans /. Q. R., N. S., 
I, 257-8), celui, introduit par un certain Pinhas, de constituer le éroub 
des impasses à Paque en prenant de la farine chez chaque habitant 
(p. 121), celui de prêter serment à la synagogue sur le séfer tora ou sim- 
plement sur des livres de prières (p. 154, 153). 

Quelques textes ne peuvent pas être considérés comme, des consulta- 
tions : ce sont : un fragment de lettre où il est question de la famille de 
Netira (p 87) ; un extrait du Maftéah de R. Nissim, dont l'original était en 
arabe (p. 275; cf. Revue, XLIV, 295) ; une épitre rimée et métrique de 
Haï à Juda Allouf de Kairouan (fragment xxxv; cf. les corrections de 
Chajes et Ginzberg, dans Riv Isr., VI, 177-178 ; Z. f. H. B., XIV, n 0s 1, 3 
et 4; de Davidson, dans J. Q. R., N. S., I, 237, note 50 a ), dont on peut 
rapprocher celle du même gaon à Abraham ibn Ata, rééditée par 
M. Davidson (ibid., p. 231 et s.). M. Marx, qui a publié deux fragments 
poétiques de Haï {ibid., p. 101 et s.), croit que l'examen des textes litur- 
giques de la Gueniza prouverait la fécondité du dernier des Gueonim 
comme poète. 



Les consultations nous font connaître non seulement les Gueonim, 
mais aussi leurs destinataires de la Diaspora. M. Poznanski observe que 



3*4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la vie intellectuelle a dû naître dans la Diaspora plus tôt qu'on n'est 
généralement tenté de l'admettre {Studien, p. 53). L'exilarque Natronaï b. 
Habibaï copie le Talmud pour les Espagnols (Ginzberg, I, 17, n. i ; Poz- 
nanski, Kairouan, 45, n i ; plus tard, Paltoï envoie en Espagne des exem- 
plaires du Talmud et de commentaires talmudiques (Jeu). Quart. Rev., 
XVIII, 401) ; Paltoï et Natronaï correspondent avec Eléazar b. Samuel de 
Lucène (Poznanski, Studien, 52-53) et Amram écrit à Lncène et à Bar- 
celone. Les Gueonim paraissent avoir délégué des émissaires au dehors 
(f.inzberg, I, 2, note ), et sous les derniers d'entre eux, l'intérêt se déplace 
et quitte la Babylonie pour l'Occident : c'est la décentralisation. 

La communauté de la Diaspora que nous connaissons le mieux, grâce 
Surtout aux Gueonim, est celle de Kairouan, à laquelle M Poznanski 
a consacré une monographie « exhaustive» et fouillée 1 . Pendant deux 
siècles et demi une vive activité intellectuelle s'y fit sentir; elle comptait 
non seulement des talmudistes (il est remarquable qu'on y étudiait aussi 
le Talmud Yerouschalmi), mais encore des grammairiens et des exé- 
gètes. Les Juifs de Kairouan furent en correspondance avec les Gueonim 
de Sora, puis de Poumbedita; vers 885, ils consultaient déjà Gémab 
b. Havyim sur les agissements d'Eldad ha-Dani. 

Après avoir cité les Gueonim dont nous possédons des consultations 
adressées à Kairouan, M. Poznanski énumère dans Tordre alphabétique 45 
(et même 46) Juifs kairouanais, dont deux femmes. Beaucoup sont à peine 
connus, mais quelques-uns sont célèbres. Le plus ancien de ceux-ci est 
le médecin et philosophe Isaac Israéli, originaire d'Egypte (vers 900), dont 
les ouvrages furent étudiés par les Arabes et les Chrétiens; mais, si Saadia 
correspondit avec lui, Maïmonide ne l'estimait guère et Ibn Ezra l'aurait 
traité de charlatan (voir cependant D. Herzog, dans Monatsschrift, LIIL 
713-4). Son disciple Dounasch b. Tamim, grammairien, géomètre, et 
médecin, est Fauteur d'un commentaire du Séfer Yecira, peut-être d'après 
Israéli, et qui ne nous est pas parvenu sous sa forme primitive. Houschiel 
b. Elhanan ne fut pas vendu comme captif à Kairouan, mais il y fut 
retenu lorsqu'il se rendait volontairement d'Italie en Egypte ; Elhanan ben 
Schemaria passa également par Kairouan. On voit par ce détail que la 
relation d'Abraham ibn Daud est un roman, qui n'est historique peut-être 
qu'en ce qui concerne Moïse b. Hanoch (cf. Ginzberg, I, p. 29, et Marx, Le, 
p. 74). On trouve a Kairouan un Sabbataï b, Juda b. Amittaï, qui parait 
appartenir a la célèbre famille de païtanim italiens (se rappeler l'article 
de M. Marx sur Paltiel et, sur les rapports de l'Italie et de Kairouan ; voir 
encore Davidson, /. Q. B., N. S., I, 236). Houschiel eut deux fils, Elhanan 
et Hananel ; le second, qui est bien plus connu, a écrit, d'après les 
Gueonim, le premier commentaire du Talmud dans le sens véritable du 
mot (celui sur H oraïot est d'un certain Barouch); il a en outre commenté 
le Pentateuque et Ezéchiel. Une autre famille de savants est celle d'Ibn 
Schahin, dont le nom signifie « faucon ». Jacob b. Nissim ibn Schahin fut 

t. Cf. le compte rendu de M. Marx, Z. f. H. B., XIII, 73-74. 



BIBLIOGRAPHIE -H!> 

un chef d'école à qui Scherira et Haï envoyèrent de nombreuses consul- 
tations ; il est le destinataire de la Lettre de Scherira. Il eut pour disciples 
Joseph b. Berechya et son fils R. Nissim, qui le dépassa en autorité. 
R. Nissim est un des esprits les plus remarquables du temps par l'union 
de la science rabbinique et de la culture profane ; M. Poznanski réunit 
tout ce que nous savons de ses œuvres et de sa vie. Nous connaissons 
deux de ses disciples kairouanais, Ibn Aldjasous et David b. Meborach. 
Enfin, il a déjà été question des deux correspondants de R. Haï, Juda 1». 
Joseph et Abraham ibn Ata, tous deux bienfaiteurs de l'académie. 
M. Davidson a projeté quelques lumières sur ces Mécènes en publiant des 
fragments d'un Diwan, dont l'auteur, qui est leur contemporain et sans 
doute leur concitoyen, leur avait dédié quelques poèmes (/. Q. /?., N. S., 
1,231 et s.). 

Vï 

Si la vie intellectuelle, à l'époque des Gueonim, rayonne surtout de 
Babylonie, elle n'y est pourtant pas concentrée, et nous en connaissons 
aujourd'hui un autre foyer, qui n'est autre que la Palestine. Il est vrai 
que c'est maintenant la colonie qui influe sur la mère-patrie et cette 
influence se serait exercée, d'après M. Eppenstein, depuis l'installation 
de l'exilarque Mar Zoutra en Palestine (520), où il devint l'un des archi- 
phérékites et où ses descendants portèrent le titre de rosch yeschiba. 

En Palestine, on cultive surtout le Midrasch, le piyyout et la Massora. 
M. Eppenstein émet la singulière hypothèse qu'à la suite de la défense 
de Justinien d'étudier la loi orale, on ajouta au piyyout liturgique le 
piyyout didactique ; le hazzan prit la place du païlan pour édifier et 
instruire. C'est de Palestine ou de Syrie que sont originaires les premiers 
pditanim : Yosé b. Yosé, Yannaï (voir sur celui-ci Davidson, dans Jew. 
Quart. Rev., N. S., I, 106 et s.) et même, avant Josué et Pinhas, Kalir. 
dont la patrie, Kiryat Séfer, serait décidément Tibériade, la « ville du 
livre », et qui aurait vécu dans la seconde moitié du vn e siècle. — Origi- 
naire de Palestine, le piyyout devait rencontrer de l'opposition chez les 
Gueonim; Natronaï le souffre plutôt qu'il ne le recommande (comp. 
Elbogen, dans Monatsschrift, LIV, 355). L'Espagne hérite de cette oppo- 
sition, tandis que l'Égyptien Saadia, les rabbins italiens et rhénans 
donnent l'exemple du piyyout. 

Gomme les pditanim, les massorètes cultivent la langue hébraïque. 
C'est en Palestine que serait né, d'après M. Eppenstein, le premier sys- 
tème de vocalisation, le plus récemment découvert. Les études massoré- 
tiques, un moment arrêtées en Palestine, y furent réintroduites de Baby- 
lonie par Dosa b. Eléazar à la fin du vue siècle Le traité de Soferim nous 
renseigne sur cette deuxième période de la Massora. A l'époque arabe, 
ces études se développent et deviennent plus scolastiques ; deux écoles 
se forment, dont les chefs sont Pinhas (le même que le païtan) et 
Ahiyyahou et qui donnent naissance aux systèmes de Ben Ascher et de 



316 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ben Neftali. La famille de Ben Ascher se distingua au commencement 
du ix e siècle. 

Dans la stagnation de la littérature traditionnelle, seul le Midrasch 
surnage. A cette époque sont rédigés le Berëschit rabba et, un peu plus 
tard, le Yelamdénou pour expliquer la formule introductive de ce 
Midrasch, M. Eppenstein l'ait encore jouer sa malheureuse hypothèse 
justinienne). 

Au xe siècle, à la suite de la décadence de Sora, la Palestine fait un 
effort pour s'affranchir de la tutelle de la Babylonie. Du reste, M. Marx a 
montré dans son étude sur les académies palestiniennes que celles-ci 
n'avaient jamais renoncé à la prérogative de fixer le calendrier et que 
même les docteurs babyloniens reconnaissaient théoriquement la supré- 
matie de la Palestine. M. Marx a reconstitué la liste des rosch yeschiba 
et des ab-bêt-din palestiniens ; ce sont presque tous des davidides et des 
aaronides. Il résulte de ce tableau que l'académie palestinienne, qui fut 
consultée en 960 par les Juifs des bords du Rhin sur la date de la venue 
du Messie (M. Marx suppose que les consultants avaient trouvé cette date 
dans un texte du Séfer Zeroubabel, dont il publie un fragment con- 
forme) a fleuri sans interruption jusqu'aux Croisades. C'est une des plus 
curieuses révélations que nous devons a la Gueniza sur la' période des 
Gueonim. 

M. Liber. 



Lemos (Maximiano). Ribeiro Sanches ; a sua vida e a sua obra. Porto, 
éd. Tavar. Martins, 1911, gr. in-8° de vin -f 390 p., avec 15 portraits et fac- 
similé. 

Il y a quatre ans, le D r Maximiano Lemos, professeur de médecine 
légale à Porto, consacrait une monographie étendue à la vie et aux 
œuvres d'Amato Lusitano, son compatriote et confrère du xvi e siècle 1 . 

Cette année, le savant professeur portugais nous fait connaître un 
autre médecin, moins célèbre que Lusitano, mais ayant avec lui de 
nombreuses affinités ; c'est Ribeiro Sanches. On le croirait à peine, 
malgré l'intérêt que présente la vie de ce médecin, fils de marane, qui, 
pour retourner à la foi de ses pères, ne craignit pas de s'expatrier, malgré 
la sympathie qu'inspire ce noble caractère, Graetz ne le mentionne 
même pas. 

Suivons donc cette curieuse tigure dans ses pérégrinations a travers 
l'Europe, en prenant pour guide le livre de M. Lemos. Ribeiro Sanches 
est né dans une petite ville du Portugal, à Penamacor, le 7 mars 4699. 
Son père, Simon Nunes, était un négociant aisé; sa mère, Anna Nunes, 
était Mlle d'un procureur. L'enfance de Sanches s'est passée dans la ville de 

1. Voir Revue, LV1. p. 147-150; 



BIBLIOGRAPHIE 317 

Guarda chez une tante. Là, il apprit le latin, et, à l'âge île dix sept ans, 
il partit pour Coimbre où il entra au Collège des Arts, dirigé par les 
Jésuites. Il étudia d'abord le droit, puis ayant par hasard lu le volume 
d'Aphorisme s dTlippocrate, il se sentit une vocation irrésistible pour la 
médecine Dès lors, il résolut d'aller à la Faculté de Salamanque. Ses 
hésitations académiques sont connues d'après les souvenirs mêmes de 
Sanches. Il se fit inscrire comme étudiant à Salamanque, en 1720, et il 
faut croire qu'il procéda avec une prudente lenteur, puisqu'il obtint 
seulement le grade de bachelier en 1724, soit à l'âge de vingt-cinq ans. 
Pendant les deux dernières années précédentes, il avait suivi à la Guarda 
les exercices pratiques d'un médecin distingué de cette ville. Son oncle 
maternel, le D r Diego Nunes Ribeiro, l'avait aidé pendant ses études. 

Il alla ensuite s'établir à Benavente, petite localité du Portugal, et de 
là passa à Lisbonne, où il retrouva son oncle et protecteur. Pendant ce 
séjour, il traversa une crise religieuse qui le poussa à embrasser le 
judaïsme, au point qu'il abandonna son pays, non sans avoir écrit au 
préalable un « Discours sur les eaux de Penha Garcia », connues 
aujourd'hui sous le nom de Monfortinho. 

Au commencement de l'année 1726, Sanches quitte le Portugal, se 
dirige sur Gênes ; mais peu de temps après, il va jusqu'à Londres pour 
y être admis comme Juif, et bientôt son oncle va l'y rejoindre. Dépourvu 
de ressources, Sanches se livre à d'autres études, aux mathématiques, à 
la physique, à la chimie, à l'histoire naturelle, tout en fréquentant les 
hôpitaux. Aux difficultés de la vie s'ajoutent celles de ses méditations 
sur sa croyance. Il quitte donc Londres et, en 1728, il vient en France, 
visite tour à tour Montpellier et Marseille, où il connut le fameux 
Bertrand qui s'était illustré pendant la peste de 1720-1721. Puis il va a 
Bordeaux, et de là se rend de nouveau en Italie pour visiter l'Université 
de Pise. Mais il se hâte de revenir à Bordeaux, où il avait laissé son 
frère Toujours nomade, Sanches accompagne à Leyde un ancien élève, 
qui désirait étudier la médecine; tandis que son frère s'arrête à mi-chemin 
à Paris pour entrer au service d'un chirurgien, Sanches arrive à Leyde 
au commencement de 1730, y passe deux ans, y trouve près de l'ambas- 
sadeur portugais bon accueil et protection. 

En 1731, le professeur hollandais Boerhaave, chargé par l'Impératrice 
de Russie de lui envoyer des médecins, choisit comme premier délégué 
son élève Sanches, qui partit immédiatement. Celui-ci arrive à Saint- 
Pétersbourg en octobre suivant, et à partir de 1733, il occupe les fonctions 
de membre de la Chancellerie de la Médecine, auquel titre est ajouté en 
1734 celui de Médecin des armées. Comme tel, il accompagne les troupes 
lors de la guerre contre la Turquie, notamment au siège d'Azof. Une fois 
la campagne terminée, il devient médecin du Collège des Cadets à 
Saint-Pétersbourg Pendant ce temps il soutenait une correspondance 
suivie avec les Jésuites de la Chine; il leur envoie des livres et reçoit, en 
échange, soit des curiosités, soit des produits naturels de ce pays. 

Après avoir passé quelque temps au service des diverses impératrices 



318 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

qui se succédèrent sur le trône de Russie, Sanches partit pour Paris, où 
il s'établit à la tin de l'an 1747 et où il vécut jusqu'à sa mort, le 
20 novembre 1783. Durant cette longue période, il n'eut qu'à se louer de 
ses relations avec les hommes les plus illustres du xvin e siècle: Falconet, 
d'Alembert, Buffon, Diderot, Daubenton, Valari et bien d'autres. lient le 
plaisir de recevoir des compatriotes, dont les plus marquants sont : le 
mathématicien Soares de Barros, le physicien Magalhaes, le poète Fran- 
çois Manael de Nascimento, le botaniste Brotero, tout en continuant à 
étudier les sciences et à professer son art médical, ce qui lui eut à peine 
suffi pour vivre sans le concours des gouvernements de Russie et du 
Portugal. Grâce à ces subsides, il put alors rédiger les œuvres qui sont 
les fruits de sa longue expérience. Elles intéressent l'hygiène générale, 
autant que l'éducation et la réforme de l'enseignement. On y rencontre 
aussi des notions sur ses opinions religieuses, politiques et économiques: 
avant tout, il préconisait autant qu'il pratiquait la tolérance, mù par 
son amour de l'humanité. Il lavait servie partout où il avait prodigué les 
secours de sa science. Aussi pouvait-il, non sans un peu de morgue, 
mais avec une légitime fierté adopter au bas de ses armoiries la devise 

Xon sibi, sed toti geviiturn. 

Moïse Schwab. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. LVI, p. 251-253, et LVI1, 10(5-107. — M. S. Krauss a expliqué la 
formule cabbalistique cdsth D^DDDD dpdd Dnp:a en faisant sienne 
l'hypothèse de Jacob Emden. L'interprétation de M. B. Heller se trouve 
déjà dans YAllgemeine Zeitung des Judentums, 1898, p. 24 (àva; Kicm)- 
aojv (?) Atovudoç). Joseph Perles avait eu, lui aussi, recours à la mytho- 
logie grecque (ib., 1874, p. 246 et 351-352). Il faut encore citer Paulus 
Cassel, Messianische Stellen des Allen Testaments, 1885. — G. Deutsch. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIERES 



ARTICLES DE FOND. 

Ganei Louis. La prière « Pro lud;eis » de la liturgie eatholique 

romaine 213 

Ep9tein J.-N. . I. Moïse Tako b. Hisdaï et son Ketab Tamim 60 

ïï. Le Séfer ha-Maskil dit Séfer Hassidim 222 

Hildenfinger (P.). Actes du district de Strasbourg relatifs aux Juifs 

juillet 1790 — fructidor an III) (suite et fin) 102 cl 279 

Lk\ i Israël). I. Lin écrit sadducéen antérieur a la destruction du 

Temple 161 

II. Les Jardins d'Adonis, les Kapparot et Rosch Haschana 206 

Régné (Jean). I. Catalogue des actes de Jaime I er , Pedro III et Alfonso 111, 

rois d'Aragon, concernant les Juifs (1213-1291) {suite) 1 

IL Étude sur la condition des Juifs de Narbonne du v<= au 

xive siècle {suite) 228 

Rodocanachi (E.). La communauté juive à Rome au temps de Jules II 

et de Léon X 7 1 

Schwab (Moïse). Manuscrits du supplément hébreu de la Bibliothèque 

nationale de Paris 82 

Wellesz (J.). Méir b. Baruch de Rothenbourg (fin) 44 

Wolfson (David). Le Bureau du commerce et les réclamations contre 

les commerçants juifs (1726-1746) (suite) 88 cl 255 

NOTES ET MELANGES. 

Adler (E.-N.). Un fragment araméen du Toldot Yéschou 126 

Bâcher (W.). Un passage inexpliqué de la Pesikta 124 

Marmorstein A. . La dignité de guérousia'rque de la synagogue 288 

M\r\ (A.). I. Le commentaire de R. Nissim sur Béça, Taanii el 

Meguilla 130 

II. Le poème tinal du commentaire de Kinnim d'Abraham b. 

David 133 

III. Le faux Messie Ascher Laemmlein 135 

Reinach (Théodore) La pierre de Colgoi 285 

Schwab (Moïse). I. Les livres de comptes de Cerf Berr et de ses fils. 292 

IL Documents liébreux du Musée de Cliiny 294 



320 BEVUE DES ETUDES JUIVES 

BIBLIOGRAPHIE. 

Heller Bernard). Natursagen. Eine Sammlung naturdeutender 
Sagen, Maerchen, Fabeln und Legenden. Band II. Sagen zum 

Neuen Testament, par Oskar D.ehnhaudt 139 

I.kvi (Israël). Ueber die Frage ob Jésus gelebt hat, par D. Chwolson. 147 

Liber (M.). Travaux récents sur l'époque des Gueonim 297 

Poznansri (Samuel). Prolegomena zu einer neuen Ausgabe von Send- 

schreiben des H. Scherira Gaon, par B. Lewin 151 

Schwab (Moïse). Ribeiro Sanches ; a sua vida e a sua obra, par Maxi- 

miano Lemos 316 

Wellesz (J.). Machkim, von R. Nathan b. Jehuda. God. hebr. Nr. 12 
der K. K. Hofbibliotek zu Wien und Nr. 187 der Stadtbiblio- 
tek zu Hamburg. Mit Anmerkungen und Einleitung von J. 
Freimann 154 

Additions et rectitications 160 et 318 

Table des matières 319 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 




DS Revue des études juives; 
101 historia judaica 

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t. 61 






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